Débat
parlementaire du SENAT : Séance
du 23 Novembre 1972
le budget annexe des postes et télécommunications
L'entreprise P. T. T. est de plus en
plus menacée :
Loi de finance pour 1973 Développement
industriel et scientifique
....
M. Gérard Minvielle. Monsieur le président, monsieur
le ministre, mes chers collègues, une nouvelle fois, au nom du
groupe socialiste, j'interviens dans la discussion du budget des postes
et télécommunications.
L'examen de ce projet de budget pour 1973 m'a amené à
constater que le Gouvernement persiste dans ses choix néfastes
à l'égard d'une administration dont le caractère
industriel et commercial est admis par tout le monde.
Bien que la qualité de service ne cesse de se détériorer,
malgré l'effort permanent du personnel, les mesures proposées
ne permettront pas de redresser une situation dégradée
et déjà fortement ressentie par les usagers.
Partant de cette constatation, il est permis de douter de la volonté
du Gouvernement de donner à ce grand service public, indispensable
à la vie de la nation, les moyens de fonctionner normalement
pour le bien de tous. En moins de quinze ans, le Gouvernement à
réussi à faire d'une administration renommée pour
sa régularité, sa rapidité, sa sûreté,
une administration sous-équipée, décriée,
financièrement déficitaire et maintenant lourdement endettée.
Pour aboutir à un tel résultat, il faut de l'opiniâtreté
et un objectif. Le Gouvernement veut-il créer les conditions
de la privatisation ?
Il est certain que le contenu du budget de 1973 n'est pas de nature
à atténuer notre inquiétude. Alors que le total
des dotations budgétaires de 1971, de 1972 et de 1973 représente
moins de 46 p. 100 de l'enveloppe du VIe Plan prévue pour les
télécommunications, de nouvelles sociétés
de financement ont été créées.
Nous avons dénoncé en son temps ce système de financement
particulièrement coûteux ; mais l'intervention de ces quatre
sociétés n'empêchera pas pour autant le recours
à l'emprunt pour un montant de 3.690 millions de francs, ce qui
entraînera, à l'évidence, des charges importantes
pour le présent et pour l'avenir. Ainsi, par des procédés
très onéreux, la progression des investissements dans
les télécommunications se poursuit à peu
près normalement. Toutefois, les engagements pris devant cette
assemblée ne sont pas tenus. La fluidité du trafic téléphonique
ne sera pas assurée pour 1973. L'automatisation intégrale
du réseau, dès 1976, ne sera pas réalisée.
M. Charles Alliès. Voulez-vous me permettre de vous interrompre,
mon cher collègue ?
M. Gérard Minvielle, Je vous en prie !
M. le président. La parole est à M. Alliès,
avec l'autorisation de l'orateur.
M. Charles Alliès. Je remercie mon collègue et
ami, M. Minvielle, de bien vouloir m'autoriser à l'interrompre.
Je voudrais illustrer d'un exemple la façon dont on finance l'automatisation
du téléphone. Le conseil général de l'Hérault,
depuis 1963, avance plusieurs centaines de millions d'anciens francs
pour financer l'automatisation des secteurs les plus défavorisés
; sans ces avances, nous attendrions encore longtemps l'automatique.
Les pourcentages cités tout à l'heure par M. le ministre
comprennent certainement ces avances qui, si j'en crois mes collègues,
ne se pratiquent pas seulement dans le département de l'Hérault.
Les départements et les communes sont ainsi amenés, s'ils
veulent avoir l'automatique, à financer par eux-mêmes ce
moyen de communication vraiment indispensable dans le monde rural actuel.
M. Gérard Minvielle. Je vous remercie, mon cher collègue,
d'avoir apporté cette précision. Il n'est pas douteux
que ce qui se passe dans l'Hérault se produit dans tous les départements
de France. Les avances accordées par ceux-ci à l'Etat
pour réaliser l'automatisation sont considérables.
Pour leur part, les communes qui désirent installer dans leurs
quartiers reculés ou dans les zones rurales des cabines téléphoniques,
doivent consentir préalablement une avance qui est remboursable
dans les conditions que vous savez. Je ne veux pas entrer dans les détails.
Pour les particuliers, il en va de même. Toutes ces opérations
sont incluses dans les statistiques gouvernementales mais, dans une
certaine mesure, on se pare des plumes du paon.
M. Charles Alliès. Très bien !
M. Gérard Minvielle. Nous assistons depuis longtemps à
ce phénomène.
Je voudrais maintenant vous entretenir de la réduction de la
durée moyenne pour obtenir les raccordements ainsi que de la
fiabilité du réseau. Chacun sait que l'on rencontre à
cet égard des difficultés susceptibles de provoquer, chez
certains opérateurs ou opératrices, ou certains particuliers,
des crises de nerfs. Même s'il y a des infarctus, le défaut
de fonctionnement du téléphone en est incontestablement
une des raisons. (Sourires.)
Pour la poste et les services financiers, la situation continue à
être des plus préoccupantes. Les autorisations de programme
marquent une progression de 20 p. 100 par rapport à celles de
1972, mais elles sont en retard de quelque 30 millions de francs par
rapport aux prévisions du Plan. Ce retard pourrait apparaître
peu important s'il ne s'ajoutait pas aux précédents et
à l'insuffisance du Plan lui-même.
Après trois exercices budgétaires, le total des dotations
n'atteindra même pas 43 p. 100 de l'enveloppe globale du VI' Plan.
Nous ne pouvons pas croire qu'il vous sera possible, monsieur le ministre,
de rattraper un retard aussi considérable au cours des deux dernières
années du Plan.
Les 542 millions de francs d'autorisations de programme ne permettront
pas de faire face aux besoins nouveaux ; c'est dire que les zones nouvellement
urbanisées resteront dépourvues d'établissement
postal, que l'extension des bureaux trop exigus ne sera pas réalisée,
que le réseau d'acheminement connaîtra encore longtemps
des goulets d'étranglement, la capacité des centres de
tri ne permettant pas de faire face à l'augmentation du trafic.
En bref, l'asphyxie de la poste se poursuivra.
Dans le même temps, le Gouvernement ne prend aucune décision
à l'égard de la lourde charge que constituent, pour les
P. T. T., les tarifs préférentiels consentis à
la presse.
Je sais bien qu'à cette tribune, depuis plusieurs années,
je répète cette même observation, cette même
critique. Je ne suis d'ailleurs pas le seul puisque tous les orateurs,
ou à peu près, aboutissent à la même conclusion.
Cependant, je continuerai sans lassitude à estimer anormal que
des membres éminents du Gouvernement multiplient les déclarations
d'intention ce fut le cas encore récemment affirment
vouloir soutenir la
presse et laissent aux P. T. T. le soin de payer une facture qui devrait
l'être par le budget général.
Au déficit de plus de 700 millions de francs qui provient du
transport et de la distribution, s'ajoute un autre déficit structurel,
encore plus important. Voici deux ans, votre prédécesseur,
monsieur le ministre, avait pris l'engagement solennel devant le Sénat
de promouvoir les mesures qui s'imposaient afin qu'au l er janvier 1974
le déficit artificiel des chèques postaux fût résorbé.
Comment se présente la situation de cette importante institution
deux ans après, c'est-à-dire aujourd'hui ?
En 1971, le déficit s'élevait à 890 millions de
francs ; en 1973, il atteindra 1.200 millions, soit une progression
d'un tiers.
Ces chiffres se passent de commentaire. Ils prouvent que le remède
consistant à mieux rémunérer l'accroissement des
fonds en dépôt à partir de 1972 est irréaliste.
Etant donné l'état de stagnation de ce service
pour ne pas parler de régression le déficit ne
fera que s'accroître. On peut prévoir, sans crainte de
ne pas dire la vérité, qu'il atteindra deux milliards
de francs en 1980. Dans ces conditions, il n'est pas douteux que la
poste et les services financiers auront de plus en plus de difficultés
à assurer un service convenable.
Il ne faut pas non plus s'étonner des réactions des organisations
syndicales qui ne peuvent admettre l'aggravation des conditions de travail
du personnel, lequel effectue sa tâche le mieux possible, dans
des locaux vétustes et sous-équipés.
La répartition des créations d'emplois pour 1973 fait
apparaître la poste comme la première bénéficiaire
de la pénurie.
Le volume de ces créations reste très loin des besoins
de l'ensemble des P. T. T., qu'il s'agisse des services postaux
dont les volants de remplacement sont inexistants alors qu'ils devraient
être de l'ordre d'au moins un cinquième des postes de travail
ou qu'il s'agisse de télécommunications où
l'insuffisance du nombre des techniciens favorise l'intervention du
secteur privé.
L'application à un secteur d'activité comme les P. T.
T. de la décision d'économie automatique, réduisant
de 1 p. 100 les effectifs totaux préexistants, est pour le moins
aberrante.
De même, au ter juillet 1972, la durée maximale du travail
a été ramenée à quarante-trois heures hebdomadaires.
Cette décision, prise au niveau de la fonction publique, a été
appliquée sans effectifs supplémentaires. Nous ne critiquons
pas la formule ; nous constatons cependant que la charge de chacun des
agents s'est trouvée ainsi accrue et que le Gouvernement a fait
du social à bon marché. Mais le personnel n'est pas dupe,
monsieur le ministre !
Les mesures relatives aux personnels ne peuvent pas, loin s'en faut,
recevoir notre approbation. Les propositions contenues dans ce budget
ne couvrent que des applications directes ou indirectes des conclusions
de la commission Masselin relatives aux catégories C et D intéressant
l'ensemble de la fonction publique. Les sur classements de recettes
des centres représentent la dernières tranche d'une opération
de remise en ordre, décidée il y a trois ans après
discussions entre les P. T. T. et les finances.
Au titre strictement des P. T. T., rien n'est proposé, pas même
la poursuite de la réforme spécifique amorcée dans
le budget de 1970 et appliquée dans le courant de cette année.
Il- en résulte, du point de vue du niveau des fonctions et des
intérêts des personnels, une situation absolument incohérente.
Au plan des indemnités, le taux de la prime de résultat
d'exploitation est portée de 920 à 1.000 francs pour l'année
1973. On est fort loin de la demande syndicale qui correspond à
la valeur de vingt points d'indice réel, soit 1.400 francs environ.
La proposition administrative des P. T. T., qui correspond à
la rémunération mensuelle d'un préposé débutant
à Paris, n'est même pas retenue.
La prime de risque et de sujétion est augmentée de 20
p. 100, c'est-à-dire des deux tiers de la demande de rajustement,
alors que le dernier relèvement des taux remonte à 1968.
L'indexation sur un pourcentage du traitement, comme le ministre de
l'économie et des finances l'a accepté depuis des années
pour les personnels des douanes actifs, a été encore rejetée.
L'énumération de ce qui est refusé aux personnels
des P. T. T., alors que la légitimité de leurs revendications
n'est pas mise en cause, serait trop longue à présenter,
compte tenu du temps de parole qui nous est imparti.
Monsieur le ministre, nous souhaiterions avoir des précisions
sur vos intentions à l'égard des personnels victimes de
la modernisation de l'entreprise P. T. T. Vous avez déclaré,
devant l'Assemblée nationale, que 58 p. 100 des agents du téléphone,
dont l'emploi a été supprimé, ont déjà
été reclassés. Ces reclassements, qui ont touché
près de 7.000 personnes, ne se sont pas effectués sans
dommages, tant sur le plan familial qu'administratif.
De nombreux agents féminins mariés, mères de famille,
ont été contraints de changer de résidence ou au
moins de spécialité.
Tout le système des mutations, même pour le rapprochement
des époux, est bloqué sur l'ensemble de la province.
D'autres agents, en disponibilité pour élever un enfant
ou suivre leur mari, ne peuvent être réintégrés.
Le recrutement et l'avancement sont ralentis et sérieusement
perturbés.
Les difficultés vont s'accroître pour des milliers d'agents
du téléphone mais aussi pour ceux des chèques postaux
dont l'emploi va également être supprimé. Pour autant,
ni l'administration ni le Gouvernement n'ont pris la moindre mesure,
que je sache, pour remédier à cette inquiétante
situation.
En novembre 1970, le Premier ministre et le ministre des postes et télécommunications
s'étaient pourtant engagés, à l'égard de
la fédération Force Ouvrière, à étudier
les modalités d'un accord-cadre pour pallier les conséquences
sociales de la modernisation, à l'image de l'accord signé
en juillet 1968 à la S . N . C .F .
A part la création d'une indemnité dérisoire de
changement de résidence, rien de sérieux n'a été
réalisé, n'est-il pas vrai ?
Le ministre des P. T. T. entend-il laisser les choses en l'état
ou, au contraire, prendre des initiatives et tenir les engagements souscrits
?
En définitive, ce budget, tel qu'il est présenté,
ne laisse aucune illusion aux personnels d'une grande administration
auxquels il est beaucoup demandé.
Leurs revendications sont délibérément ignorées
; les moyens de travailler dans des conditions convenables leur sont
refusés ; les renforts indispensables pour assurer un service
acceptable ne sont pas accordés.
Pourtant, que ce soit vous-même, monsieur le ministre, que ce
soit vos prédécesseurs ou tous ceux qui, à cette
tribune, expriment leur opinion sur les personnels des P. T. T., personne
ne manque de rendre hommage à la compétence et au dévouement
des 350.000 agents des P. T. T.
MM. Charles Alliés et Maxime Javelly. Très bien !
M. Gérard Minvielle. Permettez-moi de vous dire que les intéressés
ne se satisferont pas de ces déclarations platoniques répétées
mais jamais suivies d'actes précis.
L'entreprise P. T. T. est de plus en plus menacée ; tous ceux
qui y travaillent, quel que soit le niveau où ils exercent leurs
fonctions, le ressentent intensément. Le service public n'est
plus en mesure de remplir correctement sa mission. Les Français
sont de plus en plus nombreux à s'en rendre compte.
Il serait encore possible de redresser la situation ; mais il conviendrait
de prendre d'urgence les décisions vigoureuses qui s'imposent.
Rien dans votre budget, monsieur le ministre, ne traduisant cette intention,
nous nous refusons à l'avaliser et nous invitons le Sénat
à le repousser. (Applaudissements sur les travées socialistes
et communistes et sur certaines travées à gauche.)
M. le président. La parole est à M. Lucien Gautier.
M. Lucien Gautier. Monsieur le ministre, mon intervention sera brève,
mais la question que je désire poser me semble importante et
intéressera, je pense, nombre de nos collègues.
Auparavant, je tiens à vous dire, monsieur le ministre, que j'ai
personnellement apprécié votre exposé qui s'inscrit
dans la ligne de l'action menée par votre prédécesseur.
Les résultats que nous en attendons sont liés à
votre détermination et nous savons qu'elle est vive. Les objectifs
de la politique gouvernementale en matière de postes et télécommunications
ont été clairement définis et il faudra s'y tenir.
Nous vous faisons pour cela
confiance.
Certes, la situation du téléphone est loin d'être
parfaite. Votre souhait, comme le nôtre, est précisément
de sortir des difficultés présentes. Un grand service
public tel que celui des postes et télécommunications,
premier investisseur de France, vous l'avez rappelé tout à
l'heure, ne peut supporter longtemps les insuffisances ressenties par
les usagers.
Assumant à la tête de ce ministère une lourde responsabilité,
vous pouvez compter sur nous pour vous aider dans une tâche difficile
mais capitale, pour l'économie du pays.
Cela dit, monsieur le ministre, j'en viens à ma question précise
relative au développement du téléphone dans les
campagnes.
La transformation du milieu rural, l'évolution de l'agriculture
et l'imbrication plus étroite des activités agricoles
et industrielles provoquent déjà et provoqueront dans
l'avenir une forte progression de la demande d'abonnements téléphoniques
dans nos campagnes. La nouvelle dimension économique donnée
aux exploitations agricoles exige l'installation de l'outil de travail
indispensable que représente le téléphone, longtemps
considéré comme un "gadget ", voire comme un
luxe.
Comment pensez-vous développer le téléphone dans
les campagnes ?
Actuellement les candidats abonnés ruraux sont l'objet d'un traitement
discriminatoire. Car c'est en zone rurale que les délais de raccordement
sont les plus longs et c'est encore en zone rurale que la participation
sous la forme des avances remboursables, des candidats abonnés,
est la plus élevée. Or, le service public impose que l'Etat
offre à tous les citoyens le même service et rétablisse
une certaine égalité entre les charges supportées
par eux.
Je reconnais que les coûts de construction des lignes sont différents
selon la longueur de celles-ci et vous n'avez, d'ailleurs, pas manqué
de le souligner. Mais ne pensez-vous pas qu'une péréquation
des charges devrait être faite entre tous les abonnés solidaires
et associés à la bonne marche des télécommunications,
afin de réduire au maximum ces inégalités ?
Il convient toutefois de souligner l'effort entrepris dans les départements
bretons, dans l'Ain et le Maine-et-Loire. En effet, des expériences
ont été menées à l'initiative des directeurs
régionaux des télécommunications, mais encore faut-il
préciser que le préfinancement des travaux de raccordement
engagés reste à la charge des candidats. Malgré
les accords que vous avez signés avec le crédit agricole
et qui devaient permettre d'alléger les charges financières
consécutives au versement des avances remboursables, les sommes
versées par les futurs abonnés restent très élevées
et les programmes d'équipement modestes.
Comment pensez-vous accélérer cette procédure et
mieux répartir les charges entre les abonnés ?
Telle est la question que je désirais vous poser. Nous serons
attentifs, monsieur le ministre, à la réponse que vous
voudrez bien faire à cette intervention. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Bruyneel.
M. Robert Bruyneel. Monsieur le président, monsieur le ministre,
mes chers collègues, mon intervention se limitera à l'examen
d'un important et inquiétant problème concernant le téléphone.
Je pourrais, à mon tour, évoquer la progression considérable
des demandes insatisfaites d'abonnements nouveaux ou supplémentaires
ainsi que les doléances des abonnés qui se plaignent du
fonctionnement, souvent défectueux, de leur
téléphone.
Je me contenterai de vous citer une boutade qui circule dans la
capitale et qui illustre assez bien la situation : la moitié
de Paris attend le téléphone et l'autre moitié
attend la tonalité. (Rires.) J'ajouterai que lorsque
la tonalité est obtenue, les abonnés, trop souvent, ne
sont pas au bout de leurs difficultés.
C'est une boutade, monsieur le ministre...
Un sénateur à gauche. C'est réel.
M. Robert Bruyneel. Certes ! ... mais je n'insisterai pas sur cet aspect
des problèmes téléphoniques car je sais qu'il est
au premier plan de vos préoccupations et qu'en nous armant de
beaucoup de patience, nous pouvons espérer qu'il y sera peut-être
porté remède.
C'est une autre conséquence des imperfections de certains matériels
téléphoniques car je ne veux pas penser qu'il s'agit
des défaillances de personnel que j'évoquerai,
parcequ'elle m'apparaît particulièrement grave. S'il est
pénible de ne pouvoir obtenir des liaisons téléphoniques,
surtout lorsqu'il s'agit d'appels urgents et importants, il est tout
à fait choquant que des abonnés reliés au téléphone
automatique puissent être taxés
pour des communications souvent nombreuses qu'ils n'ont pas demandées
et qui engendrent des différends regrettables avec votre administration.
A plusieurs reprises, des abonnés m'avaient signalé de
tels incidents qui m'avaient beaucoup étonné. Mais j'ai
été obligé de convenir que leur mécontentement
était fondé lorsque j'ai été moi-même
victime d'une pareille mésaventure qui n'est pas terminée
et que je vous relaterai dans quelques instants.
J'ajoute, pour vous démontrer qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé,
que plusieurs de mes collègues ont connu les mêmes ennuis.
Je vous ai alors écrit le 16 août 1972, puis le 3 octobre
pour vous signaler ces anomalies et surtout pour vous demander de quelle
façon les abonnés pouvaient vérifier les inexactitudes
de leur compteur et par quels moyens ils pouvaient faire admettre par
la direction départementale dont ils dépendent les erreurs
qui
avaient été commises.
J'ai même eu recours à la procédure de la question
écrite.
Ma question a paru au Journal officiel le 26 octobre et votre réponse
y a été publiée avec une certaine célérité
le 15 novembre courant. Vous m'avez précisé que «
les compteurs téléphoniques tout comme les compteurs d'eau,
de gaz ou d'électricité, marquent un nombre total d'unités
».
Vous m'avez ensuite dépeint les avantages du compteur qui constitue
un progrès et qui permet une augmentation de l'utilisation du
téléphone. Vous m'avez également indiqué
que les abonnés qui désiraient contrôler leur consommation
pouvaient faire installer un compteur individuel à leurs frais,
bien entendu, ce qui entraîne le paiement de taxes et de redevances.
Et vous terminiez votre réponse par cette phrase : « S'agissant
de la consommation téléphonique jugée anormalement
élevée par un abonné, l'expérience a permis
de montrer à maintes reprises que celle-ci correspond dans les
faits, à une utilisation de la ligne à l'insu du titulaire,
soit par un familier, soit par un tiers ayant accès à
l'appareil. »
Cette réponse ne me donnant pas satisfaction, j'ai estimé
que l'examen de votre budget pouvait me permettre d'évoquer publiquement
cet important problème qui mérite de retenir quelques
instants l'attention du Sénat et la vôtre, monsieur le
ministre.
Je relève d'abord qu'il y a entre les compteurs téléphoniques
et les compteurs d'eau, de gaz et d'électricité une différence
capitale : c'est que ces derniers sont installés au domicile
de l'abonné qui peut, à tout moment, en vérifier
le bon fonctionnement, tandis que le compteur téléphonique
est hors de la portée de l'abonné.
Il est incontestable que le téléphone automatique, lorsqu'il
fonctionne normalement, constitue sur le téléphone manuel
un important progrès, sauf pour l'abonné en ce qui concerne
la facturation. L'envoi de fiches dans le système manuel permet
un contrôle simple et efficace de la consommation téléphonique.
L'envoi d'un relevé bimestriel qui ne comporte qu'un total ne
permet aucune vérification. On est obligé de faire confiance
à la machine avec les inconvénients qui en résultent
lorsque la mécanique se détraque, ce qui n'est malheureusement
pas si rare. J'en ai fait la désastreuse expérience.
Vous m'indiquez ce que je savais déjà, que l'abonné
peut faire installer chez lui, à ses frais, un compteur individuel
qui donne lieu au paiement de taxes et de redevances. C'est une solution
acceptable pour des entreprises de quelque importance qui veulent contrôler
leur consommation téléphonique et surtout réfréner
les communications privées de leur personnel.
Je sais qu'elle a été adoptée par des abonnés
qui ont eu des contestations avec votre administration, mais qui tous
ont une importante consommation téléphonique. Cependant,
ce n'est pas un procédé utilisable par la plupart des
particuliers, surtout par ceux qui comme nous ont besoin d'avoir plusieurs
postes téléphoniques.
M. Gérard Minvielle. Voulez-vous me permettre de vous interrompre,
mon cher collègue ?
M. Robert Bruyneel. Je vous en prie.
M. le président. La parole est à M. Minvielle, avec l'autorisation
de l'orateur.
M. Gérard Minvielle. Dans le cas où il y aurait une différence
de comptage entre le compteur particulier et le compteur de l'administration,
qui la réglerait ?
M. Robert Bruyneel. L'administration. Du moins, je le suppose ; sinon
il serait inutile de faire installer un compteur individuel pour contrôler
le compteur de l'administration.
M. Gérard Minvielle. Par conséquent, le procédé
est inopérant.
M. Robert Bruyneel. Cette installation n'est pas possible pour la plupart
des particuliers, spécialement pour les abonnés qui ont
une consommation téléphonique peu importante. Beaucoup
de personnes âgées, notamment, possédant de faibles
ressources ont fait installer le téléphone pour ne pas
rester isolées, pour pouvoir appeler leurs fournisseurs et en
cas de nécessité un médecin, un parent ou un ami
et enfin souvent pour rester en liaison avec leur famille. Elles ont
le droit d'exiger une facture exacte sans aggravation de frais de téléphone
déjà très élevés.
De toute façon, lorsqu'in constate un enregistrement anormal
et très important de ses taxes téléphoniques, il
est trop tard pour installer un compteur. Il n'y a pas d'autre ressource
que de soumettre son relevé contesté à la direction
départementale qui tranche arbitrairement.
Quant à la conclusion de votre réponse, monsieur le ministre,
elle n'est pas très convaincante. Vous estimez que l'expérience
a permis de démontrer à maintes reprises qu'une consommation
téléphonique jugée anormalement élevée
provenait de l'utilisation de la ligne à l'insu du titulaire,
soit par un familier, soit par un tiers ayant accès à
l'appareil. Cela peut se produire surtout dans des locaux à usage
professionnel, mais plus difficilement dans une maison privée
ou dans un appartement où ces pratiques, lorsqu'elles ont lieu,
sont vite constatées.
D'ailleurs, avec prudence, vous indiquez que cette démonstration
a été faite à maintes reprises, ce qui permet de
supposer que dans de nombreux cas, la facturation excessive est due
à une défaillance du matériel.
Alors j'en arrive à une question essentielle. L'abonné
qui constate avec certitude un fonctionnement anormal de son compteur
téléphonique n'a-t-il d'autre ressource qu'un recours
gracieux auprès de votre administration ? En cas de rejet, doit-il
considérer comme définitivement confisquées les
sommes indûment payées ou doit-il s'adresser à la
justice ?
Maintenant je vous prie de m'excuser d'être obligé de vous
conter mes propres déboires et mes difficultés avec l'administration
des P. T. T., et les pertes de temps, et peut-être d'argent, qu'ils
m'ont occasionné. Je le fais pour votre édification et
pour celle du Sénat, en souhaitant que cet exemple vous permette
d'améliorer un service dont j'ai de bonnes raisons de me plaindre.
Je suis propriétaire d'une résidence secondaire à
Villefranche-sur-Mer, où j'espère pouvoir terminer paisiblement
ma vie, mais que j'occupe actuellement assez peu : une partie de l'été
je m'y repose et me consacre aux sports nautiques et quelques
jours en hiver. Le reste du temps elle est inoccupée et close
et cette circonstance a été déterminante pour l'étude
des caprices de mon compteur téléphonique.
J'ai fait installer le téléphone au début de 1969
après bien des hésitations, car je voulais être
tranquille ; mais les liaisons téléphoniques sont devenues
maintenant indispensables. Jusqu'en 1972, mes relevés n'ont donné
lieu à aucune remarque. J'ajoute que j'avais autorisé
le prélèvement de mes débits sur mon compte de
banque, et je m'en suis repenti amèrement. Le relevé du
26 janvier au 25 mars 1972 m'a paru dépasser nettement ma consommation
réelle, mais il s'agissait d'une somme relativement peu importante
et je n'avais pas d'éléments suffisants d'appréciation.
Je n'ai donc pas fait de réclamation.
Ma maison a été fermée le 12 mars et j'en avais
seul la clef.
Elle n'a été rouverte que le 19 juillet. Or, le relevé
suivant mentionnait 6,90 francs pour la période d'imputation
au compteur du 26 mars au 25 mai. C'était peu, évidemment,
mais c'était encore trop, puisque personne, pendant plus de quatre
mois, n'avait pu décrocher mon téléphone.
Par principe, j'écrivis le 8 juillet à la comptabilité
téléphonique de Marseille en lui faisant part de l'inoccupation
de ma maison pendant cette période et lui demandant à
quoi correspondait cette somme inscrite à mon compteur.
Le 25 juillet, le service des abonnements téléphoniques
de Nice m'écrivit ceci :
« Monsieur,
« Comme suite à votre réclamation du 8 juillet 1972
et pour me permettre de vérifier la consommation de votre ligne
téléphonique, je vous serais très obligé,
dès réception de ma lettre, de bien vouloir prendre note
des communications demandées à partir de votre poste.
« Ce relevé, que je vous prierai de me communiquer ultérieurement,
devra mentionner, outre les numéros d'appel, les dates, heures
et durées des conversations.
« Je vous précise que, sans ce relevé, je ne pourrai
statuer sur le bien-fondé de votre réclamation. »
C'était clair !
Pourtant, le lendemain, je reçus une autre lettre du même
service, datée du 26 juillet et ainsi libellée :
« Monsieur,
« Par lettre en date du 8 juillet 1972, vous contestiez le nombre
des communications enregistrées sur votre compteur pendant le
bimestre C 3/72 (avril-mai).
« J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'un dérangement
ayant affecté votre compteur pendant la période considérée,
un dégrèvement correspondant au nombre de communications
enregistrées pendant la période incriminée, c'est-à-dire
23 taxes de base, soit 6,90 francs, est établi en votre faveur.
»
Toutefois, à titre de précaution, j'ai pris soin de noter
toutes les communications demandées à partir de mon poste,
bien que ce travail me parût extrêmement fastidieux. J'ai
installé auprès du téléphone un bloc-notes
et un chronomètre et noté toutes les communications données
entre le 26 juillet et le 10 septembre, sans en excepter une seule.
Je tiens d'ailleurs la copie de ce relevé à votre disposition,
monsieur le ministre, bien que votre administration l'ait déjà
en sa possession depuis bien longtemps.
J'ai enregistré les dates, les heures, le numéro des abonnés
appelés et la durée des communications demandées.
Il y en eut exactement 69, la plupart courtes et locales, dont deux
pour Paris, une pour le Loiret et une pour les Pyrénées-Atlantiques.
Au mois d'août, je reçus un relevé qui comportait
160,80 francs de taxes au compteur pour la période du 26 mai
au 25 juillet et m'obligea à en conclure que mon compteur «
déraillait » complètement. (Sourires.)
J'écrivis donc la lettre suivante au chef du service des abonnements
:
« J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre citée
en référence ainsi que du dégrèvement téléphonique
que vous m'avez consenti de 6,90 francs.
« Toutefois, je dois vous informer que le dérangement qui
affecte mon compteur continue. Je viens en effet de recevoir un relevé
(ci-joint) qui compte 160,80 francs de taxes au compteur pour la période
du 26 mai au 25 juillet. Or, je suis arrivé à Villefranche-sur-Mer
le 19 juillet où la villa était inoccupée depuis
le mois de mars et, entre le 19 et le 25 juillet, je n'ai eu que 5 à
6 communications locales.
« Je vous demande donc un nouveau dégrèvement et
surtout la réparation du compteur. »
Je précise que personne, hormis ma femme et moi-même, n'a
eu accès à mon téléphone pendant toute cette
période. La maison est en général fermée
et, si un intrus était venu se servir de mon appareil nous l'aurions
vu.
Vous allez constater que, par la suite, la situation s'est aggravée
considérablement. J'allais parvenir rapidement au domaine de
l'absurdité totale. Je reçus en effet la lettre suivante,
datée du 18 septembre, toujours du chef du service des abonnements
téléphoniques :
« Monsieur,
« J'ai l'honneur de vous informer qu'après réception
de votre lettre en date du 16 août 1972, afférente à
la ligne téléphonique n° 01 10 16, divers essais techniques
effectués sur votre installation ont montré que vos poste,
ligne et compteur fonctionnaient normalement.
« Aucun dérangement pendant la période incriminée
n'a été décelée, et les communications enregistrées
du 19 juillet au 25 juillet, soit 536 taxes de base, ont de toute évidence
été obtenues à partir de votre poste. Les divergences
que vous constatez peuvent donc provenir d'omissions involontaires de
personnes ayant accès à votre poste.
« Par ailleurs, votre compteur a été mis en observation
sur machine Girard du 28 août au 26 septembre. Au
cours de cette période, 876 taxes de base ont été
enregistrées, ce qui laisse apparaître un très fort
trafic sur la chaîne nationale.
« Je vous informe que la bande de contrôle est à
votre disposition à mon service de la rue Alberti où vous
pourrez la consulter.
« En conséquence, en l'absence d'éléments
nouveaux justifiant une détaxe, aucune anomalie technique n'ayant
été constatée, je ne puis à mon vif regret
vous accorder un dégrèvement. »
Le 20 septembre, j'adressais mon relevé, ainsi qu'on me l'avait
demandé, sans aucune illusion. Le 28 septembre, j'envoyais une
vive protestation, toujours au même service. J'écrivais
notamment que j'avais fait le relevé qu'on m'avait demandé,
bien que ce travail fût particulièrement fastidieux, et
j'ajoutais qu'aucune personne, hormis ma femme et moi-même, n'avait
eu accès à mon poste. J'écrivais également
:
« Quant aux résultats constatés par la machine Girard,
ils sont absolument effarants et n'ont aucun rapport avec la réalité.
J'observe d'abord que la période du 28 août au 26 septembre
pendant laquelle 876 taxes de base auraient été enregistrées
n'était même pas terminée lorsque vous m'avez adressé
votre lettre du 18 septembre, ce qui ôte toute valeur à
ce contrôle. En outre, nous avons quitté la villa le 11
septembre à 5 heures et demie du matin après avoir avisé,
le 8 septembre, la poste de Villefranche de notre départ, ce
qui rend invraisemblables les communications enregistrées pendant
cette période.
« Vous constaterez d'ailleurs par le relevé que je vous
ai adressé et par la comparaison avec mes communications pendant
les mêmes périodes des années précédentes
que je ne viens pas en vacances pour me livrer à un « très
fort trafic sur la chaîne nationale ».
« Administrateur civil de classe exceptionnelle en retraite, parlementaire
depuis vingt-cinq ans, je n'ai pas l'habitude des réclamations
frivoles et, si je comprends vos difficultés, je ne puis admettre
qu'on conteste l'évidence d'erreurs aussi lourdes.
Non seulement je constate que mon compteur est toujours déréglé,
mais, ce qui est plus grave, que vos appareils de contrôle ne
fonctionnent pas mieux.
« Je ne reviendrai pas à Villefranche, ni personne de nia
famille, avant le mois de janvier ; il vous sera donc facile de mettre
ma ligne en observation. Mais, en attendant, je persiste à exiger
le dégrèvement des 536 taxes de base que je ne dois pas
ainsi que celles qui ne concorderaient pas avec le relevé que
je vous ai fourni. »
M. le président. Je vous demande de bien vouloir conclure, monsieur
Bruyneel, car vous ne disposez plus que de cinq minutes.
M. Robert Bruyneel. J'ai presque terminé, monsieur le président.
Mais je n'étais pas au bout de mes peines. Le lendemain, je reçus
une nouvelle lettre de ce service. On me disait toujours que la consommation
excessive constatée provenait de l'utilisation de mon poste par
une tierce personne.
C'est un peu comme la fable de La Fontaine :
« Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
« -- Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens.
»
On ajoutait que je pouvais vérifier la bande et qu'aucune suite
favorable ne pouvait être donnée à ma demande de
dégrèvement. On précisait même que l'enregistrement
de mes communications accusait un trafic très important sur Paris,
non mentionné dans mon relevé personnel.
Je répondis par lettre du 3 octobre et, le même jour, je
m'adressai au directeur régional, puisqu'il m'était impossible
d'obtenir la moindre compréhension du service départemental.
J'indiquais plus précisément au directeur régional
qu'il n'avait qu'à comparer mes relevés des années
précédentes --- 1969, 1970 et 1971 lesquels oscillaient
entre 90 et 150 francs, tickets et abonnements compris.
Je reçus alors le coup de massue. Je n'avais pas atteint le sommet
de l'extravagance administrative. Je devais le connaître lorsque
j'ai lu avec une stupéfaction indignée le dernier relevé
de la comptabilité téléphonique de Marseille que
j'ai reçu vers la fin du mois d'octobre dernier. Mon compteur
indiquait la somme de 2.078,10 francs (Rires) , c'est-à-dire
207.000 anciens francs pour 45 jours, puisque nous étions partis
le 11 septembre.
Nous sommes très au-dessus de la cadence déjà vertigineuse
que m'annonçait le service des abonnements téléphoniques
de Nice dans ses lettres des 18 et 27 septembre.
Naturellement, j'ai immédiatement protesté auprès
du directeur régional des télécommunications par
lettre du 2 novembre ; je n'ai même pas reçu le moindre
accusé de réception.
Voilà, trop largement relatées, Tes tristes étapes
des difficultés que peut rencontrer un abonné au téléphone.
J'ai pu constater que non seulement un compteur téléphonique
peut s'emballer jusqu'à la frénésie, mais que l'appareil
Girard même peut se déranger. (Sourires.)
Dès lors, quelles garanties peuvent avoir les abonnés
qui n'ont pas pris la précaution coûteuse de faire installer
un compteur individuel de ne pas être injustement spoliés
?
J'attends avec impatience et curiosité mon prochain relevé.
.
Comme mon téléphone n'a pas été décroché
depuis le 11 septembre, si le compteur enregistre Ta moindre taxe, je
refuserai de payer car j'ai pris la précaution de mettre fin
à l'autorisation de prélever sur mon compte en banque
; sinon, il serait vite épuisé ! (Sourires.)
M. Pierre Marzin. Monsieur Bruyneel, me permettez-vous de vous interrompre
?
M. Robert Bruyneel. Je vous en prie.
M. le président. La parole est à M. Martin, avec l'autorisation
de l'orateur.
M. Pierre Marzin. Monsieur le président, je viens de constater
que les télécommunications constituent un problème
extrêmement compliqué. Depuis dix ans déjà,
le Sénat s'en est beaueoup préoccupé. Vous avez
fait un symposium de deux jours sur l'électronique et les machines
à calculer, voilà un mois ou deux.
M. le président. C'est exact.
M. Pierre Marzin. Je me permettrai donc de demander; avec beaucoup de
respect, à M. le ministre des P. T T. s'il accepterait de venir
nous parler sérieusement du problème des télécommunications.
M. le ministre a sûrement des réponses à apporter
aux questions qui lui ont été posées...
M. le président. J'ai vu que M. le ministre hochait la tête
favorablement. Il nous donnera peut-être tout à l'heure
quelques éléments d'espoir sur ce point.
Monsieur Bruyneel, je vous rends la parole en vous priant d'être
bref.
M. Robert Bruyneel. Je termine, monsieur le président.
Je suis d'ailleurs au bout de mes peines ; du moins je l'espère.
Je vous disais que j'attendais mon prochain relevé, qui doit
arriver dans quelques jours, avec une extrême impatience.
Depuis le 11 septembre, ma maison est fermée, les clefs sont
chez moi et personne ne peut y pénétrer. Alors, de deux
choses l'une : aucune communication n'apparaît au compteur et
je paierai l'abonnement ; ou bien le compteur aura enregistré
des sommes encore plus vertigineuses et je ne paierai pas. Certes, on
pourra couper ma ligne. Cela ne me semble pas une solution raisonnable.
De toute façon, monsieur le ministre, c'est une question de moralité
qui se pose. On ne peut tolérer que l'administration des P T.
T. encaisse des sommes qu'on ne lui doit pas. J'attends tous
les abonnés au téléphone y sont intéressés
une réponse précise et apaisante au problème
que je vous ai exposé et qui doit trouver sa solution dans la
réforme de services insuffisants et dans Ia révision d'appareils
défaillants. (Sourires et applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Ferrant.
M. Charles Ferrant. On ne peut nier que le budget que vous nous présentez,
monsieur le ministre, reflète le désir de continuer la
politique instaurée par votre prédécesseur, M.
Galley, de modernisation des services de votre administration. Mais
on s'étonne d'y trouver les mêmes anomalies que celles
que nous avions signalées l'an dernier et qui risquent d'entraver
les efforts de redressement.
A cet égard, plusieurs points me paraissent particulièrement
préoccupants. En tout premier lieu, il faut citer les déficits
structurels dont certains atteignent déjà un volume inquiétant
et qui, par la nature des solutions arrêtées, ne cesseront
de s'accroître.
Est-il normal de prévoir une taxe sur les virements postaux alors
que cette mesure signifierait la condamnation des chèques postaux
si elle n'était étendue à tous les établissements
teneurs de compte ? Nous n'en sommes pas encore là. Déjà
cette taxation figurait au budget de 1972 pour une recette de 230 millions
de francs. Elle n'a pas été appliquée. Gageons
que celle qui est inscrite au budget de 1973 pour 240 millions aura
le même
sort.
Le déficit des chèques postaux, qui s'aggrave d'année
en année, est évalué pour 1973 à 1.115 millions
de francs ; il ne sera et ne pourra être résorbé
que par une rémunération, à un taux voisin de celui
du marché monétaire, des avoirs mis à la disposition
du Trésor.
Nous ne pouvons nous satisfaire de la rémunération à
ce taux obtenue l'an dernier pour la seule partie excédentaire
des fonds par rapport aux avoirs moyens déposés en 1971,
alors que le déficit du service s'accroît sans cesse.
Par ailleurs, pourquoi faire supporter au budget annexe la charge évaluée
à près de 800 millions de francs, que représente
la distribution de la presse ? Celle-ci doit être aidée,
nous en sommes tous partisans, mais il n'en est pas moins vrai que le
poids financier de cette générosité ne doit pas
retomber sur la seule administration des P. T. T.
D'autre part, il est indéniable que la qualité du service
qui était la marque dominante de l'administration des P. T. T.
il n'y a pas de si nombreuses années, ne cesse de se dégrader.
Les délais d'acheminement du courrier s'allongent et la régularité
disparaît.
L'insuffisance des effectifs, la progression du trafic, la saturation
des centres de tri en sont les causes connues.
Le rapporteur du budget annexe à l'Assemblée nationale
receonnaissait qu'il aurait fallu, sans tenir compte de l'effort de
« rattrapage » pourtant indispensable, créer 4.700
emplois pour le service postal. Or, nous en sommes loin, puisque l'effectif
supplémentaire accordé pour 1993 est fixé à
3.554. Ne nous étonnons pas, dans ces conditions, d'une Iente
et sûre asphyxie du service.
Les télécommunications, dans ce budget, bénéficient
de crédits substantiels pour leur modernisation et leur développement.
Il faut rattraper ma retard qui devenait catastrophique.. Les autorisations
de programme s'élèveront à 5.560 millions en 1973
contre 4.640 eu. 1972. En outre, les sociétés de financement
assureront le financement d'équipements pour un montant de 2.160
millions. En définitive, les programmes atteindront un total
de 7.720 millions, sans compter les commandes, évaluées
à 700 millions, qui pourraient être passées avec
le concours de
Créditel, société de financement nouvellement créée.
Nous ne pouvons que nous réjouir de l'ampleur des programmes
qui seront ainsi lancés, car notre réseau téléphonique,
en grande partie vétuste certains centraux de Paris ont
été mis en service avant 1930 qui ne fonctionne
que grâce au dévouement et à la conscience professionnelle
d'agents de tous grades, avait grand besoin d'être renouvelé
et modernisé.
Je voudrais maintenant évoquer un problème, celui de la
menace de privatisation. Monsieur le ministre, vous voudrez,
voudrez j'en suis certain, nous rassurer à ce sujet et nous renouveler
les assurances que vous nous avez données tout à l'heure.
Le recours au financement privé pour les investissements en matière
de télécommunications, malgré les précautions
prises, constitue un pas vers la mainmise de plus en plus sensible du
secteur privé sur les activités publiques, outre la charge
financière qu'il représente pour les P. T. T.
Par ailleurs, des sociétés telles que Telex Engeneering,
Eurotélex, International Télex utilisent leurs lignes
télex pour l'acheminement de messages confiés par des
tierces personnes. Cette atteinte au monopole d'Etat procure à
ces sociétés des bénéfices appréciables,
alors que les charges d'entretien et de développement du réseau
sont supportées par votre administration.
Dans le domaine postal également, les actions sont fréquentes
qui retirent à la poste le trafic rentable paquets et
imprimés dans les zones urbaines en laissant à
l'administration le soin d'assurer la distribution dans les zones rurales
où l'habitat est dispersé.
Enfin, dans le domaine financier, la concurrence s'applique à
soustraire aux P. T. T. une clientèle intéressante qui
recherche de nouvelles facilités ou de nouveaux services que
les P. T. T. souhaiteraient assurer, mais que le ministre des finances
n'autorise pas. C'est le cas notamment pour les chèques postaux,
la caisse nationale d'épargne et les mandats à domicile.
Ce qui me paraît grave c'est que, depuis quelque temps, toute
une campagne est orchestrée pour enlever aux P. T. T. les services
rentables. Un hebdomadaire récent, dans son numéro du
7 novembre dernier, a publié un article intitulé : Téléphone
: il faut l'arracher aux P. T. T. » On ne peut être plus
clair !
De plus, certaines directions régionales des télécommunications
informent par circulaire les candidats à un abonnement téléphonique,
en raison, est-il précisé, du volume des tâches
qui incombe au service et du nombre de demandes plus anciennes, que
l'on ne peut leur donner satisfaction avant un délai qui ne saurait
être inférieur à deux ans. Ils sont invités
à faire exécuter la construction de leur ligne par une
entreprise privée agréée et à rétribuer
les travaux directement sans intervention de l'administration.
Il est ensuite indiqué que pour tenir compte de l'aide en main-d'uvre
ainsi apportée, il ne sera perçu ni taxe de raccordement,
ni part contributive et qu'en outre la mise en service sera effectuée
dans le délai donné par l'entreprise. Faut-il préciser
que ce délai est de quinze jours environ ?
Jugez de ma surprise : c'est l'administration elle-même qui aiguille
les futurs usagers vers l'industrie privée, les dispense de la
taxe de raccordement et leur promet que leur ligne sera raccordée
presque immédiatement, alors que l'administration demande un
délai de deux ans. Cette proposition me
paraît aberrante. On ne peut mieux discréditer et préparer
ainsi le démantèlement des services de votre administration.
Nous voudrions, monsieur le ministre, vous entendre dire que vous serez
un défenseur ardent des services du ministère qui vous
a été confié ; la meilleure défense serait
bien entendu de rétablir rapidement la qualité de service
qui faisait citer les P. T. T., jusqu'à une époque assez
récente, comme une administration modèle.
Nous attendons également de vous, monsieur le ministre, à
la suite du manifeste des ingénieurs des P. T. T., l'affirmation
que vous saurez garder l'unité de la maison postale.
Revenant au budget lui-même, il faut regretter que l'habitude
semble prise maintenant d'y faire figurer des recettes à déterminer
qui, cette année, s'élèvent tout de même
à 3.690 millions.
Comment seront-elles obtenues ? Nous n'en savons rien. Comme le rappelait
tout à l'heure M. Henneguelle, notre rapporteur, si nous nous
permettions de présenter et de faire voter dans nos communes
un budget équilibré par un tel artifice, il serait inévitablement
rejeté par l'autorité de tutelle. Ne pensez-vous pas,
monsieur le ministre, qu'il serait peut-être plus normal de dire
qu'un emprunt supplémentaire viendra s'ajouter à l'emprunt
prévu ou bien que l'on envisage après les élections
une augmentation des tarifs ?
Enfin, j'aborde le dernier volet de mon intervention, les problèmes
du personnel. Ils ne peuvent laisser indifférents car leur règlement
conditionne pour une part importante la bonne marche du service. Il
ne semble pas que le ministère s'attache à leur trouver
des solutions rapides et l'on comprend les mouvements de mauvaise humeur
du personnel à qui des promesses ont été faites,
qui n'ont pas été tenues.
Prenons l'exemple des receveurs et des chefs de centre. Ces fonctionnaires
appartiennent à la catégorie A, parfois à la catégorie
B pour les établissements moins importants. Leur reclassement
a fait l'objet d'études et de plans. On a même créé
pour certains une indemnité compensatrice en attendant la réforme
promise et toujours attendue. De la sorte, non seulement ces receveurs
et chefs de centre sont déclassés, mais ceux qui partent
à la retraite voient leurs pensions amputées de toutes
ces indemnités et ainsi ne perçoivent pas les 75 p. 100
de leur traitement d'activité prévus par la loi.
Les receveurs et chefs de centre sont légitimement inquiets de
l'évolution technique des structures de l'administration et constatent
que leurs attributions s'alourdissent sans cesse, sans que l'on songe
sérieusement à modifier leur statut actuellement inadapté.
De récents incidents vous savez à quoi je fais
allusion, monsieur le ministre ont montré toute l'étendue
de leur responsabilité. La nécessité de leur reclassement
est bien perçue par vos services centraux, mais aucun début
de réalisation ne vient concrétiser cette volonté.
Aucune solution n'a non plus été apportée aux problèmes
concernant les inspecteurs, notamment ceux du relèvement de leur
traitement de début et de la réduction de la durée
des carrières. Par ailleurs, l'avancement et les débouchés
qui se raréfient et se raréfieront de plus en plus au
fur et à mesure du regroupement des centres font l'objet de leur
préoccupation.
Les inspecteurs des télécommunications sont particulièrement
sensibilisés par l'aggravation de leur déclassement au
sein même des télécommunications et vis-à-vis
de leurs homologues de la fonction publique. L'indemnité forfaitaire
qui leur est attribuée a sensiblement la même valeur que
la prime de technicité allouée aux techniciens alors que
les grades et les responsabilités sont nettement différents.
Elle est par exemple très inférieure à la prime
de rendement de l'inspecteur du trésor, qui atteint 6.000 francs
par an.
Ces questions devraient faire l'objet d'une particulière attention
afin de parvenir rapidement à l'octroi d'une indemnité
substantielle de sujétion particulière pour les corps
des inspecteurs des télécommunications. M. Galley, votre
prédécesseur et les responsables de l'administration centrale
ont reconnu que les techniciens des télécommunications
assuraient des fonctions hautement qualitatives dans les responsabilités
techniques qu'impose à ces personnels le bon fonctionnement des
services des télécommunications.
Ils ont su faire face à l'évolution des techniques et
assurer la bonne marche du service, qu'il s'agisse du téléphone,
du télex, de la radio, des liaisons hertziennes, ou des lignes
à grande distance.
La mise en place des techniques nouvelles et le développement
du réseau augmentent leurs responsabilités. On peut leur
faire confiance pour les assurer pleinement en vue d'augmenter la qualité
du service des télécommunications.
M. Galley, en reconnaissance de leurs fonctions qualitatives et de leur
formation professionnelle, leur avait promis un alignement de leur carrière
sur celle de leurs homologues techniciens de la défense nationale.
Il conviendrait que cet engagement soit tenu.
Nous voulons attirer également votre attention, monsieur le ministre,
sur les receveurs distributeurs qui sont à la fois agents comptables
et agents de la distribution et se voient refuser les avantages accordés
à l'une ou à l'autre de ces catégories d'agents.
Leurs demandes sont justifiées et doivent être satisfaites.
Les ouvriers d'Etat sont les seuls, dans l'administration des P. T.
T. à n'être pas régis par un statut dans le cadre
de la fonction publique. Nous confions cette question à votre
bienveillante attention, monsieur le ministre, persuadé que vous
présenterez très rapidement au ministre d'Etat chargé
de la fonction publique un projet de statut.
Enfin nous faisons appel à votre sens de l'humain pour trouver
des solutions aux problèmes angoissants du reclassement des opératrices
et des agents dont les emplois sont supprimés du fait de l'automatisation
du réseau.
Nous nous étonnons, monsieur le ministre, de trouver chaque année
dans le fascicule budgétaire des créations d'emplois de
contractuels. Nous regrettons une telle position dans la mesure où
ces emplois deviennent quasi permanents et nous comprenons mal pourquoi
les crédits y afférents ne sont pas utilisés au
recrutement supplémentaire d'ingénieurs et de fonctionnaires,
qui, après avoir reçu la formation nécessaire,
seraient aptes à remplir les tâches dévolues actuellement
aux contractuels.
D'un mot, je voudrais déplorer la concentration des centres et
la création des agences commerciales qui éloigneront encore
de l'administration les usagers.
En terminant je veux rendre un hommage méritant aux 350.000 fonctionnaires
et agents des P. T. T. qui assurent dans des conditions difficiles le
fonctionnement des services.
Nous savons que la dégradation de la qualité du service
ne leur incombe pas. Les responsabilités sont très
nettement établies, elles se situent au niveau du ministère
des finances qui délibérément maintient sous une
tutelle très stricte les P. T. T. et empêche toute velléité
de développement.
Monsieur le ministre, l'optimisme annuel et budgétaire de votre
ministère est en contradiction totale avec le sentiment des usagers
et avec le nôtre. Dans la modernisation indispensable de son système
de télécommunications, la France a pris un retard tel
que nous sommes, en dépit de certains progrès, dans le
peloton de queue des pays industrialisés. Un redressement est
nécessaire. En votant contre ce budget, mon groupe et moi-même
voulons en définitive aider à une prise de conscience
au plus haut niveau pour galvaniser dans notre pays cet outil de progrès.
(Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Gaudon.
M. Roger Gaudon. Monsieur le ministre, en présentant votre budget
vous avez essayé par avance de répondre à notre
argumentation. Je dois vous dire que vous ne m'avez pas convaincu. Je
m'en tiendrai à quelques considérations à propos
de votre politique qui suscite notre inquiétude, ainsi que celle
des personnels et du public.
La tendance à livrer les télécommunications aux
appétits des sociétés privées s'accentue
et l'on voit se profiler une menace sérieuse qui consiste à
rompre l'unité des services des P. T. T.
Une campagne est orchestrée par une certaine presse qui tend
à dénigrer le fonctionnement des P. T. T. en général
et du téléphone en particulier. Ces critiques sont, pour
l'essentiel, dirigées contre l'administration des P. T. T. et
son personnel.
Ainsi que l'indiquait, il y a un instant, notre collègue Ferrant,
on a pu lire dans un hebdomadaire le titre suivant : « Téléphone
: il faut l'arracher aux P. T. T. ».
Il faut bien admettre, malgré les déclarations que vous
venez de faire, que votre politique vise cet objectif. Au lieu de donner
aux P. T. T. tous les moyens leur permettant d'écouler le trafic
dans de bonnes conditions, vous vous tournez, il faut le reconnaître,
vers les banques d'affaires et l'on se demande quand prendra fin la
mainmise du capital privé sur les télécommunications.
Vous avez, en effet, déjà constitué quatre sociétés
de financement : Finextel, Codetel, Agritel et Créditel.
On nous avait indiqué, au début, que ces sociétés,
surtout la première, devaient tout régler. Or, la crise
du téléphone persiste puisque l'on compte 648.000 demandes
en instance.
Le groupe communiste a, depuis longtemps, signalé le danger de
cette politique. En même temps, nous vous demandions nous
renouvelons cette demande aujourd'hui -- plutôt que de faire appel
aux capitaux privés, de mettre à la disposition des services
des P. T. T. les fonds de roulement des comptes de chèques postaux
et une partie des fonds de la caisse d'épargne. Cette pratique
existe d'ailleurs dans plusieurs pays
d'Europe et, à notre connaissance, le téléphone
ne s'en porte pas mal. Je vous suggère cette solution car hier
soir, dans cette assemblée, pour repousser un de nos amendements
à la première partie de la loi de finances, le Gouvernement
nous a rétorqué que nous devions être à égalité
avec nos partenaires européens.
Votre politique tourne de plus en plus le dos à la notion de
service public et nous craignons que vous ne franchissiez un nouvel
échelon vers la privatisation des services les plus rentables
des P. T. T. et pas seulement des télécommunications.
Ce n'est pas, monsieur le ministre, simplement une idée répandue
comme vous l'avez affirmé tout à l'heure ; c'est une constatation.
Votre budget est bien l'expression d'une gestion au service des monopoles
et des banques et contraire aux intérêts des personnels
et des usagers.
Lors de la discussion de la première partie de la loi de finances,
M. le secrétaire d'Etat au budget, répondant à
l'une de mes questions, a prétendu que le parti communiste français
était opposé au téléphone qu'il considérait
comme un gadget.
C'est là une interprétation tendancieuse de notre position
et de notre politique. Nous avons d'ailleurs préconisé
des solutions permettant d'accroître ce secteur important des
P. T. T.
En revanche, votre politique permet aux financiers d'utiliser ce service
public à leur profit. Je m'explique. Les prix pratiqués
par les fournisseurs des télécommunications ne cessent
d'augmenter. Vous me répondrez certainement, comme vous l'avez
fait à l'Assemblée nationale, que le service des prix
va au fond des choses. Si c'est là votre intention, pourquoi
refusez-vous toujours que les organisations syndicales participent à
la commission de contrôle des prix ?
M. Guy Schmaus. Très bien !
M. Roger Gaudon. Or, la lecture de la presse financière montre
que les constructeurs de la téléphonie font de bonnes
affaires ; les 5.520 millions de francs d'autorisations de programme
leur ouvrent d'immenses possibilités.
Nous retrouvons la même situation avec les sociétés
de financement. En 1971, pour un exercice de huit mois, Codetel annonce
avoir réalisé un bénéfice de 22 millions
de francs. Ces sociétés prélèvent, grâce
à votre politique, leur dîme royale. Nous voyons que les
loyers payés à ces sociétés figurent dans
le budget pour 310 millions de francs, soit une augmentation de 138,5
p. 100 par rapport à 1972. La T. V. A. payée par les P.
T. T. au lieu et place des constructeurs s'élève à
306 millions de francs, soit une augmentation de 25,9 p. 100.
A ce propos, je tiens à faire deux remarques. Tout d'abord, au
dernier conseil supérieur des P. T. T., votre prédécesseur
avait assuré que l'administration postale ne devait plus payer
la T. V. A. Or, il n'en est rien. Il est vrai que le fascicule budgétaire
ne comporte pas la mention « T. V. A. » ; pour trouver celle-ci,
il faut se reporter au rapport écrit de notre collègue,
M. Henneguelle. Ensuite, au budget de 1972 la T. V. A. figurait
pour 243 millions de francs. Elle s'élèvera, en réalité,
à 261 millions au moins. Nous pouvons donc affirmer que les 306
millions de francs prévus pour 1973 risquent d'être en
deçà de la réalité.
Ainsi, la crise du téléphone ne se résorbe pas.
Mais les sociétés de financement sont assurées
de percevoir en 1973, avec votre budget, la coquette somme de 616 millions
de francs. Ce ne sont pas les petits porteurs qui profiteront des avantages.
D'ailleurs, vous avez tout à l'heure avoué qu'un tiers
des titres du téléphone était détenu par
les petits porteurs, les deux autres tiers étant aux mains des
gros porteurs qui trouvent avec ces sociétés et avec les
télécommunications une très haute rentabilité.
Lors de la constitution des sociétés de financement, les
contrats de location portaient sur une durée de huit à
dix ans.
Ils portent maintenant sur quinze ans. Je vous pose, monsieur le ministre,
la question suivante : combien de fois les centraux ainsi loués,
compte tenu des loyers, seront-ils payés à l'expiration
du bail ? Il faut bien remarquer, et c'est fondamental, que dans le
même temps où vous imposez les coûteuses sociétés
de financement, vous vous opposez aux justes solutions que j'ai évoquées
au début de mon intervention. En revanche, vous
contraignez les P. T. T. à prodiguer des tarifs préférentiels
de toutes sortes aux gros usagers et cela au nom de la « commercialisation
» c'est le cas, mais je pourrais en citer d'autres, pour
la « Redoute de Roubaix » alors que les tarifs pour
les petits usagers augmentent. Nous avons assisté, voilà
quelques années, à la création du courrier à
deux vitesses avec un tarif à quarante centimes et l'autre à
cinquante centimes ; nous avions, à l'époque, dénoncé
cette politique. En définitive, nous avions raison : il s'agissait
d'augmenter les tarifs postaux.
Dans le même temps, alors que le budget général
est si généreux pour les monopoles de la sidérurgie,
vous imposez aux P. T. T. des charges qui ne devraient pas être
les leurs. C'est le cas on l'a dit tout à l'heure à
cette tribune des tarifs préférentiels de presse
déclarés, pour 1973, à plus de 800 millions de
francs. Vous l'avez reconnu il est vrai, monsieur le ministre, mais
nous attendons que vous preniez des mesures.
Alors que le Trésor ne sert toujours qu'un taux d'intérêt
de 1,5 p. 100, vous imposez aux chèques postaux un déficit
artificiel de 1.056 millions de francs.
J'ajoute, enfin, que l'administration postale est la seule à
supporter toutes les charges des retraites. Cette contribution est évaluée
à 30 p. 100 des traitements bruts.
Voilà la réalité de votre politique telle qu'elle
ressort du budget que vous nous présentez. Vous privilégiez
les sociétés de financement et les trusts de l'électronique
et des télécommunications ; dans le même temps,
on constate une insuffisance en moyens techniques et en effectifs dans
les bureaux des centres, ce qui entraîne une dégradation
de la qualité des services pour les petits et moyens usagers,
alors qu'il conviendrait, par exemple, de maintenir et de développer
les ateliers des P. T. T.
Comment se traduit pour le personnel une telle situation ?
Votre prédécesseur avait déclaré que les
P. T. T. devaient avoir une gestion industrielle et commerciale, le
critère de base des P. T. T., c'est la rentabilité. Nous
nous éloignons là de la notion de service public et les
conséquences de cette politique sont néfastes pour le
personnel. La mécanisation, l'automatisation, la direction participative
par objectif se traduisent pour les agents par la dégradation
des conditions de travail, le refus de voir satisfaire leurs revendications
alors que le personnel fait preuve d'un grand esprit de responsabilité,
d'un grand esprit civique dans l'accomplissement de sa mission. Le reconnaître,
c'est une chose ; mieux rémunérer le personnel en est
une autre.
Là encore, le budget est à l'opposé d'une juste
politique en matière de rémunération. Il ne comporte
aucune mesure catégorielle nouvelle. Celles qui figurent au fascicule
budgétaire ne sont que la reconduction et l'application de la
réforme Masselin.
Les mesures indemnitaires elles-mêmes sont insuffisantes. La prime
de résultat d'exploitation la seule qui touche tout le
personnel portée à 1.000 francs sera bien loin
de la revendication 20 points réels bien loin même
des propositions antérieures de l'administration d'indexation
sur le traitement de début du préposé à
Paris. Quant aux autres indemnités, à l'exception de la
prime de risque, elles ne touchent que très peu d'agents. Les
mesures indemnitaires sont de 46,7 millions de francs au lieu de 63,7
millions. Les effectifs atteignent 3.607 unités seulement contre
4.850 dans le projet soumis au conseil supérieur et encore faut-il
en signaler l'étalement sur toute l'année. Ce chiffre
est tellement insuffisant que le rapport de
M. Wagner, à l'Assemblée nationale, est obligé
d'admettre que, dans le cadre du VI' Plan, et sans tenir compte du «
rattrapage » indispensable pour la poste seule, 4.740 emplois
sont nécessaires.
Bien entendu, ces chiffres sont encore nettement en-dessous des besoins
réels qui voient tous les services craquer justement en raison
de l'insuffisance des effectifs.
Je voudrais vous donner un exemple : au central téléphonique
de « Paris Inter Archives », où sont employées
2.300 téléphonistes, 80.000 heures de compensation pour
les dimanches et jours fériés n'avaient pu être
rendues en raison de l'insuffisance du personnel.
Cette dégradation générale des conditions de travail
dans tous les services sans exception est l'une des raisons essentielles
des grèves locales multiples qui ne cessent d'éclater.
Je voudrais faire deux autres remarques. La première concerne
le VI' Plan. En dépit de belles paroles un retard très
important est pris, par rapport aux objectifs du Plan, en ce qui concerne
les autorisations de programme, notamment à la poste et aux services
financiers, mais aussi aux télécommunications.
La seconde remarque vise le financement des investissements.
Il est bien évident qu'un budget des P. T. T. sincère,
avec les seules charges qui lui incombent, le contrôle des prix
du matériel, etc., ferait ressortir des excédents plus
importants, même en tenant compte des revendications du personnel,
ces excédents pouvant être utilisés en tout ou en
partie pour le financement des investissements. Nous avons vu aussi
que les fonds en dépôt aux chèques pouvaient être
utilisés.
Avec les personnels des P. T. T., nous exigeons le salaire minimum à
1.000 francs, le retour à la semaine de quarante heures, une
véritable réforme des catégories C, D et B, la
suppression de l'auxiliariat.
Pour le personnel féminin, nous pensons qu'il faut prévoir
des crédits lui permettant, pendant les heures de travail, de
préparer les concours intérieurs ; autrement il est inconcevable
qu'une femme, mère de famille, puisse y parvenir dans de bonnes
conditions.
Nous demandons également que soit favorisé le logement
des garçons et filles célibataires dans les centres urbains.
Toutes ces légitimes revendications peuvent et doivent être
satisfaites.
Peut-on attendre de votre Gouvernement qu'il adopte une autre politique
? Je viens de démontrer que vous accentuez celle qui existe.
D'ailleurs, vous avez déclaré que vous poursuiviez la
tâche de votre prédécesseur.
Ce qu'il faut faire, c'est changer, changer de politique. C'est ce que
propose la gauche unie qui donnera à l'administration des P.
T. T. sa véritable place, son rôle de service public alors
qu'elle étouffe actuellement sous le poids des monopoles et des
banques. Nous voyons bien, par l'importance des nationalisations proposées,
que les personnels, ainsi que leurs organisations syndicales, participent
réellement à la gestion des - P. T. T.
Toutes ces mesures que nous proposons assureraient un développement
harmonieux de l'administration postale. Ce secteur pourrait développer
au plus haut niveau les techniques dans l'intérêt de l'économie
nationale des personnes et du public.
Votre budget est à l'opposé de ce que nous proposons.
Aussi ne serez-vous pas étonné que le groupe communiste
vote contre. (Applaudissements sur les travées communistes et
socialistes.)
M. le président. La parole est à M. lieder..
M. Léopold Heder. Monsieur le président, monsieur le ministre,
mes chers collègues, profitant de cette discussion de votre budget,
je voudrais, monsieur le ministre, appeler votre attention sur l'attitude
de votre administration centrale à l'égard d'un problème
qui intéresse votre département. Il s'agit du centre des
télécommunications de Cayenne.
Ce centre est actuellement implanté dans l'agglomération
de Cayenne au lieudit Troubiran.
Il bénéficie, depuis l'origine, d'une très vaste
zone de protection, et tous les terrains alentour se trouvent frappés
d'une servitude qui interdit toute construction, tout équipement,
toute modification de la consistance de l'agglomération.
Cette situation est évidemment déplorable, non seulement
pour la population et les administrations publiques, qui sont constamment
gênées dans leurs projets, mais également pour la
municipalité de Cayenne qui, au moment où s'établit
le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme, a le
souci bien naturel de développer harmonieusement la ville et
qui se heurte, plus que partout ailleurs, au problème foncier.
Cette protestation clairement et unanimement formulée lors de
l'ouverture de l'enquête d'utilité publique de ce centre,
m'a conduit, depuis longtemps, à demander à vos prédécesseurs,
conjointement avec l'administration locale de l'époque, le déménagement
hors de Cayenne de ce centre qui peut parfaitement s'installer sans
inconvénients dans la périphérie.
Il m'a été répondu, à maintes reprises,
que l'implantation du centre des télécommunications serait
modifiée dans le sens que je préconise en tant
que maire de la ville lorsque les installations actuellement
en service se trouveraient techniquement dépassées et
lorsqu'elles seraient remplacées par le système hertzien
permettant les liaisons par satellite. J'ai donc attendu, pris mon mal
en patience.
Or, voici que j'ai appris tout récemment que les équipements
annoncées allaient être installés au centre de Cayenne,
mais que les anciens bâtiments seraient adaptés en conséquence.
Il n'est donc plus question de déplacer ce centre.
De plus et c'est le nouveau style des administrations centrales à
notre égard on m'a informé que si les responsables locaux
venaient à protester, le centre de Cayenne ne recevrait pas les
équipements en cause, qui seraient alors installés au
Surinam, c'est-à-dire dans l'ancienne Guyane hollandaise. Bien
entendu, cette décision et cette réponse ont jeté
la consternation en Guyane.
En effet, nous nous étions imaginés jusqu'alors que la
France portait quelque intérêt à cette Guyane qu'elle
possède depuis 1604, à ce vaste territoire grand comme
trois fois la Be/gigue, doté de richesses naturelles abondantes
et diversifiées, et admirablement placé par la nature
comme entrepôt de commerce, comme grand marché posé
à la charnière de l'Amérique du Sud et de l'Amérique
Centrale, à égale distance de Rio de Janeiro, de New York
et de Dakar.
Nous avions pensé qu'un tel territoire pouvait être aménagé
comme phare de rayonnement culturel, scientifique et technique.
Et voilà que, subitement, nous apprenons qu'au contraire, dès
qu'il s'agit de la Guyane, on peut se dispenser des exigences de rigueur,
de toute rectitude de pensée, allant jusqu'à équiper
de préférence le pays voisin étranger avant d'entreprendre
dans un territoire français, situé dans la même
zone d'influence, des réalisations aptes à combler les
retards techniques et économiques considérables qu'il
connaît. Car il est bien évident que la
promotion économique de mon département passe nécessairement
par une amélioration des communications tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur.
Or, il n'est pas exagéré de dire que dans le domaine des
postes et télécommunications, tout reste à faire
en Guyane.
Sur le plan des communications extérieures, les difficultés
de correspondre avec la France et l'impossibilité de téléphoner
à l'étranger sont des obstacles non négligeables
parmi d'autres à l'implantation en Guyane des entreprises
qui souhaiteraient s'y fixer.
En ce qui concerne l'intérieur, comme vous le savez, monsieur
le ministre, seules les villes de Cayenne, de Kourou et de Saint-Laurent-du-Maroni
bénéficient d'un service téléphonique permanent.
Je n'ignore pas que la mise en service automatique de l'île de
Cayenne est programmée par vos services pour l'année 1973
et que cet équipement moderne dont nous vous remercions. desservira
aussi les communes voisines de Remire et de Matoury.
Mais la situation demeurera ce qu'elle est, c'est-à-dire catastrophique
pour les autres communes de la Guyane, où le service n'est assuré
qau'entre sept heures trente et midi ainsi qu'entre quatorze et dix-huit
heures. Le reste du temps, c'est le vide le plus total et toute communication
entre les communes est impossible par l'intermédiaire de vos
services.
Il faut admettre que dans aucun département métropolitain
la population se trouve sans aucune possibilité de communication
pendant plusieurs heures chaque jour et pendant toute la nuit.
Pour toutes ces raisons, monsieur le ministre, nous nous disposons déjà
à accueillir avec enthousiasme ce nouvel équipement technique
qui prend place dans le réseau international de télécommunications
en voir de constitution. considérant ce geste de votre département
ministériel comme destiné à donner de votre administration
une autre image que celle qui est, à l'heure actuelle, la sienne
en Guyane.
Accomplissez ce geste, monsieur le ministre, sans l'assortir de la menace
de nous priver de cette installation au profit de nos voisins du Surinam.
Reconsidérez personnellement ce dossier, en recherchant tous
les moyens de déplacer ce centre dans les conditions suggérées
conjointement par l'administration locale et les élus.
Il ne suffit pas, à mon sens, de se retrancher derrière
le palliatif d'une simple réduction de l'étendue de la
zone de protection pour alléguer que le problème est résolu.
Cette mesure n'est pas de nature on le sait bien à
éliminer l'incidence financière considérable que
ce centre exerce sur le prix des lotissements voisins. S'agissant d'un
équipement de haute technicité, d'un équipement
de pointe tout à l'honneur de la France et de votre administration,
veillez, monsieur le ministre, à ce que sa réalisation
ne demeure pas subordonnée au seul strict critère de la
rentabilité.
Quand, au cours de son voyage en Amérique latine, le général
de Gaulle prononçait, au Paraguay, les paroles suivantes : «
Les choses sont ainsi que la France, qui s'est relevée de ses
blessures et qui a fait de grands pas en avant dans la voie de son développement,
se trouve maintenant dans une position où elle peut apporter
aux nations qui le désirent l'assistance de ses capacités
scientifiques, techniques, économiques et sociales », le
chef de l'Etat de l'époque entendait mettre l'accent sur deux
considérations essentielles.
D'abord, les progrès accomplis à l'intérieur, se
traduisant par la satisfaction d'un grand nombre de besoins prioritaires.
Ensuite, les moyens dont disposait la France pour accroître son
prestige à l'extérieur.
Par application de ces principes, vous pourriez faire que, charité
bien ordonnée commençant par soi-même, la Guyane
cesse d'inspirer pitié aux pays voisins, au Brésil et
aux Guyanes étrangères, grâce à cette réalisation
relevant de votre initiative, qui constituerait un exemple des réussites
françaises. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Jozeau-Marigné,
dernier orateur inscrit.
M. Léon Jozeau-Marigné. Monsieur le président,
monsieur le ministre, mes chers collègues, je voudrais, à
titre personnel, intervenir très brièvement sur votre
budget, monsieur le ministre, sans donner à cette intervention
un caractère autre que technique.
Il ne s'agit pas de savoir si le programme politique d'un parti ou d'un
ensemble de partis aboutira ou non à un résultat mineur.
Il nous est nécessaire de savoir en cet instant si le budget
qui nous est présenté correspond aux besoins normaux,
aux aspirations profondes de notre pays et nous permet de nous réjouir
et de nous citer en exemple.
C'est justement parce que je suis profondément ému des
conditions difficiles dans lesquelles fonctionne le service public,
parce que j'ai la sensation profonde que les investissements prévus
ne correspondent pas, mais pas du tout, aux besoins indispensables que
je monte à cette tribune pour émettre une protestation
et manifester le désir d'une évolution.
En effet, monsieur le ministre, très souvent, lorsque nous administrons,
que ce soit à l'échelon national ou à l'échelon
local, nous sommes amenés à concevoir des investissements
répondant à une nécessité absolue. Nous
savons tous, dans nos communes, dans nos départements combien
le problème des liaisons est vital. Aussi, lorsque nous soulignons
ici ce caractère, ce n'est pas dans le dessein de critiquer une
personnalité politique responsable ; c'est, au contraire, pour
l'aider dans ses rapports avec la rue de Rivoli. Or il est de fait que
votre budget pour 1973 ne comporte pas les moyens permettant d'assurer
les liaisons indispensables à notre vie économique.
Au cours de votre exposé, vous avez bien voulu indiquer que vous
espériez fin 1974, soit d'ici à deux ans, réaliser
l'automatisation à 94 p. 100. Ce ne sera pas pour autant un succès
considérable car, lorsqu'on est desservi par l'automatique, encore
faut-il que la ligne ne soit pas saturée et que l'on parvienne
à obtenir une réponse.
Dans quelle situation sommes-nous dans nos provinces ? Très souvent,
lorsque le maire d'une commune rurale utilise le téléphone
pour faire appel à un médecin ou à un service de
sécurité par exemple en cas d'incendie il
lui faut attendre dix, quinze, voire vingt minutes, sinon plus, pour
obtenir que la poste réponde. Il arrive alors fréquemment
que l'on soit obligé d'utiliser une voiture pour pallier la carence
du téléphone.
Telles sont les difficultés en face desquelles nous nous trouvons.
Votre administration, depuis quelque temps déjà, a trouvé
un moyen de suppléer au manque de crédits : les avances
remboursables. Lorsqu'une personne demande un abonnement téléphonique,
on lui réclame une somme de 2.000 ou 3.000 francs pour le raccordement,
cette somme constituant pour partie une avance iur les communications.
Elle peut espérer obtenir satisfaction dans un délai de
six mois.
Mais je voudrais vous rendre attentif au fait que nous, conseillers
généraux, dans nos assemblées départementales
vous voyez, monsieur le ministre, que je vais élever le
débat nous sommes aussi contraints d'en passer par ces
avances remboursables.
M. Charles Alliés. Sans intérêt !
M. Léon Jozeau-Marigné. Présidents de conseils
généraux, nous comprenons vos difficultés, mais
nous ne voudrions pas être dupes. Lorsque après avoir consenti
cette avance, nous espérons pouvoir inscrire dans notre budget
le remboursement, nous recevons la visite de votre directeur régional
qui nous dit : un quart ou un tiers de votre département
est automatisé ; nous pouvons faire plus, mais consentez-nous
une nouvelle
avance. Ainsi, loin de recevoir le remboursement espéré,
c'est encore nous qui continuons à financer vos travaux pour
des sommes de plus en plus importantes.
Je ne peux donc pas laisser dire que ce sont les crédits budgétaires
qui vous permettent de faire face aux besoins. Ce sont les avances que
les collectivités locales sont obligées de vous consentir.
Si vous croyez que vous pouvez rendre automatique le réseau français
d'ici 1972, je vous pose cette question : lorsque vous aurez automatisé
tout le pays, où en serez-vous du remboursements des avances
consenties par les collectivités locales et notamment les départements
? (Très bien ! très bien !)
Cette question ne revêt aucun caractère politique ; elle
a un simple caractère technique, et je sais quelles ont toujours
été les difficultés de cette administration. Mon
intervention n'a d'autre but que de vous aider dans votre tâche,
monsieur le ministre.
Dans nos conseils généraux, nous avions toujours eu, monsieur
le ministre, des rapports excellents avec vos directeurs départementaux.
Maintenant, ils nous disent qu'il faut nous adresser à la région
pour obtenir satisfaction. Où est le progrès ?
Récemment, je faisais partie d'une mission dans un pays nordique,
au nom de la commission de législation je m'en entretenais
ce soir avec M. le président du Sénat et j'ai pu téléphoner
en 15 secondes dans mon département de là-bas, ce que
je suis bien incapable de faire dans mon propre pays. Cela m'attriste.
Je ne veux donner de leçon à personne ; j'essaie seulement
d'être constructif. Mais comme, dans ce domaine, je n'obtiens
pas de réponse â mes demandes, que me reste-t-il à
faire ? Je suis obligé de faire remarquer, ce soir, que ce budget
ne permet pas de calmer les inquiétudes des collectivités
locales. Si vos réponses ne me donnent pas satisfaction, monsieur
le ministre, je ne répondrai à votre projet de budget
que par un seul
mot : non ! (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Hubert Germain, ministre des postes et télécommunications.
Monsieur le président, mesdames, messieurs, avant d'aborder dans
le détail les questions qui m'ont été posées,
je voudrais développer quelques considérations générales.
J'ai écouté chacun avec attention, et l'impression qui
se dégage à l'issue de ce débat est celle d'une
critique et d'un scepticisme à l'égard de nos efforts,
qu'il s'agisse des postes, des services financiers ou des télécommunications.
Certaines suggestions ont été faites. Les difficultés
ont été soulignées. De ce que nous avons entrepris,
de ce que nous avons réalisé, de l'explosion qui a été
constatée dans la demande, presque rien n'a été
dit.
Par contre, j'ai entendu l'écho des campagnes de dénigrement
lancées par certains organes de presse. J'ai aussi senti à
travers les propos exprimés des inquiétudes sur l'unité
de notre administration et sur une prétendue a privation ».
Cela me conduit à penser qu'il convient d'améliorer l'information
relative au département ministériel que je dirige. C'est
une préoccupation que j'ai eue dès que je me suis trouvé
placé à sa tête. Je suis convaincu qu'il est nécessaire
de montrer nos réalisations, d'expliquer quels sont les problèmes
qui se posent à nous.
Je souhaite que vous puissiez, au sein d'un groupe d'études comme
celui sur l'aviation civile auquel j'ai participé en tant que
parlementaire, et dont j'ai pu mesurer l'utilité, découvrir
ce que sont les activités de mon administration, les études
que nous menons, de façon à mieux saisir la nature de
nos efforts et les difficultés que nous rencontrons. Dans le
domaine des télécommunications, il est plus difficile
de montrer des réalisations spectaculaires que dans celui des
autoroutes, par exemple. Malgré l'aridité de cette tâche,
je suis prêt à l'entreprendre pour l'information du Parlement
et je suis heureux d'en saisir le Sénat, en premier, ce soir.
On dit que les efforts que nous faisons sont insuffisants au regard
des besoins. Bien sûr, ceux-ci sont importants ; ils vont même
encore se développer dans les prochaines années et des
problèmes difficiles continueront à se poser à
nous ou à nos successeurs.
Ce n'est pas là un aveu de faillite. Pardonnez-moi de me laisser
emporter par le sujet et par ma conviction, mais je voudrais vous montrer
qu'il s'agit là d'un phénomène de civilisation
symptomatique du progrès économique et social dans notre
pays, et de plus universel.
Il y a plus de 700.000 demandes d'abonnement en instance en France,
mais il y en a 2.900.000 au Japon. Un nombre élevé de
demandes en instance n'est pas forcément un mauvais signe. Ce
qui est important, c'est le délai de satisfaction de la demande.
J'appelle votre attention sur un autre problème. Quand mon prédécesseur
Robert Galley, auquel je veux rendre un hommage très particulier
ce soir pour l'efficacité de son action, a entamé le processus
de développement des télécommunications, il a demandé
de gros efforts à l'industrie. J'ai poursuivi moi-même
cette politique qui dure donc déjà depuis plusieurs années.
Peut-on imaginer que nous puissions accélérer encore la
cadence sans finir par nous heurter à certaines limites ? Des
risques sérieux seraient pris dans certains domaines et notamment
dans celui de la qualité des équipements fournis et dans
celui des délais de livraison.
J'ai dit à l'Assemblée nationale que je serai impitoyable
sur ces sujets dans nos rapports avec les constructeurs. Mais il nous
faudrait en tenir compte dans notre politique industrielle.
Il est faux de dire que nous ne progressons pas. Le projet de budget
que je soumets ce soir à votre approbation manifeste au contraire
une indéniable volonté de modernisation et de développement.
Il prolonge des efforts entrepris depuis plusieurs années, et
dont les résultats sont d'ores et déjà perceptibles.
On nous a dit, au cours des interventions que nous avions pris du retard
dans l'exécution du Plan en ce qui concerne la télécommunication.
C'est tout à fait inexact. En suivant un échéancier
analogue avec celui proposé par la commission des transmissions
du Plan, le volume des autorisations d'engagement pour les trois années
1971 à 1973 avaient dû s'élever à 19,37 milliards
de francs. Or elles atteindront au moins 19,58 milliards et même
plus compte tenu de l'intervention de la quatrième société
de financement Créditel, que je viens d'agréer. Cet effort
financier a permis d'accélérer le rythme des raccordements
d'abonnés nouveaux. Il y en a eu, en 1965, 200.000 ; en 1968,
300.000 ; en 1972, 560.000 et en 1973, il y en aura près de 700.000.
Voilà des chiffres significatifs. L'industrie a pu fournir tous
les matériels qui lui ont été demandés et
elle a également réussi à conquérir des
marchés extérieurs.
Dans le même temps, les prix des matériels ont diminué,
conformément toujours aux voeux formulés par le Plan :
Sur une base de 100 en 1969, l'indice des prix des matériels
de télécommunications était de 95 en 1970. Il s'est
également maintenu à 95 en 1971. Sur la même base
100 en 1969, l'indice des prix de l'ensemble des produits industriels
était de 109 en 1970 et de 112 en 1971. On voit l'effort tout
à fait remarquable accompli par l'industrie du téléphone
au cours de ces années, grâce à une productivité
accrue, à l'accroissement des séries et au changement
de génération des matériels,
Mais, alors même que les objectifs assignés à l'administration
et l'industrie étaient remplis, la demande a connu une augmentation
brutale. Si elle n'avait progressé entre 1950 et 1960 que de
4,2 p. 100 par an en moyenne, de 1960 à 1969 de 10,8 p. 100,
elle a augmenté de 23,4 p. 100 en 1970, de 30 p. 100 1971 et
de 32,7 p. 100, suivant nos prévisions, en 1972. Voilà
des chiffres significatifs qui situent exactement le niveau de nos efforts
et la croissance brutale de la demande, traduisant des besoins et des
appétits nouveaux sur le plan national.
J'ai tenu à vous situer d'abord nos problèmes les plus
généraux et je vous prie de m'excuser d'avoir été
sans doute un peu long.
Je reviendrai maintenant sur un certain nombre de problèmes évoqués
par les intervenants, sur ceux du moins que je n'ai pas évoqués
dans mon exposé introductif.
M. Henneguelle m'a reproché de ne pas avoir défini de
façon précise par quels emprunts nous comptions couvrir
le besoin de financement de 3.690 millions de francs qui apparaît
dans notre projet de budget. Je peux lui répondre sur ce sujet.
Nous avions en effet tenté de faire une prévision de cette
nature dans le projet de budget de 1972, pour la première fois
cependant, car ne n'était pas la tradition. Or ces prévisions
ont été complètement déjouées, dans
le bon sens d'ailleurs, grâce à l'aisance du marché
financier. L'an dernier, à la même époque, nous
avions prévu que l'emprunt classique P. T. T. et celui de la
caisse nationale des télécommunications rapporteraient
850 millions de francs. Ces prévisions étaient tout à
fait légitimes, compte tenu de la conjoncture de l'époque.
Or ces deux ressources réunies ont rapporté plus de 2.500
millions de francs.
Il n'est en réalité pas possible de prévoir à
l'avance avec suffisamment de précisions quel sera, dix-huit
mois plus . tard, l'état du marché financier. C'est pourquoi
nous n'avons pas voulu reconduire en 1973 la procédure inaugurée
en 1972 et prévoir une répartition détaillée
entre les différents types d'emprunts possibles.
Nous savions, d'autre part, que nous allions terminer l'exercice 1972
avec un excédent de trésorerie. Les sommes empruntées
auront, en définitive, été supérieures à
nos besoins de près de 600 millions de francs qui seront, bien
entendu, affectés à la couverture du besoin de financement
de 1973, qui, j'y insiste, est réduit d'autant. Mais au moment
de la préparation du budget, au milieu de l'été,
nous ignorions le montant exact de cet excédent, ce qui constituait
une raison de plus de ne pas donner une précision qui aurait
été fausse.
Certains ont voulu me faire dire que ce besoin de financement serait
couvert par une augmentation des tarifs. Je ne vois pas pour ma part
comment il serait possible de faire dès à présent
un tel choix. Je n'ai pas, en tout cas, l'intention de le faire. Je
m'étonne par ailleurs que le découvert de notre budget
soit jugé excessif. On a un peu tendance à oublier que
notre budget n'est plus essentiellement un budget de fonctionnement
comme il l'était il y a encore quelques années. Il comporte
maintenant des investissements pour un montant élevé.
Le recours à l'emprunt est normal dans ces conditions.
Vous vous êtes également inquiété, monsieur
le rapporteur, du développement du Cidex. Je le disais dans mon
propos tout à l'heure, mais je le répète , le Cidex
est un facteur de progrès.
Il rend plus facile la tâche des services d'exploitation et il
apporte aux clients un service amélioré. J'ajoute que
son emploi est totalement volontaire et que nous ne sommes jamais allés
à l'encontre de l'opposition des usagers. D'ailleurs les enquêtes
que nous avons fait effectuer montrent que 88 p. 100 des usagers acceptent
de participer au service. Les problèmes qui subsistent sont mineurs
et seront surmontés.
Il ne faut donc pas considérer que la mise en place du Cidex
nuit aux rapports entre l'administration et les usagers du service public.
M. Beaujannot a évoqué plusieurs problèmes. Il
s'est d'abord inquiété des efforts qu'il est nécessaire
d'accomplir pour Paris et la région parisienne. Ce problème
ne m'a pas échappé.
Il concerne à la fois les télécommunications et
la poste. Pour cette dernière, en particulier, la croissance
rapide des cités nouvelles nécessite un effort permanent
d'adaptation.
M. Etienne Dailly. M'autorisez-vous à vous interrompre, monsieur
le ministre ?
M. Hubert Germain, ministre des postes et télécommunications.
Je vous en prie.
M. le président. La parole est à M. Dailly, avec l'autorisation
de l'orateur.
M. Etienne Dailly. Puisque vous avez parlé, monsieur le ministre,
de la région parisienne, je souhaite évoquer le problème
des villes nouvelles.
Le département que je représente a fait, depuis quelques
années, un effort considérable pour votre administration
et vous a prêté, à 15 ans, sans intérêt,
près de 30 millions de francs pour favoriser la modernisation
et arriver à une automatisation rapide du téléphone
sur l'ensemble du département.
Mais, comme nous nous trouvons dans la région parisienne, que
notre département représente 55 p. 100 de la surface de
celle-ci, mais seulement 6,5 p. 100 de sa population, et que le vide
appelle toujours à être rempli, on nous a gratifié
de deux des cinq villes nouvelles de la région parisienne. Or,
nous croyons comprendre qu'une bonne part des crédits qui, dans
votre budget, vont être attribués au département
de Seine-et-Marne, seront en fait affectés à Marne-la-Vallée
et à Melun-Sénart, cela au détriment de toutes
nos villes anciennes et de nos bourgs qui ont pourtant le droit de ne
pas mourir, qui doivent créer des emplois dans leurs zones industrielles
et, donc, équiper celles-ci du téléphone !
Ma question est par conséquent la suivante : avez-vous l'intention
d'équiper ces villes nouvelles sur vos crédits normaux
ou bien le Gouvernement, fidèle à tous les engagements
pris à ce banc par M. Chalandon, ministre de l'équipement,
a-t-il bien l'intention de financer ces équipements par des crédits
spéciaux destinés aux villes nouvelles ?
M. Chalandon a déclaré devant le Sénat que l'Etat
faisait son affaire de tous les équipements de ces villes nouvelles
dans la région parisienne, et cela dans tous les domaines, y
compris le téléphone, et aussi les constructions scolaires.
Or, dans ce dernier cas, sur les 130 classes que l'on nous attribue
par an, 65 sont maintenant affectées aux villes nouvelles ! Je
vous avoue craindre que, pour le téléphone, il n'en soit
de même. Je vous demande de nous donner de nouvelles assurances
à cet égard.
L'équipement des villes nouvelles en téléphone
automatique sera-t-il financé en dehors des crédits budgétaires
normaux et par conséquent sans porter atteinte à nos attributions
normales ?
Le Gouvernement, comme dans le domaine scolaire, a-t-il, au contraire,
l'intention de ne pas respecter ses engagements ?
M. Hubert Germain, ministre des postes et télécommunications.
Monsieur le sénateur, vous venez de m'interrompre fort à
propos.
Je porte à Paris et à la région parisienne, vous
le savez, une attention particulière.
Le problème posé par la création des villes nouvelles
y est important et il exige des crédits spéciaux, qui
ne peuvent pas, bien entendu, être totalement prélevés
sur le budget des P. T. T.
Je fais étudier actuellement la possibilité de financer,
dans les immeubles neufs, certains équipements de télécommunications
dans les mêmes conditions que ceux assurant la desserte en eau,
gaz et électricité. Le téléphone n'est pas
un gadget superflu, un objet de luxe, c'est un instrument qui doit être
désormais à la disposition de chacun, quelle que soit
sa fortune. Au cours des prochaines semaines, je dois provoquer sur
ce sujet une réflexion dont les conclusions seront communiquées
par mes soins, en temps voulu, au Parlement.
L'effort fait pour la région parisienne a été très
important, monsieur Beaujannot. Nous avons amélioré, en
certains points, l'écoulement du trafic ; l'automatisation du
réseau est, dans cette région, presque achevée
; il reste surtout à assurer le remplacement des équipements
vétustes, et j'attache une grande importance à cette dernière
action.
Mais, bien entendu, l'attention que j'entends porter à la région
parisienne ne me fera pas pour autant négliger les problèmes
à résoudre en province. Il reste incontestable que l'importance
du trafic entre la région parisienne et le reste de la France
a des répercussions considérables sur la bonne marche
de l'ensemble du réseau de télécommunications.
Je vous remercie, monsieur le sénateur, de poser en ces termes
ce problème.
Je voudrais relever votre propos en ce qui concerne l'automatisation.
Sa réalisation complète est prévue pour la fin
de l'exécution du VI' Plan, et non du VIP Plan comme vous l'avez
indiqué. Les taux sont ceux que vous avez donnés. A la
fin de 1974, 94 p. 100 des abonnés bénéficieront
du cadran. Cependant, la subsistance de réseaux manuels et semi-automatiques,
essentiellement en province, peut être une cause de mauvaise qualité
du service.
Tout se tient, et nous devons disposer de capacités d'écoulement
du trafic suffisantes pour assurer sa fluidité.
Le travail est parfois ingrat dans les centres de tri. Nos efforts seront
très importants dans ce secteur. L'augmentation du trafic postal
impose des réalisations nouvelles et modernes.
Nous avons dominé techniquement l'ensemble de ce problème
et nous ne sommes pas en retard par rapport aux pays étrangers.
Nous sommes parvenus à de bons résultats sur le plan des
études techniques et nous allons désormais entrer dans
le domaine des
réalisations.
M. Javelly a évoqué les problèmes de son département
des Alpes-de-Haute-Provence. Celui-ci se trouve dans une situation bien
particulière. Nous procédons, vous le savez, à
la modernisation de son réseau. A l'heure actuelle, pour l'ensemble
de la région Provence - Côte d'Azur, le taux d'automatisation
est déjà élevé. Mais un effort spécifique
est entrepris en faveur des Alpes-de-Haute-Provence.
J'ai écouté avec beaucoup d'attention les propos de M.
Billiemaz. L'action de mon département ministériel n'a
trouvé grâce devant lui sur aucun des points que j'ai soulevés,
ni sur ceux qu'il a développés.
La location des Transall est-elle une solution de fortune ?
Certes non, puisque nous avons pris la décision de changer les
appareils trop anciens de l'aérospatiale qui posaient des problèmes
de sécurité.
Nous ne voulions pas nous adresser à l'industrie américaine
et nous voulions attendre qu'arrivent sur le marché français
des appareils qui répondent à nos besoins. Une possibilité
nous était offerte de louer quelques appareils Transall à
l'armée de l'air.
Mais nous ne pouvions, en effet, attendre la mise en service des appareils
du type Airbus ou Mercure. La location constituait donc une solution
plus intéressante pour nous.
Le déficit des chèques postaux a été évoqué
par de nombreux orateurs. C'est pour moi un grand sujet de préoccupation.
C'est l'ensemble du problème des chèques postaux qu'il
faut aborder car doivent être trouvées des mesures propres
à assurer leur développement et à leur permettre
de faire face à la concurrence du secteur bancaire. Nous devons
donc trouver des formules nouvelles dans le cadre de notre administration.
J'étudie
ce problème actuellement au plan interministériel.
Je ne reviendrai pas sur les demandes de raccordement téléphonique.
Je les ai évoquées il y a quelques instants. Nous avons
fait, et nous continuons de faire, de grands efforts dans ce domaine.
Si je devais employer une formule pour dépeindre la vie des télécommunications,
je dirai qu'il se passe chaque jour quelque chose, en France, dans le
domaine des télécommunications.
Il n'est pas de journée où l'on ne procède à
une mise en service dans une région de France.
L'année prochaine, nous allons procéder la création
ou à l'extension de centraux téléphoniques au rythme
de trois par jour, ce qui vous montre bien l'effort de développement
fait pour redresser la situation des télécommunications
et en particulier pour améliorer la qualité du service
qui constitue la première des priorités de notre action.
Nous accordons parailèlement une seconde priorité aux
raccordements de nouveaux abonnés. En effet, à quoi serviraient-ils
si nos nouveaux clients devaient déboucher sur un réseau
encombré ? C'est là que se situerait le paradoxe. Mais
il faut tenir compte aussi du développement particulier de la
demande, de « l'appétit » pour le téléphone
que l'on constate. Les familles, plus que les milieux
d'affaires, veulent maintenant en disposer. C'est normal mais cela pose
un problème qu'il faut maîtriser.
Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de mes paroles ! Il n'y
a pas lieu de se décourager. Nos efforts devront être poursuivis
pendant de nombreuses années. Mais c'est une marque de la santé
économique du pays et une preuve de son expansion. En rattrapant
l'un après l'autre nos retards, nous faisons la démonstration
que nous marchons dans une bonne voie.
J'ai écouté avec beaucoup d'attention les préoccupations
que M. Jean Colin a exprimées. Il nous a parlé de progrès
réels, et je l'en remercie, car il est un des rares orateurs
à en faire état.
M. Colin m'a fait part aussi de ses inquiétudes au sujet des
problèmes de financement et des structures. Il a parlé
d'office et de privatisation.
Dans une autre partie, plus détaillée, de son propos,
il a évoqué les problèmes des personnels dans le
domaine catégoriel et indemnitaire.
Si vous me le permettez, monsieur Colin, je préférerais,
étant donné la longueur des développements nécessaires,
vous répondre personnellement.
En ce qui concerne les financements, bien entendu, nous n'envisageons
pas de relâcher l'effort que nous avons entrepris ; nous souhaitons
au contraire, d'une manière ou d'une autre, poursuivre cet effort
grâce, notamment, à l'apport des sociétés
de financement.
M. Colin et plusieurs autres orateurs ont exprimé leur inquiétude
au sujet des structures, songeant plus particulièrement aux télécommunications.
Un certain nombre d'articles de presse ont provoqué quelque émotion
à cet égard. Aux yeux de certains, c'est un problème
essentiel. Pour moi l'unité n'en constitue pas un. Par contre,
je dis « non » à la privatisation.
Nous serons sans doute amenés, dans les années à
venir, pour permettre aux télécommunications de se développer
convenablement, de procéder à certains aménagements
en fonction des objectifs à atteindre et des moyens que nous
avons à notre disposition.
Etant depuis relativement peu de temps à la tête de ce
département ministériel, il m'est difficile de vous dire
très exactement, vous le comprendrez sûrement, quelles
peuvent être les transformations à opérer. De toute
façon, je m'interdis toute évocation publique de ce sujet
jusqu'au mois de mars 1973, pour des raisons évidentes.
M. Minvielle a condamné globalement, sans rémission, l'ensemble
des efforts accomplis depuis quinze ans. Il a estimé que tout
allait je reprends son propos se dégradant. En
matière de fluidité du trafic, rien ne serait acquis,
selon lui, en 1973.
Je lui ferai tout de même remarquer que l'objectif fixé
au début de 1971 en matière de télex a été
effectivement atteint. Personne n'a d'ailleurs parlé du télex.
Nous trouvons là une situation particulièrement saine.
En ce qui concerne la fluidité de l'écoulement du trafic
téléphonique, nous attendons des progrès incontestables.
Qu'est-ce que la qualité de service souhaitée ? Si, dans
cette assemblée, chacun de nous était appelé à
en donner une définition, il y en aurait autant que de membres
siégeant dans cet hémicycle. Nous enregistrerions même
parfois des définitions contradictoires. La qualité de
service souhaitée par l'abonné patient recouvre une autre
notion que pour l'impatient. Dans ce domaine, il est certain que des
progrès déterminants seront accomplis en 1973.
Nous avons dit que l'automatisation intégrale du réseau
était prévue dans le cadre de l'exécution du Vie
Plan et les objectifs, en cette matière, seront tenus, sauf peut-être
à un epsilon près, imprévisible aujourd'hui.
Un autre problème important a également été
évoqué par M. Minvielle : celui des concours consentis
par les conseils généraux et en particulier des avances
remboursables. Ce sujet a été abordé par plusieurs
autres orateurs.
Je souligne combien, à cet égard, la compréhension
des collectivités locales a constitué un concours précieux
pour mes services, notamment dans la recherche des terrains.
Il faut bien se rendre compte que les difficultés rencontrées
dans leur acquisition peuvent provoquer des retards allant de dixhuit
mois à deux ans pour la mise en service d'un centre téléphonique.
De même, la compréhension dont nous avons bénéficié
en matière de préfinancement a permis certaines accélérations
de nos réalisations.
Les résultats obtenus sont satisfaisants à la fois pour
les communes, les départements et pour l'administration elle-même.
Je citerai par exemple les actions menées dans le département
de Loir-et-Cher où je me trouvais la semaine dernière.
Les recettes que nous avons retirées des investissements permis
par le préfinancement du conseil général ont autorisé
un remboursement rapide des avances correspondantes. Il est vrai qu'à
cet égard la situation n'est pas identique dans tous les départements
et régions. Sans entrer dans le détail de telle ou telle
situation
particulière, je tiens à affirmer que jamais l'administration
n'a différé le remboursement des avances remboursables.
En ce qui concerne les tarifs préférentiels accordés
à la presse, il est certain que cette charge affecte très
lourdement notre budget. Je l'ai moi-même souligné tout
à l'heure, ces charges sont supérieures au budget d'investissement
de la poste. Il s'agit donc là d'un problème considérable,
dont la solution sera difficile.
M. Lucien Gautier a parlé du développement du téléphone
dans les zones rurales et de l'effort financier qui est demandé
au candidat abonné. Ce problème se pose d'ailleurs de
façon d'autant plus aiguë que la pression de la demande
se fait plus forte.
Actuellement, la participation demandée au futur client pour
une longueur moyenne de ligne terminale de 3,5 kilomètres est
de 950 francs. Cette somme, qui comprend la taxe de raccordement et
les parts contributives, représente 16 p. 100 du coût réel
de construction de la ligne.
Le bilan financier est donc très défavorable, et le coût
supplémentaire qui reste à la charge de l'administration
sans contrepartie s'élève à 6.000 francs environ
par ligne.
Comme le budget annexe des P. T. T. doit être équilibré,
et que nous ne recevons actuellement aucune aide extérieure pour
la construction de lignes rurales, ces dépenses doivent donc
être prélevées sur les recettes procurées
par les autres abonnés.
Néanmoins, dix mille lignes rurales seront construites cette
année, ce qui représente un investissement de 60 millions
de francs, et j'ai décidé d'augmenter encore l'effort
en 1973. Voilà les précisions que je voulais apporter.
J'ai écouté avec beaucoup d'attention M. Bruyneel exposer
ses démêlés avec mon administration. Je voudrais
ne pas me limiter à l'étude d'un cas particulier et lui
dire que d'une manière générale nous offrons aux
clients qui contestent le décompte de leurs taxes téléphoniques,
la possibilité de faire effectuer des contrôles en particulier
grâce à l'équipement auquel vous faites allusion,
la machine Girard. Placée en parallèle sur la ligne elle
apporte, je tiens à le souligner, toute garantie en la matière.
J'ajoute que le développement de la commutation électronique
en France permettra vraisemblablement d'apporter une solution à
ce problème de comptabilité. Vous vous êtes entretenu,
monsieur le sénateur, de votre problème particulier avec
les membres de mon cabinet. Vous comprendrez aisément que je
ne puisse pas l'évoquer ici ce soir.
M. Ferrant a traité d'un certain nombre de problèmes que
j'ai déjà abordés : la taxe sur les virements postaux,
les tarifs de la presse, la privatisation et l'équilibre financier
; de plus il a évoqué certaines questions relatives aux
personnels : receveurs, inspecteurs et techniciens.
Je lui répondrai par lettre en précisant qu'en ce qui
concerne les techniciens, j'ai moi-même effectué des démarches
extrêmement pressantes pour qu'ils puissent bénéficier
de la parité qu'ils souhaitent.
Pas plus qu'il ne m'a étonné, je n'étonnerai M.
Gaudon en indiquant que je ne suis pas d'accord avec lui, mis à
part peut-être; le problème de la privatisation du téléphone.
Il faut le dire nettement, il y a divorce total de nos pensées
politiques. Il serait vain d'aller plus loin dans le débat.
Vous avez terminé votre propos en évoquant les efforts
de la gauche unie. Monsieur le sénateur, au cours des mois qui
viennent, vous aurez l'occasion de vous exprimer très longuement
sur la manière dont vous comptez améliorer le service
des postes, des services financiers et des télécommunications.
J'espère que vous trouverez les moyens financiers et techniques
qui vous permettront de dominer très rapidement les problèmes,
d'une extrême acuité, que nous rencontrons.
M. Roger Gaudon. Vous avez eu quatorze ans !
M. Hubert Germain, ministre des postes et télécommunications.
M. Jozeau-Marigné m'a demandé si ce budget correspond
à nos besoins.
C'est une question fondamentale, monsieur le président. Ce budget
correspond certes aux programmes que nous nous sommes fixés pour
l'an prochain. Je me permets de vous parler très franchement
sur ce sujet : donner cette année aux investissements une accélération
excessive pourrait ne pas avoir l'efficacité que nous pourrions
en attendre en raison des difficultés que j'évoquais tout
à l'heure : il faut, pour donner leur pleine
efficacité aux investissements, disposer du personnel indispensable
pour leur assurer la fiabilité nécessaire, pour reprendre
un terme fort à la mode. Ce sera l'un des points importants auxquels
je veillerai à la tête de ce département ministériel.
Je voudrais préciser encore une fois ma position en ce qui concerne
les chèques postaux, bien que j'aie déjà évoqué
ce problème. Mon prédécesseur avait fait beaucoup
d'efforts pour parvenir à une solution de cette affaire. Cet
effort, je veux le reprendre et je m'efforcerai de le mener à
son terme.
M. Heder a évoqué le problème du centre radioélectrique
de Cayenne et celui des servitudes imposées au voisinage. Il
m'est, bien entendu, difficile de répondre sur-le-champ. Je peux
vous apporter dès maintenant des précisions : le centre
radioélectrique de Cayenne a une vocation propre à la
Guyanne. Dans le cas présent, nous tentons, comme pour les câbles
sous-marins, d'associer d'autres nations à son utilisation, le
Surinam, en l'occurrente.
Je pense ainsi avoir apaisé les inquiétudes dont vous
vous êtes, à juste titre, fait l'écho devant cette
assemblée.
Telles sont les explications que je me devais de donner au Sénat.
J'espère avoir ainsi répondu à toutes les questions
qui m'ont été posées.
M. Henri Henneguelie; rapporteur spécial. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur spécial.
M. Henri Hennegueile, rapporteur spécial. Monsieur le ministre,
j'ai cru tout à l'heure percevoir dans vos paroles une certaine
réprobation à l'égard des orateurs qui ont présenté
un certain nombre de critiques. Il est évident que c'est le rôle
d'une assemblée parlementaire de faire part au ministre des principales
critiques qui lui suggère le budget et des idées qu'elle
peut avoir pour améliorer le système.
Si vous relisez les propos du rapporteur de la commission des finances,
vous remarquez que je n'ai pas manqué moi-même de signaler
les améliorations survenues dans les postes, dans les services
financiers, dans les télécommunications en ce qui concerne
les crédits et les techniques. Je l'ai fait remarquer à
plusieurs reprises, ce qui prouve l'objectivité de mon propos.
Ce que le Sénat déplore, monsieur le ministre, ce n'est
pas l'insuffisance de votre action, ce ne sont pas les résultats
obtenus par votre prédécesseur ou par vous-même
durant ces derniers mois ; c'est nous sommes, hélas ! obligés
de le répéter chaque année que votre budget
soit en déficit. L'an dernier, 940 millions de francs de dépenses
étaient à déterminer ; cette année il y
en a 3.790 millions. Vous nous avez dit qu'elles seraient couvertes,
bien sûr, soit par des emprunts publics, soit par le Trésor.
Nous en convenons parfaitement, car il est évident que le ministre
des finances ne vous laissera pas mettre la clé sur la porte
et ne vous déclarera pas en faillite. De toute façon,
le déficit sera couvert.
Nous sommes rassurés, mais nous estimons que ce n'est pas une
méthode. Nous qui sommes, pour la plupart, des représentants
des collectivités locales, maires, conseillers généraux
ou présidents de conseils généraux, nous avons
l'habitude de présenter des budgets en ordre et en équilibre
où ne figure pas cette ligne « dépenses à
déterminer ».
En second lieu, bien loin de lutter contre votre action, nous voulons
vous apporter l'appui du Sénat pour arriver à une juste
et honnête rémunération des fonds libres des chèques
postaux.
Le troisième point vous l'avez souligné n'est le
déficit du transport de la presse. Nous estimons, comme vous-même,
absolument intolérable que l'on ne rembourse pas le manque à
gagner qui en découle.
Nous vous apportons notre appui, monsieur le ministre, mais nous vous
demandons en même temps de faire un effort de votre côté,
de lutter, de frapper sur la table, de voir le ministre des finances
et même d'obtenir de M. le Premier ministre une possibilité
d'arbitrage. Votre prédécesseur l'avait obtenu, même
si cet arbitrage n'a pas été favorable, contrairement
à ce que nous aurions pensé.
Il faut frapper à nouveau sur le clou pour essayer de l'enfoncer.
Nous avons avec nous l'opinion publique, tout le personnel des P. T.
T. et très certainement vous-même, monsieurle ministre,
mais vous n'osez pas le dire publiquement.
Défendez votre budget et vous avez l'assurance d'avoir l'appui
du Sénat. (Applaudissements.)
M. Léon Jozeau-Marigné. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Jozeau-Marignii.
M. Léon Jozeau-Marigné: Monsieur le ministre, je voudrais
répondre brièvement à votre propos. Vous vous êtes
appliqué avec beaucoup de bonne volonté à essayer
de répondre à chacun des intervenants. Vous m'avez parlé
de l'ensemble des problèmes de l'équipement ; je n'y reviendrai
donc pas.
Je dirai seulement quelques mots sur le problème des avances
remboursables aux collectivités locales car, tout à l'heure,
dans votre propos, vous avez indiqué que les municipalités
et les conseils généraux essayaient de vous aider avec
beaucoup de compréhension, C'est vrai et je vous remercie d'en
avoir pris conscience,
Mais je me demande si nous, présidents de conseils généraux,
nous pouvons être sûrs que votre administration comprend
notre attitude et je vais vous dire pourquoi. Chaque maire, c'est certain,
se fait un devoir, une obligation d'apporter sa pierre à votre
action car c'est le bien public qui est en jeu. On demande ainsi une
avance remboursable à un conseil général beaucoup
plus encore qu'à une commune car elle peut se monter a des millions,
voire des centaines de millions de francs.
Cela ne soulève pas de difficultés, m'a-t-on dit à
l'instant, que les avances remboursables sont effectivement remboursées.
Il faut bien voir que, du point de vue financier, l'opération
figure en recettes et en dépenses. Je m'explique : si un département
a accordé une avance remboursable de 200 millions, vous remboursez
bien 200 millions qui figurent en dépenses, mais, parallèlement,
vous inscrivez 300 millions en recettes. Pourquoi ? Parce que le conseil
général doit faire face à une nouvelle avance remboursable
de 300 millions. C'est un jeu d'écritures sur lequel j'attire
votre attention.
Les départements manifestent beaucoup de compréhension
?
Mais ils sont bien obligés. Quand vos représentants viennent
nous rendre visite ils sont d'ailleurs d'une conscience absolue
et je veux leur rendre hommage -- ils nous disent : si vous ne consentez
pas à cette avance, il vous faudra attendre encore plusieurs
années ; prenez conscience de vos responsabilités, car,
si vous refusez, nous ne pourrons pas vous équiper. Voilà
la réalité !
Vous nous avez dit ce soir je pense que vous avez mesuré
la portée de votre propos que d'ici à la fin de
l'année 1974 les crédits budgétaires vous auront
permis d'automatiser 94 p. 100 du réseau français. Comme
cet équipement sera financé sur des crédits d'Etat
et non sur les fonds des collectivités locales, puis-je en conclure
que, d'ici à cette date, tous les conseils généraux
seront remboursés de leur avance, avance consentie sans intérêt
?
Ce serait logique.
Tel est le problème que je vous pose, monsieur le ministre.
J'ai un espoir. Permettez-moi quelques instants encore de croire que
ce sera une réalité.
M. Roger Gaudon. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Gaudon.
M. Roger Gaudon. Monsieur le ministre, vous avez vraiment survolé
mes propos. Que nos conceptions soient opposées, c'est une réalité.
Mais, lorsque vous nous présentez votre budget, nous avons l'habitude
de l'étudier très soigneusement et, lorsque nous pensons
qu'il est normal de vous présenter des critiques, nous le faisons.
Depuis des années, puisque vous êtes au Gouvernement depuis
quatorze ans (M. le ministre fait un geste de dénégation)
, vous et les vôtres, nous faisons des propositions concrètes.
Or, celles-ci ne sont jamais étudiées avec toute l'attention
voulue. Nous, nous avons deux préoccupations essentielles : que
soit conservée l'unité des postes et télécommunications,
de tous ses services, que soient aussi satisfaites dans leur ensemble
les revendications qui vous sont soumises par les organisations syndicales.
A moins que j'aie mal compris vos propos, nous sommes plus inquiets
à cette heure-ci que lorsque vous nous avez présenté
votre budget sur la question de la privatisation et sur l'unité
des services. Si j'ai bien compris, vous avez dit que vous aviez des
idées sur les services, mais que vous attendiez le mois de mars.
Pourquoi ? Nous sommes en train de délibérer sur le budget
des P T. T. et nos collègues considéreront sans doute
qu'avant de prendre une position il convient de savoir quelles sont
ses grandes lignes. C'est là notre inquiétude.
En ce qui nous concerne vous le comprendrez aisément
nous n'avons pas changé de position.
M. Léopold Heder. Je demande la parole.
M. le président. là parole est à M. Heder.
M. Léopold Heder. Monsieur le ministre, je vous remercie d'avoir
voulu me persuader que la menace que je signalais tout à l'heure
de transférer le centre de télécommunications de
Cayenne au Surinam voisin n'existait pas. Si vous le permettez, je vous
transmettrai la lettre émanant de vos services, qui est à
l'origine de mon intervention précédente. Je veux espérer,
monsieur le ministre, que, lorsque vous serez . en possession de cette
correspondance, vous voudrez bien tenir compte de la demande que j'ai
eu l'honneur de vous présenter en terminant mon - exposé.
M. le président. La parole est à M. le ministre pour une
réponse qui, je l'espère, sera la dernière. Je
le remercie à l'avance de sa brièveté.
M. Hubert Germain, ministre des postes et télécommunications.
Je serai bref, monsieur le président, mais je voudrais répondre
aux trois orateurs. Je comprends fort bien le souci de M. le président
Jozeau-Marigné à propos des avances remboursables. Je
voudrais lui préciser la procédure de remboursement :
c'est sur l'augmentation des recettes que le réseau construit,
grâce aux avances remboursables, permet d'encaisser que nous procédons
au remboursement de ces avances. Celui-ci intervient dans un délai
moyen de cinq ans. Voilà la précision que je voulais apporter,
monsieur le président.
Je ne voudrais pas que M. Gaudon me fasse dire ce que je n'ai pas dit.
Je me suis exprimé d'une façon très nette sur la
privatisation : je n'y suis pas favorable. Si j'ai éveillé
des inquiétudes, je ne vois pas lesquelles.
Ce n'est pas en cinq mois que j'ai pu explorer l'ensemble des problèmes
des P. T. T. et il serait prématuré et vaniteux de mar
part de le prétendre. L'étude détaillée
du fonctionnement de cette maison permet de constater que son évolution
va poser des problèmes. De quelle nature seront-ils ? Pour le
savoir, nous allons nous livrer à un examen approfondi. Je vous
ai dit pourquoi je préfère attendre une autre échéance.
A supposer même que j'aie trouvé la bonne solution, je
ne suis pas persuadé qu'en l'évoquant présentement,
dans un climat peu serein, elle ne risquerait pas d'être taillée
en pièces. A l'inverse, l'annonce d'une solution mal adaptée
pourrait alimenter essentiellement une polémique qu'il n'est
pas souhaitable de voir se développer.
Il n'y a rien de mystérieux dans cette affaire. Je l'ai remise
à plus tard pour deux raisons : pour une raison de calendrier
et aussi parce que nous n'avons pas encore poussé la réflexion
assez loin dans ce domaine. Je ne suis donc pas en état de faire
part de réflexions sur ce sujet au Sénat. De plus, avant
d'évoquer un projet devant le Parlement, celui-ci doit être
débattu par les représentants du personnel. Je crois donc
avoir été extrêmement clair et net sur ce sujet.
Enfin, monsieur Heder, j'attends la lettre que vous voudrez bien m'adresser
et je vous en remercie.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Nous allons examiner les crédits concernant le budget annexe
des postes et télécommunications figurant aux articles
28 et 29,
ainsi que l'article 30.
Article 28.
(Services votés.)
M. le président. a Crédits, 20.727.043.872 francs. »
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix les crédits figurant à l'article 28.
(Ces crédits sont adoptés.)
Article 29.
(Mesures nouvelles.)
M. le président. s Autorisations de programme, 6253 millions
998.000 francs. »
Crédits, 4.136.599.592 francs. »
La parole est à M. Jean Colin.
M. Jean Colin. M. le ministre a bien voulu me dire qu'il donnerait une
réponse écrite aux questions intéressant les problèmes
de personnel que j'avais soumises à son attention. Je souhaiterais
non seulement qu'il m'adresse une réponse écrite, mais
que ce problème soit étudié avec un soin tout particulier.
M. Etienne Dailly. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Dailly.
M. Etienne Dailly. Monsieur le président, j'ai demandé
la parole pour explication de vote. Je voudrais indiquer à M.
le ministre des P. T. T. les motifs pour lesquels le groupe de la gauche
démocratique unanime ce qui est fort rare va s'efforcer
de l'aider autant qu'il le pourra et va par conséquent et pour
ce faire... voter contre son budget. (Sourires.)
Je m'explique. Le ministère des P. T. T. ne dispose que d'un
budget annexe qui doit, par conséquent, s'équilibrer par
luimême. Je ne vais relever que trois chiffres : un déficit
de 650 millions de francs pour la poste, un déficit de 800 millions
de francs pour les services financiers et un bénéfice
de 2.700 millions de francs pour les télécommunications.
La poste perd 650 millions, mais la presse lui coûte 800 millions
de francs. Est-ce à ce budget annexe de supporter cette charge,
au demeurant fort légitime, de la presse ? Est-ce l'Etat qui
doit assurer l'information des citoyens ? Poser la question c'est y
répondre. Or s'il en était ainsi, la poste, pour employer
l'expression consacrée, non seulement ne serait pas déficitaire,
mais serait légèrement bénéficiaire. II
n'est pas admissible que le Gouvernement laisse ce problème plus
longtemps en l'état. II nous faut rendre le ministre des finances
attentif à ce problème, que nous secondions en quelque
sorte .
M. le ministre des P. T. T. qui nous a tout à l'heure clairement
laissé entendre qu'il ne parvenait pas à se faire écouter,
pas plus d'ailleurs qu'il se rassure que ses prédécesseurs.
Les services financiers, eux, connaissent un déficit de 800 millions
de francs. M. le ministre nous a dit il y a quelques instants que la
situation des chèques postaux le préoccupait beaucoup.
Pourquoi ? Parce que ce déficit de 800 millions de francs est
la totalisation de deux phénomènes : un déficit
des chèques postaux de 1.100 millions de francs et un bénéfice
de la caisse d'épargne de 300 millions de francs, soit une différence
de 800 millions de francs. Il nous paraît inadmissible, s'agissant
d'un budget annexe, que le Trésor n'accepte pas de rémunérer
l'encours des chèques postaux à un taux convenable. Il
ne consent actuellement que 1,5 p. 100 jusqu'à 30 milliards de
francs et encore ce problème est en discussion car le Trésor,
si mes renseignements sont exacts, prétend rémunérer
à ce taux de misère les dépôts des chèques
postaux jusqu'à 32 milliards de francs, alors qu'au-delà
de ces 30 milliards de francs, il paie le taux pratiqué sur le
marché monétaire, c'est-à-dire actuellement cinq,
sept huitièmes pour cent. On ne lui en demande d'ailleurs pas
tant. Il suffirait qu'il paie 4,50 p. 100. On ne lui demande donc même
pas d'appliquer le taux du marché monétaire. Si mes comptes
sont exacts, ce taux de 4,50 p. 100 taux qui serait encore bien
au-dessous du prix du marché monétaire suffirait
à équilibrer les services financiers.
M. le ministre des P. T. T. nous a dit lui-même, voilà
quelques instants : c'est un grand souci pour moi. Il doit entamer
si nous avons bien compris de nouvelles négociations avec
le ministre des finances. Il convient qu'il soit réconforté,
qu'il
sente que le Sénat, bien derrière lui dans cette affaire,
se refuse à tolérer plus longtemps la situation présente.
Si les deux déficits que je viens d'évoquer se trouvent
ainsi annulés, leur montant de 1.450 millions de francs ne viendrait
plus s'imputer sur le bénéfice du téléphone,
qui est de 2,7 milliards de francs. On pourrait, par conséquent,
investir chaque année l'intégralité de ces 2,7
milliards de francs au lieu des 1.250 millions de francs qui le sont
actuellement.
Encore ne s'agit-il que d'une première approche du problème.
Il faut en effet constater que dans tous les pays qui nous entourent
or nous faisons l'Europe, n'est-ce pas ? l'encours des
chèques postaux est utilisé pour une bonne part aux investissements
des télécommunications. En Allemagne, ils le sont à
raison de 45 p. 100, en Suisse, à raison de 30 p. 100.
Mes chers collègues, il s'agit de savoir si une fois de plus
nous allons nous borner à déplorer la situation actuelle
ou si nous allons chercher par un geste aussi spectaculaire que possible
à alerter le Gouvernement.
Monsieur le ministre, je voudrais que vous soyez convaincu que votre
personne n'est pas en cause. Nous rendons volontiers et je rends volontiers
hommage à votre action. Je tiens aussi à rendre hommage
à celle de votre prédécesseur. Nous avons beaucoup
apprécié la manière dont il a exposé la
situation au Sénat l'an dernier et l'année précédente.
Nous convenons volontiers qu'il a réussi à faire prendre
à votre administration un certain tournant et nous sommes convaincus
que vous uvrerez dans la même voie.
Il faut par contre reconnaître que vos demandes, pas plus que
les miennes, ne rencontrent pas l'écho qu'elles doivent rencontrer.
Or, il s'agit là d'un problème fort important. Personne
de bonne foi, ne contestera que si nous n'équipons pas en téléphone
nos zones industrielles, nous ne serons plus compétitifs dans
le cadre du Marché commun. L'Angleterre arrive, et Dieu sait
avec quelle ardeur. Elle va s'y installer, donc installer des usines
en Europe. Le problème est de savoir si elle va les installer
en France ou si, faute de téléphone, elle nous préférera
la Belgique, l'Allemagne ou l'Italie. Voilà le problème.
Voilà pourquoi il n'est pas possible que le téléphone
continue en France à être plus cher et moins équipé
que dans les autres pays européens. Je vous le répète,
monsieur le ministre, notre vote ne comporte aucune hostilité
à l'égard de votre personne, ni, bien sûr, à
l'égard de vos services, dont nous nous plaisons à reconnaître
le dévouement, la compétence et l'exceptionnelle qualité.
Simplement nous entendons vous aider à obtenir ce que le ministère
des finances ne veut pas vous accorder. Dès lors que votre budget
est un budget annexe, il faut certes qu'il s'équilibre et bénéficie
par conséquent de toutes les ressources auxquelles il a droit
sans que le Trésor continue à pratiquer les ponctions
que je viens de rappeler. Elles constituent une vraie injustice et peuvent
avoir des conséquences dramatiques pour l'économie de
ce pays.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?
Je vais mettre aux voix les autorisations de programme figurant à
l'article 29.
M. Gérard Minvielle. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Minvielle
M. Gérard Minvielle. J'avais pensé que, par un vote unique,
nous aurions pu nous déterminer sur l'article 29 qui comporte
deux paragraphes.
M. le président. Cela n'est pas possible, monsieur Minvielle,
car l'article 29 ne concerne pas uniquement les postes et télécommunications,
mais également l'imprimerie nationale, la légion d'honneur,
les monnaies et médailles, les essences et les poudres.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix les autorisations de programme figurant à l'article
29.
Je suis saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe
socialiste.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions
réglementaires.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président. Personne ne demande plus à voter ?...
Le scrutin est clos.
(Il est procédé au comptage des votes.)
M. le président. Voici le résultat du dépouillement
du scrutin n° 10 :
Nombre des votants 278
Nombre des suffrages exprimés 261
Majorité absolue des suffrages exprimés 131
Pour l'adoption ........ 109
Contre .....................152
Le Sénat n'a pas adopté
Article 30.
M. le président. Art. 30.
«I, --- Il est ouvert au budget annexe des postes et télécommunications
sous l'intitulé de « Fonds d'action conjoncturelle »
des autorisations de programme d'un montant de 10.000.000 de francs.
« II. Ces dotations pourront être utilisées,
en tout ou en partie, au cours de l'année 1973, dans les conditions
prévues à l'article 21, 3° alinéa, de l'ordonnance
du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances.
« III -- Les autorisations de programme
qui seront utilisées en 1973 seront transférées
aux différents chapitres du budget annexe des postes et télécommunications
après consultation des commissions des finances du Parlement
sur :
« les conditions justifiant ces transferts ;
« le montant, par chapitre, des transferts envisagés
en autorisations de programme et des ouvertures de crédits de
paiement correspondants. »
(Adopté.)
Nous avons terminé l'examen des dispositions concernant le budget
annexe des postes et télécommunications.