Avant 1850 et avant le télégraphe

 

1 - INTRODUCTION

2 - EXPÉRIENCES DE DOM CAUTHEY

3 - EXPÉRIENCES DE ARNOLDT

4 - FRANÇOIS SUDRE ET LA TÉLÉPHONIE MUSICALE

5 - PREMIERS ESSAIS DE TÉLÉPHONIE

6 - LE TÉLÉPHONE A FICELLE

7 - LE TELEPHONE ACOUSTIQUE

Suite - Le télégraphe

 

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1- Avant le téléphone magnétique INTRODUCTION

Aussi loin que l'histoire nous permette de remonter le cours des temps, l'homme a essayé de communiquer par les moyens dont il disposait, essentiellement, la vue et l'ouïe. Les dieux eux-mêmes, avaient un messager, Hermès ou Mercure, qui, avec ses ailes sur le dos et aux talons, se riait des distances.
Quant à l'Archange Gabriel, il est devenu le protecteur officiel des transmetteurs.
Mais les moyens humains se heurtent un obstacle commun : la distance.
L'invention de l'écriture a eu pour corollaire, la possibilité de porter des messages.
Mais la vitesse d'une telle transmission a été limitée, pendant des millénaires, à celle du coureur à pied ; témoin en est l'histoire du soldat de Marathon.

Pour résoudre les problèmes dus à la lenteur des transports de messages et à la limite de portée de la parole, l'homme a utilisé des signaux codés ayant une signification connue des deux interlocuteurs et utilisant un support à plus longue portée.
En effet, certains signaux sonores peuvent franchir des distances fort respectables, que ce soit le tam-tam africain, les sirènes ou les sifflets de la marine, ou même, la corne de brume, bien connue des plaisanciers.


Une chanson de geste française, écrite au début du Xllème siècle, assure qu'un preux de Charlemagne, Roland, avant d'être tué vers 780 dans un combat contre des montagnards basques, fut capable d'alerter son empereur à des lieues de distance en sonnant du cor : le fait témoigne surtout de la vigueur de son souffle...

Mais c'est surtout le domaine des signaux optiques qui a été et est encore utilisé : signaux de fumées des Indiens d'Amérique, de feu des Grecs et des Romains, pavillons ou sémaphore de la marine.
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Le télégraphe optique, fut pendant un siècle, le premier système de télécommunications digne de ce nom.
Le plus connu et le plus utilisé fut celui du français Chappe (1792).
Quant à la transmission directe de la parole elle-même, elle fut toujours utilisée malgré l'obstacle de la distance.

Si l'on entend par téléphone tout appareil propre à transmettre un son au loin, la téléphonie a existé de tout temps.
A la rigueur, on pourrait dire que crier c'est téléphoner, de telle sorte que les Gaulois employaient la téléphonie, d'après le témoignage de Jules César qui a été cité dans le chapitre précédent au sujet des premières transmissions rapides.
Les historiens rapportent qu'Alexandre le Grand se servait d'un cor gigantesque pour appeler ses soldats et donner des ordres à ses troupes éloignées; c'était encore là de la téléphonie rudimentaire.
Les cloches, les tambours, les clairons sont des instruments téléphoniques. Les coups de canon sont des moyens de téléphoner.

Certaines dispositions particulières peuvent fournir à deux personnes éloignées la faculté de s'entendre l'une ou l'autre en causant à voix basse.
Dans une des salles du Conservatoire des arts et métiers, à Paris, deux visiteurs peuvent, grâce à la forme de la voûte, converser en parlant bas dans les deux angles diagonalement opposés.
Dans la salle des antiques du musée du Louvre, on a placé deux coupes gigantesques en marbre; quoique ces coupes soient séparées par toute la longueur de la salle, on entend très distinctement, en écoutant dans l'une, les propos tenus àvoix basse dans l'autre.
Le porte-voix est aussi un téléphone.
Il se compose d'un tube de fer blanc légèrement conique, terminé à l'une de ses extrémités par un large pavillon, à l'autre par une embouchure à laquelle les lèvres peuvent s'adapter exactement, de manière que les sons émis soient entièrement recueillis par l'instrument.
En suivant le tube, les ondes sonores prennent des directions divergentes et se transmettent au loin.
Avec un bon porte-voix, on peut, quand l'atmosphère est tranquille, se faire entendre à plus de deux kilomètres.

Je vous recommande l'excellent ouvrage "L'ACOUSTIQUE par Rodolphe Radau Librairie Hachette 1870" qui permet de comprendre ou en était les recherches sur la transmission du son, à quelques années de cette fabuleuse découverte " Le téléphone" Magnétique ".


2 - EXPÉRIENCES DE DOM CAUTHEY

Nous savons qu'en 1782 un jeune bénédictin, Dom Gauthey, imagina un moyen de correspondre, entre deux points éloignés, au moyen de tubes métalliques dans lesquels la voix se propageait sans perdre sensiblement de son intensité.
Les expériences que fit l'inventeur constituent le premier essai de téléphonie.
On doit même dire que l'on n'accorda pas à ces expériences tout le crédit et toute l'attention qu'elles méritaient : on jugea qu'elles ne comportaient rien de pratique, et peut-être on se trompa.
La vérité, c'est que, dans des tubes métalliques, convenablement construits et établis, non seulement les sons émis ne perdent rien de leur intensité en parcourant une distance considérable, mais encore cette intensitéaugmente.
C'est ainsi, par exemple, que si l'on tire un coup de pistolet à l'une des extrémités d'un tube de cent mètres de longueur, on entend à l'autre extrémité une détonation comparable à celle d'un coup de canon.

C'est ainsi que le mouvement d'une montre à peine sensible à l'oreille à une distance d'un mètre se perçoit très nettement au bout d'un tuyau métallique de seize mètres de longueur, sans que la montre touche la paroi de ce tuyau.
On a pu communiquer, en parlant à voix basse, de l'une à l'autre des extrémités d'un tube de deux cents mètres de longueur,
dont les diverses portions étaient mal jointes et formaient onze coudes à angle droit; on a constaté, de plus, que les bruits extérieurs ne nuisaient en rien à la netteté de la perception des sons.

Ces observations ont conduit à l'invention des téléphones d'appartement et d'administration, qui consistent en des tubes allant d'une pièce à une autre et permettent à des personnes séparées par un plancher ou par un mur de communiquer sans se déranger.



Dans l'air, le son se propage beaucoup moins loin que dans des conducteurs tabulaires ; on a cependant enregistré des cas où des bruits ont été perçus à des distances considérables.
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3 - EXPÉRIENCES DE ARNOLDT
Pendant la traversée d'Amérique en Europe, le docteur Arnoldt entendit à bord du paquebot le son des cloches.
Il crut à une illusion, car on était à cent lieues de la côte ; mais, plus tard, il apprit qu'au jour même et à l'heure exacte où il avait perçu les sons, il y avait eu à Rio-Janeiro un branle-bas de cloches à l'occasion d'une fête publique.
Il chercha alors l'explication du phénomène, et il la découvrit : au moment de l'audition, il se prouvait placé au foyer d'une voile rendue concave par une forte brise de terre; la brise avait poussé le son vers le navire, où il avait été recueilli dans le creux formé par la voile.

En se fondant sur ce fait et sur d'autres analogues, le docteur Arnofdt proposa l'établissement de lignes télégraphiques à langage parlé ; en d'autres termes, de lignes téléphoniques.

L'appareil dont il recommandait l'emploi consistait en un miroir métallique concave, placé sur une éminence de terrain à l'une des extrémités de la ligne, et en un grand porte-voix parabolique installé à l'autre extrémité, la distance entre les deux postes étant de plusieurs lieues.
En se plaçant au foyer du miroir, disait-il, les sons envoyés par le porte-voix devaient être parfaitement distincts.

Ce système de correspondance est-il pratique ou ne l'est-il pas, on l'ignore, attendu qu'il n'a été l'objet d'aucune expérience; s'il l'était, il aurait le grand mérite, de pouvoir être utilisé n'importe où et à peu de frais.

François Sudre, professeur à l'école de Sorèze, passa six années de sa vie, de 1817 à 1823, à établir une langue musicale universelle, qui devait servir, entre autres applications, à la téléphonie.

En 1827, il présenta à l'Institut un mémoire qui fut l'objet d'un rapport très flatteur.

L'auteur, était-il dit dans ce document, avait parfaitement atteint le but qu'il s'était proposé; il avait créé une véritable langue musicale, qui offrait aux hommes un nouveau moyen de se communiquer leurs idées et de se les transmettre à des distances éloignées.

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4 - FRANÇOIS SUDRE ET LA TÉLÉPHONIE MUSICALE

C'est en combinant de manières diverses les sept notes de la gamme que Sudre était parvenu à exprimer toutes les idées.
En somme, le professeur de Sorèze recourait, comme Chappe, à des signes conventionnels; mais, au lieu de rendre ces signes visibles à l'oeil, il les rendait perceptibles pour l'oreille.

Des expériences eurent lieu par ordre du ministère de la guerre et du ministère de la marine.
On fit évoluer une escadre et l'on fit exécuter des manoeuvres à des troupes en donnant les commandements au moyen de cinq notes du clairon combinées d'après les indications de Sudre.

Toutes ces expériences réussirent à souhait, et la commission d'officiers généraux devant qui elles avaient eu lieu conclut à l'adoption du nouveau système dans l'armée et dans la marine.

Après une seconde série d'épreuves, aussi concluante que la première, une commission supérieure proposa d'accorder une somme de cinquante mille francs à l'inventeur comme indemnité de ses travaux, et un traitement annuel de trois mille francs comme directeur d'une école de téléphonie dont la création s'imposait.

François Sudre

Malheureusement pour François Sudre, le gouvernement ne crut pas devoir réaliser ces desiderata.
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L'inventeur cependant continua à prôner son système ; il fit même mieux, il le perfectionna.
Il réduisit d'abord à trois le nombre des notes qu'il employait; il arriva à ne se servir que d'une seule note, ce qui permettait de transmettre les ordres par un instrument quelconque ne donnant qu'un son unique.
De nouvelles expériences eurent lieu le 4 février 1846; et voici, d'après le Moniteur, comment les choses se passèrent :
Des expériences de télégraphie acoustique pratiquée par le canon ont été faites aujourd'hui à Vincennes, en présence de M. le duc de Montpensier, de M. le général Gourgaud, président du comité d'artillerie, et de plusieurs autres officiers généraux et supérieurs.
On avait mis à la disposition de M. Sudre huit pièces d'artillerie qu'on avait placées en avant de la porte sud du château.
L'élève de M. Sudre, qui devait interpréter les ordres, était derrière les buttes du polygone. Tous les ordres, transmis avec une grande rapidité et sans autre auxiliaire que le canon, ont été interprétés avec la plus scrupuleuse fidélité; et, lorsque la séance a été terminée, S. A. R. ainsi que les généraux ont témoigné toute leur satisfaction à M. Sudre.
Le 3 mars 1850, nouvelles expériences, en se servant de trois notes de clairon (sol grave, do, sol aigu).
II s'agissait, cette fois, de savoir si des ordres partant de l'École militaire pouvaient être communiqués, au moyen de plusieurs postes de clairons échelonnés de distance en distance, au village de Rueil, éloigné de dix kilomètres du point de départ.
Le succès le plus complet a été obtenu.
Voici le texte des ordres que M. le général Guillabert a donnés à M. Sudre :
Gardez-vous sur votre flanc gauche; nous sommes attaqués par des forces supérieures ; envoyez-nous de l'artillerie.
De son côté, l'officier d'état-major qui était à Rueil a transmis au général Guillabert les deux ordres suivants : La brèche est faite au bastion n° 25, prenez vos dispositions pour que l'assaut soit donné demain matin; rentrez au camp.
Malgré ces résultats, on n'introduisit pas officiellement la téléphonie dans l'armée; mais on s'en servit, en 1855, pendant la guerre de Crimée.
Du reste, Sudre ne fut pas sans obtenir pour ses travaux quelques récompenses : en 1855, le jury de l'exposition universelle, présidé par le prince Napoléon, lui alloua une somme de dix mille francs; sept ans plus tard, en 1862, il obtint à l'exposition universelle de Londres une médaille d'honneur pour son invention de la langue musicale universelle et de la téléphonie.

François Sudre est mort le 2 octobre 1862; il avait passé quarante-cinq ans de sa vie à trouver ou à perfectionner son système.
Sa veuve a publié, en 1866, un ouvrage qui porte pour titre : Langue musicale universelle inventée par François Sudre, également inventeur de la téléphonie musicale.

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5 - PREMIERS ESSAIS DE TÉLÉPHONIE

Tout le monde sait que le son met un certain temps à se propager dans l'air, tandis que la lumière parcourt des distances considérables dans un temps inappréciable.
Si l'on tire un coup de canon à quelques kilomètres de nous, nous apercevons immédiatement la lueur produite, et nous n'entendons la détonation qu'après plusieurs secondes; de même, l'éclair nous apparaît avant que le bruit du tonnerre ne nous parvienne.

C'est en 1822 que l'on a déterminé, en une expérience célèbre, la vitesse du son dans l'air.
Les membres du Bureau des longitudes s'étaient séparés en deux groupes, dont le premier s'était porté à Villejuif et le second à Montlhéry, sur deux éminences de terrain d'où ils s'apercevaient réciproquement.
A chacune des stations une pièce de canon avait été installée.
Les observateurs étaient convenus que toutes les cinq minutes un coup de canon serait tiré alternativement à Villejuif et à Montlhéry et qu'à chaque détonation on noterait le nombre de secondes écoulées entre le moment de l'apparition de la lumière et celui de l'audition du son ; la moyenne de ces nombres devait donner une évaluation très exacte de la vitesse du son.
Chaque groupe était d'ailleurs muni de longues-vues et de chronomètres parfaitement réglés.
Le résultat de l'expérience fut que le son parcourt trois cent quarante mètres quatre-vingt-huit centimètres par seconde à la température de seize degrés.
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La vitesse du son dans l'eau a été déterminée par Colladon et Sturm, en 1827, sur le lac de Genève.

Une cloche plongée dans l'eau était frappée par un marteau extérieur, et le choc provoquait l'inflammation d'une petite quantité de poudre.
A une distance mesurée d'avance avec une rigoureuse exactitude, un observateur appuyait l'oreille contre l'embouchure d'un cornet acoustique dont le pavillon s'ouvrait dans l'eau à une profondeur égale à la profondeur d'immersion de la cloche.
Comme dans l'expérience de Villejuif, on notait le temps écoulé entre l'instant de la vision et celui de la perception.

Le résultat auquel on arriva fut que le son parcourt dans l'eau mille quatre cent trente-cinq mètres par seconde à la température de huit degrés.
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La vitesse du son dans l'eau a été déterminée par Colladon et Sturm, en 1827, sur le lac de Genève.


Le résultat auquel on arriva fut que le son parcourt dans l'eau mille quatre cent trente-cinq mètres par seconde à la température de 8 degrés.
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6 - LE TÉLÉPHONE A FICELLE
Au XIX ème siècle, on a longtemps vendu dans les magasins de jouets un petit instrument appelé téléphone à ficelle. Cet instrument, qui se composait d'un fil de soie supportant à chacune de ses extrémités un cylindre creux, est d'invention ancienne.

L'idée du cordon acoustique a, en effet, été émise, dès 1867, par Robert Hooke, qui a décrit comment, à l'aide d'un fil tendu, il propagea le son à une distance considérable.


« II n'est pas impossible, dit-il, d'entendre un chuchotement à la distance d'un furlong (200 mètres),
et même le fait a déjà eu lieu; peut-être la nature de la chose ne la rendrait pas plus difficile quand même cette distance serait dix fois plus grande. Je puis assurer le lecteur qu'à l'aide d'un fil tendu j'ai propagé le son à une distance très considérable, non seulement en ligne droite, mais en une ligne brisée faisant des angles nombreux.
»
 
Le téléphone à ficelle se compose de deux cornets, ou embouchures, de bois léger, fermées au fond par une membrane de parchemin.
Un fil de soie ou de coton, arrêté par un noeud, est fixé au milieu de chaque membrane.
S'il est bien tendu en ligne droite, ce fil peut transmettre la voix à environ cinquante mètres.
Une personne parle, en appliquant sa bouche sur l'embouchure de l'un des cornets ; tandis qu'une seconde personne place l'autre cornet à son oreille.
Les paroles sont ainsi assez facilement entendues.
Il faut seulement que le fil ne fasse ni inflexions, ni coudes, qu'il soit rectiligne.
M. Brégnel est pourtant parvenu à faire parler un fil présentant plusieurs inflexions. Pour cela il a fait usage, comme supports, placés de distance en distance, d'espèces de petits tambours de basque, par le centre desquels il fait passer le fil.
Le son partant de la membrane dans laquelle on parle, étant conduit par le fil, fait vibrer la membrane du petit tambour de basque qui sert à former un coude, et ledit tambour de basque transmet sa vibration à la partie du fil qui suit. On peut, de cette manière, multiplier les coudes, sans rien enlever à l'intensité des paroles transmises,
Quel est l'inventeur du téléphone à ficelle ? M. Preece, électricien anglais, a revendiqué cette invention pour un physicien de sa nation, Robert Hooke, contemporain de Denis Papin, qui vivait au dix-septième siècle.

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Nous ferons pourtant remarquer que dans le texte de Robert Hooke, il ne s'agit nullement d'une membrane vibrante, ni d'une embouchure. Il n'est question que d'un fil tendu transmettant instantanément le son.
Mais le fait de la transmission du son par des corps solides d'une grande longueur, était connu depuis longtemps. Les anciens eux-mêmes savaient que les poutres et les conduites métalliques transmettent instantanément le son à de très grandes distances.
Le texte de Robert Hooke ne mentionnant que la transmission du son par un fil tendu en ligne droite, ne peut aucunement s'appliquer à un télégraphe pourvu de deux membranes vibrantes.
C'est donc à tort, selon nous, que M. Preece veut faire honneur de cette invention à Robert Hooke.
Voici le passage extrait des oeuvres de Robert Hooke par M. Preece, et invoqué par lui, à l'appui de là prétendue découverte du téléphone à ficelle.
« II n'est pas impossible, dit Robert Hooke, d'entendre un bruit à grande distance, car on y est déjà parvenu, et l'on pourrait même décupler cette distance sans qu'on puisse taxer la chose d'impossible. Bien que certains auteurs estimés aient affirmé qu'il était impossible d'entendre à travers une plaque de verre noircie même très mince, je connais un moyen facile de faire entendre la parole à travers un mur d'une grande épaisseur.
On n'a pas encore examiné à fond jusqu'où pouvaient atteindre les moyens acoustiques, ni comment
on pourrait impressionner l'ouïe par l'intermédiaire d'autres milieux que l'air, et je puis affirmer qu'en employant un fil tendu, j'ai pu transmettre instantanément le son à une grande distance, et avec une vitesse, sinon aussi rapide que celle de la lumière, du moins incomparablement plus grande que celle du son dans l'air. Cette transmission peut être effectuée non-seulement avec le fil tendu en ligne droite, mais encore quand ce fil présente plusieurs coudes.
On voit qu'il n'est nullement question, dans ce passage, assez embrouillé, du reste, de membrane résonnante, ni de cornet acoustique, et que tout se réduit à la mention d'un fil tendu en ligné droite, ou faisant des inflexions. Mais tout le monde savait qu'une longue poutre transmet à son extrémité le bruit d'une montre. Robert Hooke ne fit que remplacer la poutre par un fil. Nous ne voyons pas là le télégraphe à ficelle qui vient d'être décrit.

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Le fait est que l'inventeur du télégraphe à ficelle est parfaitement ignoré.
Il n'a jamais existé aucun engin semblable dans un cabinet de physique, ni au siècle dernier, ni pendant le nôtre.
Or, les cabinets de physique en auraient certainement conservé des modèles si un physicien estimé comme l'était Robert Hooke eût jamais construit un instrument de ce genre.

Ainsi, l'origine du télégraphe à ficelle se perd dans un lointain ténébreux
M. Edouard André, qui tut chargé par le gouvernement français, en 1870, d'une mission scientifique dans la Nouvelle-Grenade, en rapporta cet instrument, qu'on appelle dans ce pays fonoscopio, et qui sert à amuser les enfants, grands et petits.
Les membranes résonnantes sont en vessie de porc, et les cornets récepteurs en bambou : le fil est en coton.
On en trouve dont le fil n'a pas moins de 60 mètres de long.
D'après les notables de la Nouvelle Grenade, le fonoscopio était connu dans ce pays depuis la conquête du Nouveau monde par les Espagnols.


Dans la république de l'Équateur on trouve également le fonoscopio servant de jouet aux enfants.
Nous pensons que par suite du bruit que fit en Amérique, en 1877, la découverte du téléphone par M. Elisha Gray et par M. Graham Bell, l'attention fut ramenée sur le télégraphe à ficelle, et que ce petit instrument se répandit alors aux Etats-Unis, puis en Europe.
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7 - LE TELEPHONE ACOUSTIQUE
Avant l'invention de la téléphonie électrique, la conversation à distance se faisait à l'intérieur des habitations, voire même entre immeubles voisins, au moyen de porte-voix, dits acoustiques.

Ces appareils consistaient simplement en un tube de cuivre qui reliait les deux points entre lesquels devaient se produire les entretiens.
A chaque extrémité du tube de cuivre était fixée une embouchure en bois destinée à faciliter l'émission de la parole.
L'acoustique est, comme on le voit, d'une grande simplicité et son emploi a été fréquent toutes les fois qu'il s'agit de converser entre deux pièces très rapprochées, comme par exemple d'un étage à un autre ou entre deux appartements voisins.

On conçoit que le tube de cuivre ne saurait être d'une seule longueur.
Dans les parties droites on se sert de tubes ayant d'ordinaire de 2m,80 à 3 mètres et on les raccorde au moyen de petites parties d'un tube d'un diamètre un peu supérieur appelées mandions et qui chaussent sur les premiers.
Pour permettre au porte-voix de suivre les contours des murs, on se sert de différentes pièces de formes appropriées.
Les coudes servent à contourner les angles, les S à échapper des entablements ou parties de boiseries en saillie.
A chaque extrémité d'un porte-voix, on met ce que l'on appelle une bague à vis servant à relier un tube souple qui se termine par l'embouchure en bois que l'on approche ainsi aisément de ses lèvres.

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D'autres fois on simplifie les choses et on rend les appels plus faciles en posant une sonnerie électrique annonce et réponse qui double en quelque sorte le porte-voix.
L'addition d'appareils électriques a cet avantage qu'elle permet de donner un appel dont on peut faire varier l'intensité en prenant des sonneries plus ou moins fortes.
Ces dernières peuvent également Nous allons donner quelques installations de porte-voix prises parmi les plus couramment employées.

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Les porte-voix les plus simples sont ceux qui servent à transmettre des ordres entre deux pièces superposées que l'on réunit directement par un tube en cuivre de fort diamètre (30 millimètres d'ordinaire).
L'extrémité du tube placée à côté de la personne qui transmet les ordres est terminée par une embouchure en cuivre sur laquelle elle applique ses lèvres pour parler ; l'autre extrémité est munie d'un pavillon de forme très évasée, semblable à celui des instruments de musique. Ce pavillon porte le nom de conque. Il permet d'entendre les ordres transmis dans toute la pièce où il se trouve.
A ce porte-voix il n'est adjoint aucun mode d'appel d'avertissement, les deux personnes qu'il met en rapport sont supposées être constamment près de l'appareil.
C'est le porte-voix du capitaine de navire qui donne au mécanicien tous les ordres de marche.
C'est également celui qui est en usage dans de nombreux restaurants et qui réunit la salle occupée par le public à la cuisine située au sous-sol.
Les ordres se transmettent de la même façon. Au lieu de commander : En avant, plus vite, doucement, stop ! ! les garçons de restaurant indiquent à haute voix au cuisinier affairé autour de ses fourneaux, les différents plats commandés par leurs clients, en faisant suivre souvent leur énonciation d'un Boum ! que dans les moments de presse ils envoient avec un brio tout professionnel.
Dans cette embouchure en bois est enfoncé un sifflet. Quand l'un des interlocuteurs veut entrer en conversation, il retire le sifflet de l'embouchure et souffle dans celle-ci pour faire résonner le sifflet placé dans l'autre embouchure, et le remet ensuite en place.
La personne appelée retire son sifflet et souffle à son tour afin d'avertir qu'elle est prête à écouter, et l'entretien commence en portant alternativement l'embouchure de la bouche à l'oreille pour parler et écouter.

On trouvera, dans la vue ci contre, un spécimen de porte-voix dans lequel nous avons réuni toutes les pièces les plus couramment usitées dans la pratique.
Lorsque d'un seul endroit on désire correspondre à plusieurs autres, on en fait partir un nombre de tubes égal à celui des directions à relier au poste central.
Les appels se font ainsi qu'il a été dit pour un porte-voix simple. Toutefois, comme au central on a besoin de savoir de quelles directions viennent ces appels, on munit chaque embouchure d'un sifflet donnant un son différent qui permet de les distinguer entre eux.
Quand on désire savoir si on a été appelé pendant une absence ou encore si l'on veut éviter les sifflets de sons différents, on fait usage d'embouchures à signal. Le sifflet de ces embouchures est muni d'une petite tige en bois terminée par une boule qui la rend plus visible. Quand on souffle dans ce sifflet, cette tige est projetée au dehors du logement qu'elle occupait et reste apparente tant qu'elle n'a pas été remise en place à la main.

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Un porte-voix à peu près analogue est celui que l'on emploie dans les maisons où l'enfant est confié aux soins d'une nourrice occupant une chambre assez éloignée de celle où se tient la mère du bébé.
Un gros tube réunit les deux pièces. L'extrémité qui se trouve dans la chambre de la nourrice aboutit au-dessus même du berceau et se termine par un large pavillon placé en quelque sorte comme la pomme d'un appareil à douche, de façon à ce que l'on puisse entendre en prêtant l'oreille à l'autre bout ce qui se passe dans la pièce.
La mère peut ainsi surveiller à distance son enfant, se rendre compte s'il crie ou s'il se plaint et au besoin parler à la nourrice.
Nous avons dit que le porte-voix le plus couramment employé consistait en un tube de cuivre droit muni à chacun de ses bouts d'une embouchure avec sifflet.
Un tube souple sert d'intermédiaire et rend plus facile l'entretien.
Quand on doit appeler de deux points différents à un seul endroit, on se sert d'une fourche ou Y et, pour faciliter les appels, on emploie les sonneries électriques.
Dans les hôtels à voyageurs, on met souvent un porte-voix qui relie chacun des étages au rez-de-chaussée : le même tube comporte un branchement par étage. L'embouchure du rez-de-chaussée est munie d'un sifflet qui indique les appels ; les autres embouchures sont fermées par un bouchon sans sifflet.

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Si on veut pouvoir appeler réciproquement, on installe des sonneries électriques afin de pouvoir sonner à tel étage que l'on désire, et au besoin on met un tableau indicateur au rez-de-chaussée, au cas où la personne qui doit répondre est exposée à s'absenter.
On pourra également se servir de porte-voix séparés pour relier ensemble les différents appartements d'un même immeuble à la loge du concierge. Chaque locataire a, de la sorte, la faculté de demander ce dernier ou de lui transmettre des ordres pendant le jour ou la nuit. Un tableau électrique est alors à peu près indispensable, à moins que le nombre d'étages ne dépasse pas deux ou trois, auquel cas les deux ou trois embouchures du rez-de-chaussée comportent simplement des sifflets de sons différents ou des sifflets à signal.
Donnons enfin un système de porte-voix assez peu connu et qui cependant pourra rendre des services.
Il consiste en deux porte-voix A A mettant en relation deux pièces éloignées avec une troisième B. Les deux porte-voix sont simples, c'est-à-dire se terminent chacun par des embouchures ordinaires distinctes. On pourra, en employant une embouchure dite conjuguée, mettre en relation directe les deux pièces A, soit momentanément, soit pour un laps de temps voulu. A cet effet, on enlèvera les deux sifflets en B et on fixera les deux embouchures dans le tube & double cône C, De la sorte, on obtiendra un porte-voix direct entre A A qui pourront s'appeler et se causer en cas d'absence de la personne placée en B .

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Les embouchures de porte-voix sont d'ordinaire soutenues par des lyres en cuivre. Ces lyres ont le double but et d'éviter que les sifflets ne tombent si l'embouchure restait pendante, ce qui empêcherait tout appel, et de la mettre commodément à portée de la main. Lorsque plusieurs porte-voix sont placés à côté les uns des autres, les lyres, de formes spéciales, comportent des étiquettes indiquant les pièces auxquelles ils correspondent.
Pour remédier à la chute des sifflets, on a fait usage, il y a un certain nombre d'années, d'embouchures ayant un mécanisme spécial supprimant le sifflet. Ces appareils coûtaient fort cher et étaient d'un fonctionnement assez irrégulier, aussi ont-ils été peu à peu abandonnés.
Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet.



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L'établissement des porte-voix ne présente que des difficultés matérielles d'exécution qui réclament simplement du soin et une certaine habitude de faire les percements et de poser correctement les tubes.
Les fabricants donnent à toutes les personnes qui désirent les utiliser les renseignements que nous ne pourrions donner ici, parce qu'il faudrait trop multiplier les détails si l'on voulait embrasser tous les cas que l'on rencontre dans la pratique.
L'emploi simultané des appareils électriques et des porte-voix rend des services fort appréciés dans les grandes administrations, les hôtels, les usines, etc.

Les porte-voix ont l'avantage de ne demander aucun entretien et transmettent la parole de façon constamment régulière.
Ils présentent par suite une sécurité absolue lorsqu'il est nécessaire de pouvoir éviter toute interruption de service.
Ils échappent à des causes de dérangement souvent difficiles à éviter avec les téléphones électriques et ne réclament d'ouvriers spéciaux ni pour leur installation, ni pour leur entretien.
Quand on a à lutter contre de fortes trépidations, ou encore lorsqu'il faut réunir deux ateliers bruyants soumis à des vibrations mécaniques violentes, les téléphones ne donnent que des résultats médiocres ou nécessitent un établissement spécial, parfois celui de cabines isolées; le porte-voix leur sera alors préféré si la distance le permet.
C'est ainsi que l'usage du porte-voix a été maintenu pour certaines applications dans lesquelles les téléphones n'ont pu donner satisfaction en dépit de toute leur perfection.