Petites histoires de téléphone dans nos régions de France

On ne trouve pas beaucoup de traces d'histoire du téléphone de nos régions et localités dans les documents, archives et sites disponibles, mais quelques particuliers ou anciens des télécom racontent une petite tranche d'histoire du téléphone dans leur région que j'ai inclus dans cette page.

Merci de me communiquer vos petites histoire de téléphone dans votre entourrage pour alimenter cette page : jean.godi@free.fr

1877 Le premier téléphone Bell arrive à Paris.

A la réunion annuelle de l'association Britannique (BAAS) à Plymouth Septembre 1877 Alfred Niaudet, neveu de Mr Louis Bréguet (père) et célébre constructeur de matériel électrique Bréguet, membre de la "Society of telegraph Engineers", assistent à une présentation du téléphone par G. BELL. Le lendemain Niaudet reçoit des mains même de Bell une paire de téléphones pour les amener en France.
Puis Breguet sans tarder fit une présentation devant un petit comité appartenant à l'institut et Collège de France.
« C’est Monsieur Breguet qui a joui du précieux avantage de tenir entre ses mains et d’essayer, à son aise, le téléphone. Pareil à saint Thomas, il a pu croire parce qu’il a vu et touché. Aussi s’est-il empressé de faire part à l’Académie des Sciences de l’étonnement que lui a inspiré le merveilleux appareil américain, non seulement par les résultats incroyables obtenus, mais aussi par la simplicité des organes qui le composent. La pureté de la voix humaine et ses nuances sont si bien conservées que l’on peut reconnaître la voix de la personne qui parle »
Puis nous eûmes le plaisir de voir l’atelier de M. Breguet et le cabinet de travail où se trouvait alors le seul téléphone double qu’on connût en France. M. Breguet nous fit voir l’appareil et nous pûmes assister à une expérience concluante.


Les premières démonstrations en France se font au Congrès Scientifique du Havre en septembre 1877
Plusieurs savants venant de Plymouth (Angleterre) sont présents au Congrès Scientifique du Havre qui se tient peu après les séances de l'Association Britannique en aout 1877 comme raconté ci dessus. .
"Ils ont assistés aux expériences de M. Bell, ils ont fait fonctionner eux-mêmes le téléphone. Ils ont pu converser avec des amis, à une distance de plusieurs centaines de mètres, et ce n'est pas sans une légitime émotion qu'ils reconnaissaient la voix de ceux qui parlaient au loin, en approchant l'oreille de l'ouverture du Téléphone à la station d'arrivée" (La Nature, 1877).
En septembre 1877, les frères Alexandre et Louis Poussin, deux industriels Elbeuviens (de la ville d'Elbeuf, Seine-Maritime, France), lisent dans le journal scientifique "la Nature" un article donnant la description d'un "admirable instrument appelé le Téléphone inventé par le professeur américain Monsieur Graham Bell" Les frères Poussin, très intéressés par les nouvelles applications de la science, se rendent à Paris pour rencontrer Antoine Bréguet. Emporté par l'enthousiasme de celui-ci qui vient de déclarer à l'Institut : "depuis que j'ai ce magique petit instrument, je ne dors plus", ils demandent à A.Breguet de construire sur ses indications (sous licence C.Roosvelt) une paire de téléphones.
Après l'avoir expérimenté, ils décident d'en faire profiter les membres de la Société Industrielle d'Elbeuf. Cette société, créée par leur père en 1857, réunit tout ce que la ville compte de notables, industriels et commerçants.
En décembre 1877 l'Industriel Elbeuvien écrit :"aujourd'hui, un téléphone est à la disposition des membres de la Société Industrielle qui pourront ainsi confirmer tout ce que nous avons déjà dit de cet appareil extraordinaire".
Le président de la société, Monsieur Pelletier, s'empresse de nommer une commission chargée d'étudier l'appareil. Cette commission organise le 11 décembre 1877 une expérience décisive : un téléphone Bell est installé dans le local de la société, un fil d'une longueur d'environ six cent mètres va sur la tour Saint-Jean et revient vers un deuxième Téléphone situé dans une autre pièce de la société.
Les expériences faites hier ont parfaitement réussi. A une très grande distance et dans deux pièces fermées, la commission, divisée en deux groupes, a pu correspondre. La parole, un peu affaiblie à la vérité, est parfaitement claire et permet même de distinguer la personne qui parle. Tous les sons, toutes les syllabes s'entendent parfaitement bien. Une boîte à musique dont les sons sont assurément peu intenses, placée à l'une des stations, a fait entendre à l'autre extrémité les mêmes sons, avec la plus grande pureté, et l'on distinguait même très bien le timbre de l'instrument. L'audition était la même que si la boîte à musique avait été placée à quelque distance de l'oreille" (l'Industriel Elbeuvien, décembre 1877).

Début novembre 1877 à Paris Breguet fabrique et installe un téléphone dans ses ateliers du 39 quai de l’Horloge pour que tout le monde puisse l’essayer La Maison Breguet du quai de l’Horloge à Paris ne désemplit pas pendant qu’Antoine expérimente le téléphone devant ses amis académiciens, et des représentants de diverses sociétés savantes. Les commentaires sur les résultats sont unanimes : « c’est merveilleux »...
Décembre 1877 A.Niaudet et C. Roosevelt créent la première société de téléphonie en France la"Société Anonymes des Téléphones Bell"
Son siège social est situé au 1, rue de la Bourse, à Paris.
Fin décembre 1877, A.G.Bell de passage en France, réalise une communication gare Saint Lazare entre Paris et Saint Germain...

Dans les archives, on retiendra aussi que le 8 janvier 1878, une expérimentation Téléphonique avait été tentée avec succès à Marseille.

Juin 1879 La première société à demander une concession est la Compagnie du Téléphone Gower Roosvelt la CdTG à Paris. Gower installa un atelier et des bureaux près de la place Vendôme, 66 rue des petits champs.
en décembre 1879 est insallé le premier central téléphonique français, on y raccorda les 42 premiers abonnés au réseau Parisien fin 1879 et 60 personnes ont signé une promesse d’abonnement.
Paris offrait un espace excellent car il n’y avait pas besoin de creuser des tranchées ou de créer une canalisation spéciale : on utilisa le réseau d’égouts dont la Ville de Paris a été dotée par Belgrand pour la construction des lignes téléphoniques souterraines. De plus, l’une des spécificités de la ville (et de la préfecture) de Paris est d’avoir imposé à la compagnie de renoncer aux fils aériens et d’emprunter le réseau des égouts. Ceci se révéla fort utile au niveau de la connectivité, étant donné qu’il fallait relier plusieurs points diversement espacés par des lignes disposées de manière à permettre le plus grand nombre de liaisons directes, avec une longueur la plus petite possible. Le réseau d’égout s’y prêtait justement.
Puis le 30 septembre 1879, le central téléphonique manuel est ouvert à Paris. Il s'agit du Bureau A, sis 27, avenue de l'Opéra qui compte 454 abonnés au téléphone à sa création....
Le 2 février 1880, est fondée officiellement la Compagnie des Téléphones. ex Compagnie du Téléphone Gower Roosvelt , chargé d'exploiter les réseaux de Marseille Lyon Nantes Bordeaux Lille et Le Havre et Paris ...
Le 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la Société Générale des Téléphones. Cette société, présidée par Amédée Jametel, est créée dans le but prévisionnel de fusionner la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société Française des Téléphones .
Le 10 décembre 1880, l'État transfère enfin à M. Amédée Jametel, Président de la Société Générale des Téléphones, la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879 ...
Fin 1880 La France compte 3039 abonnés au téléphone sur le réseau public de Paris plus 1812 abonnés hors de Paris.

A Paris, à l'Institut, quai Conti, les salles des diverses académies sont, depuis le mois de décembre 1881, reliées entre elles par des appareils téléphoniques, et les bureaux des diverses sections en séance sont en relation directe avec le personnel des secrétariats perpétuels pour demander les renseignements ou les manuscrits dont ils peuvent avoir besoin.
1881 Le prix de l'abonnement avait été fixé par un arrêté ministériel à 600 francs par an pour le réseau de Paris et à 400 francs pour les réseaux de province.

En 1884 11 villes desservie par la S.G.T sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran. En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes, Nancy, Dunkerque et Elbeuf.

En région Parisienne

En juillet 1883, l'hôtel et la maison de banque de M. le baron de Rothschild, rue Laffitte, à Paris, furent mis en communication téléphonique avec le château de Ferrières, une des résidences du baron Alphonse de Rothschild ,dans le département de Seine-et-Marne.
Cette installation comprend 90 kilomètres de fils doubles. A l'aide d'un commutateur spécial, M. de Rothschild peut communiquer à tous les instants du jour et de la nuit, de son château de Ferrières, avec tous les abonnés du réseau de Paris.

C'est le 21 mars 1885 que fut créé la Compagnie des signaux magnétiques et communications téléphoniques. Siège à Paris au 51rue Vivienne par Cornéluis Herz et Adren François Hebrard

Il a été construit un poste à appel magnétique et à transmetteur microphonique par la Compagnie des signaux magnétiques et communications téléphoniques. ce poste a été expérimenté entre les bureaux de MM. Rothschild frère rue Laffitte et le château de Ferrières, distance de 38 kilomètres, qui a donné les résultats les plus satisfaisants.
Ce poste est représenté dans les figures ci dessus. Le microphone est du système Hughes et chaque poste possède deux éléments Lalande et Chaperon fixés au dos des parois latérales de la boîte. Cet appareil est d’une sensibilité excessivement grande. La figure gauche donne une vue extérieure du poste complet; la figure droite montre la disposition des organes intérieurs.

Dans le département de Seine-et-Oise, 12 postes téléphoniques reliaient entre eux les établissements des grandes fabriques Decauville.
Les fils aboutissent à Petit-Bourg, Évry et Corbeil; de sorte que les chefs de gare de ces trois localités peuvent prévenir, par le téléphone, M. Decauville de l'arrivée en gare de ses marchandises.

J'ai retracé dans les archives locales de ma région de Fontainebleau et raconté cela dans cette autre page : Fontainebleau.

sommaire

En Normandie,

Rappelons que des premières expériences eurent lieu au Havre dès 1877, la ville jouait alors un rôle de centre d'échanges (en raison du port et de son important trafic). On y était très sensible à tout ce qui venait des Etats-Unis. Le Havre était alors en pleine croissance économique. Le 3 février 1878, fut présenté "Le téléphone et ses applications" devant plus de 2 000 personnes.

La Ville de Rouen découvre le Téléphone le 12 décembre 1877
( vous pouvez lire le compte rendu dans le Bulletin 1877 de la Société industrielle de Rouen de cette présentation)

Messieurs Gouault et Dutertre, membres de la Société Industrielle de Rouen, présentent le Téléphone Bell lors d'une conférence publique organisée dans la grande salle de l'Hôtel de ville de Rouen (Seine-Maritime, France).
La Société Industrielle de Rouen se définit à l'époque comme "une association ouverte à toutes les bonnes volontés, étudiant les applications des découvertes de la science, cherchant à propager l'instruction technique, s'efforçant de vulgariser les procédés industriels, en un mot, travaillant à faire la lumière ". Elle regroupe près de 700 membres de toutes origines, chaque département français est représenté ainsi que la plupart des pays étrangers (Etats-Unis, Russie, Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne, Belgique, Hollande,...).
Monsieur Gouault présente l'appareil : "le Téléphone que je vais décrire et expérimenter est le cornet acoustique portatif. Il remplit les fonctions alternatives de transmetteur lorsqu'il reçoit la voix, et de récepteur lorsqu'il l'apporte à l'oreille. Cet appareil se compose d'un pavillon, destiné à recevoir la bouche ou l'oreille. Derrière ce pavillon, une membrane métallique en fer doux, de un à deux dixième de millimètres d'épaisseur, est tendue entre deux pinces annulaires en bois réunies par des vis en cuive. Cette membrane est l'appareil vibrant destiné à recevoir l'impulsion de la parole ou à la reproduire. Derrière cette plaque, et à une distance mesurée par une fraction de millimètre, se trouve un système composé d'une bobine entourée d'un fil de cuivre isolé et d'un aimant central. Les deux fils de la bobine ressortent de la gaine en bois de l'appareil par deux bornes ; l'un est mis en communication avec un fil télégraphique aboutissant au récepteur ; l'autre est conduit à la terre, comme dans les appareils télégraphiques ordinaires" (Bulletin de la Société Industrielle de Rouen, 1878).
Cette description très scientifique cède parfois la place à une description plus terre à terre : "l'appareil de Monsieur Graham Bell se compose essentiellement de deux parties ayant assez l'aspect des patères en bois qui servent à retenir les draperies" (le Journal de Rouen, 1877). Monsieur Gouault donne ensuite le principe du Téléphone : "le premier principe, d'ordre philosophico-physiologique, est antérieur à Bell ; le second principe, d'ordre purement physique, était connu de la science et était implicitement renfermé dans la loi de Lentz. Bell a eu le bonheur d'en trouver le premier, je crois, une application pratique". Enfin Messieurs Gouault et Dutertre réalisent une série d'expériences qui réussissent parfaitement. Ils montrent qu'il est possible d'entretenir une conversation à distance, un deuxième poste étant installé dans l'hôtel de la gendarmerie, à plus de 300 mètres de la salle de conférence. Ils présentent également leurs essais sur de longues distances :
le petit appareil que vous avez sous les yeux a été expérimenté par Monsieur Dutertre et moi-même jusqu'à 300 kilomètres de résistance locale. Monsieur Bréguet affirme avoir perçu les sons que transmet le téléphone avec des résistances de 1000 kilomètres ! Les expériences faites sur des fils de lignes ont été moins concluantes, en raison même de la grande sensibilité de l'appareil. C'est qu'en effet les fils voisins des lignes télégraphiques, soumis à des courants électriques intenses, agissent par induction sur le fil télégraphique. Ces courants induits se superposent à l'action principale du Téléphone et la troublent d'une manière sérieuse. C'est ainsi que lors d'une expérience opérée sur un fil de ligne de l'Etat, j'ai entendu très distinctement, superposés à la voix transmise, les bruits donnés par trois télégraphes ordinaires du service. On reconnaissait très nettement le fonctionnement d'un Morse, d'un Bréguet et d'un Hughes. En dehors de ces actions et de ces inconvénients extérieurs qu'un service général téléphonique ne comporterait pas, la transmission par l'appareil de Bell se fait, sur les fils de ligne, à des distances importantes. On peut citer les expériences faites il y a quelques semaines, entre Paris et Mantes, à une distance de 58 kilomètres, lesquelles ont parfaitement réussies".

Monsieur Gouault termine sa conférence en présentant ce que pourrait être les premières applications du téléphone : "il remplacera, dans un avenir rapproché, les tuyaux accoustiques des habitations privées et des manufactures. Il rendra de grands secours, en campagne, pour les services des avant-postes, des reconnaissances des aérostats militaires. On peut espérer même l'utiliser pendant les batailles, lorsqu'il sera devenu plus puissant. Il aura d'ailleurs toujours cet immense avantage de n'exiger la présence d'aucun télégraphiste, et de permettre, dans des cas graves, la relation directe du général en chef avec les commandants des camps engagés. Son emploi est dès à présent indiqué pour les expériences de tir au polygone, dans le but de remplacer l'espèce de langage télégraphique constitué par les sonneries au clairon. Enfin Monsieur Bell fait des recherches pour en réaliser l'application à la télégraphie transatlantique et il a la conviction d'y réussir dans un avenir très rapproché". Le lendemain, Monsieur Gouault organise une deuxième conférence pour le public. Dans son rapport annuel de janvier 1878, le président de la société s'en félicite : "la présence de la foule qui est venue entendre la conférence publique et gratuite a affirmé le succès que notre collègue avait eu la veille".
Voici comment le Journal de Rouen relate la conférence : "l'orateur, après avoir rappelé qu'un simple jouet avait été le précurseur du téléphone, a présenté l'instrument et minutieusement décrit les pièces dont il se compose, puis il a cherché à exposer la manière dont se fait la perception des sons. Toutes les fois, a-t-il dit, que nos sens se trouvent placés dans des circonstances différentes, mais semblables par leur résultante matérielle, ils transmettent au cerveau les mêmes impressions, et notre individu se croit absolument dans des conditions identiques ; c'est ce qui fait que les amputés croient percevoir une sensation dans le membre qu'ils n'ont plus ; qu'avec le stéréoscope, nos yeux croient voir des objets en relief, en examinant une image plate.
La première liaison téléphonique, le Premier Communiqué de Presse

Le 18 décembre 1877, Monsieur Gouault, invité par la Société Industrielle d'Elbeuf, donne, "devant un auditoire d'élite, une conférence sur le Téléphone". Après avoir présenté l'appareil, il passe aux expériences.
Voici comment le Bulletin de la Société Industrielle d'Elbeuf relate les faits : "au moyen des appareils de Messieurs Poussin, une communication a été établie entre le local de la Société Industrielle et l'Hôtel de Ville.
Le conférencier et d'autres personnes ont pu converser avec les personnes placées dans ce dernier local. Des phrases ont été échangées ; la sonnerie d'une montre, produite à l'Hôtel de Ville, s'est faite entendre très distinctement dans la salle où avait lieu la conférence ; on a pu, de la même manière, entendre l'air et les paroles d'un couplet de chanson".
Enfin, grâce à la complicité de l'Inspecteur des lignes télégraphiques de Rouen, Monsieur Gouault va soulever l'enthousiasme de son auditoire.
Réalise-t-il alors qu'il va effectuer la première liaison téléphonique "commerciale" en Normandie et probablement le premier communiqué de presse français ? Le Téléphone Bell est alors relié par un fil qui, tiré du local de la Société Industrielle, rejoint le bureau télégraphique puis emprunte la ligne télégraphique Elbeuf - Rouen.
Voici le commentaire du bulletin de la Société Industrielle :
"une communication a pu être établie entre le local de la conférence et la guérite télégraphique de la gare Saint-Sever à Rouen, et vers 10 heures et demie du soir, Monsieur Gouault transmettait la dépêche téléphonique suivante :
"Président Société Industrielle d'Elbeuf à Président Société Industrielle de Rouen. Une conférence très intéressante sur le téléphone a été faite ce soir à la Société Industrielle d'Elbeuf, par Monsieur Gouault, ingénieur. Mis en communication avec Rouen grâce à l'obligeance de Monsieur le Directeur des Télégraphes, le conférencier transmet cette dépêche oralement pour être communiquée aux journaux : un incendie qui menaçait de prendre de graves proportions s'est déclaré ce soir rue de l'Hospice. Un ouvrier a été sérieusement brulé au bras et à la poitrine. On est actuellement maître du feu".
"Les termes de cette dépêche ont été répétés mot par mot, par la personne qui la recevait à Rouen : la transmission avait donc parfaitement réussie".
A cette date on pouvait acheter une paire de téléphones pour la somme de 15 francs ce qui équivalait 2 jours de travail pour un ouvrier qualifié.

En Normandie, la ou la première liaison avait été établie en décembre 1877, en juillet 1878, M. Dutertre installe un fil téléphonique entre sa demeure particulière et la mairie de la petite commune de La Vaupalière dont il est le maire.

Puis peu à peu, il ajoute de nouveaux fils: il relie le garde champêtre distant de 1600 mètres, le receveur des contributions, distant de 2000 mètres.
Et en mai 1879, il fait la demande officielle pour un réseau avec 6 stations : j'ai l'intention de faire construire un réseau complet de lignes aériennes qui relieraient à la Mairie la recette des contributions indirectes, dont le receveur est un conseiller municipal et le domicile du garde-champêtre. Les mêmes poteaux serviraient à supporter des fils spéciaux mettant en communication la Mairie avec le presbytère et la maison de l'adjoint au maire plus le prolongement de la ligne vers ma demeure particulière. Les avantages généraux de cette installation seraient de relier les extrémités de la commune avec la Mairie d'où seraient expédiés des ordres, il serait facile d'obtenir promptement les secours des sapeurs pompiers ou de la gendarmerie.
En mai 1880 M. Dutertre obtient du Ministre, avec avis favorable du préfet, l'autorisation de relier son réseau à Maromme, le chef lieu de canton situé à 4 km de La Vaupalière.
Voici la description du réseau : "l'appareil choisi est celui de Gower (système de Bell perfectionné). Des études comparatives ont fait reconnaître que le système Bell est encore celui qui a la supériorité pour transmettre les caractères distinctifs de la voix M. Dutertre a ajouté un ingénieux petit système avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité pour répondre immédiatement. Le fil est supporté à l'aide d'isolateurs mobiles dits à queue. La portion du fil susceptible d'être en contact avec le support est entourée d'un morceau de caoutchouc vulcanisé. Dans une grande étendue du parcours, les supports-isolateurs sont piqués aux arbres de la forêt le long de la route qui conduit à La Vaupalière. Une fois en haut de la côte, les isolateurs sont apposés contre les maisons; puis, sur un espace d'environ deux kilomètres, ils sont attachés à des poteaux placés de 90 mètres en 90 mètres. En face de la mairie, un certain nombre de fils devant provenir de différentes directions et attendant une destination sont réunis dans un tuyau, traversent le chemin sous terre et arrivent au système receveur. Pendant ce cours trajet les fils sont chacun revêtus d'une couche de gutta-percha ; cet enduit a pour but d'isoler les courants.
Là, chaque fil est mis en rapport avec un commutateur suisse. Par le moyen de cet appareil, on établit la communication avec le point téléphonique avec lequel on doit correspondre.
Les essais sont tout à fait concluants et certifiés par le docteur Laurent, membre de la Société Industrielle de Rouen, qui rapporte: j'ai entendu distinctement les paroles et les phrases émises par les personnes qui ont communiqué avec moi par le téléphone administratif de M. Dutertre.
Le son de la voix arrive à l'oreille, de manière à comprendre très clairement. Le timbre présente même des différences caractéristiques qui permettent de reconnaître la voix des personnes qui parlent ".
De son côté, M. Dutertre écrit au Directeur ingénieur des télégraphes de Rouen : "ce fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleur des contributions directes et indirectes, percepteur, agent-voyer, l'ont tous employé pour avoir des renseignements plus prompts; des malfaiteurs, des conducteurs de voiture ivres ou sans lanterne, ont pu être arrêtés, signalés au passage par le secrétaire de la mairie' (juin 1881).
En novembre 1880, M. Dutertre présente à ses collègues de la Société Industrielle, un projet de "téléphonie administrative dans les communes rurales et de son application au service public". II montre tout d'abord la supériorité du téléphone sur le télégraphe : "pour un service télégraphique il faut un employé spécial, un employé initié aux difficultés de la marche de l'appareil télégraphique. Avec l'appareil téléphonique, point de complications semblables. Tout le monde est apte à parler dans un cornet téléphonique, à mettre le cornet à l'oreille, à écouter. Il suffit d'une explication fort simple, d'une démonstration élémentaire pour permettre à même une personne dont l'instruction est très restreinte, pour ne pas dire nulle, de correspondre par le téléphone. ".
M. Dutertre insiste ensuite sur les profits que chaque commune rurale doit retirer du téléphone : "je mentionnerai tout d'abord les communications qui doivent avoir lieu dans la commune. Quand il est nécessaire de recourir au garde champêtre, il faut avoir sous la main quelqu'un à envoyer chez ce fonctionnaire, il faut écrire l'ordre à transmettre, remarquez la vitesse d'exécution avec l'emploi du téléphone. Une communication verbale est rapidement faite et allège le fardeau bureaucratique. Actuellement, il faut de trois à cinq jours pour les communications de commune à commune. Les intérêts agricoles eux mêmes ont une part considérable à attendre du téléphone administratif. Les dépêches astronomiques, le cours des denrées, certains conseils urgents, etc... pourront être propagés dans un bref délai parmi les habitants. Il n'est pas jusqu'à l'administration militaire pour le recrutement; lors d'une levée d'hommes, en cas de guerre, et même la stratégie qui n'aient à profiler largement de l’installation en question.
En cas d'incendie, on ne saurait encore contester qu'il soit du devoir de l'autorité municipale de recourir le plus promptement possible, à tous les moyens, pour faire appel aux personnes capables de porter secours. II en sera de même s'il arrive un accident.
Un autre point essentiel que je ne puis passer sous silence, c'est l'assistance médicale dans les campagnes. Vous remarquerez que notre petite commune, comme bien d'autres, est trop petite pour posséder un médecin et un pharmacien. Les habitants sont obligés, pour se faire soigner, de s’adresser à un praticien domicilié à une distance plus ou moins gronde ; le médecin n'est pas chez lui, est en tournée, quelquefois dans une commune avoisinant La Vaupalière ; il retourne fort tard à son domicile où il trouve l'adresse du malade de La Vaupalière. Le médecin, harassé de fatigue renverra au lendemain matin la visite à faire. Avec l'installation d'un appareil téléphonique quelle différence ! Un appareil serait placé chez le médecin cantonal chargé de la médecine chez les indigents et le médecin le plus voisin de la commune. Le médecin pourrait être prévenu par le téléphone, chez lui et dans les communes où il est en tournée, Il pourrait en passant à chaque station téléphonique, s'informer s'il est demandé. On peut dire de même pour ce qui concerne le pharmacien et l'obtention de médicaments urgents.
Ainsi encore, au moment des élections, pour les renseignements nombreux que les autorités réclament ,cette installation sera on ne peut plus utile.

M. Dutertre propose ensuite la formation d’un réseau plus complet qui relierait 13 communes du canton de Maromme.
Il prévoit même des lignes supplémentaires qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau serait interrompue pour une cause ou pour une autre". Après avoir pris contact avec les deux compagnies qui exploitent le téléphone â Paris, il évalue le coût total à 6.500 Fr dont 150 Fr par km de fil et 100 Fr pour chaque station téléphonique. Enfin, pour rentabiliser le réseau, M. Dutertre propose que le téléphone administratif soit autorisé à servir les particuliers pour les communications privées Cela créerait une source de revenus qui pourrait être employée : premièrement à la défalcation des premières dépenses d'installation , deuxièmement à la satisfaction des frais d'entretien , troisièmement à la rémunération des employés ou des personnes employées à la manipulation et au soin des appareils.
Est-il nécessaire de préciser que ce projet fut présenté au Conseil Général et au préfet, qu'il fut jugé intéressant mais que, personne n'y donna suite mis à part une demande d'enquête du Ministre en juin 1881 qui écrivait alors : 'j'ai tout lieu de craindre aujourd'hui que la ligne ne serve à tout autre chose qu'à l'usage auquel elle était primitivement destinée." Heureusement pour M.Dutertre, une discrète vérification des gendarmes permet au préfet de répondre : "le fil ne sert que dans un intérêt administratif et général".
Malgré le support du docteur Laurent, membre de la Société Industrielle de Rouen, qui argumenta sur la supériorité d’un réseau téléphonique entre communes rurales par rapport au télégraphe, Louis Dutertre qui avait construit et entretenu ce réseau à ses propres frais dans le souci de l’intérêt administratif et général dut se résoudre à en arrêter les améliorations en l’absence de certitudes durables de la part des autorités.

De la Téléphonie administrative dans les communes rurales et de son application au service public. septembre 1881
RAPPORT sur l'installation faite par M. Dutertre, maire de La Vaupalière, membre de la Société industrielle, etc PAR M. le D'' LAURENT.
SEANCE DU 2 SEPTEMBRE 1881. ( que vous trouverez à cette adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1225841/)

MESSIEURS,
Dans la séance de novembre 1880 du comité d'utilité publique, M. Dutertre a appelé l'attention des membres présents sur l'application qu'il avait faite de la téléphonie à La Vaupalière, commune dont il est maire, et M. Mairesse a été choisi pour rapporteur. Mais des occupations nouvelles et non prévues ont obligé cet honorable collègue de renoncer à l'élaboration de ce travail. C'est ainsi que, dans la séance du 20 juillet dernier, j'ai été désigné pour vous exposer l'organisation téléphonique installée à la mairie de La Vaupalière.
Vous vous rappelez les conférences faites à l'Hôtel-de-Ville de Rouen, en décembre 1877, par notre collègue, M. Gouault. Après avoir démontré les principes essentiels sur lesquels était basé le téléphone, le conférencier nous a parlé des détails de sa construction et des services que cet instrument était appelé à rendre dans un avenir plus ou moins prochain.
Je n'ai donc pas à m'occuper de la description du téléphone ni de sa théorie. Je ne crois pas non plus qu'il m'incombe de vous signaler dans ce rapport les améliorations successives apportées aux appareils téléphoniques, depuis décembre 1877. D'ailleurs, une exposition industrielle réservée à l'électricité est ouverte à Paris depuis le 1er août, et je suis persuadé que chacun des membres de la Société industrielle de Rouen sera désireux d'examiner les merveilleux petits instruments dont l'usage se répand si rapidement depuis la découverte de Graham Bell. Tout ami du progrès ne peut manquer de reconnaître la nécessité de s'initier aux améliorations qui vont permettre de généraliser de plus en plus ce moyen de communication.
Il appartenait à notre distingué collègue, M. Dutertre, de nous faire apprécier par la pratique quelques-uns des services que peut procurer la téléphonie. J'ai dit appartenait; en effet, Messieurs, la science télégraphique est redevable à cet électricien de perfectionnements importants, qui ont même été adoptés par l'Administration des Télégraphes. C'est vous faire remarquer, dès le début, quelle compétence possède le créateur du service téléphonique administratif dans les communes rurales.

Dès le mois de février qui suivit la conférence (février 1878), M. Dutertre a installé un fil entre sa demeure particulière, à La Vaupalière, et la mairie. Puis, peu à peu, il a ajouté de nouveaux fils à La Vaupalière même plus tard, en avril 1880, il a relié cette commune avec le chef-lieu du canton.
J'ai vérifié à différentes reprises le fonctionnement de la ligne téléphonique dont j'ai à vous entretenir. Ce fonctionnement avait été examiné précédemment par plusieurs membres de notre compagnie, et notamment par MM. Besselièvro, Mairesse, Bernardini et Deshays. Ces messieurs pourraient donc vous confirmer les résultats qui seront consignés par moi dans ce rapport. J'ai entendu distinctement les paroles et les phrases émises par les personnes qui ont communiqué avec moi par le téléphone administratif de M. Dutertre.
Etant à Maromme, j'ai conversé à La Vaupalière avec M. Quibel, receveur des Contributions, avec M. Dutertre, avec M. Manneville, secrétaire de la mairie. J'ai entendu, de Maromme même, la conversation qui avait lieu à La Vaupalière entre deux points téléphoniques à l'un était M. Dutertre, à l'autre M. Manneville. A La Vaupalière, je me suis entretenu avec le secrétaire de la mairie de Maromme, M. Morel, avec le garde champêtre et le receveur des Contributions. Le son de la voix arrive à l'oreille, de manière à comprendre très clairement. Le timbre présente même des différences caractéristiques qui permettent de reconnaître la voix des personnes qui parlent. Il faut se rendre compte par soi-même de ces phénomènes réellement curieux pour croire qu'il n'y a rien d'exagéré dans les résultats publiés par les expérimentateurs. Comment se figurer que la voix parvienne si distinctement, après avoir parcouru une distance plus ou moins considérable, passant par un fil très mince ? Les physiciens ont trouvé que la vitesse de propagation du son dans le fer peut être évaluée à 5 kilomètres par seconde. Ici, il ne s'agit plus du son seulement, mais bien de rélectricité, dont la vitesse de propagation est de 120,000 lieues par seconde. Les paroles parties du point le plus éloigné du réseau actuel mettent donc bien moins d'une seconde à se rendre à l'autre extrémité. Leur transmission a lieu instantanément. Enfin, étant à Rouen, j'ai eu recours aux deux voies télégraphique et téléphonique pour correspondre avec M. Dutertre. Le secrétaire de la mairie de Maromme a bien voulu servir d'intermédiaire. La dépêche télégraphique étant adressée à M. Morel, cet employé l'a transmise téléphoniquement, à La Vaupalière, à M. Dutertre. Cette combinaison des deux moyens nous a permis de correspondre plus facilement; par la voie télégraphique seule, qui s'arrête à Maromme, on eût été contraint d'envoyer ensuite un express à la commune de La Vaupalière.

Mes essais ont donc été aussi variés que possible pour m'éclairer sur les avantages de cette installation.
La ligne téléphonique, dont il est question ici, est constituée en ce moment par un réseau partant de la mairie de La Vaupalière et s'étendant par des ramifications :
1° Chez le garde champêtre de La Vaupalière son habitation est à 1,600 mètres de la mairie
2° Chez le receveur des Contributions, dont le domicile est à 2 kilomètres de la mairie
3° A la mairie de Maromme, chef-lieu du canton, située à 4 kilomètres de la mairie de La Vaupalière.
Ce réseau est incomplet. Dans ses essais primitifs, limités dans la commune seule, M. Dutertre avait installé quelques lignes supplémentaires qu'il a été obligé de supprimer. L'installation a donc dû rester jusqu'à présent bornée aux ramifications précédentes.

La téléphonie administrative dans les communes rurales est une innovation. Malheureusement, dans notre beau pays, tout ce qui est innovation rencontre le plus souvent des entraves diverses et puissantes. On a à compter avec la routine, l'ignorance, les préventions, les superstitions, etc. Aussi, dois-je dire qu'il a fallu la force de conviction et la méritante persévérance de notre collègue pour ne pas être rebuté et ne pas renoncer entièrement à cette entreprise d'utilité publique. Car, il ne s'agit pas d'une exploitation privée, mais bien d'un réseau qui a pour but les intérêts de la commune, les intérêts du canton et les intérêts départementaux. Je dois ajouter que c'est à ses frais, avec ses propres deniers, que M. Dutertre a installé et entretient ce service administratif. Ne sachant pas si la ligne téléphonique serait autorisée à fonctionner, et si, par conséquent, elle avait l'espoir d'une existence plus ou moins durable, notre collègue a cru devoir s'arrêter dans la voie des améliorations. Cette ligne marche aujourd'hui telle qu'elle a été disposée tout d'abord. A La Vaupalière, sous la main du secrétaire de la mairie, dans la maison commune, est placé un appareil téléphonique. A chaque point avec lequel a lieu la communication existe un autre appareil téléphonique.
L'appareil choisi est celui de Gower (système de Bell perfectionné). Des études comparatives ont fait reconnaître à notre collègue que le système Bell est encore celui qui a la supériorité pour transmettre les caractères distinctifs de la voix. Mais peu importe, an point de vue qui nous occupe, l'appareil mis en usage. Il n'est pas douteux que les progrès de la construction téléphonique feront adopter successivement le mécanisme le plus approprié.
M. Dutertre a ajouté un ingénieux petit système avertisseur, pour qu'il fût possible de savoir sans retard si quelqu'un se trouvait à l'appareil sollicité pour répondre immédiatement.
Un petit bouton à ressort donne lieu à une première sonnerie (sonnerie d'appel), qui transmet l'avis du désir de correspondre. Dans le système employé par M. Dutertre, une seconde sonnerie renfermée dans une petite boîte superposée à l'appareil fondamental, informe de la présence d'un auditeur. On n'a pas besoin d'attendre longtemps pour s'assurer s'il y a, oui ou non, quelqu'un qui répondra à l'appel du point de départ.
Le fil est supporté à l'aide d'isolateurs mobiles que l'on peut facilement fixer soit contre le tronc d'un arbre, soit contre une maison, soit sur des poteaux. Ce sont des isolateurs dits à queue, et dont la tige terminale s'implante très facilement dans le bois. La portion du fil en contact et susceptible d'être en contact avec le support est entourée d'un morceau de caoutchouc vulcanisé. On évite ainsi l'usure résultant du frottement que produit l'agitation du fil par le vent.
J'ai constaté que, dans une grande étendue du parcours, les supports-isolateurs étaient piqués aux arbres de la forêt, le long de la route qui conduit à La Vaupalière. Une fois au haut de la côte, les isolateurs sont apposés contre les maisons puis, sur un espace d'environ deux kilomètres, ils sont attachés à des poteaux placés de 90 mètres en 90 mètres. En face de la mairie, un certain nombre de fils devant provenir de différentes directions et attendant une destination sont réunis dans un tuyau, traversent le chemin sous terre et arrivent au système receveur. Pendant ce court trajet, les fils sont chacun revêtus d'une couche de gutta percha cet enduit a pour but d'isoler les courants. Là, chaque fil est mis en rapport avec un commutateur suisse. Par le moyen de cet appareil, on établit la communication avec le point téléphonique avec lequel on doit correspondre. M. Dutertre a appelé tout particulièrement mon attention sur la commodité des isolateurs qu'il a employés. C'est ainsi que notre collègue a pu, dans l'espace de deux heures et demie au plus, établir tous les fils sur la partie du réseau qui va de la mairie de Maromme à la Maine. La promptitude d'une installation a une valeur dont il est bon de tenir compte pour la pose première ou les réparations ultérieures.
M. Dutertre considère encore comme très important l'état de relâchement du fil de fer dans l'intervalle d'un support isolateur à l'autre. La tension aussi exacte que possible n'est nullement nécessaire, quoiqu'elle soit exigée pour les lignes télégraphiques. C'est là un résultat pratique démontré par une expérience suffisante, puisqu'il en est ainsi depuis la pose du fil qui va de Maromme à La Vaupalière, c'est-à-dire depuis avril 1880 jusqu'à ce jour, fin juillet 1881, seize mois environ.
En examinant la disposition des supports-isolateurs sur les arbres d'une certaine hauteur, on constate facilement que lorsqu'il fait du vent, des ouragans, les arbres sont mis en mouvement, s'écartant et se rapprochant plus ou moins sous l'sinfluence des perturbateurs atmosphériques sur la cime et les branches. Un étirement exact tend infailliblement à amener la rupture du fil, soit par la force soutenue, soit par la brusquerie de l'effort. On explique de cette façon la rupture assez fréquente des fils télégraphiques soumis aux révolutions aériennes. Or, comme M. Dutertre l'a vérifié, l'in extension des fils téléphoniques ne gêne en rien la transmission, et on aurait tort de croire à une déperdition capable d'interrompre la circulation vocale. Elle offre même un certain avantage, en ce que la transmission téléphonique n'est pas gênée par le bruit que le vent détermine, lors des ouragans, dans les fils fortement tendus.
J'ai même vu que quelques poteaux avaient été renversés dans une partie du trajet. Le 61 porte simplement sur une haie d'épine et il n'existe pas d'interruption. Les poteaux n'ont pas été relevés jusqu'à présent. Ce fait est une preuve de plus de l'effet de l'in extension du fil téléphonique.
Ces détails pratiques méritent d'être appréciés, et tendent à démontrer la facilité de la pose d'un trajet téléphonique. Il convient toutefois d'isoler le fil de tout corps susceptible de propager le courant transmis. Les corps qu'il importe d'éviter sont ceux dénommés conducteurs de l'électricité.
Les fils installés par M. Dutertre passent dans la forêt, à travers les feuilles, et même, sont plus ou moins en rapport avec des ramifications de petite dimension. Jusqu'ici on n'a pas accusé la moindre viciation dans la transmission.
J'ai parlé plus haut de préventions et superstitions contre lesquelles tout inventeur a à lutter. Il ne faudrait pas croire que M. Dutertre, tout maire qu'il était, n'a eu qu'à prier ses administrés pour être autorisé à poser ses supports-isolateurs contre les maisons ou à la proximité des propriétés. Un certain nombre avaient peur que les fils n'attirassent le tonnerre. Notre collègue a dû parlementer à maintes reprises, et tâcher de les persuader de toutes les manières, que les voisins de fils téléphoniques ne devaient pas redouter plus que les autres la chute de la foudre. Les événements sont même venus favoriser les efforts de M. Dutertre. Depuis l'installation téléphonique, la foudre n'est tombée qu'une fois à La Vaupalière, mais à une distance assez grande d'une maison supportant un de ces fils, à quarante mètres environ. Ce fait n'a pas peu contribué à rassurer les voisins des isolateurs.
Messieurs, je ne sais si je vous ai tracé d'une façon suffisamment explicite les traits qui doivent reproduire dans votre esprit l'organisation téléphonique due à l'initiative de M. Dutertre.
Notre collègue a été amené à cette installation, la première qui existe sur tout le territoire français, par le désir de satisfaire à certaines parties du service administratif, et, ici, Messieurs, je tiens à vous faire reconnaître la supériorité réelle d'un service téléphonique pour faire communiquer les communes rurales sur un service télégraphique employé au même objet.
Rendons-nous bien compte des exigences d'un poste télégraphique et comparons-les à celles d'un poste téléphonique. Pour un service télégraphique, il faut un employé spécial, un employé initié aux difficultés de la marche de l'appareil télégraphique, un employé que vous devez payer dans une certaine proportion, en raison de ses études préliminaires. Malgré la diffusion de plus en plus grande de l'instruction, vous recruterez rarement cet employé parmi les habitants de la commune rurale.
Avec l'appareil téléphonique, point de complications semblables. Tout le monde est apte à parler dans un cornet téléphonique, à mettre le cornet à l'oreille, à écouter, à interrompre un trajet, une communication à l'aide du commutateur. Il suffit d'une explication fort simple, d'une démonstration élémentaire pour mettre à même une personne dont l'instruction est très restreinte, pour ne pas dire nulle, de correspondre par le téléphone.
Veuillez approfondir toutes les conséquences de cette facilité du fonctionnement téléphonique. De quel prix n'est pas la simplicité de manipulation ?.
Mais voici un autre avantage non moins précieux qu'il convient de vous signaler.
Tandis qu'avec le télégraphe vous ne pouvez faire passer qu'un nombre de mots très limité dans un temps donné, dans le même temps, si l'on a recours au téléphone, on aura conversé très longuement, et des réponses nombreuses auront été échangées de part et d'autre; une quantité presque incalculable de mots aura circulé. En outre, remarquez à ce sujet ce qui a lieu dans les campagnes pour le fonctionnement télégraphique.
Une dépêche arrive pour une commune située à deux ou trois lieues du bureau. Les dépêches sont assez rares. On n'a pas immédiatement à sa disposition, comme dans les grandes villes, un employé ou un commissionnaire pour porter la dépêche. Ce n'est qu'après un temps plus ou moins long qu'on se procure quelqu'un qui consente à aller remettre une lettre. Ce commissionnaire met un certain temps à parcourir la distance nécessaire et arriver chez le destinataire, même quand il y met toute la célérité possible. Que sera-ce dans le cas où le commissionnaire fera certaines rencontres, s'arrêtera chez un ami, prendra un rafraîchissement, etc.? Il faut ensuite rapporter la réponse au bureau et expédier télégraphiquement cette réponse.
Quand on réfléchit à ces lenteurs obligées d'un service télégraphique dans les communes rurales, n'est-il pas opportun de constater au contraire, avec l'adoption du système téléphonique, des avantages multiples, avantages de temps, avantages d'argent ?
Je vais insister sur les profits que chaque commune rurale doit retirer du téléphone administratif.
Si nous examinons les nécessités spécialement administratives, je mentionnerai tout d'abord les communications qui doivent avoir lieu dans la commune seule.
Quand il est nécessaire de recourir au garde champêtre, il faut avoir sous la main quelqu'un à envoyer chez ce fonctionnaire, il faut écrire l'ordre à transmettre, il faut donc en plus le temps d'écrire cet ordre. On peut en dire autant pour le receveur des Contributions directes et indirectes, l'agent voyer, le commissaire. Remarquez la vitesse d'exécution avec l'emploi du téléphone. Une communication verbale est rapidement faite et allège le fardeau bureaucratique. Actuellement, il faut de trois à cinq jours pour les communications de commune à commune. J'extrais d'une lettre officielle, adressée par M. Dutertre à M. le Directeur, ingénieur des Télégraphes, à Rouen, le passage suivant M. le Directeur contestait au garde champêtre le rang de fonctionnaire et voulait, pour la ligne qui va de la mairie de La Vaupalière chez ce fonctionnaire, exiger une rétribution comme n'étant pas une communication administrative.
« Le garde champêtre, écrit M. Dutertre, insuffisamment payé est obligé d'avoir recours à un travail manuel et ne peut être astreint à venir tous les jours à la mairie (son habitation est à 1,600 mètres de la maison commune). Faudra-t-il, lorsqu'il arrivera une demande de renseignements ou un ordre, courir le chercher à près de deux kilomètres? (Ma commune a près de six kilomètres de longueur.) Le secrétaire de la mairie, instituteur, ne peut ni ne doit se déranger. »
« Ce fil a fait ses preuves; gendarmes, contrôleurs des contributions directes et indirectes, percepteur, agent-voyer, l'ont tous employé pour avoir des renseignements plus prompts; des malfaiteurs, des conducteurs de voitures ivres ou sans lanterne, ont pu être arrêtés, signalés au passage par le secrétaire de la mairie. » (Lettre du 7 juin 1881.) Les intérêts agricoles eux-mêmes ont une part considérable à attendre du téléphone administratif. Les dépêches astronomiques, le cours des denrées, certains conseils urgents, etc pourront être propagés dans un bref délai parmi les habitants.
Il n'est pas jusqu'à l'administration militaire pour le recrutement, lors d'une levée d'hommes, en cas de guerre, et même la stratégie qui n'aient à profiter largement de l'installation en question.
En cas d'incendie, on ne saurait encore contester qu'il soit du devoir de l'autorité municipale de recourir, le plus promptement possible, à tous les moyens, pour faire appel aux personnes capables de porter secours. Le téléphone administratif sera encore là dans son rôle. Il en sera de même s'il arrive un accident. Un autre point essentiel que je ne puis passer sous silence, c'est l'assistance médicale dans les campagnes.
Pour ne parler que de La Vaupalière, vous remarquerez que cette petite commune, comme bien d'autres, est trop petite pour posséder un médecin et un pharmacien. Les habitants sont obligés, pour se faire soigner, de s'adresser à un praticien domicilié à une distance plus ou moins grande. Actuellement, il faut aller à Maromme, à Notre-Dame-de-Bondeville, à Déville, etc. Il faut un certain temps pour se rendre à la demeure du médecin le médecin n'est pas chez lui, est en tournée, quelquefois dans une commune avoisinant La Vaupalière. La personne envoyée ne peut revenir assez tôt pour l'atteindre dans cette autre commune, d'où le praticien, continuant ses visites dans une autre direction, est parti pour retourner fort tard à son domicile où il trouve l'adresse du malade de La Vaupalière. Le médecin, harassé de fatigue, renverra au lendemain matin la visite à faire. Quel est celui qui souffre le plus de tous ces retards ? C'est le pauvre malade.
Avec l'installation d'un service téléphonique, quelle différence Un appareil serait placé chez le médecin cantonal, chargé de la médecine chez les indigents ou le médecin le plus voisin desservant la commune de La Vaupalière. Le médecin pourrait être prévenu par le téléphone, chez lui et dans les communes où il est en tournée. Il pourrait, en passant à chaque station téléphonique, s'informer s'il est demandé.
On peut en dire de même pour ce qui concerne le pharmacien et l'obtention des médicaments urgents.
Je n'ai pas la prétention d'avoir énuméré tous les services que le téléphone administratif est appelé à rendre dans les communes rurales. Ainsi encore, au moment des élections, pour les renseignements nombreux que les autorités réclament, cette installation sera on ne peut plus utile.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, elle facilitera considérablement les relations de commune à commune et les relations de chaque commune avec le chef-lieu de canton. Il y aura évidemment plus de célérité dans l'envoi des documents et des rapports, etc.

Messieurs, notre collègue, M. Dutertre, en établissant le téléphone administratif de La Vaupalière à Maromme, s'est surtout préoccupé de servir les intérêts de sa commune et de la région qu'il habite. Il a étudié la formation d'un réseau qui comprendrait tout le canton de Maromme.
Je mets sous vos yeux le tracé de ce réseau qui intéresse treize communes, dont Maromme qui est le chef-lieu de canton des douze autres.
(Voir pl. XIX.) représente la ligne téléphonique qui fonctionne actuellement entre la Vaupalière et Maromme. Les tracés indiquent les communications projetées avec les autres communes.

Les lignes représentent des lignes supplémentaires qui fonctionneraient dans le cas où une ligne du réseau serait interrompue pour une cause ou pour une autre. Le tracé proposé par M. Dutertre paraît à notre collègue constituer ce qu'il y aurait de plus économique et ce qui répondrait le mieux à toutes les exigences des relations administratives. La longueur du tracé est d'environ 36 kilomètres, l'évaluation maximum de la dépense est de 150 fr. par kilomètre. Il faut ajouter 100 fr. par chaque station téléphonique. Ce serait un total d'environ 6,500 fr.
Les lignes pointillées ne sont pas comprises dans les frais. Chaque commune pourrait ensuite compléter les lignes ci dessus, suivant les différents besoins, au point de vue de la bienfaisance ou assistance (service médical, service des incendies, etc.), au point de vue de la sécurité (gendarmerie, garde champêtre, etc.), etc.
Je croirais sortir du cadre de cet exposé en essayant d'esquisser les ramifications que réclameraient ces divers services dans chaque commune. Après ce que je viens de dire, il suffit de les énoncer pour avoir une idée satisfaisante de leur utilité et de la facilité de leur établissement.

Avant de clore ce rapport, permettez-moi de vous lire un passage emprunté à un livre paru récemment (1881) sur les télégraphes, par Ternant (Bibliothèque des Merveilles), page 54. « Alors qu'en France, le service des communications téléphoniques se limite à Paris, en ce moment on compte actuellement dans le nouveau monde quatre-vingt-cinq villes qui se servent de ces installations. A Chicago, il y a 3,000 abonnés, 600 à Philadelphie, autant à Cincinnati, un nombre sans cesse croissant à New-York, et le chiffre des personnes abonnées aux compagnies téléphoniques en Amérique dépasse 70,000. »
Ce passage n'est pas, je crois, tout à fait exact quant à la France. Si je suis bien informé, nous avons dans notre département quelques installations téléphoniques privées. Si les nouvelles inventions y rencontrent un nombre considérable de sceptiques, nous possédons des amis du progrès qui sont bien aises d'encourager les inventeurs. Il y a aussi des industriels qui s'empressent d'expérimenter les innovations. Ils sont en petit nombre, il est vrai, mais il en existe et il importe de stimuler leurs idées généreuses.
Si le téléphone administratif était autorisé à servir les particuliers pour les communications privées, on créerait une source de revenus qui pourraient être employés à : 1° la défalcation des premières dépenses d'installation; 2° à la satisfaction des frais d'entretien; 3° à la rémunération des employés ou personnes préposées à la manipulation et au soin des appareils. Mais à ces résultats qu'il est nécessaire d'envisager quand une organisation est à fonder et qui constituent la partie matérielle de l'œuvre, viennent s'en adjoindre qu'on ne peut passer sous silence.
En facilitant les communications entre les communes d'un même canton, en facilitant les communications entre les habitants de ces communes, on multiplie les éléments de progrès, on augmente les moyens de développement de l'intelligence, et par cela même de développement du commerce et de l'industrie, on ouvre la véritable voie de prospérité d'un pays quel qu'il soit, tout en contribuant aussi à assurer son bien-être.
Si l'établissement d'un téléphone administratif est déjà une amélioration considérable pour une population, l'adjonction de la téléphonie privée est un complément nécessaire et je ne doute pas que les hommes qui ont souci de l'intérêt général ne s'efforcent de concourir à un but aussi louable, en contribuant de leur influence et même de leurs capitaux.
CONCLUSIONS.
Pour résumer les développements donnés dans le cours de ce rapport, me servant des expressions citées précédemment, je puis dire sans crainte d'être démenti le téléphone administratif de La Vaupalière à Maromme a fait ses preuves.
Je dois en même temps faire ressortir :
1° Les avantages inhérents au fonctionnement d'un service téléphonique dans les communes rurales;
2° La supériorité du téléphone sur le télégraphe pour les communications des habitants des campagnes;
3° Enfin, l'initiative de notre collègue, M. Dutertre.
L'installation dont je vous ai entretenu est due à sa spontanéité. C'est la première de ce genre sur le territoire français et je crois qu'il importe de lui donner tout le développement que mérite son utilité incontestable.
Le comité d'utilité publique a l'honneur de proposer
1° De solliciter le concours de la Société industrielle en faveur d'un projet qui, d'ailleurs, émane d'un de ses membres;
2° Que MM. les membres de la Société veuillent bien inviter son Bureau à prier M. le Préfet de soumettre à l'approbation de MM. les membres du Conseil général l'achèvement du réseau téléphonique du canton de Maromme.
Le fonctionnement de ce réseau servirait de type à l'établissement de réseaux semblables dans les autres cantons de la Seine-Inférieure.

1878 En Basse Normandie, c'est un inspecteur des télégraphes de l'Orne, G. Triger qui, de retour de l'Exposition de 1878 utilisa un téléphone sur le fil du télégraphe Alençon-Argentan en branchant un écouteur à chaque extrémité... Mais, plus souvent les pionniers furent ceux qui les premiers demandèrent des lignes d'intérêt privé afin de relier en circuit fermé le domicile à la fabrique ou à la boutique. Ces demandes émanaient d'industriels et de représentants des milieux d'affaires.

1881 au Havre, le réseau téléphonique établi atteignit rapidement 100 abonnés; la Société des Téléphones inaugura au mois d'août 1881, un service de petits facteurs ou commissionnaires pour courses, ou port de petits paquets, dépêches télégraphiques, échantillons, etc. Mais ce service ne dura que quelques jours ; il fut supprimé sur l'injonction du ministre des postes et des télégraphes.

1884 le réseau d'Elbeuf est mis en service le 25 novembre avec 46 abonnés.

sommaire

Le téléphone dans le CALVADOS

Le réseau d'État est arrivé le 16 novembre 1886, mais il ne fonctionnait qu'en interne. C'était le bazar jusqu'à la nationalisation en 1889, l'État et le privé étaient en concurrence. A Caen au départ, on comptait 22 abonnés. Des notables, comme le pâtissier Stiffler, le grand charbonnier Alain Guillaume, des banquiers, le palais de justice... La police et les pompiers n'avaient pas de ligne, car il fallait payer.
Il a fallu attendre le 1er mai 1898 pour que soit établie la ligne Caen - Paris. On recensait alors cinquante abonnés. Pour être précis, une ligne privée avait été installée en 1885 entre Caen et Ouistreham pour réguler les entrées et sorties des bateaux sur le canal.
Le système est resté manuel jusqu'au milieu des années 70. On appelait le central téléphonique et on tombait sur une opératrice. On en comptait près de 300 à Caen dans les années 60, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. On les appelait les « demoiselles du téléphone ». Chaque opératrice écoulait soixante appels à l'heure. Y régnait une discipline de fer.
Quant aux lignes, elles ont longtemps été installées ainsi : on les tirait manuellement, on posait les poteaux avec une charrette.

11 février 1924 : Caen s'est doté d'un nouveau central téléphonique pour augmenter son nombre d'abonnés. Toutes les lignes ont été centralisées à 21 h. Le bureau des postes était situé dans l'aile droite de l'hôtel de ville, place de la République. La Poste y avait un bail de cinquante ans, de 1882 à 1932. Tout y était concentré : la direction, les services postaux, le centre de tri, le central... Puis, en 1932, le central a déménagé rue Auber, dans l'immeuble Gambetta. Si on appelait à Caen, l'appel pouvait être immédiat. Mais pour Paris, notamment l'été, on pouvait s'entendre répondre : « Rappelez demain. » Il y avait si peu de circuits à l'époque qu'ils étaient vite encombrés. C'était encore vrai dans les années 30, sans parler des années 40 où le téléphone était sous la houlette des Allemands. Et après la Guerre, il a fallu reconstruire les lignes...

La majorité des gens correspondait donc par lettres ?
Oui, c'est longtemps resté le vecteur préférentiel de communication. Les Télécoms ont longtemps été un service résiduel. D'autant que le télégraphe avait un avantage sur le téléphone : il avait valeur de preuve sur le plan juridique. La France était très en retard. Ce fut un mal pour un bien, car lorsque fut lancé le célèbre plan téléphonique des années 70, on est passé directement à l'électronique.

Le téléphone dans le CALVADOS de 1880 à 1914 (Yves LECOUTURIER)

Quoi de plus naturel de nos jours de téléphoner pour réserver son séjour dans un lieu de vacances. Mais à la fin du siècle dernier et au début du XXe siècle, le tourisme balnéaire affirmait son développement tandis que le téléphone balbutiait. C'est sous la Restauration que naît la pratique des séjours à la mer et celle- ci se développe sous le Second Empire sous l'impulsion de la bourgeoisie d'affaires et avec l'apparition du chemin de fer. Gabriel Désert écrit qu'en 1894 « la Côte Fleurie a dès lors une situation ferroviaire privilégiée qui est, sans aucun doute, l'un des éléments de la prospérité qu'elle connaîtra à la fin du siècle ». A cette époque, en dehors de quelques lignes d'intérêt privé fonctionnant en circuit fermé, le téléphone est quasiment inexistant. Aussi le développement du tourisme balnéaire va-t-il être particulièrement déterminant quant à l'établissement du réseau téléphonique calvadosien.

Le premier circuit est destiné à joindre le littoral, mais dans un but uniquement pratique.
En juillet 1885 est établi un circuit téléphonique destiné à desservir le canal de Caen à la mer « pour régler les départs des navires et leur croisement dans la gare de Blainville, ainsi que les manœuvres d'eau en temps de crues de l'Orne ». Cette ligne de 14 200 mètres installée pour le compte de la Société de Navigation n'est en fait qu'une longue ligne d'intérêt privé. La ville de Caen est dotée d'une réseau téléphonique d'Etat en 1886 mais il faut attendre 1890 pour que la ligne Caen-Ouistreham-port soit ouverte aux abonnés du réseau caennais. C'est aussi dans un but privé qu'est établie en juillet 1891 une ligne de 9 kilomètres « dont l'usage a été demandé par la société des établissements Decauville aine pour les besoins de l'exploitation du chemin de fer de Luc à Ouistreham ».

La première liaison interdépartementale est réalisée en 1891 : Trouville « la reine des plages » et Honfleur sont les deux premières communes du département reliées à Paris en transitant par Rouen : un circuit Rouen-Paris est établi en 1887 et le circuit Trouville-Honfleur-Rouen en juin 1891. Cette liaison est fort bien accueillie. Dès le 20 août 1891, le Directeur Départemental des Postes et Télégraphes s'adresse au Préfet : « Par suite de l'inauguration récente du circuit téléphonique Rouen-Trouville, des demandes se produisent de personnes habitant Trouville momentanément tendant à obtenir d'avoir leurs habitations reliées téléphoniquement au bureau des Postes et Télégraphes de cette localité en vue de se procurer la facilité de communiquer directement de chez elles avec les réseaux de Rouen et de Paris ». L'unique cabine ne suffisant plus, un réseau local est nécessaire. Arguant de cette situation, le Directeur Départemental sollicite un arrêté préfectoral pour exécuter ces travaux rapidement malgré l'avancement de la saison. Dès le lendemain le Préfet donne son accord. Dans les années suivantes, le besoin de communiquer s'affirme davantage et les villégiaturistes éprouvent de plus en plus l'incommodité du transit par Rouen.

II faut attendre 1897 pour que le Conseil Général étudie un projet de réseau téléphonique départemental et constate lors de sa session d'août que le « Calvados est très en retard pour la création de ce nouvel agent de communication rapide». Sous l'impulsion du député de Caen, Georges Lebret, et d'un comité animé par des commerçants, le projet de circuit Caen-Paris prend forme. Quelques lignes interdépartementales sont envisagées : Caen-Bayeux, Caen-Lisieux et Caen-Trouville. En juillet 1897 le Journal de Caen plaide pour la construction d'un circuit CatH-Luc avec rattachement de toutes les stations balnéaires de Courseulles à Ouistreham. Mais l'hésitation des notables locaux, pour qui « on ne paraît s'être préoccupé que de l'intérêt de Caen », limite le projet à quelques circuits. Deux bailleurs de fonds, le comte Foy et le baron Gérard, tous deux conseillers généraux, apportent au département les 197 000 francs nécessaires et le Conseil Général vote sa participation au paiement de l'intérêt. Le premier semestre 1898 voit ainsi la mise en service du circuit Caen-Paris et des trois circuits calvadosiens, le dernier, Caen-Trouville étant ouvert au service public le 13 juin. Des initiatives privées, mais avec l'aval du Conseil Général, font naître des circuits Trouville-Deauville, Trouville-Cabourg, Trouville- Villers-sur-Mer et Cabourg-Beuzeval.

Lors de la session d'août 1899, le Conseil Général est saisi d'un projet de création d'un réseau téléphonique départemental par le Sous-Secrétariat d'Etat aux Postes et Télégraphes : « la France n'a pas jusqu'ici profité, aussi largement que ses voisins, des facilités nouvelles qu'offre ce merveilleux moyen de communication pour les relations d'affaires et de famille ». Quant au financement, l'Administration propose la participation du Conseil Général « dans une large mesure », des Chambres de Commerce, des Compagnies de Chemin de Fer de l'Ouest et de Caen à la mer, « en raison des intérêts qu'elles ont dans la région du littoral », des Caisses d'Epargne et de Groupements de Souscripteurs. Le plaidoyer de dix pages de l'Administration conclut en soulignant que « les réseaux déjà existants seront beaucoup plus productifs après l'établissement du réseau départemental ». Le rapporteur, Charles Paulmier, tout en reconnaissant que le projet est séduisant, objecte que l'extension rapide du réseau risque, « au lieu d'améliorer les communications de départ, de compromettre celles que nous possédons à l'heure actuelle. Déjà actuellement, pendant la saison des bains de mer, les lignes sont tellement encombrées que les communications sont en fait virtuellement supprimées... Dans ces conditions, on peut se demander, avec un certain effroi, ce qu'il adviendrait le jour où, au lieu de dix centres téléphoniques dans le Calvados, il y en aurait 60 ou 80 ». Si le principe d'un second circuit Caen-Paris et de circuits reliant les stations balnéaires situées à l'ouest de l'embouchure de l'Orne est admis, le reste du projet est mis à l'étude, mais est refusé à la session d'avril 1900. Le rapporteur conclut ainsi : « s'il faut du téléphone, pas trop s'en faut : si l'abondance des communications provenant de l'augmentation des postes téléphoniques rendait illusoire le service à attendre des lignes actuelles, ce serait une fois de plus le cas de constater que le mieux est l'ennemi du bien ». Ainsi le conservatisme du Conseil Général ne pare qu'au plus pressé. En 1901, les communes balnéaires retenues font officiellement leur demande, Saint-Aubin- sur-Mer justifiant ainsi la sienne : « le Conseil municipal considère que l'installation du téléphone ne peut qu'augmenter la prospérité de Saint-Aubin en offrant aux baigneurs de nouvelles facilités de communication avec Paris, Rouen et Le Havre ». Le 1er août 1902 sont mis en activité les réseaux de Luc, Bernières et Courseulles ainsi que les circuits Caen-Luc, Luc-Bernières et Bernières-Cour- seulles. Quinze jours plus tard suivent les réseaux de Saint-Aubin, Langrune, Lion, Ouistreham et La Délivrande, ainsi que les circuits La Délivrande-Luc, Saint- Aubin-Langr une-Luc et Ouistre- ham-Lion-Luc Le comte Foy et le baron Gérard financent à nouveau tout ce programme. Le désenclavement du littoral se poursuit grâce à des initiatives privées. Eh 1903, le maire de Villerville finance le réseau local et un circuit avec Trouville, le maire d'Houlgate finance le circuit Caen-Cabourg et la Chambre de Commerce d'Honfleur un deuxième circuit Honfleur-Rouen. Enfin, en 1905, les villes de Deauville et de Trouville, cette dernière ayant refusé de la faire seule en 1903, financent l'indispensable circuit Trouville-Paris. En dépit de la réserve des notables calvadosiens, mais sous la pression des villégiaturistes et des commerçants pour qui la saison balnéaire cause nombre de désagréments — en juillet 1903, le sucrier Albert Bouchon, de Nassandres, se plaint d'attendre de 2 à 4 heures pour téléphoner à Caen — le littoral calvadosien apparaît mieux équipé en 1905 que le reste du département : 36 % des 569 abonnés se situent sur le littoral.

En ce début du XXe siècle, la situation du téléphone est loin d'être satisfaisante. Le Conseil Général, en mai 1905, constatant qu' « actuellement les communications téléphoniques laissent beaucoup à désirer » et que « la cause du malaise constaté réside dans l'insuffisance des débouchés », décide enfin d'étudier sérieusement un projet de réseau départemental. Le projet adopté par le Conseil Général est ambitieux puisqu'un emprunt de 1 106 147 francs est nécessaire. Il concerne la création de 61 circuits départementaux, le rachat de tous les circuits existants et non encore remboursés par l'Etat au moyen des produits, et l'établissement de six circuits interdépartementaux. Après une année de débats et de discussions, le Conseil Général adopte, en août 1906, le projet définitif, n'objectant qu'une remarque : « que les travaux ne viennent pas apporter une perturbation déplorable dans le service téléphonique à l'époque de la saison balnéaire, ainsi que cela a lieu en ce moment ». Ces travaux touchent l'essentiel du département et sur le littoral apportent le téléphone au-delà de Courseulles. En effet, dès août 1906, Arromanches en transitant par Ryes est relié à Bayeux. Isigny et Grandcamp suivent en octobre 1907, Blonville en janvier 1908, Asnelles, Ver-sur-Mer et Vierville en juin 1908 et Sallenelles en mars 1909. Après Caen. Trouville est un important centre téléphonique : déjà reliée à Rouen, Paris, Caen et aux localités voisines, la « reine des plages » est reliée à Honfleur par un circuit particulier et à Pont-1'Evêque en juillet 1909. En septembre, un second circuit avec Deauville est mis en service. En décembre sont terminés les circuits Caen-Hermanville et Varaville-Cabourg. Ainsi, en 1910, les cités balnéaires en vogue peuvent toutes être atteintes téléphbni quement. Mais la qualité du service laisse tant à désirer que Trouville, en 1908, réclame un second circuit vers Paris constatant que « la ligne unique actuellement existante est impuissante à répondre aux exigences de la saison des bains de mer » : une enquête de 1907 attribuait une fréquentation de 60 000 personnes à Trouville et de 20 000 à Deauville. Du fait d'un Conseil Général conservateur et économe, ce projet n'aboutit qu'en 1911 et encore avec les concours des municipalités de Deauville et Trouville et de la Chambre de Commerce de Honfleur. En 1910, les circuits Caen-Cabourg 2 et Caen-Courseulles sont réclamés, ce dernier « étant destiné à enlever à la voie Caen-Luc un trafic par trop intensif pendant la saison balnéaire » et permettant l'amélioration des relations entre Luc, Saint-Aubin, Bernières, Courseulles et Ouistreham.
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Nous ne possédons que quelques résultats financiers — du quatrième trimestre 1905 au troisième trimestre 1909 — mais ceux- ci sont suffisamment éloquents. Quatre pointes sont perceptibles sur le graphique et concernent toutes les quatre le troisième trimestre, c'est-à-dire celui de la saison balnéaire. Si en 1906 la pointe reste limitée, en revanche, les années suivantes sont exemplaires : en 1907 et 1908, les produits du troisième trimestre représentent le tiers des produits annuels. La croissance des troisièmes trimestres est plus forte en 1907 que la croissance annuelle, mais à partir de 1908, du fait de l'extension du réseau départemental, la croissance annuelle l'emporte.

Deauville, sous l'impulsion du directeur du casino, Eugène Cornuché, se développe rapidement et, en 1913, double Trouville. Cet avènement se traduit sur le plan téléphonique par la multiplication des circuits au départ de Deauville. Depuis septembre 1909, deux circuits relient les deux rivales. En octobre 1911, deux nouveaux circuits sont projetés à cause de nombreux et importants retards dans l'établissement des communications. Ils sont mis en service le 16 août 1912. Parallèlement Deauville réclame un circuit vers Paris. Dans une délibération du Conseil municipal du 12 novembre 1911, le maire « renouvelle sa proposition d'avancer la somme de 200 000 francs à l'Etat pour la construction immédiate d'un circuit direct Deauville-Paris qui est absolument indispensable pour assurer un service régulier donnant satisfaction aux abonnés ». Le Conseil Général donne son accord et les travaux commencent au printemps 1912. Mais des retards apportés dans la construction entraînent une protestation du Conseil municipal, soutenue par la Société des Courses. Celle-ci, qui a souscrit pour 42 000 F dans le projet, avance « la grande affluence du monde cette année à Deauville, ce qui va rendre très difficile (on peut dire presqu'impossible) les communications entre Deauville et Paris ». Enfin le 10 mai 1913, le circuit est mis en service.

Désormais tous les nouveaux circuits partent de Deauville : en octobre 1913, le Conseil Général donne un avis favorable pour l'établissement de circuits de dégagement. « dont la construction est nécessitée par le développement du trafic de Deauville », en direction de Rouen, Cabourg et Villers-sur-Mer ; les circuits 5 et 6 avec Trouville sont aussi projetés. L'Administration des Postes et Télégraphes peut ainsi répondre sur les conditions d'exécution du service téléphonique pendant la saison balnéaire : « il a été reconnu nécessaire de libérer Deauville de l'intervention de Trou- ville et pour ce faire de la doter de plusieurs voies directes de dégagement ». Le succès de Deauville est si rapide qu'un second circuit en direction de Paris est nécessaire. Lors de la session du Conseil Général, en avril 1914, le Préfet justifie aussi cette demande : « afin de remédier autant que possible à l'encombrement qui se produit à certains moments à Deauville pendant la saison balnéaire, le service des Postes a, depuis votre dernière session, saisi mon administration d'un projet de création d'un deuxième circuit Paris-Deauville ». La ville de Deauville ayant, comme à son habitude, pris en charge la totalité de l'annuité, le Conseil Général donne son autorisation, précisant qu' « il serait d'un grand intérêt que ces travaux fussent exécutés avant l'été ». Du fait de la guerre, la construction de ce circuit n'interviendra qu'en 1921.

Ces besoins ne concernent pas tant de nouveaux circuits que l'amélioration des circuits existants. Rapidement saturés pendant la saison balnéaire, certains doivent être doublés, ainsi Trouville- Paris en 1912. En novembre 1912, le Conseil municipal de Cabourg réclame un deuxième circuit en direction de Caen : « la création d'un doublement de l'unique circuit Caen-Cabourg améliorera considérablement nos relations avec les environs et même avec Paris et la ville de Caen pourra nous être donnée avec quelques minutes d'attente au lieu de 3 ou 4 heures comme cela est arrivé pendant la saison balnéaire ». Ce second circuit est mis en service le 10 juillet 1913. La pression de la saison balnéaire est constamment déterminante. Alors que la participation de la ville de Caen était sollicitée pour les circuits Caen-Cabourg 2 et Caen-Lisieux 2, un conseiller caennais s'exclamait : « cela profitera surtout aux baigneurs ». Bayeux, en 1911, réclame le doublement de son circuit vers Caen, l'unique devant faire face pendant la saison estivale « à un trafic particulièrement actif».

Afin de soulager le circuit Caen-Luc, un circuit Caen-Cour- seulles est demandé en 1912 « pour éviter l'encombrement qui, pendant la saison estivale, rendait très difficiles les communications et donnait lieu à de nombreuses et justes réclamations de la part des abonnés et du public ». La Chambre de Commerce de Caen et les villes de Caen, Courseulles, Saint- Aubin-sur-Mer et Bernières participent au service de l'annuité, mais Luc refuse préférant la solution du doublement du circuit Caen-Luc « qui rendrait de très grands services à toutes les stations de Ouistre- ham à Courseulles indistinctement ». Caen-Courseulles est mis en service le 20 mai 1913. Quelques circuits consacrent l'existence de nouvelles cités balnéaires : en 1913 Houlgate est reliée à Cabourg et à Villers-sur-Mer, et cette dernière à Blonville. En août 1912, le Conseil Général examine un nouveau projet d'extension du réseau départemental : sur les 62 circuits projetés, un seul concerne le littoral (Merville-Cabourg). Ce projet démontre que le littoral calvadosien a bénéficié du téléphone bien avant le reste du département.

Si Deauville et Trouville sont les deux principaux centres balnéaires, les localités situées entre Bernières et Ouistreham n'en sont pas moins actives. En août 1912, c'est-à-dire en pleine saison, le Conseil municipal de Ouistreham réclame un circuit direct avec Caen car « il est presqu'impossible aux abonnés du téléphone de profiter de leur abonnement à cause de la longueur de temps mise à leur donner la communication avec Caen ». En juin 1913, le Directeur départemental plaide pour un circuit Bénouville- Ouistreham « cette dernière localité étant en situation particulièrement défavorable pour l'écoulement de son trafic téléphonique ». En juin 1914, il propose une réorganisation technique « en vue de faciliter l'exploitation des divers circuits téléphoniques dont l'établissement est prévu ». Les réseaux de Courseulles, Bernières, Saint-Aubin, Langrune et Luc sont groupés de façon à constituer des communications directes : Caen-Bernières-Cour- seulles, Caen-Langrune-Saint-Aubin, Caen-Luc 1 et 2, Courseulles- Bernières-Saint- Aubin et Saint- Aubin-Langrune-Luc. La même lettre propose les circuits Caen-Bénouville-Ouistreham, Villers-sur- Mer-Blonville-Trouville et Cabourg-Houlgate- Villers-sur-Mer.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, chaque station balnéaire dispose d'au moins un circuit direct ou indirect avec Caen. Les stations les plus fréquentées, Deauville et Trouville, sont directement reliées à Rouen et Paris. Les abonnés du littoral représentent plus du tiers des abonnés du département. En 1905, Trouville et Deauville possèdent 95 abonnés et Caen 187, mais en 1914, les deux cités balnéaires comptent 537 abonnés et Caen 601. Le nombre d'abonnés de la Côte Fleurie est multiplié par cinq entre 1905 et 1914 alors que celui du département ne l'est que par 4,4. Les effectifs augmentent rapidement, mais la qualité de service apparaît mauvaise, voire déplorable. Ainsi lors de la session du Conseil Général, en octobre 1912, le Préfet propose de nouvelles lignes « pour faire face au surcroît de trafic qu'elles ne suffisent plus à assurer » constatant « une insuffisance à peu près générale ». Chaque nouvelle demande est presque toujours justifiée par l'impossibilité d'écouler le trafic pendant la saison balnéaire : la durée d'attente pour Paris varie de 3 à 5 heures, voire plus ! En 1914, l'équipement téléphonique du littoral calvàdosien existe, mais sa situation reste fragile : beaucoup reste à faire pour améliorer le réseau. Le téléphone s'est développé sous la pression des villégiaturistes et des commerçants locaux, mais aussi avec le concours obligatoire des notables conservateurs du Conseil Général .

sommaire

LES PREMIERS DÉVELOPPEMENTS DU TÉLÉPHONE EN LORRAINE 1885-1914 (Jean-Paul Martin)

Le téléphone apparaît en France vers 1880 dans un environnement économique, socio-culturel et politique peu favorable à son adoption. Après 10 années de gestion libérale et d'expérimentation sociale, les préventions qui accompagnent l'arrivée de toute innovation, tournent en France au plus complet blocage. Le téléphone est nationalisé mais l'Etat refuse de le financer et confie son avenir aux notables locaux. Ce sont eux, par leurs avances, qui financent tes équipements et mettent en œuvre le développement au réseau. Mais les notables locaux, par absence de besoins pu par crainte de ne pouvoir le contrôler, ont, semble-il, freiné la diffusion du téléphone en refusant de consentir des avances importantes à l'Etat.
Qu'en a-t-il été en Lorraine où, à l'exception de quelques bureaux militaires ouverts au public et des liaisons internationales de voisinage établies avec l'Alsace-Lorraine, les lignes et les réseaux construits avant 1914 ont été financés par les particuliers et ies collectivités locales ? Après avoir précisé les conditions de financement, on s'interrogera sur l'attitude des notables lorrains et les choix qu'ils ont fait en matière de développement du réseau téléphonique. On examinera ensuite la diffusion du téléphone dans la région, ses modalités, son intensité et ses freins, en soulignant en quoi les processus de diffusion sont révélateurs de grands courants d'échanges et des horizons spatiaux de la vie de relations en Lorraine à la fin du siècle dernier. Nous n'avons pas étendu nos recherches au département de la Moselle, annexé depuis 1871, où c'est l'administration allemande, et non les collectivités locales, qui a pris en charge la construction du réseau téléphonique.
I. — Le mode de financement : le téléphone entre les mains des notables locaux
1. Les avances remboursables
En 1889, après 10 années d'expérience libérale où l'on voit coexister concessions privées et réseaux d'état, le téléphone en France est nationalisé. La loi de nationalisation dote le téléphone d'un statut juridique stable en le confiant à l'administration récemment fusionnée des Postes et Télégraphes, mais son avenir n'est pas assuré pour autant car il lui manque ce qui a fait la fortune du télégraphe électrique : une mise de fonds initiale importante et un plan de développement suivi à moyen ou long terme. En effet, la loi ne prévoit aucun crédit d'état pour financer te téléphone. Ce sont les particuliers, les chambres de commerce, les villes et les départements qui font à l'Etat l'avance des sommes indispensables à la construction du réseau. De son côté, l'Etat se charge de construire, d'exploiter et d'entretenir les lignes dont les recettes servent à rembourser les avances consenties. Après remboursement, l'ensemble des installations reste la propriété de l'Etat. Un autre décret de 1891 va dans le même sens : c'est aussi par avances de fonds que seront financés les circuits interurbains.
2. Les modalités d'application
Dans les 10 années qui suivent la nationalisation, des conventions particulières sont passées avec l'administration pour la construction de circuits interurbains et l'installation de réseaux dans les communes qui en font la demande. Le téléphone se diffuse lentement et sans plan d'ensemble. Le réseau général s'organise autour de quelques grandes lignes reliant Paris et les principales villes de province (Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Rennes, Nantes, Rouen et Nancy). Entre les branches de ce réseau étoile s'amorce, au gré des initiatives locales, la construction des premiers réseaux départementaux. Vers 18R9, d'après l'enquête effectuée par le Secrétariat des Postes, l'installation de réseaux téléphoniques est en cours dans 18 départements situés pour la plupart dans le Nord, la Région Parisienne et la Basse-Normandie. Partout ailleurs, les réseaux départementaux restent à l'état de projet ou sont carrément repoussés comme dans la Manche, lé Finistère, les Côtes-du-Nord, la Vendée et les Basses-Alpes.
Conscient du risque d'une croissance anarchique, l'Etat se tourne vers le Département et décide en 1900 d'en faire son unique interlocuteur. Celui-ci reprend à son compte les avances anciennes, affecte les recettes au remboursement des premiers prêteurs et entreprend la réalisation du réseau départemental. Désormais, les extensions du réseau font l'objet de programmes annuels comprenant la liste des localités à rattacher, les circuits de jonction à construire et les réseaux d'abonnés à ouvrir dans les communes, Mais le mode de financement par avances remboursables demeure inchangé : c'est le Département qui se charge d'avancer les sommes nécessaires à la réalisation des programmes d'équipement, non. pas sur son propre budget, mais à l'aide d'emprunts dont le capital est amorti par les recettes d'exploitation que l'Etat lui reverse chique année. Le mode de remboursement ne tient pas compte des différences de productivité entre les lignes. Les recettes dés circuits interurbains et interdépartementaux qui sont de beaucoup les plus productifs, peuvent être affectées à la construction des lignes locales généralement déficitaires. En définitive, seuls les intérêts des emprunts restent à la charge des intéressés dans des proportions variables selon les départements. En Meuse, les communes en supportent les 2/3 et le Département 1/3. Les Vosges et la Meurthe-et-Moselle ont adopté la même répartition ; communes 60 %, CCI. 15 %, Département 25 %. La construction de réseaux d'abonnés dans les communes est financée par les municipalités et les postes téléphoniques installés chez les particuliers mis au compte des abonnés eux-mêmes. Dans le régime de l'abonnement à forfait qui se pratique dans les villes de plus de 25 000 habitants, les particuliers doivent se procurer les appareils de transmission-réception et payer l'installation de la ligne reliant le poste au central de la localité. Le montant élevé des abonnements et les taxes perçues sur les conversations font du téléphone un moyen de communication relativement cher.
Par le mode de financement qu'il a mis en place, l'Etat a confié l'avenir du téléphone aux notables locaux. Or ceux-ci n'ont pas fait d'avances massives pour financer la construction du réseau.
3. Les notables locaux et le financement du téléphone
Pour J. Attali et Y. Stourdze, c'est la principale raison de la lente percée du téléphone en France. L'Etat, disent-ils, a remis le téléphone aux notables locaux parce qu'ils géraient déjà les problèmes de communication à l'échelon local. Leur monopole en matière d'information s'appuyait sur la presse locale dont on sait qu'elle a connu à la fin du siècle dernier une très large diffusion grâce aux tarifs préférentiels de la poste. Il semble que les notables locaux n'aient pas eu besoin du téléphone. Mais les auteurs vont plus loin en soulignant que les notables avaient tout à craindre de lui. En tant que mode de communication directe de personne à personne, le téléphone venait en effet court-circuiter les canaux traditionnels de transmission de l'information. Par leur refus d'avancer des sommes importantes, les notables locaux ont exprimé leur crainte de voir le téléphone affaiblir leur rôle de relais et de « filtres institutionnels » vis-à-vis de la population. Aussi en ont-ils freiné la diffusion et restreint son usage aux seuls milieux des affaires. Contrairement à ce qu'on observe en Amérique du Nord et dans d'autres pays européens où le téléphone se répand très tôt dans les couches moyennes, le téléphone en France demeure un moyen de communication au service des entreprises et de l'administration. Les notables locaux se sont montrés particulièrement réservés, sinon réticents, à l'égard du téléphone.

II. — Le développement du téléphone en Lorraine entre 1885 et 1914
Pour reconstituer les premiers développements du réseau téléphonique en Lorraine, nous avons relevé année par année dans les archives de l'administration des Postes et les Recueils des Actes administratifs départementaux les données suivantes :
— le nombre d'abonnés : indicateur de croissance,
— les communes dotées du téléphone ; indicateur de la diffusion spatiale,
— les recettes téléphoniques : critère indirect du volume de trafic,
— les circuits de jonction : critère indirect de la répartition géographique du trafic.
Ces données traitées de manière synchronique (graphiques d'évolution) et diachroriique (cartes de la diffusion du téléphone et de l'organisation des circuits) permettent de reconnaître trois phases dans le développement du réseau téléphonique en Lorraine entre 1885 et 1914.
1. La phase « expérimentale » : le réseau urbain de Nancy (1885-1892)
Le téléphone fait son apparition en Lorraine vers 1883 sous forme de lignes privées installées dans les établissements industriels. En fait, la création d'un réseau interconnecté et fondé sur le principe de la location du service date de 1885 avec la mise en service à Nancy d'un réseau local comptant 87 abonnés. Parmi les souscripteurs, on relève une majorité d'entrepreneurs industriels, de grossistes et de représentants du commerce. Ce premier réseau construit et exploité par l'administration des Postes se développe régulièrement : 143 abonnés en 1888 et 176 en 1891. Mais il sera le seul à fonctionner dans la région jusqu'en 1892. Le coût de l'installation, le montant des abonnements et les restrictions d'usage imposées par la réglementation n'incitent guère les autres villes à suivre l'exemple de Nancy. Mais c'est surtout l'impossibilité de téléphoner en dehors du réseau local qui en limite l'intérêt. Avant 1890, tes circuits interurbains sont rares et coûteux. Il se pose au pkm technique des problèmes d'affaiblissement et pour que la voix soit encore intelligible à longue distance, il faut utiliser des fus de cuivre de gros diamètre. C'est à l'intérieur des grandes agglomérations urbaines que le téléphone révèle toute son utilité. Aussi le réseau téléphonique français est-il constitué à l'origine d'une poussière de réseaux locaux. Les propos tenus par H. Boucher en août 1982 devant ses collègues conseillers généraux du département de Vosges le soulignent clairement. Dans une région comme le Nord de la France, dit-il, on peut commencer par créer des réseaux urbains disposant d'une autonomie de communications. Mais dans les Vosges, Epinal et Saint-Dié n'ont pas suffisamment d'importance pour justifier la création d'un réseau local. Ce qu'il faut, c'est relier les villes entre elles. Et il conclut : «Votre programme est tout tracé par les nécessités locales ». Un mois plus tard, en septembre 1892 est inaugurée la première liaison téléphonique entre Paris et la Lorraine. La possibilité d'obtenir des communications rapides avec la capitale intéresse lés industriels et les CCI. de la région. Avec parfois l'appui financier des municipalités et des conseils généraux, les milieux d'affaires se lancent dans l'aventure du téléphone.
2. La phase « d'innovation » (1892-1900)
Entre 1892 et 1900, une quarantaine de conventions particulières sont passées avec l'Etat pour la construction de circuits interurbains et l'ouverture de réseaux d'abonnés dans les communes qui se présentent. Parmi les signataires, on relève les CCI. de Nancy et Epinal qui ont joué un rôle d'impulsion décisif dans la construction du circuit Paris- Nancy-Epinal. Ce sont elles qui prennent l'initiative du projet en collaboration avec la CCI. de Paris et contribuent à la majeure partie de son financement. On trouve aussi parmi les signataires un grand nombre de particuliers et d'entreprises : EVRARD à Lunéville, BARON DE TURCKHEIM, industriel à Blâmont, le COMPTOIR MÉTALLURGIQUE DE LONGWY, la CRISTALLERIE DE BACCARAT, la BRASSERIE DE VÉZELISE, VARIN-BERNIER, banquier à Bar-le-Duc, GROSDIDIER, maître de forge à Commercy, RIVART à Stenay et Montmédy, la SOCIÉTÉ DES EAUX à Vittel, la SOCIÉTÉ COTON- NIÈRE DE L'EST à Vincey, des groupes d'industriels à Granges et Gérardmer, etc.
Dans les Vosges, ces initiatives sont soutenues par le Conseil Général qui, 10 ans avant la Meurthe-et-Moselle et la Meuse, vote une subvention annuelle de 10 000 F pour inciter les municipalités à se doter du téléphone et se relier à Epinal. Les municipalités urbaines et les petits centres textiles dont les conseils municipaux sont dominés par le patronat local répondent favorablement et votent les avances nécessaires à l'installation d'un réseau local. Il faut voir dans cette convergence d'initiatives l'explication de l'avance prise par le département des Vosges avant 1900 :

Dès 1895 et mieux encore en 1900, on observe dans les Vosges l'amorce d'un réseau départemental centré sur Epinal et déjà réticulé au plan local (carte des circuits téléphoniques en 1900). Il se compose de 28 réseaux, locaux dont là plupart réunissent un petit nombre d'abonnés : 2 à Granges, 6 à Senones et Val-d7Ajol, 9 à Mirecourt, 24 à Remiremont, 44 à Saint-Diér et 70 à Epinal en 1897. La réticulation du réseau ne fait que reproduire la dispersion des -établissements industriels dans les vallées de la Meurthe et de la Moselle. En Meuse et en Meurthe-et-Moselle, tous les réseaux ouverts avant 1900 ont été financés à l'aide de fonds privés : ceux de Toul et Lunéville entrent en service en 1892, dès l'ouverture du circuit de Paris, avec respectivement 14 -et 25 abonnés. Celui de Vézelise fonctionne l'année suivante avec 4 abonnés. Viennent ensuite Pont-à-Mousson en 1895, Longwy en 1897, puis Blâ- mont, Baccarat et Bayon en 1899. A cette date, deux 'autres réseaux sont en construction à Frouard et Champigneulles. Ces réseaux qui comptent peu d'abonnés lors de leur ouverture se développent lentement et, en 1899, le réseau urbain de Nancy (416 abonnés) regroupe les 4/5 de tous les abonnés au téléphone de Meurthe-et-Moselle. Dans la Meuse où le démarrage intervient plus tardivement, toujours à Finitiative d'entrepreneurs locaux, le développement du réseau se fait en ordre dispersé. Les six réseaux construits entre 1895 et 1899 ne sont pas reliés entre eux niais avec des villes des départements limitrophes qui leur donnent accès au réseau général : Bar-le-Duc à Châlons-sur-Marne et Nancy (via le bureau de Toul), Verdun à Sainte-Menehould, Stenay et Montmédy à Carignari et les Ardennes, Commercy à Toul et Vau- couleurs.
Durant cette phase où le rôle d'impulsion est laissé aux particuliers, ce sont les milieux d'affaires qui sont les vecteurs de diffusion du téléphone. Celui-ci se diffuse lentement au gré des, initiatives locales et sa croissance n'est pas encore suffisamment forte pour que s'accusent les disparités intrarégionales. Une demande potentielle existe soutenue à la fin du siècle dernier par une forte croissance des activités industrielles et commerciales, mais les milieux d'affaires, à l'exception des industriels vosgiens, n'ont pas réussi à faire passer leurs demandes auprès des instances départementales. En 1900, l'Etat remet le téléphone entre les mains des conseillers généraux en les chargeant de mettre en œuvre les programmes d'extension du réseau.
3. La phase « d'adoption » (1900-1914)
Trois traits caractérisent le développement du téléphone durant cette phase : un développement programmé mis en œuvre par les départements, une croissance rapide accompagnée d'une large diffusion au plan local, un développement inégal d'un département à l'autre.
Entre 1900 et 1914, le téléphone en Lorraine connaît une croissance extrêmement rapide.
Fig 1 Fig 2 Fig 3
La courbe des communes dotées du téléphone (fig. 1), notamment celle de Meurthe-et-Moselle où le mouvement de diffusion est intense, prend l'allure d'une courbe de GAUSS caractéristique de la phase «d'adoption» mise en évidence par les études géographiques sur la diffusion de l'innovation. De 45 en 1899, le nombre des localités rattachées s'élève à 443 en 1905, puis à 893 en 1914. La croissance toutefois est inégale. A la veille de la Première Guerre mondiale 85 % des communes de Meurthe-et-Moselle ont le téléphone. Le taux de couverture atteint 30 % dans la Meuse et 45 % dans les Vosges. Les recettes enregistrent aussi une forte augmentation liée à l'extension du réseau et à la progression du trafic, alors que les produits du télégraphe stagnent ou augmentent légèrement (fig. 2).
La substitution du téléphone au télégraphe intervient dès 1904 en Meurthe-et-Moselle, en 1906 dans les Vosges alors que les recettes téléphoniques et télégraphiques s'équilibrent encore dans la Meuse en 1914.
Le taux d'équipement des ménages (nombre d'abonnés pour 1 000 habitants) progresse régulièrement tout au long de la période, tout en restant en-deçà de la moyenne nationale (6). Mais fait caractéristique, la structure de la clientèle ne se modifie guère. Le téléphone se répand, mais il reste un instrument au service du monde des affaires comme le montre le faible taux de lignes à usage résidentiel dans les Vosges en 1908 :
Lignes à usage résidentiel 16 %
Lignes à usage professionnel 84 %
(établissements purs et mixtes) dont :
— agriculture 1 %
— industrie-artisanat 27 %
— commerce de détail-hôtellerie 25 %
— intermédiaires-grossistes 24 %
— services-administration 7 %
II semble à l'examen de ces indices de croissance que ce soit moins le nombre d'abonnés (indice de pénétration sociale) que l'extension du réseau (indice de diffusion spatiale) qui différencie l'attitude des notables locaux à l'égard du téléphone durant cette période d'expansion. Dans la Meuse, où les représentants des cantons ruraux ont la majorité au Conseil Général, les notables n'ont pas fait d'avances massives pour la construction du réseau départemental. Us l'ont conçu dès le départ en terme de réseau administratif et donné la priorité au financement des lignes reliant les chefs-lieux de canton et les sous-préfectures à Bar-le-Duc. Une fois cet objectif atteint, l'assemblée départementale s'est contentée de satisfaire les demandes les plus pressantes de la CCI., des villes et des municipalités rurales peu nombreuses à solliciter l'installation d'une cabine publique. Les premiers projets d'extension dont les travaux débutent avec retard, ne recueillent l'adhésion que de 82 municipalités dont 25 villes et chef lieux de cantons inscrits d'office au projet. C'est peut- être la Meuse qui vérifie" le mieux la thèse développée par Y. Stourdze.

Dans les Vosges et la Meurthe-et-Moselle, le développement du téléphone s'inscrit dans un contexte d'expansion économique porteur d'une demande autrement plus forte que dans un département rural et peu urbanisé comme la Meuse. Les milieux d'affaires intéressés par la construction des grands circuits interurbains forment des groupes de pression suffisamment puissants pour que leurs demandes soient prises en considération par les instances départementales et inscrites dans les programmes d'extension. Par les recettes que procurent ces grands circuits, l'assemblée départementale est en mesure de réaliser de nouveaux emprunts rapidement amortis pouvant servir à financer la construction de lignes locales dont on sait qu'elles sont déficitaires. Ce schéma peut s'appliquer à quelques nuances près à la Meurthe-et-Moselle où le Conseil Général, avec l'appui constant de la CCI. et des municipalités, est parvenu à financer le réseau rural et faire de Nancy la tête de nombreuses lignes interrégionales. Le premier projet d'extension est ambitieux puisqu'il envisage à terme de relier toutes les localités du département. Les travaux débutent dès 1900 avec l'adhésion de 320 municipalités. Et par effet d'imitation, les autres suivront quelques années après.

Entre 1900 et 1910, le Département des Vosges a lancé huit emprunts d'un montant global de 2 millions de francs. Après un effort initial important deux emprunts en 1900 de 350 000 F chacun pour la reprise des lignes existantes et le lancement du premier programme d'équipement les sommes allouées au téléphone diminuent régulièrement : 110 000 F en 1906, 100 000 F en 1908 et 40 000 F en 1910. Or à cette date, l'administration reverse au département 100 000 F par trimestre à titre de remboursement des anciennes avances. Ce qui revient à dire qu'un emprunt de 400 000 F pouvait être normalement amorti en l'espace d'un an. D'abord favorables au téléphone, les notables vosgiens se sont montrés réticents, les industriels notamment qui, une fois réalisés les grands circuits de jonction, se sont désintéressés de l'équipement des communes rurales. Dès 1904, le Conseil Général prend des mesures restrictives visant à exclure des projets d'extension les localités de moins de 500 habitants ou celles qui ne sollicitent pas l'ouverture d'un réseau d'abonnés. La majeure partie des communes rurales sont dans ce cas.
Le faible montant de l'emprunt de 1910 est dû à une modification du mode de remboursement. En 1908, l'Etat décide que les avances servant à financer une ligne seront remboursées à l'aide des seuls produits de cette ligne. C'est un coup porté à l'équipement des communes rurales dont les lignes ne sont pas rentables. A la fin de l'année 1910, on revient au système antérieur de remboursement groupé.
Elles se voient aussi dans l'obligation, lorsqu'elles ne possèdent pas de service postal ou télégraphique, de fournir le local de la cabine, le mobilier de bureau et surtout de verser les allocations annuelles du gérant et du piéton distributeur des messages téléphonés. Les petits bureaux sont d'ailleurs peu utilisés et leurs recettes sont loin de couvrir le coût initial des installations . Ces mesures restrictives, ajoutées aux retards que connaissent les programmes d'équipement à l'approche de la guerre, expliquent la faible extension du réseau communal des Vosges en 1914. Pourtant le nombre des abonnés progresse régulièrement et le taux d'équipement des ménages se tient à un niveau légèrement supérieur à celui de Meurthe-et-Moselle.

III. — L'extension du réseau téléphonique : logique économique et logique administrative
Aucun plan de développement suivi à court ou moyen terme n'a présidé à l'extension du réseau téléphonique en Lorraine durant cette période. On a cherché le plus souvent à minimiser les coûts et favoriser la construction de circuits pour lesquels existait une demande potentielle. En ce sens le nombre de circuits téléphoniques peut être considéré comme un assez bon indicateur de te répartition géographique des grands courants de trafic. Mais il a fallu concilier la recherche du nioindre coût et la qualité du service en fonction des techniques en usage à la fin du siècle dernier.. En effet, la saturation des lignes principales et l'engorgement dçs centraux exploitée manuellement ont nécessité l'ouverture de nouveaux circuits directs « sautant » les bureaux intermédiaires et la misé en place d'itinéraires secondaires permettant de « détourner» les appels en cas d'affluence. D'un côté, les impératifs financiers conduisaient à prévoir un réseau à moindre coût par le rattachement de nombreuses localités sur un même central, de l'autre les impératifs de qualité du service tendaient à la création d'un réseau maillé où tous les points à fort trafic seraient reliés entre eux par un circuit direct. Après 1900, cette logique économique et financière s'efface en partie devant la volonté des élus de construire un réseau départemental reproduisant la hiérarchie des chefs-lieux administratifs indépendamment de la rentabilité des lignes. On est ainsi passé d'un réseau à configuration nodale simple à un réseau plus complexe dont l'organisation interne porte la marque de ces multiples influences. La généalogie des circuits, leur configuration et leur densité sont révélatrices des conditions de fonctionnement et des horizons spatiaux de la vie de relations.
On y lit plusieurs échelles spatiales :
1. L'échelon interrégional : les grands courants d'affaires
Comme pour les autres infrastructures de communication, c'est sur les liaisons avec Paris que s'articulent les premiers réseaux impulsés par les milieux d'affaires.
La rapidité de transmission, la possibilité de dialoguer et le libre-accès à la parole — le téléphone peut être installé partout, à domicile, au bureau — justifient l'intérêt que ces milieux portent au téléphone. Il le suscite d'autant plus que l'industrialisation, les chemins de fer et le développement des activités commerciales ont amené l'ouverture de l'économie lorraine et la mise en place de tout un réseau d'intermédiaires (grossistes, représentants, commissionnaires, courtiers, etc.) pour lesquels le téléphone est un moyen de se tenir en contacts réguliers avec les fournisseurs et les clients. Ces intermédiaires sont avec les industriels les premiers à adopter le téléphone. Sa large diffusion dam l'hôtellerie le souligne aussi indirectement. On peut dès lors comprendre l'importance des relations à longues distances dans la répartition du trafic dès la phase de démarrage du réseau téléphonique. Ainsi, dans lés Vosges en 1898, sur 89 000 appels enregistrés, 7 000 seulement sont à destination locale (8 %), 42 000 à destination des villes du département (48 %) et 39 000 à destination des autres départements (44 %). A cette date, les communications à longues distances sont limitées par l'absence d'interconnexion généralisée à l'échelon national. Tous les appels interrégionaux transitent par le circuit Epinal-Nancy-Paris dont lies recettes sont en constante progression . La ligne est saturée aux heures de pointe, à l'arrivée des courriers et au départ des trains postaux, et les délais d'attente qui s'en suivent soulèvent de nombreuses réclamations. Le doublement de la ligne est envisagé dès 1898 et réalisé en 1900 alors même que les réseaux départementaux, à l'exception de celui des Vosges, en sont encore au premier stade de leur formation. Lé doublement de la ligne améliore sensiblement les liaisons interrégionales car elle ouvre la Lorraine à une vingtaine de départements français (via Paris) et permet de réserver le 1" circuit aux seules communications avec la capitale.
En 1914, les liaisons avec Paris constituent toujours l'épine dorsale du réseau téléphonique régional. La Lorraine est reliée avec la capitale par 11 circuits directs dont six au départ de Nancy, deux au départ de Bar-le-Duc et Epinal et un au départ de Verdun. A ces fils directs s'ajoutent les multiples possibilités d'obtenir Paris par des circuits secondaires (« circuits omnibus » via Chaumont, Vesoul, Reims et Belfort). La centralisation administrative et le rôle de la capitale dans l'organisation économique expliquent l'importance du trafic échangé entre la Lorraine et la région parisienne. Mais de nombreux appels ne font que transiter par Paris sans qu'on puisse connaître leurs destinations finales. Comme pour les chemins de fer, Paris est le grand centre redistributeur des appels à l'échelon national et international. Aussi ne peut-on comprendre l'établissement de nouveaux circuits qu'en se référant à l'état d'avancement et au degré d'interconnexion de l'ensemble du réseau téléphonique français. Après 1900, les milieux d'affaires ont demandé la construction de circuits directs pour améliorer les communications téléphoniques de la Lorraine avec les départements limitrophes et les régions avec lesquelles ils entretiennent des relations économiques privilégiées : le Nord (Nancy-Lille 2 circuits), la Champagne (Nancy-Reims 2 circuits), le Sud-Est (Nancy-Lyon), la Franche-Comté (4 circuits avec Bel- fort) et la Basse-Seine (Epinal-Rouen-Le Havre 3 circuits à l'usage des usines textiles des Vosges).
La création de ces grands circuits a permis de réserver les lignes existantes aux communications intrarégionales et par conséquent de renforcer la position centrale d'Epinal et de Nancy dans l'organisation interne du réseau téléphonique lorrain. La mise en service de circuits de jonction interdépartementaux a aussi permis d'améliorer les liaisons intra régionales, mais il s'agit dans presque tous les cas de circuits d'intérêt local : Vézelise-Mirecourt, Bar-le-Duc-Saint-Dizier, Montmédy-Longuyon, Charmes-Bayon, Saint-Dié-Nancy, etc. Par contre la frontière d'Alsace- Lorraine a constitué une coupure autrement plus puissante que les limites départementales. Dès 1900, Nancy est relié à Metz et au réseau de la Moselle, mais il est remarquable de constater l'absence de liaisons directes avec Strasbourg ou Mulhouse. L'ouverture après 1905 de petits circuits transvosgiens établis avec Schirmeck, Sainte-Marie-aux-Mines, Munster et Wesserling dénote le maintien de relations locales, notamment par le biais des entreprises textiles. Il en est de même des anciens arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg qui faisaient partie avant 1871 du Département de la Meurthe. Les impératifs stratégiques ont pris le pas sur les intérêts locaux.
2. L'échelon départemental : la primauté du principe administratif
Les élus ont conçu à l'échelle de chaque département un réseau téléphonique calqué sur la hiérarchie des chef-lieux administratifs. La carte des circuits de jonction en 1914 le montre clairement. Dans la Meuse, où les conseillers généraux ont hérité en 1900 d'un réseau complètement éclaté, leur premier souci a été de relier les sous-préfectures à Bar-le-Duc et de brancher les chefs-lieux de canton sur cette armature départementale. Dans les Vosges, c'est aussi le principe administratif qui a guidé l'extension du téléphone. On peut observer en 1914 l'existence de plusieurs réseaux centrés sur les sous-préfectures et inscrits, à quelques ajustements près, dans les limites des arrondissements (réseaux de Saint-Dié, Remiremont, Epinal, Mirecourt et Neuf château). L'importance démographique de l'agglomération de Nancy et le rôle qu'elle a acquis dans l'organisation économique et financière de la Lorraine à la fin du siècle dernier ont conduit à concevoir en Meurthe- et-Moselle un réseau très centralisé dans lequel la plupart des chefs-lieux de canton sont reliés par des circuits directs à la préfecture même si le trafic échangé ne le justifie pas . Là encore, le doublement des lignes établies avec Longwy, Toul, Lunéville et Pont-à-Mousson a permis de réserver les premiers circuits à l'usage exclusif des chefs-lieux de canton et en 1914, 5 d'entr'eux seulement communiquent toujours avec Nancy par des circuits partagés (Arracourt, Audun-le-Roman, Domèvre-en- Haye, Thiaucourt et Badonviller).
C'est aussi dans les limites cantonales que s'est effectuée l'extension du réseau téléphonique au plan local. On peut avancer à cela différentes raisons. Des contraintes techniques, car au-delà de trois localités reliées par un même circuit partagé, les transmissions deviennent très mauvaises. Sans compter que les abonnés en bout de circuit obtiennent difficilement la ligne auprès des employés du central de la commune voisine qui font passer en priorité les abonnés locaux. Des heures sont réservées pour chaque localité mais la réglementation n'est pas strictement appliquée. Des raisons financières aussi : la minimisation du coût de construction des lignes privilégie le raccordement au plus proche voisin. Des raisons socio-économiques enfin, car le canton à la fin du siècle dernier représente encore un cadre fondamental de la vie de relation des ruraux. Dans la tarification des appels, il existe une taxe intra-cantonale. Les réseaux locaux, en fait, se moulent dans les structures existantes alors que les réseaux départementaux et les liaisons interrégionales font davantage apparaître le téléphone comme un agent d'innovation. Frappant aussi est le petit nombre de circuits reliant directement entre eux les centres sous-régionaux. Est-ce la marque d'une polarisation de la vie de relation courante sur les villes de niveau sous-régional ? On serait amené à le penser, alors que les relations d'organisation et d'affaires se traitent au niveau des villes majeures. Mais comme le souligne le Directeur départemental des Postes de Meurthe-et-Moselle en 1922, les nécessités d'administration ne correspondent pas toujours à la logique économique. Après avoir signalé un certain nombre d'anomalies, il conclut : « Ces anomalies résultent des hésitations des communes à adopter le téléphone au moment de la création du réseau départemental, de l'insuffisance des crédits consacrés aux travaux, des itinéraires imposés par l'autorité militaire et du défaut d'ensemble dans l'exécution ».
On ne saurait mieux résumer les contraintes qui ont pesé sur les premiers développements du téléphone en Lorraine à la fin du siècle dernier. En 1914, le téléphone est diffusé dans un grand nombre de localités mais peu d'abonnés sont raccordés. La demande sociale, peu soutenue, se répand lentement en dehors des milieux d'affaires. La faiblesse du marché n'attire pas les investissements industriels et la modernisation des équipements n'est pas entreprise. Le mode de financement, enfin, se révèle inadapté à un développement programmé du réseau au plan national. En 1914, la France est déjà malade de son téléphone. Elle le restera, on le sait, jusqu'à ces toutes dernières années.

Circuits téléphoniques interurbains en 1914

Jean-Paul Martin

Comme dans la plupart des régions, l'Alsace suit les évolutions des télécommunications.

Évolution de la commutation en Alsace.

En 2000 l’Alsace comptait onze commutateurs E10N1 qui ne permettaient plus de faire face à l’émergence de tous les nouveaux services. Un plan national, en 1999, de renouvellement de ces cœurs de chaînes, dont les premiers avaient 20 ans d’existence, aboutit à leur démontage en moins de trois ans en Alsace.
La fin des années 1990 avait effectivement vu apparaître la troisième génération de commutateurs électroniques (3G) de type E10B3 (Alcatel Lucent) et AXE10 (Ericsson) dont la capacité allait jusqu'à 120.000 abonnés.
Quatre E10B3 seront implantés en Alsace : Mulhouse Arc, Colmar Preiss, Molsheim et Strasbourg Wodli et deux AXE10 à Mulhouse Europe et Strasbourg Broglie, ainsi qu'un E10B3 de transit à Strasbourg Wodli.
Ces commutateurs 3G permirent le renouvellement de tous les commutateurs 2G E10N1 et MT25, qui s’est terminé en Alsace au début des années 2010. Il a été facilité par la baisse du nombre des abonnés commutés après l’introduction du tout IP en ADSL.
Mais on ne parlera que bien plus tard, vers 2014, de la fin de la commutation avec une première échéance pour 2022. Les choix techniques pour traiter les derniers abonnés résiduels sur RTC restèrent aussi à confirmer. Une solution sur ADSL ne sera retenue qu’en 2018.
Pendant cette période, un grand projet mobilisateur pour les équipes de commutants des CPE, fraîchement devenu UER, fut le deuxième plan de changement de numérotage, celui du passage à 10 chiffres, qui a eu lieu en fin 1996.

Évolution des techniques lignes
La DG donna beaucoup d'importance à la qualité du réseau de lignes au début des années 90, mais après EO2, changement de cap, tant pour les investissements qui firent l'objet de choix drastiques projet par projet, pour ne pas dire au niveau des «POI» (petites opérations d'infrastructure), que la maintenance préventive...
En même temps, on passait au tout optique pour les clients d'affaire. La DR Alsace, déjà précurseur avec les ROF (réseau optique flexible), continua le développement des ROCA (réseau optique clients d’affaires). En 1999 on pouvait compter plus de 80 sites équipés pour une soixantaine de clients, principalement les banques (BFCM,…), les institutions européennes (IPE4,…), les sociétés informatiques ou audiovisuelles et autres entreprises multi-sites.

Évolution des transmissions
Dans ce domaine, la région a continué à déployer l’infrastructure optique à un rythme soutenu, ainsi la quasi-totalité des classes 4 commutation d’Alsace a été desservie.
Parallèlement, à partir de 1996, le déploiement des équipements terminaux SDH (Hiérarchie Digitale Synchrone) s’est poursuivi au même rythme. Les équipements STM1 ont rendu possible l’acheminement du trafic de la totalité des classes 4 et de les sécuriser.
L'apparition du STM16 (débit de 16x63 Mbits) a permis très vite de sécuriser les grandes artères du réseau alsacien, Strasbourg-Mulhouse avec un axe via Molsheim-Sélestat-Colmar et un autre via Marckolsheim-Neuf-Brisach. Ce qui entraîna la disparition des câbles cuivre nationaux, ainsi que de la plupart des faisceaux hertziens.
Avec l’arrivée d’Internet et de l’ADSL en début des années 2000, le réseau de transmission mis en place a très vite été insuffisant, les débits nécessaires saturant le réseau SDH.
L’évolution continue des équipements ADSL (Dslam), nécessitée par la montée en débit des applications Internet, et donc la multiplication des liens Dslam-BAS (concentrateurs de trafic), permettant l’accès au réseau des FAI (Fournisseurs d’Accès Internet) qui ont très vite saturé les câbles optiques en place. Ce problème trouva sa solution par le déploiement très rapide d’équipements permettant le multiplexage en longueurs d’onde des fibres optiques permettant de multiplier par 4, 8, 16 la capacité de ces fibres optiques selon leur qualité (les fibres déployées avant 2000 ne permirent pas toujours cette évolution).
A partir de 2010, commença le désinvestissement des premiers équipements SDH Il était lié à la baisse du trafic provenant de la commutation et à l’évolution du trafic mobile (passage en 3G puis en 4G qui nécessitait également des débits saturant très vite les équipements SDH).
Cette montée en débit incessante nécessaire à Internet et aux réseaux mobile obligea constamment à revoir les équipements transmission. Ce qui a entraîné l’entrée de nouveaux fournisseurs de matériel.
Aux historiques Alcatel, puis Alcatel-Lucent s’est ajouté ECI (Israël) et surtout Huawei qui fournit maintenant la moitié des équipements de base du réseau. Cela a impliqué également la multiplicité d’équipements dans nos salles de transmission.
En matière de protocole, le bas du réseau Orange reste essentiellement en ATM, (Asynchronous Transfer Mode) protocole gourmand en ressources. (ATM emploie une technique de commutation à mi-chemin entre la commutation de circuit (téléphonie) et la commutation de paquets (X25). Par contre le haut du réseau (au-delà du BAS) utilise de plus en plus le réseau IP/Ethernet, qui permet une augmentation plus rapide en débits tout en étant, surtout, moins couteux.

Lancement de la téléphonie mobile
Le 1er octobre 1991, France Telecom commence à Strasbourg une expérience-pilote de téléphonie sans fil grand public, en ville.
Le Bi-Bop est commercialisé « en grand » à partir d’avril 1993 à Paris, Lille et dans quelques lieux de villégiature.
Suivi par Itinéris en 1992 avec la norme GSM
La « préhistoire » des Mobiles 1G et 2G (Radiocom 2000 en 1986) a été abordée dans la première partie. L’arrivée de la norme GSM révolutionne ce domaine . Itinéris est inauguré en Alsace le 19 mai 1993 avec une couverture réseau à 80% de la région. Fin 1993,
Dès 1982, la Conférence Européenne des administrations des Postes et Télécommunications (CEPT) crée le Groupe spécial pour système public de radiocommunications avec les mobiles à 900 MHz, soit en abrégé le Groupe spécial mobiles (GSM).
En 1990, la structure cible du système cellulaire GSM est déjà choisie : les Stations de Base Radio (BTS), les Contrôleurs de Stations de Base (BSC), les Commutateurs de Services Mobiles (MSC).
En juillet 1992, les premiers modèles de Radiotéléphones de 2ème génération GSM portatifs sont commercialisés par France Télécom lors de l'ouverture grand public. Ces premiers modèles ne sont pas encore badgés France Télécom vue leur récence. Prix de vente de ces radiotéléphones: 15.000 francs !
Puis se suivent les évolutions technologiques : 2001 le GPRS (56kbit/s), 2005 EDGE (200kbit/s), les premiers réseaux 3G dès 2004 (600Kbit/s) et enfin la 4G qui ne démarra qu'en 2012 (avec un débit de données maximum de 150 Mbit/s) la France ne compte encore que 50.000 abonnés, mais la concurrence du deuxième opérateur français SFR est déjà une réalité.
En 1995, l’accélération de la demande avec plus de 50 nouveaux clients par semaine en Alsace témoigne de l’engouement du public mais entraîne déjà la saturation du réseau et nécessite la multiplication des émetteurs. La recherche de nouveaux sites est très difficile et on parle déjà de zones
d’ombre dans le sud de la région. Fin 1995, avec une vingtaine d’émetteurs supplémentaires, la région possède une cinquantaine de sites. Cette multiplication du nombre d’antennes est imposée par passage de la puissance de 8 watt de téléphone de voiture (2G) à celle de 2 watt du terminal GSM. Cela entraîna aussi une insuffisance des fréquences disponibles et leur réutilisation entre différents sites devient problématique en particulier dans les zones denses.
Nos voisins allemands avaient les mêmes difficultés et très vite il a fallu harmoniser les fréquences avec Deutsche Telekom.
Fin 1996 l’Alsace compte 44.000 abonnés, en 1997 on assiste à l’explosion de la demande, l’objectif de vente de 5.800 pour le premier quadrimestre passe à 13.650 pour le troisième. En fin d’année on fit appel à l’ensemble du personnel pour renforcer les équipes de vente, plus de 70 agents répondirent. C’était aussi l’année du lancement de la marque OLA dont une des répercussions fut la création de la plateforme Ola à Colmar en 1999, qui a été rattachée à l'Agence Haut Rhin. Sa mission est d’apporter aux clients OLA une assistance sur les aspects techniques et
commerciaux.
Pour la promotion de cette marque, FT Mobiles créa place Kleber,en octobre 1999, un univers magique et féerique « Olaween » à l'occasion d'Halloween (voir photo, FA45 1/99)
L’ouverture de la 3G avait fait l’objet d’un pré-lancement à Strasbourg en septembre 2004 et a permis l’ouverture de l’UMTS dans 14 villes de France en décembre de la même année. A l’ouverture, en Alsace, 54% de la population est couverte mais se concentre sur les principales villes de la région, soit au total que 290 communes.

Évolution du réseau internet
L'ADSL (Asymetric Digital Subscriber Line) a été introduit en France en 1999. Ce produit déjà utilisé aux USA et dans certains pays Asiatiques, devait développer l'internet en faisant passer les débits à 512/128 KB.
L'Alsace a été choisie dès début 1999, comme première et seule région pilote de province, avec Paris intra-muros. Ce choix devait rester confidentiel jusqu'à l'ouverture du service pour ne pas attiser la concurrence.
L'ampleur de la demande de raccordements dès l'ouverture des premiers centraux dans la ville de Strasbourg en décembre 1999 a été une grande surprise pour tous les responsables de FT. Très vite toutes les communes voulaient leur ADSL. Malheureusement les budgets et les capacités de production des matériels spécifiques (DSLAM-Cartes) ne suivaient pas.
Nous étions amenés à gérer la pénurie et à faire face à beaucoup de mécontentement. La situation s'est normalisée avec l'industrialisation et l'évolution des produits : capacité des DSLAM, amélioration des débits, augmentation des distances de couverture, introduction de la télé par ADSL, ouverture du dégroupage,...
A Mulhouse, l’ADSL a été inauguré en octobre 2000, puis à Colmar et Saint Louis en décembre. Les offres Netissimo étaient alors vendues à 265F/mois. C’était aussi l’époque où Roxana Maracineanu, championne de natation et médaillée d’argent au Jo de 2000, faisait partie des équipes d’action commerciale de l'AG Mulhouse. Elle est devenue ministre des sports en 2018. André Bourrel l’avait récompensée lors de cette inauguration. La contrepartie de cette évolution a certainement été le développement de la concurrence et l'accélération de la fin du monopole de FT .
Suite au développement technique de l’ADSL, Wanadoo est lancé en 1996 et comptait 26.000 abonnés début 1997, dont 350 en Alsace.
La concurrence est très vive sur ce marché et France Télécom veut rester leader en affichant sa volonté de devenir la « Net Compagnie » française. Avec l'explosion de l'internet, apparaissent des offres et des opérateurs concurrents. France-Télécom, avec Wanadoo, rachète plus d'une centaine de sociétés technologiques.
Fin 1998, l’Alsace ne comptait que 10.000 abonnés Wanadoo. Les agences furent totalement mobilisées pour la vente et la promotion de ces nouveaux services sur les foires, en boutiques, sur les Campus, les Collectivités Locales, les écoles…. On imagina même les fêtes de l’internet dans toutes la France pour s’affirmer comme la Net Compagnie.
L’Alsace s’est mobilisée pour la deuxième édition en 1999, qui a vu des « Villages Internet » sur de nombreuses places à Strasbourg, Colmar et Mulhouse. Pour la troisième édition en 2000, l’Alsace se distingua tant à Strasbourg, Colmar qu’à Mulhouse où les animations furent nombreuses, les « Net d’Or » venant récompenser les meilleures pages perso Internet.
Côté Entreprises, il fallut aussi faire connaître ces nouveaux services. En juin 1999 plus de 150 entreprises ont répondu à l’invitation d’AE au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. Avec l’aide de la filiale interne « Oléane/Transpac » l’objectif était de créer une marque forte dans le monde de l’entreprise comme elle avait été faite avec Wanadoo pour le grand public.
Faire connaître ces outils et les promouvoir devint une priorité. Les actions étaient multiples.
Les ambassadeurs firent partie de cette force de frappe. Lancée dès 1998, les ambassadeurs alsaciens, plus de 50 en 2000, se firent connaître à tous les niveaux, bien sûr essentiellement en Alsace (dans les écoles,…), à Paris au Parlement en 2001 pour familiariser nos députés, auprès des ministres européens en 2000…
Par la suite, l’évolution de tous les produits fut incessante tant sur le fixe que mobile (haut débit, HD mobile, MaLigne TV…) Leur promotion devait s’accélérer.
Le lancement de « Ma ligne TV » s’est déroulé en septembre 2004 et ne concernait à l’ouverture en Alsace que 138 000 foyers, exclusivement sur la ville de Strasbourg. Pour faire découvrir ce nouveau service un stand fut mis en place devant l’Agence Arcade lors du marché de Noël.

En Meurthe-et-Moselle
A Fréménil
c'est le 29 Juin 1911 que le chemin de fer de LUNEVILLE à BLAMONT et à BADONVILLER est ouvert au public. Les travaux de pose de la voie ferrée s'accompagnent d'une plantation latérale destinée à supporter les lignes aériennes du téléphone de la Compagnie. Car la régulation des trains et la sécurité de circulation sont assurées par le cantonnement téléphonique. Chaque gare demande l'autorisation de circuler à la gare suivante en s'assurant que la voie est libre. Le téléphone de l'LBB installé pour son propre usage, suscite immédiatement un besoin d'utilisation des supports, les poteaux téléphoniques, pour implanter un service similaire, mais pour la desserte des communes, à savoir les PTT (service des Postes, Télégraphes et Téléphones).
La desserte terminale est "la cabine téléphonique". En l'occurrence, pour notre commune, la cabine fait l'objet d'une plaque émaillée portant la-dite mention et le poste mural est installé chez Monsieur Christian ADAM, Maire de Fréménil et par ailleurs Entrepreneur de broderie perlée (à l'époque 1 Rue de la Prairie) .
En ce temps-là, lorsqu'on voulait joindre un correspondant , il était nécessaire de passer par un central téléphonique où opérait "la dame du téléphone" qui, à l'aide de ses fiches (les jacks de communication), permettait d'obtenir l'intéressé s'il était équipé d'un poste de réception. Si ce n'était pas le cas, le poste recevant l'appel pouvait prendre le message par écrit et le remettre à domicile à l'intéressé.
Cela s'appelait un "message téléphonique". Ou alors, le destinataire de l'appel téléphonique se déplaçait au poste pour joindre l'appelant. Peu à peu le nombre de postes privés est allé en s'augmentant permettant une relative souplesse des communications.
La cabine téléphonique chez le gérant des PTT a marqué un progrès dans le domaine de la communication du territoire. Les postes à coffrets en bois et leurs sonneries bruyantes caractéristiques ont maintenant disparu ou plutôt font l'objet de collection pour les amateurs ou pour les musées.
Les habitants de nos villages ont compris bien vite tout l'intérêt de l'équipement téléphonique. Mais, il faut en convenir, ce ne fut pas une généralité, même si l'on pouvait constater au fil des ans un accroissement des habitations "branchées sur le téléphone".
Le service de "la cabine" tel qu'il était pratiqué par la famille ADAM se termine dans les années 1970, mais le relais est ensuite assuré par Mme et Mr Paul HENRY, 38 Grande Rue, et ce jusqu'au 1er Avril 1988; ce qui permettait aux personnes non équipées en téléphone personnel de contacter malgré tout leurs interlocuteurs et surtout les urgences (médecins, secours). Après la cessation de service de "la cabine" de Mr Paul HENRY on aurait pu espérer l'installation d'une "vraie cabine publique" telle que l'on pouvait trouver en ville avec utilisation de monnaie, de jetons ou de cartes. Cette cabine publique devait même s'implanter près du local communal (la salle des pompes). Cette installation n'a pas eu lieu. Un essai timide et d'une efficacité très limitée a été l'équipement de l'abri-bus situé près de l'église avec un appareil permettant d'appeler les secours (pompiers, gendarmes). Inconnu des habitants, cet appareil l'était beaucoup plus des casseurs et faisait régulièrement l'objet de dérangement.
Il faut constater que "le monde du téléphone" a connu une évolution rapide et qui n'est pas terminée avec "l'époque du portable". Aujourd’hui le portable a lui-même évolué. Il permet toujours de téléphoner à ses parents, à ses amis, à tous les services mais il peut également recevoir la radio, prendre des photos et envoyer à profusion des messages abréviés "les SMS" très appréciés par la jeunesse!!
Le téléphone d'aujourd'hui connaît une véritable révolution qui ne semble pas prête d'être terminée.

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Dans l'AUBE le 13 février 1878 , une expérience est réalisée à Troyes, entre le Moulin Notre-Dame et le domicile de l’inspecteur du télégraphe.
La ville de Troyes est désignée pour être en 1883, le siège du concours agricole de toute la région Nord-Est de la France, la manifestation devant se tenir place Saint-Nicolas. Un groupe d’industriels et de commerçants décident d’organiser une exposition des Beaux-Arts place du Lycée et une industrielle place de la Préfecture et à la Halle aux blés. Le Conseil Municipal en profite pour demander au Ministre des Postes et Télégraphes, la concession, pendant la durée de l’exposition régionale, d’une liaison téléphonique destinée à des auditions publiques. Troyes été la première ville à faire cette expérience.
Le 7 août 1883 se tient au tribunal de Commerce, une première réunion regroupant 40 des futurs abonnés (sur 62) qui ont signé un engagement.
Le 1er avril 1884, la Ville de Troyes est l’une des 1ères villes de France à être dotée du téléphone, grâce à l’action conjointe de la Municipalité et de la Chambre de Commerce qui avancent, chacune la moitié des fonds nécessaires (25.500 francs) à la pose de la 1ère liaison Troyes-Paris le 22 mars 1891.
En 1900, c’est la même chose pour la ligne Dijon-Troyes-Reims, en 1903, pour la pose du 2ème fil entre Troyes et Paris, et en 1908 pour la construction de 2 nouveaux circuits entre Troyes et Paris. En 1903, il y a eu 43.682 communications entre Paris et Troyes, en 1906, il y en a eu 59.208.
Le central est situé au bureau de poste de la rue Charbonnet (la maison de Moïse), qui, dès 1909, devient vite exigu. Ce n’est qu’en 1927 qu’il s’installe dans le bel immeuble " Jargondis " rue Raymond Poincaré.
Au cours des premières années, les abonnés sont appelés d’après leur nom ou la dénomination de leur firme. Au fur et à mesure de l’extension du service, cette pratique s’avère source de difficultés et de lenteur. Afin d’y remédier, l’Administration attribue à chaque abonné un numéro.
Dès 1903, les annuaires indiquent ce numéro, en regard du nom et de l’adresse de l’abonné.
En 1910, le service de nuit est possible, grâce à la Chambre de Commerce.
Le nombre d’abonnés est au départ de 104, de 125 en 1884, de 149 en 1889, 177 en 1896, de 364 en 1903, de 678 en 1910 et de 1.527 en 1913. Dès 1901, pour permettre au public de communiquer avec les abonnés, il y a une cabine publique à la poste centrale. Il en coûte 25 centimes pour une communication maximale de 5 minutes. Une deuxième cabine est installée au bureau du Quartier-Bas fin 1902.
A la veille de la Première Guerre mondiale, le département de l’Aube est le mieux équipé de France.

Téléphone public de nuit
Lors du Conseil municipal du 9 juillet 1937, le rapport ci-dessous est adopté : « Par lettre du 14 mai dernier, M. le Directeur des Postes, Télégraphes et Téléphones de l’Aube fait connaître que son Administration envisageait la pose d’un appareil téléphonique à prépaiement sur la façade de l’Hôtel des Postes de Troyes. L’installation de cet appareil permettrait d’obtenir, après la fermeture du guichet du télégraphe, soit après 23 heures les jours ouvrables et 19 heures, le dimanche et les jours fériés, des communications urbaines et interurbaines pendant toute la nuit. La seule réserve émise par l’Administration des Postes, Télégraphes et Téléphones à cette installation consiste dans la prise en charge par la Ville de Troyes des dépenses d’éclairage du poste et de sa lanterne de signalisation. L’éclairage de l’appareil ne fonctionnerait d’ailleurs que pendant les périodes d’utilisation. Seule la lanterne de signalisation serait d’ailleurs allumée en permanence après 23 heures. Etant donné l’intérêt incontestable que présenterait pour la population troyenne l’amélioration envisagée par l’Administration des P.T.T., nous vous proposons d’accepter la condition mise par cette Administration à sa réalisation, c’est-à-dire de décider que les dépenses d’éclairage qui en résulteront seront à la charge de la ville »

L’avantage qu’a pris la ville de Troyes en étant parmi les premières villes à vouloir être dotées du téléphone, lui a toujours été bénéfique.
C’est ainsi qu’en 1928, Troyes est la première ville de France à être dotée d’un central automatique urbain, et qu’en 1964, elle est une des premières villes à recevoir un central automatique de 9.600 lignes. Le département est entièrement automatisé, 2 années avant l’ensemble du territoire français. Les cabines téléphoniques fleurissent partout.
En 1975, sous l’impulsion du maire Robert Galley, ministre des PTT, c’est l’établissement de communications interurbaines de manière automatique, qui annonce la disparition des " demoiselles du téléphone " !

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Dans les Ardennes
Au village de La Romagne, le Préfet des Ardennes propose en 1899 un projet d’organisation de réseau départemental.
Ceci nécessite la mise en place d’un très important emprunt de 600 000 francs remboursable sur 30 ans. La Romagne pourrait se rattacher à ce projet. Mais elle attendra 1906 pour que cela soit effectif et que ce service assure aussi l’échange des télégrammes.
Rares sont les particuliers qui possèdent personnellement une ligne téléphonique jusqu’à l’après-guerre, en dehors des Etablissements Malherbe qui ont été les premiers. En 1954, le téléphone rural automatique est installé à La Romagne. Le développement du fixe et du portable fera disparaître définitivement ces cabines du village.

L’ARRIVÉE DU TÉLÉPHONE À CHARLEVILLE ET À MÉZIÈRES (Jean-François Saint-Bastien)
Le samedi 22 février 1890, Édouard Joye, maire de Charleville, tenait une réunion d’information avec la commission chargée d’étudier l’établissement d’un réseau téléphonique urbain à Charleville et à Mézières. Le point central de ce réseau était fixé au bureau de poste de Charleville,
place des Capucins (actuelle place Winston-Churchill), à partir duquel un câble était déployé jusqu’à l’installation de l’abonné.
Le coût de l’installation était aux frais du demandeur, en fonction de la distance à parcourir entre le poste téléphonique et le bureau central. Mais il ne s’agissait pas de la seule dépense à prévoir pour se moderniser et se faire installer le téléphone.
Un coût significatif pour tous. Un abonnement de trois ans devait être contracté pour la somme de 200 francs par an et pour se procurer, comme l’écrit Le Petit Ardennais, « les appareils récepteurs et transmetteurs, sonnerie ou appareils d’appel » qui devaient être reliés au fameux câble. Il en coûtait encore entre 150 et 200 francs en fonction du modèle de téléphone choisi. L’administration se chargeait de l’installation et de la mise en route du téléphone. Pour les établissements publics comme les restaurants, cafés et hôtels, le coût de l’abonnement était doublé !

Du superbe projet à la désillusion
Financièrement, la démarche n’était pas neutre pour la municipalité qui avait la charge d’avancer le montant des dépenses d’installation pour le compte de l’administration, propriétaire du réseau. Les abonnements devaient permettre à la ville de recouvrer cette dépense à concurrence
de la somme engagée. Le 5 mars 1890, Edmond Bouchez-Leheutre, maire adjoint et rapporteur de la commission des finances compétente, s’exprime devant le conseil municipal pour donner l’avis de la commission sur l’établissement de ce réseau téléphonique. « Elle ne pouvait évidemment que se montrer favorable à la réalisation d’un si utile progrès », arguant entre autres de la simplification des démarches commerciales pour les industriels et les commerçants. Le rapporteur estimait, en fonction du nombre escompté d’abonnés, que le remboursement de la somme avancée pourrait être effectué entre deux et quatre ans. Prudent, il préconisait néanmoins que la ville s’assure a priori d’un nombre suffisant de promesses d’abonnements avant de se lancer « dans cette entreprise aussi tentante qu’elle soit ».
Alors, à l’issue de la réunion d’information, un formulaire était mis à disposition des industriels, commerçants et particuliers qui voudraient utiliser le téléphone, et les réponses centralisées à la mairie. Le 15 avril 1890, certains Carolopolitains et Macériens reçurent un nouveau courrier du maire rappelant les avantages du téléphone, soulignant que la commission ad hoc « a la conviction que nos deux villes et les environs renferment les éléments suffisants pour mener le projet à bonne fin » et incitant les intéressés à se faire connaître, « si vous étiez, comme le pense la commission, disposé à contracter un abonnement ».
Tout était mis en œuvre pour faire aboutir ce projet. La direction départementale de l’administration des Postes et des Télégraphes à qui la circulaire avait aussi été adressée pour information, écrivait au maire pour souligner « l’intérêt que notre administration attache à la création de ce réseau » et demandant « votre avis particulier sur les chances de réussite du projet ». Mais cette lettre arrivait à la mairie quelques jours après la décision prise par les édiles.
Le 31 mai 1890, le conseil municipal « après un sérieux examen de la situation financière, constate avec regret l’impossibilité où se trouve la Ville de faire l’avance des fonds relativement importants que nécessiterait l’établissement d’un réseau téléphonique à Charleville, surtout en présence du nombre trop restreint de promesses d’abonnements qui se sont produites à ce jour ».

L’enjeu tant local que national voire international était tel qu’il n’était pas possible de renoncer au projet. Des dispositions furent trouvées et permirent d’installer le téléphone à Charleville et à Mézières.
Dès le mois d’août 1890, l’administration des Postes et Télégraphes transmettait à la mairie le tracé des premières lignes qui nécessitaient d’engager
des travaux sur la voie publique, mais aussi sur le terrain de certains particuliers, pour la pose des poteaux.

La municipalité était réglementairement tenue de procéder à une enquête commodo incommodo pour prendre en considération les observations ou réclamations que la population était
susceptible d’émettre sur le projet. Pendant trois jours, l’information était apposée sur la porte de la mairie et faisait l’objet d’un procès-verbal transmis à l’administration et au préfet. Il y eut autant d’enquêtes que de lignes à établir !
Finalement, les industriels perçurent rapidement les avantages du téléphone et s’abonnèrent comme ce fut le cas, par exemple, de Faure qui fit établir une ligne entre son usine de Laifour et son domicile carolopolitain. Pour son usage propre, la mairie demanda l’installation de deux lignes téléphoniques.
Petit à petit, l’engouement pour cette technologie récente se renforça et le téléphone devint un outil de communication courant, jusqu’à devenir une extension de soi-même avec nos téléphones actuels. Antan, l’on se rappellera des dames téléphonistes qui assuraient avec leurs fiches la liaison entre deux postes et le fameux « ne coupez pas mademoiselle », ou encore le sketch de Fernand Reynaud, Le 22 à Asnières (1966) : « Allô ? New-York ? Passez-moi le 22 à Asnières ! » Aurait-il eu plus de chance s’il avait appelé le 22 à Charleville.

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En Bretagne

A Saint-Brieuc, après une première expérience le 21 février 1878, entre l'Hôtel de Ville et la Chambre de Commerce, plusieurs commerçants demandèrent l'installation de lignes téléphoniques. En 1883, un entrepreneur relia son domicile à ses ateliers.

Dans le Morbihan en 1883, la Direction des Postes et Télégraphes sollicite la mairie de Plœmeur pour l’installation d’un bureau télégraphique dans le bourg, Le conseil municipal refusera à plusieurs reprises. Il faudra attendre 1895 pour que soit inauguré le premier bureau télégraphique de Plœmeur »
En 1899, le projet de créer un réseau téléphonique sur le Morbihan est à l’étude. Mais la ville refuse de s’associer financièrement à cette création. Elle n’est pas la seule. Les communes sont plutôt frileuses face à l’arrivée de cette nouvelle technologie. En 1900, 16 communes sur les 45 ont adhéré au projet.
En 1904, la municipalité donne son accord pour établir une ligne téléphonique reliant Lorient à Plœmeur. En 1920, un poste téléphonique est installé à la mairie alors que quelques particuliers « fortunés » en sont déjà dotés. Durant quelques années, le télégraphe et le téléphone cohabitent.
En 1927, la ligne téléphonique Lorient-Plœmeur est doublée, mais à l’été 1930, seul le bourg est équipé. Il faudra attendre encore quelques années pour que le téléphone arrive sur la côte.
Au début des années 1970, le réseau téléphonique s’étend et en 1974, la commune compte 4 cabines publiques dans le bourg, à Fort-Bloqué, à Lomener et au Perello.

À Quimper, avant l’avènement des téléphones fixes, les échanges transitaient par le télégraphe. En 1853, le télégraphe électrique en système morse arrive à Quimper, via la ligne Nantes — Vannes — Lorient — Brest grâce à des lignes électriques aériennes, qui suivaient le trajet des lignes de chemin de fer et quelques années plus tard, la station télégraphique de Quimper employait sept personnes. La poste était alors installée dans la maison Rossi, à l’angle de la rue du Parc et du quai du Steir. Pour plus de commodités, les deux services furent regroupés, après des travaux d’agrandissement.
En 1889, treize ans après l’invention du téléphone par Alexander Graham Bell, parvint à Quimper la première demande d’installation téléphonique. Quelques années après, les centraux téléphoniques intégrant les services télégraphiques furent créés.
Les locaux Rossi étaient « inconfortables, misérables, sombres et étouffants, froids l’hiver et chaud l’été, et les demoiselles se plaignaient notamment du nombre insuffisant de toilettes… Plusieurs rapports avaient signalé l’insalubrité du bâtiment. Dans ce climat vindicatif, les mouvements de grève nationaux furent vigoureusement suivis à Quimper, menés par la hiérarchie et notamment Madame Jehanno, surveillante, instigatrice de la grève, qui fait mettre en quarantaine les employées qui ont continué leur service ! » lit-on dans le journal du Finistère, en novembre 1880.
En 1908, les « demoiselles » assuraient le service télégraphique et desservaient une cinquantaine d’abonnés au téléphone. L’administration tenta d’améliorer en vain le confort des locaux. En 1921, les postes furent mis en demeure de quitter les lieux. Depuis des années, vu le développement des services postaux et télégraphiques, l’État et la Ville de Quimper ambitionnaient la construction d’un hôtel des postes digne de ce nom. Un emplacement idéal fut trouvé, situé boulevard de Kerguelen, dans un local appartenant au couvent des sœurs de la Retraite, passage obligé entre le centre-ville et le quartier de la gare, alors en pleine expansion. Mais les lenteurs administratives et le manque de crédits contraignirent l’administration à installer les opératrices et postiers « provisoirement » dans les locaux de l’ancienne prison. Huit ans plus tard, les postiers emménagèrent dans un superbe bâtiment neuf, en juin 1929.

Landerneau voit l’arrivée du téléphone en 1895. À cette date, la mise en contact de deux abonnés est réalisée par une opératrice. Au XXème siècle, le téléphone se développe dans la ville. Le 13 novembre 1908, une cabine téléphonique est installée au bureau de poste de Landerneau. En 1935, des cabines à prépaiement sont implantées dans les quartiers de Kerloret, Bel Air et Traon Elorn.

A Pénestin Novembre 1899

A Pénestin, raconté par Jean-Yves Rio – Brancelin, la toute première ligne s’était vue installée vers 1895 entre la poste située au bourg et le poste des douaniers au port de Tréhiguier.
Mais l’espérance suscitée auprès de la population locale par cette ouverture au progrès n’avait pas compté sur les lourdeurs et les restrictions d’une administration rigide s’opposant déjà – ce qui ne saurait surprendre même encore de nos jours – à l’usage d’utilité publique que l’on eut été en droit d’attendre.
Le Vicomte Odon du Hautais – dont il a déjà été question par ses promenades de 1898 – n’allait pas manquer, dans l’édition du « Nouvelliste du Morbihan » du 9 novembre 1899 sous le titre « Un téléphone à Tréhiguier », de faire part de l’impatience des habitants et des professionnels à pouvoir, eux aussi, bénéficier des progrès de la science.
On s’aperçoit à la lecture de son article que la ligne installée ne servait vraiment pas à grand chose, sinon même strictement à rien …. à part vérifier mensuellement le bon état de fonctionnement des appareils !
« Il y a plusieurs années déjà, on a établi entre le village de Tréhiguier sur la Vilaine et le bourg de Pénestin un fil téléphonique, et les touristes ont dû s’extasier plus d’une fois de voir le moderne progrès pénétrer ainsi jusqu’aux dernières bourgades du continent. Hélas !
Le progrès ne s’implante pas aussi vite qu’on veut bien le dire et le téléphone de Tréhiguier est une preuve lamentable de l’apathie générale des administrations et des particuliers.
Le téléphone a établi une communication directe et rapide entre le bureau des douanes à Tréhiguier et le bureau de postes à Pénestin.

Mais le public, le bon public, qui s’imagine quelquefois que les administrations travaillent pour lui est absolument tenu à l’écart de cette voie de communication. Le téléphone a été placé pour administration qui s’assure une fois par mois du bon fonctionnement des appareils ; personne, même en cas urgent et moyennant rétribution, ne peur en faire usage.
Les services que ce fil électrique pourrait rendre à la population et à la navigation sont pourtant de premier ordre et sautent aux yeux de tout le monde.
Tréhiguier est en effet une station de pilotage située à l’embouchure de la Vilaine. Chaque jour c’est, pour ainsi dire, quelque arrivée ou départ de navire à destination ou provenant de La Roche-Bernard ou de Redon. Mais la plupart du temps les navires sont tenus d’y stationner, soit pour attendre le remorqueur, soit pour subir la visite de la santé, soit enfin pour profiter d’un bon vent.
A l’arrivée, les capitaines ont pour premier soin de prévenir leur armateur qui prépare ses magasins et ses doks et prend ses dispositions personnelles pour le déchargement de la cargaison. « Allo ! Allo ! ». Il téléphone au bureau de Pénestin qui transmet par le télégraphe la dépêche parlée qu’on lui communique. De cette sorte et sans retard, il peut mander un remorqueur, prévenir le pilote du haut de la rivière et ne subir, pour son voyage, aucun retard ni contretemps.
Bien entendu, en la circonstance, le correspondant du téléphone à Tréhiguier serait tenu d’encaisser à la fois le coût de la dépêche et de la correspondance téléphonique, mais cette petite comptabilité serait si simple et si peu compliquée qu’elle s’exercerait comme un jeu ; et par un livret à souche l’administration des télégraphes obtiendrait, chaque mois, la justification des encaissements faits à Tréhiguier.
Pour les particuliers, les avantages du téléphone rendu public ne seraient pas moins grands, en cas de maladie de danger ou de commande pressée. Eh bien, malgré tous ces avantages, l’administration n’a pas fait un pas pour rendre publique la voie téléphonique entre Tréhiguier et Pénestin, bien que ces deux localités soient éloignées, par la route praticable aux voitures, de plus de quatre kilomètres.
Aujourd’hui où le projet de création d’un réseau téléphonique entre toutes les villes du Morbihan a pris corps, nous espérons être plus heureux que nos devanciers dans nos revendications ; et attirer sur la situation anormale de Tréhiguier et de Pénestin, la bienveillante attention des pouvoirs publics. »On sait aujourd’hui que le téléphone mettra encore des années pour desservir le Morbihan et arriver jusqu’à Pénestin, d’autant que lors de sa session du printemps 1900, les conseillers généraux réunis le 28 avril 1900 à la Préfecture de Vannes allaient devoir déjà admettre que « le projet de réseau téléphonique départemental a été renvoyé, faute de l’adhésion d’un grand nombre de communes intéressées, à la commission départementale. »
Et il faudra véritablement attendre le début des années 30, après de multiples tergiversations et lenteurs de l’administration des « Postes, Télégraphe et Téléphone », sans compter les débats nationaux à la Chambre des députés, pour que ce dernier commence, enfin, à être accessible à tous.
Localement, avant même la Mairie, le premier pénestinois à se doter du téléphone, tirant à ses frais une ligne de 7 kms entre ses bureaux de Tréhiguier et son site d’exploitation du Bile, sera Octave Le Metayer qui avait compris avant tout le monde l’intérêt de se doter, pour ses affaires et son entreprise, de ce nouveau moyen de communication. Le fameux « 1 » de Pénestin.
On pourra aussi citer au nombre des autres premiers abonnés en ces années 30, tous concernés par le développement du tourisme sur la commune :
Le 5 : les « Autocars de Pénestin-sur-mer » de Benjamin Roussel, par ailleurs propriétaire de l’Hôtel des Voyageurs,
Le 10 : l’Hôtel Bon Accueil de la famille Lalande au port de Tréhiguier,Le 12 : l’Hôtel de l’Océan d’A. Guillo,
Le 13 : l’Hôtel de la Plage et la pension de famille « les Coquelicots » attenante, gérés par la famille Chesneau,
ou encore le 17 : l’Hôtel du Commerce de Georges Lespert.

A Brest, en 1885, c'est un commerçant qui demanda à installer une ligne entre son magasin et son entrepôt sur le port de commerce.

A Nantes, le téléphone fut reçu avec faveur. Dès le mois de mai 1881, c'est-à-dire quelques mois à peine après son ouverture, le réseau de la Société générale avait atteint un développement de 20 kilomètres et desservait plus de 40 abonnés dans cette ville .

Partant des apparences selon lesquelles le vivier des consommateurs potentiels de nouveaux objets comme l’automobile ou le téléphone est très étroit au début du siècle, on serait tenté de concentrer l’attention sur les seules élites oisives. Dans les Côtes-du-Nord, par exemple, aux 45 premiers propriétaires de lignes téléphoniques privées, ne s’adjoignirent que de maigres effectifs du réseau général : 14 à Saint-Brieuc en 1899, 9 à Dinan ; à côté de cela, 41 dans le Finistère et, de manière inattendue, seulement 121 en Ille-et-Vilaine, alors même que la ligne Paris/Rennes fut la première liaison directe installée entre capitale et province en 1885.
Dans le Morbihan, 24 lignes privées sont accordées de 1888 à 1897 (15 à Lorient, 8 dans les différentes îles, 1 à Vannes). Pour cet ensemble, guère plus d’une conversation par jour et par abonné en moyenne. Et il faut attendre 1922 pour atteindre le nombre significatif de 1658 abonnés.

Le“suréquipement des communes (...) se traduisit par un sous-équipement de la population”. De fait, et une fois financé le segment Rennes/Brest traversant le département (à hauteur de 475 000 francs, dont les 178 000 francs versés par le Conseil général), chaque commune pouvait se raccorder pour 600 francs, sans concert avec ses voisines, conduisant ainsi à la multiplication de réseaux locaux. Le réseau breton est organisé selon un décret du 21 mars 1900. En 1914, sur les 391 communes du département, 90 sont ainsi raccordées, mais 58 ont moins de 5 abonnés. Dans le Morbihan, l’arrivée du téléphone à Belle-Ile, Groix, l’Ile-aux-Moines (1908), Arz (1910), Hoëdic (1912), Houat (1914) fut aussi furieusement disputée, mais bien peu s’abonnèrent.

En 1914 dans les Côtes-du-Nord , 81 % des abonnés proviennent du commerce ou des professions libérales, mais les nobles ne comptent que pour 3 %

Connaissez vous la loi de Chaplin ?
Joyce Chaplin, est professeur d'histoire à Harvard. Et, dans un article très intéressant récemment publié par le site en ligne Aeon, elle résume ainsi sa « loi » « tout appareil portable est l'aboutissement d'un équipement plus ancien qui, autrefois, devait être porté à deux mains et aujourd'hui se doit de tenir dans la paume d'une seule ».
Si un téléphone à fil nous paraît être aujourd’hui un ustensile parfaitement désuet, cet objet n’en demeure pas moins le fruit d’une patiente évolution technique. Pour s’en convaincre, il suffit de se replonger dans l’Echo de Lannion n°947, qui, dans son édition du 11 septembre 1965, affirme triomphalement que « 80 pour cent des abonnés au téléphone posséderont l’automatique en 1970 »

La publication de cet article ne doit pas surprendre. Depuis le milieu des années 1950, la cité costarmoricaine marque un intérêt prononcé pour le développement technologique et accueille même, à partir de 1963, un important laboratoire du Centre national d’études des télécommunications. On comprend donc que la presse locale s’intéresse à un secteur qui pèse dans l’emploi local même si, au final, le produit dont il est question ici ne concerne que peu de monde. En effet, les chiffres évoqués dans l’article donnent aujourd’hui le vertige.
On y apprend ainsi qu’en 1964, le nombre de téléphones pour 100 habitants est de 11,85 alors qu’en 2008 on compte 68 millions de téléphones portables en France ! Si les régions parisienne, lyonnaise et marseillaise sont de ce point de vue les plus développées, les Côtes-du-Nord et le Morbihan comptent parmi les départements où l’on recense le moins de terminaux. Et encore faut-il préciser que ceux-ci sont reliés à des centraux manuels, où une opératrice vous connecte à la ligne du correspondant que vous souhaitez joindre. On comprend dès lors mieux en quoi consiste le fameux téléphone automatique que 80% des abonnés devraient posséder en 1970 à en croire l’Echo de Lannion…

En définitive, le principal défaut de la « loi de Chaplin » est de masquer le rythme du progrès. Loin d’être constant, celui-ci s’effectue parfois au gré de surprenantes accélérations du temps, dont rend parfaitement compte l’article de cet hebdomadaire breton. Car si l’on ne compte que six millions d’abonnés au téléphone en 1964, on n’en recense que deux dix ans plus tôt ! Plus intéressant encore, les équipes du CNET de Lannion commencent dix ans plus tard, avec leurs collègues rennais, à développer les premières technologies télématiques, ancêtre de l’internet qui nous est aujourd’hui si indispensable et qui vous permet de lire cet article.

1923 L’arrivée tardive du téléphone à Saint-Urbain
Les extraits issus des registres des conseils municipaux de Saint-Urbain sont reproduits en « italique » avec leurs éventuelles fautes d’orthographe.
1911 : un net refus La première évocation de la mise en service du téléphone date du conseil municipal du 18 juin 1911, dans lequel le conseil décline la proposition d’installation du téléphone par le Préfet... « à cause des nombreux emprunts qu’il a déjà faits, de ne pouvoir accepter la dite proposition, malgré l’insistance de Mr Le Gall et le don généreux de 25 francs offert par Mr De Boisanger ». Aujourd’hui ce refus à posteriori nous paraît totalement incompréhensible.
1913 : des réticences. Le 30 mai 1913, le sujet est de nouveau d’actualité. Mais le conseil « est d’avis qu’il soit d’abord procédé à une enquête pour connaître les engagements financiers incombant de ce fait à la commune, tant pour l’installation elle-même, que pour la continuation du service et désigne comme devant faire partie de la commission d’enquête messieurs De Parcevaux, adjoint, Toulec, conseiller et Cloarec, menuisier. »
La séance du 8 juin 1913, à huit heures du matin nous évoque « le rapport présenté par la commission d’enquête » Le détail est ainsi exposé :
- remboursement annuel pour emprunt 50 F
- traitement annuel du gérant 100 F
- location annuelle d’une cabine téléphonique 25 F
plus les frais d’installation d’une cabine 50 F. Le total général est donc de 225 F. »
Cette année 1913 ne verra pas l’arrivée du téléphone car « le conseil après avoir délibéré, vu les dépenses qu’il faut engager [...] vu l’état peu propice des finances de la commune qui est obligée d’avoir recours annuellement à un vote de 14 à 15 centimes pour insuffisance de revenus décide qu’il y a lieu de surseoir à l’installation du téléphone jusqu’à création dans la commune d’une taxe d’octroi sur l’alcool. » Demande de création qu’elle fait ce jour-même à l’administration.
La séance du 28 novembre 1913 présente les modalités du futur octroi. Ils veulent un octroi sur une « période maxima » , « sur toute l’étendue de la commune », « que les produits taxés soient l’alcool pur contenu dans les eaux de vie, esprits, liqueurs absinthes », « que la taxe soit élevée à quinze francs par hectolitre. »
1914 - 1919 : d'autres priorités puis une avancée
La guerre mondiale de 1914-1918 va freiner l’arrivée du téléphone. Les priorités se trouvent ailleurs, et le projet ne ressurgit que lors de la séance du 27 février 1918, quand la commune décide de prolonger l’octroi sur les alcools, justifiant sa décision par les dépenses futures, « vu que le téléphone sera un jour venant très probablement installé dans la commune. » La taxe est prolongée jusqu’au 31 décembre 1924.
Lors de la session du 19 mai 1919, le conseil réagit comme en 1913, et s’il « est d’avis, en principe, qu’il y a lieu d’installer un téléphone dans la commune. mais désire d’abord connaître les engagements financiers incombant à la commune tant pour l’installation elle-même que pour la continuation du service ». et décide de « faire une enquête pour connaître le prix du local téléphonique et le traitement demandé par la personne chargée de recevoir et de distribuer les messages. »
1920 : enfin une demande favorable
Le 26 décembre 1920, « Monsieur le Maire donne lecture de la lettre de M Le Directeur des Postes et Télégraphes du Finistère » qui « donne des renseignements des plus précis. » et le conseil municipal, « comme il en a déjà exprimé le désir demande à l’unanimité que la commune soit doté du service téléphonique. » L’arrivée du téléphone semble imminente.
Le 27 février 1921, le conseil « renouvelle sa demande d’incorporation au réseau téléphonique départementale et prend l’engagement
- de mettre gratuitement à la disposition de l’Administration des Postes un local pour l’installation du téléphone
- d’assurer les frais d’aménagement sous la direction de l’administration des Postes de la cabine téléphonique
- de supporter les frais de gérance du téléphone, ainsi que ceux de la distribution des télégrammes et des avis d’appels téléphoniques »
La demande est renouvelée en novembre 1921 à l’Administration faute de réponse de sa part.
1923 : l'aboutissement
Le 15 février 1923, les douze membres du conseil prennent « connaissance des instructions générales données par M le Directeur départemental des Postes et Télégraphes. » Histoire téléphone et « décide»
- Mlle Pédel Marie Joséphine, débitante de tabacs, maîtresse couturière habitant la maison proposée pour l’installation de la cabine téléphonique serait la gérante du téléphone et sa sœur Mademoiselle Pédel Marie-Yvonne cohabitant avec elle et de même profession, la gérante-suppléante.
- Mlle Le Roux Marie, la distributeuse et Madame Callec Guillaume, la distributeuse-suppléante, toutes deux de bonne conduite et journalières au Bourg.
La distribution ne serait gratuite que pour le bourg seulement : les habitants hors l’agglomération paieraient à raison des kilomètres parcourus
L’indemnité à payer à la gérante est fixée à titre d’essai pour la première année à 250 francs... »

1933 Arrivée du téléphone à Cesson-Sévigné
L'annuaire téléphonique de 1933 comptait 10 abonnés. Celui de 1935, pour 1902 habitants, en liste 14, dont 5 restaurants cafés ainsi présentés :
4 Clause, restaurateur, pont de Cesson-Sévigné
13 Café-restaur. du Pont de Cesson, Chantrel (A.)
6 Marre (E) restaur., mécan., La Friture
15 Mouton (J.), taxis, locat., Café, Croix-Noblet
10 Pitort, pâtisserie, restaurant
Les autres abonnés sont: un négociant, deux bouchers et un courtier en bestiaux, un minotier, un expert, trois particuliers, aucun médecin.
Au début des années 1950 il y a moins de 40 abonnés au téléphone à Cesson-Sévigné. Ils accèdent alors au service universel. C'est à dire qu'ils ont la possibilité d'obtenir des communications jours et nuits par l'intermédiaire d'une opératrice.
Auparavant le service était assumé de 8h à 12h et de 14h à 19h en semaine, de 8h à 11h les dimanches et jours fériés. Au début des années 1960 les abonnés sont raccordés à l'automatique. Ils composent le numéro de leur correspondant au cadran.

1923 LES RELATIONS TELEPHONIQUES à CALLAC
1902
: Un bateau scandinave, en route pour les États-Unis d'Amérique, est pris dans une très forte tempête dans la Manche. Les très graves avaries subies contraignent le capitaine à faire escale à Brest. Le bateau mis en cale sèche, et il nécessite entre quatre et six mois de réparations. Un ingénieur présent à bord prend alors une décision qui sera lourde de conséquences : il décide de décharger la cargaison et de tenter de la vendre sur place. C’est de cette manière que les quatre premiers autocommutateurs manuels (Ericsson) entrent sur le sol français.
Ayant vendu ces « centraux téléphoniques » en un temps record, l’ingénieur en question commande alors d’autres exemplaires à sa maison-mère et crée une structure locale pour leur commercialisation et leur entretien.
La société Ericsson-France est devenue par la suite Société-Française-des-Téléphones-Ericsson, puis Société-Française-des-Téléphones, puis Thomson-CSF-Téléphone, puis Alcatel.
Et c'est aussi pour cette raison que les principaux centres de recherche, tant d’Alcatel que de France Télécom, se trouvent dans la région de Brest.
1913 : Le téléphone automatique fait ses débuts en France.
Le téléphone à Callac arrive en 1923.
M. Yves Le Trocquer, ministre des Travaux Publics, avait appelé l'attention du directeur des Postes des Côtes-du-Nord sur la nécessité urgente d'améliorer les relations téléphoniques de Callac et sa région. En réponse, le directeur des Postes, lui à fait connaître qu'un nouveau circuit était à la veille d'être établi et mis en service, au plus tard le 1er mai 1923.
Grace à cette liaison, le canton de Callac disposera désormais de deux circuits ; un circuit direct Guingamp-Callac et le circuit commun Guingamp-Bourbriac-Callac, en outre, la liaison commune Callac-Plougonver-Belle-Isle-en-Terre sera réalisé avant la fin de l'année.
Enfin, la liaison directe Callac-Locarn-Maël-Carhaix, est prévue pour le début de 1924. Ainsi cette région, jusqu'ici déshérité quant au relations téléphoniques sera desservie désormais dans des conditions tout à fait satisfaisantes.
M. Yves Le Trocquer n'oublie pas que le berceau de sa brillante vie politique fut en quelque sorte cette bonne ville de Callac. Fouéré, Yann- écrivain autonomiste , fut Directeur du secrétariat du ministre guingampais, Yves Le Trocquer et conseiller municipal de Callac.

A Mordelles, en 1900, la Poste de Mordelles est située place de l’église.
Sur la photo ci-dessous, l’appellation « Postes et Télégraphes » provient de la fusion de l’administration des services postaux et télégraphiques.
Les Mordelais peuvent alors communiquer par télégrammes. C'est un service extrêmement rapide et fiable pour l’époque.
Tout à fait en haut de la façade, la déclaration sous forme de décoration florale, « vive la France », indique que cette photo a été prise pendant la première guerre mondiale. En tenue de facteur avec sa sacoche en bandoulière, Louis Holland se tient à gauche. C’est un personnage important dans le village et connu de tous. Ex-soldat au 18e escadron du train des équipages, il est nommé facteur à Mordelles en juin 1907. Mademoiselle Lejeune, receveuse des postes et télégraphes à cette époque, doit probablement figurer sur cette photo. Louis Holland, M. Fouville et Placide Robin sont les tout premiers facteurs à avoir exercé dans la commune de Mordelles au début du XXe siècle.
Si depuis plusieurs années, il existe à Mordelles un réseau télégraphique et postal, il faut attendre 1912 pour que les habitants puissent bénéficier du téléphone. En 1914, seuls quelques privilégiés se voient attribuer le téléphone, la majorité des habitants devant se rendre au bureau téléphonique probablement situé place de l’église dans les locaux de la poste et des télégraphes. Ainsi, en 1914 on ne recense que 12 abonnés.
Les numéros sont attribués de la manière suivante :
le numéro 1 au docteur Georges Gateau
le numéro 2 au notaire Eugène Angot qui réside au domaine de la Perruche.
le numéro 3 à Hubert - Baudais, commerçant de grains, pommes et cidre en gros
le numéro 4 à Joseph Hubert, marchand de grains
le numéro 5 au comte Odon de Toulouse Lautrec du château de la Haichois
le numéro 6 au vicomte Henri de Farcy du Château de la Villedubois
le numéro 7 au maire Paul de Farcy du château de la Chesnaye
le numéro 8 au vicomte du Boberil du château du Molant (Bréal-sous-Montfort)
et le numéro 12 à la caserne de gendarmerie du domaine de l’Ecu.

A Vannes Le central téléphonique dans l'avenue de la Marne fut construit en « 1938 par l’entrepreneur vannetais Groleau sur les plans de l’architecte en chef des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) Fernand Moineau et selon un modèle standardisé », dévoile François Ars.
Construit en retrait de la route et complètement isolé au moment de sa construction, le bâtiment en béton armé possède une cage d'escalier semi-circulaire à l'angle et les lettres PTT sont fixées sur le mur de façade rappelant ainsi le nom du propriétaire. Les décorations de la façade ainsi que l'utilisation de granit montre une volonté d'intégration dans le style de la région. La construction terminée fait l'objet d'un procès en raison de l'apparition de fissures dans les planchers due aux batteries en plomb très lourdes qu'ils supportaient. Le procès est gagné par l'entreprise Groleau.
En 1941 les Allemands le transforment en central téléphonique militaire. Épargné par la guerre, il poursuivit sa mission...

...

1964 La Bretagne, du point de vue téléphonique comme de beaucoup d'autres, est sous-équipée (3,7 à 5,5 postes par 1.000 habitants contre 9,4 pour la moyenne française) progresse moins que le reste du pays, use donc moins du téléphone. Les communications y sont surtout d'intérêt régional. Rennes effectue 54 % de ses communications avec la Bretagne, Brest 76 %, Lorient 73 %, St-Brieuç 79 %. L'étude des flux intrabretons (au sens de la région de programme aux quatre .départements, sans la Loire-Atlantique) révèle la nette- prédominance de Rennes comme métropole régionale. Non seulement elle lance à elle seule 2 fois plus d'appels interurbains que Brest, 4 fois plus que Lorient, Quimper ou Saint-Brieuc, mais encore elle est seule à communiquer couramment avec toute la Bretagne ; à ce titre Nantes ne peut absolument pas lui être comparée. Cependant le trafic intense n'intéresse guère que le département même, auquel il faut ajouter en première ligne les circonscriptions, Ploërmel, Dinan, Saint-Brieuc et Loudéac, plus modestement celles de Vannes, Lorient, Carhaix, Brest, Lamballe et Guin- gamp. Le rôle de métropole n'efface donc pas le rôle attractif d'un certain nombre d'autres villes. On peut les classer en deux groupes : six centres principaux (Saint-Brieuc, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, Saint-Malo), 10 centres secondaires (Fougères, Vitré, Redon, Dinan, Lannion, Pontivy, Morlaix, Concarneau, Douarnenez, Quimperlé). On remarque non sans étonnement que Vannes, encore peu industrialisée effectue un trafic téléphonique analogue en importance à celui de Lorient deux fois plus peuplée et que la Bretagne centrale apparaît assez démunie de villes-centres.

1973 en Bretagne, trois semaines en moyenne suffisent pour obtenir le téléphone.
Du moins dans les grandes villes, telles Brest, Lorient, Rennes... Ainsi, sur cinq demandes " bretonnes ", trois sont satisfaites très rapidement. Une plus longue patience, en revanche, est toujours exigée des futurs abonnés résidant dans des agglomérations rurales : pour eux, toutefois, grâce à une " astuce ", l'obstacle du coût de l'installation est en grande partie levé. L'idée est venue de la direction régionale des télécommunications de Rennes. Grâce à un prêt-relais accordé par le Crédit mutuel agricole, les futurs abonnés ruraux des quatre départements de l'extrême Ouest n'ont plus à verser ni " part contributive " ni " avance remboursable ". Celle-ci, jusqu'à présent, leur était remboursée par l'Etat, au fil des années, sur leurs dépenses de téléphone. Il fallait en moyenne dix ans pour que l'administration parvienne à effacer sa dette, le coût annuel moyen des factures téléphoniques étant de l'ordre de 500 F et la " participation " (part contributive et avance remboursable) des abonnés au téléphone des villages s'élevant en moyenne à 5 000 F.
Car, bien que les P.T.T. soient devenus, en trois ans, le plus important investisseur du pays (80 milliards de francs), ravissant ce titre à l'E.D.F., elles ne disposent toujours pas de suffisamment d'argent pour regagner une partie du temps perdu dans l'équipement téléphonique du pays. Si dans les villes et aussi dans certains bourgs ruraux, là où le réseau est dense, le rattachement d'un futur abonné n'est pas trop coûteux pour l'administration (il n'est pas nécessairement rapide, si les lignes manquent), les frais sont de dix à douze fois supérieurs lorsqu'il faut lancer une ligne pour relier au réseau un habitant vivant dans un hameau trop éloigné...

Lancé au début des années soixante-dix sous l'impulsion d'un breton, Pierre Marzin, le plan français "de rattrapage du téléphone" a été mis en oeuvre avec succès par la Direction générale des télécommunications, devenue depuis France Télécom.
Pierre Marzin.

Après des décennies de passivité, ce plan a nécessité une véritable mobilisation des personnels de l'exploitant public et un important effort d'investissement chez les industriels français du secteur : les télécommunications françaises sont ainsi entrées dans leur maturité ; elles ont même acquis une renommée mon diale. Durant les trente dernières années, l'histoire des télécommunications françaises et le développement économique de la Bretagne sont restés étroitement associés, avec leurs heures de gloire, leurs prouesses techniques, mais aussi leurs aléas notamment en matière d'emploi industriel.
La recherche, c'est par elle dit-on que tout commence, c'est bien avec elle qu'a commencé l'aventure commune, dès 1960, avec la décentralisation (on ne disait pas encore "délocalisation") des laboratoires du CNETP" à Lannion, une des rares décentralisations réussies selon la presse de l'époque, symbolisée dès 1962 par l'établissement de la première liaison télévisuelle transatlantique par satellite, entre Andover et Pleumeur-Bodou.
Par la suite, progressivement, la Bretagne est devenue un pôle d'excellence pour la recherche en télécommunications, le premier en France devant Grenoble, Sophia Antipolis et sans doute même devant Paris.
Le CNET Lannion réunissait 1500 personnes, dont 500 chercheurs. C'est le berceau de la commutation électronique française puis du réseau numérique à intégration de service (numéris), le premier centre de développement français pour la fibre optique, etc. Créé dix ans plus tard à Rennes, en 1972, le Centre commun d'études de télédiffusion et télécommunications (CCETT) mobilise environ 300 chercheurs de haut niveau avec des études portant sur Télétel, la Télévision haute définition, les terminaux multimédias, le traitement des images et du son, les réseaux de vidéo communications, etc. Dans l'orbite du CCETT, Transpac, société filiale de France Télécom, a installé à RENNES sa direction technique (250 personnes). Le réseau public français de transmissions de données que Transpac exploite, le plus grand réseau commuté de données au monde, est en effet sorti des laboratoires du centre.
En 1977, l'Ecole nationale supérieure des télécommunications de Bretagne, dite "SupTélécom Bretagne", a été implantée pour les trois quarts sur la rade de Brest, pour un quart sur le site de Rennes-Atalante. Cette école, dont la réputation dépasse largement les limites de l'hexagone, forme des ingénieurs destinés à des carrières internationales au sein des entreprises françaises, comme France Télécom.
En aval de ces activités de recherche, et en plus des services territoriaux relevant de la Direction régionale de France Télécom à Rennes (chiffre d'affaires 4 milliards de francs, 3 600 salariés dont 600 cadres, investissements proches de 1 milliard de francs en 1991), la Direction générale de France Télécom a choisi l'agglomération rennaise pour implanter son centre de Maintenance, d'exploitation, de gestion et d'assistance à la télématique (le MEGAT) et celle de Lorient pour implanter son unique centre de fabrication de matériels, les Ateliers de Lanester, qui emploient 700 personnes Au total, 1'"impulsion" ainsi donnée par France Télécom emploie par elle-même une dizaine de milliers de travailleurs de tous niveaux. Mais bien entendu l'objectif n'était pas de créer quelques îlots technologiques perdus dans un environnement décalé. Il était bien de provoquer un effet d'entraînement s'appuyant sur l'esprit d'entreprise de la région, à l'image de la Société lannionaise d'électronique (SLE), filiale d'Alcatel créée
dans la ligne des recherches sur les transmissions numériques effectuées dès les années soixante à Lannion, ou de l'entreprise rennaise de 300 personnes OST créée par un ancien ingénieur de TRANSPAC.
L'effet "boule de neige" espéré a souvent été réel. C'est ainsi que les initiatives de Pierre Marzin et de France Télécom ont entraîné la présence de tous les grands noms de l'industrie française des télécommunications en Bretagne : Alcatel à Lannion, Tréguier et Brest, Thomson à Brest et Cesson-Sévigné, Matra à Quimper, Douarnenez et Rennes, SAGEM-SAT à Lannion, Fougères et Dinan, etc. Et cette présence des "grands" a été complétée par la création de nombreuses PMI du secteur électronique. Un symbole de cette symbiose réussie entre recherche, formation et industrie est donné par la "technopole" de Rennes-Atalante, nouveau fleuron de l'agglomération rennaise.
Il faut toutefois rappeler que le développement des industries électroniques bretonnes, dont les télécommunications constituent un des principaux débouchés, ne s'est pas toujours fait sans à-coups : les variations de la croissance en consommation de services provoquent des fluctuations croissance-décroissance dans les programmes d'équipements des prestataires. Cela a été notamment le cas pour l'opérateur public après la mise en
œuvre de son "plan de rattrapage du téléphone", malgré ses efforts pour lisser les commandes. A ce phénomène qui n'est propre ni à la Bretagne, ni au secteur des télécommunications (cf le secteur informatique), se sont ajoutées les fortes variations de productivité liées au passage des technologies électromécaniques, qui nécessitaient une main d'oeuvre nombreuse et particulièrement qualifiée, aux technologies électroniques qui n'ont pas les mêmes besoins. Les conséquences de cette situation dans le Trégor et le Haut Léon n'ont sans doute pas été tout à fait oubliées...

Au printemps 1963, le projet PLATON est lancé, l'aventure du central téléphone numérique temporel commence , lire les pages Pierre Marzin et Alcatel. Les premiers commutateurs élecroniques de Perros-Guirec et de Lannion ont montré des performances assez encourageantes pour faire prendre la décision de lancer la fabrication d’une présérie de commutateurs que l’on va désormais appeler E10. Cette décision a sans doute été facilitée par le fait que Pierre Marzin était depuis 1968 directeur de la DGT (Direction Générale des Télécommunications), responsable de l’équipement et de l’exploitation du réseau français.
Les deux premiers sites retenus sont Guingamp et Paimpol, dépendant de la Direction Régionale de Rennes.

Le système E10 et ses évolutons sera généralisé en France et installés dans de nombreux pays du monde.

sommaire

Dans la région Nord Pas de Calais

C'est en mai 1880 que la première demande de réseau a été déposée à la Compagnie des Téléphones de PARIS avant la création de la SGT.
LILLE, renouvelle sa demande à la SGT, débattue par le Conseil Municipal à la Séance du Mardi 7 Juin 1881

M. Rochart présente le rapport suivant au nom de la Commission des travaux :
Messieurs, La question d’installation à Lille , d’un réseau téléphonique, que vous avez renvoyée le 6 Mai courant, se limite à une demande d’autorisation faite par la Société générale des téléphones.
Cette question paraît donc très simple et , dans une certaine mesure, il aurait pu nous suffire peut-être de vous rapporter qu’après étude , nous étions d’accord avec l’Administration, et qu’en conséquence nous vous priions d’accorder l’autorisation demandée.
Votre commission, toutefois, ne l’a pas pensé ainsi et elle a cru, au contraire, devoir vous retracer les efforts et les travaux de l’Administration de telle sorte que, par eux, la question vous fut plus intimement connue et que votre discussion, s’il s’en établit une à ce propos , fût plus facile et plus précise.
Depuis un an déjà la ville de Lille était sollicitée par plusieurs Compagnies pour autoriser l’établissement d’un réseau téléphonique.
Les premières demandes remontent en effet aux 4 et 14 Mai 1880. Elles étaient produites alors par :
1.° La Société des téléphones de Paris, devenue la Société générale des téléphones, et combinée à
2.° La Compagnie téléphonique du Nord qui postulait également et dont les principaux membres se sont aujourd’hui fondus dans la Société générale.
A cette époque, et étant donné l’intérêt de ce service, notre honorable Maire d’abord , M. DUTILLEUL , visita pour renseignements M . le Ministre des postes et télégraphes. M. le Ministre l’invita à attendre que la Société générale actuelle se fût formée, car elle le devait faire à un capital considérable ; elle devait se nantir de tous les brevets spéciaux et jouir de l’autorisation du Ministre spécial.
Cette Société s’est formée en effet et s’est constituée en assemblée générale, le 3o Octobre dernier, au capital de 8,65o,ooo fr. suivant document acquis au dossier. Elle est autorisée à établir des réseaux téléphoniques par bureaux centraux aux charges d’un cahier créé le 26 Juin 1879, par le Ministère des postes et télégraphes quii, assimilant les téléphones aux télégraphes, prentd à sa charge la pose et l’entretien des réseaux extérieurs, moyennant les conditions qu’il impose à la Société.
Proposition de M. A. Jametel .
Le 10 Décembre dernier, M. A , JAMETEL, Président de cette Société, renouvelait la demande faite précédemment à l’Administration municipale. Il rappelait les charges qui lui avaient été verbalement réclamées et donnait le mode et la mesure de son intervention gratuite. Il proposait deux moyens, dont le premier consistait en l’établissement d'un réseau spécial aux services municipaux , et le second en le raccordement de ces services au bureau central de la Société , comme l’avaient fait, disait-il, plusieurs municipalités belges.
Dans le premier cas , la Ville devait se pourvoir des autorisations gouvernementales, faire construire ses lignes et fournir le personnel nécessaire à son service. La Société offrait, mais avec conservation de la propriété, les appareils nécessaires à quatorze postes et l’entretien constant à titre gratuit.
Dans le second cas , la Société s’engageait à installer à ses frais quatorze lignes reliées son bureau central et à assurer le bon fonctionnement, dans les termes de l’arrêté ministériel du 26 Juin 1879 , que nous avions au dossier.
Si des dispositions prises par l’Administration et le service des travaux municipaux ne réduisaient pas à néant ces deux présentations , il y aurait eu , pour votre Commission des travaux, à étudier de très près les conséquences introduites par le choix de l'un ou l’autre moyen et à vous le présenter avec détails et conclusions.

Premières dispositions de l’Administration .
Cette étude a été faite ,mais une acceptation ultérieure de la gratuité absolue en rend la présentation inutile. Vous connaîtrez un peu plus loin la modification acceptée par la Société. L’Administration envoya à l’étude du service des travaux, la demande de M. JAMETEL, et M. MONGY lui adressa le 20 Décembre un rapport aux termes duquel on demandait à la Société les deux sacrifices suivants :
1 ° Relier par un réseau téléphonique l’Hôtel-de-Ville avec les postes de police, les postes de pompiers, le réservoir de l’Arbrisseau et le réservoir d’Emmerin ;
2 ° Payer une taxe de 10 f,. par chaque kilomètres de fil traversant la Ville et la banlieue.
On demandait donc l’établissement gratuit d’un poste à l’Hôtel-de-Ville ;
Huit postes de police pour les huit arrondissements ;
Plus deux pour les nouveaux récemment établis ;
Quatorze postes de pompiers, dont les fils sont déjà établis pour leur télégraphie actuelle ; mais dont les détails devront être revus et sans doute modifiés comme isolateurs particulièrement et généralement appropriés à leur double fonction future ;
Deux postes aux établissements hydrauliques , soit vingt-sept postes au lieu de quatorze offerts ;
Nous pouvons aussi juger, si vous le voulez bien, de l'importance de la taxe que l’on se proposait d’appliquer.
L a Société compte, dans un temps assez rapide, posséder environ cinq cents abonnés dont la moyenne de longueur de fils serait de deux kilomètres. Le produit de la taxe devrait donc être de : 5oo X 2 X 10 = 10 000 fr. Par abonné 20 fr.
Cette taxe devait porter en effet sur les abonnés, car la Société avait déjà alors obtenu l’homologation d’un tarif que nous vous dirons plus loin et d’ailleurs ... Elle se refusait très absolument à supporter aucune taxe.
Dans ces conditions le service des travaux propose à l’Administration de remplacer les conditions ci-dessus par les suivantes déclarant en passant qu’étant donné l’arrêté d’assimilation des fils téléphoniques aux fils télégraphiques, il ne paraissait pas en effet, y avoir plus de raisons d’imposer les uns que les autres.
Voici quelles furent les conditions modifiées :
1.° Etablissement d’un réseau téléphonique complet pour relier l’Hôtel-de-Ville avec les postes de police, les postes de pompiers, l’établissement hydraulique d’Emmerin et le réservoir supérieur de l’Arbrisseau ;
2.° Installation d’un indicateur magnétique permettant de Connaître à chaque instant le niveau d’eau du réservoir supérieur de l’Arbrisseau ;
3.° Obligations de placer les fils aériens du réseau, en suivant pour la traversée des voies publiques, les indications qui seront données par l’Administration municipale ;
4.0 Obligation par la Compagnie d’opérer, à première réquisition de l’Administration municipale , toutes les modifications qui pourraient être réclamées dans la hauteur et la direction des fils.
L ’Administration, à ce moment, avant que de vous présenter son sentiment, voulut encore l’éclairer par la recherche de précédents qu’avaient déjà créés d’autres villes. C ’est ainsi qu’à sa demande il lui a été répondu par les villes de: 1.° Nantes, 2.° Bordeaux, 3.° du Havre.

Enquête ouverte par l’administration Tarif d’abonnement
Il est peut être intéressant de vous faire connaître ces réponses ; nous allons vous les indiquer sommairement :
Il fut répondu de Nantes :« Qu’il avait été donné autorisation à la Société des téléphones, autorisée par le Ministère» des postes et télégraphes, de manière précaire et révocable, la Ville réservant tous ses» droits. »
De Bordeaux : Par l’exposé de conditions particulières aux poses souterraines et aériennes et par cette réflexion que « dans l’intérêt de la propagation des communications téléphoniques , la Ville » de Bordeaux renonçait, quant à présent du moins, à frapper la Société d'une taxe ou » redevance. »
Du Havre enfin : « Que la Ville avait autorisé la Société à ses risques et périls, sous privilège et aux » conditions du n.° 18 du tarif de ses droits de voirie, et que jusqu’à présent la Compagnie » n’avait pas, malgré ses efforts, commencé à fonctionner. » Le n.° 18 du tarif de voirie de la ville du Havre, Messieurs , frappe les fils ou cables de télégraphie et de téléphonie particulières soit aériens, soit souterrains, d’une taxe de :
0.10 fr le mètre courant pour réseaux de 1 mètre à 5oo par an ;
0.05 fr pour longueur de 501 à 1,000 mètres;
0.25 fr pour longueur de plus de 1,000 mètres ;
Ces droits poursuivant les abonnés jusqu’à leurs appareils.

Au compte d’abonnés que nous avons supposé à Lille et pour leur longueur moyenne également supposée, l’imposition au taux du Havre, serait à Lille de 5oo X 2000 X 0,25=3 25,000 fr. Soit par abonné 25,000/500 = 5o francs.
Cette taxe est, sans aucun doute, la raison qui fait que la Société réunit très peu d’abonnés au Havre, car déjà le tarif homologué d’abonnement à ladite Société est assez lourd. Il est en effet de :
400 fr. par an et par ligne ou de
375 fr. par an pour deux lignes à la même personne, ou de
35o fr. par an pour trois lignes à la même personne.
Vous pouvez voir maintenant, Messieurs, par cet exposé, sans doute très long pour une question paraissant aussi simple, toute l’économie de la demande d'autorisation.
Avant que de vous dire quelles sont les conclusions de votre Commission , nous allons vous rappeler quelles sont les dernières demandes de l’Administration et quelle est la valeur de l’accord que la Société générale des téléphones paraît être disposée à nous faire. Voici d’abord cet accord :
D’après une discussion verbale qui a eu lieu en derniers contacts entre l’Administration municipale représentée par son Directeur des travaux et M. LARTIQUE , Directeur général des téléphones (Société générale) M. MONGY aurait dit à M. LARTIGUE : Nous sommes disposés à vous donner l’autorisation que vous recherchez, sauf approbation par le Conseil municipal aux conditions que nous vous avons dites déjà, mais à condition aussi , que vous nous établirez notre réseau et nos services sans que nous intervenions pour quoi que ce soit. M. LARTIGUE aurait promis de faire accepter ces conditions par la Société générale des téléphones .
C’est à cette déclaration que nous faisions allusion alors que nous vous disions qu’il était devenu inutile de vous présenter l’étude que nous avions faite des dispositions du cahier des charges.
La Société nous constitue par là des bénéfices de services que nous pensons estimables et assez coûteux pour elle.
En effet : En établissant le réseau à ses frais, la Société peut avoir à payer à l’Etat, service des télégraphes, une redevance immédiate de 260 fr. par kilomètre de fil, et, étant données les dernières demandes de l’Administration , sans y comprendre les fils des pompiers qui ne sont qu’à approprier , ni le fil d’Emmerin qui doit aussi exister , il y a environ 40 kilomètres municipaux à faire établir présentement.
Cela fait un sacrifice d’environ 40 x 25o = 10.000 fr. plus; pour entretien annuel à 20 fr. = 800 fr.
En nous constituant l’abonnement gratuit sur 27 postes ,plus deux réclamés par l’Administration en dernier lieu, soit sur 29 ; en distrayant l’Hôtel-de-Ville , considéré comme un bureau central municipal, soit, au plus juste , 28 postes ou réseaux , il en vient un abandon de 28 x 35o, tarif inférieur réduit au terme du cahier des charges (article 6) à 175, c’est-à-dire à 5o pour 100 , d’où somme annuelle de 4,900 fr.C ’est donc un sacrifice de 10 000 fr. une fois payés et une somme de 4,900 x 800 = 5,700 fr. abandonnée annuellement.
Dans ces conditions donc, il paraît à votre Commission superflu de gêner l’essor de la Société par l’addition d’une taxe quelconque , du moins appliquée présentement.
Dans ses conclusions , votre Commission réserve d’ailleurs tous vos droits à cet égard. Nous vous demandons la permission de vous répéter maintenant les demandes de l’Administration municipale à la Société générale des Téléphones :
1.° Etablissement d’un réseau téléphonique complet reliant l’Hôtel-de-Ville avec la Préfecture , les postes de police, les postes de Pompiers , l’abattoir, l’usine hydraulique d’Emmerin et le réservoir supérieur de l’Arbrissean ;
2.° Installation d'un indicateur magnétique permettant de connaître à chaque instant le niveau de l’eau du réservoir supérieur de l’Arbrisseau ;
3.° Obligation de placer les fils aériens du réseau , en suivant, pour la traversée des voies publiques , les indications qui seront données par l’Administration municipale ;
4.° Obligation par la Société d’opérer à première réquisition toutes les modifications qui pourraient être réclamées dans la hauteur et dans la direction des fils.
Réflexions de la Commission.
Sur le premier point : Nous sommes d’accord avec l’Administration; mais nous proposons d’y ajouter l’établissement , aux mêmes conditions , des postes futurs de pompiers et de police. Ces postes additionnels devant en effet correspondre à une augmentation de population provoquée par nos efforts et nos dépenses , constituent pour la Compagnie des chances de sûre clientèle dont elle nous doit reconnaissance.
Sur le second point : Nous sommes d’accord également et demandons qu’il soitajouté à l’indicateur un appareil d’enregistrement automatique. C ’est d’ailleurs sans importance.
Sur les troisième et quatrième points : Nous ferons observer qu’aux termes des rapports créés par le cahier des charges du 26 Juin entre l’ Etat et la Société , les obligations réclamées par l’Administration municipale doivent porter, non sur la Société téléphonique, mais bien sur le service d’état des télégraphes ; toutefois , la Société générale des Téléphones se déclarant certaine de l’agrément de l’Etat, nous pensons suffisant de lui réclamer ces dites obligations, quitte à elle de les obtenir de ses contractants, et rien , du reste, n’empêche l’Administration municipale de rechercher conjointement cette même acceptation du service d’Etat.
Demande de la commission
Votre Commission, sortant maintenant du cadre de l’Administration , vous demande de réclamer avec elle le raccord du bureau central municipal indispensable à la rapidité des communications, comme aussi à leur toute entière discrétion ... avec le « bureau central de la Société. »
Voici pourquoi : Il se peut très bien que des rapports en quelque sorte directs s’établissent entre l’administration et certains abonnés , et même tous les abonnés , et qu’inversement, des rapports s’établissent des abonnés aux services municipaux.
Supposez , par exemple , des appels aux pompiers ou aux postes de police pour cause d’incendie ou de meurtre. Ces communications deviennent précieuses .
Il est facile de réaliser cette communication. On le pourrait faire par un seul fil ; mais il aurait le désagrément de rendre les communications limitées à un seul service à la fois.
On le peut faire avec deux fils et jouir d’une réduction de tarif déjà indiquée.
Votre Commission a pensé que trois fils seraient le nombre à choisir pour la plus grande facilité de tous rapports de l’Administration à abonnés, ou de tous rapports inverses, d’autant que le tarif, qui s’applique à trois fils pour une même personne (collective ou non), est encor einférieur — et vous le connaissez — à celui de deux fils.
Ce service, d’ailleurs très peu coûteux, quoique très agréable , doit être payé par nous cependant, car la Société et l’Etat nous démontrent ici que le service n’est plus exclusivement municipal, mais est au moins mi privé. Toutefois, nous ne le paierions pas au tarif ordinaire, car nous vous prierions de réclamer de l’Adminisjration qu’elle veuille bien solliciter l’application du tarif réduit indiqué à l’article 6, § III et IV , du cahier des charges du 26 Juin 1879, qui stipule :
« Qu’il sera (toutefois) accordé un tarif réduit aux établissements publics de l’Etat ou municipaux qui seraient desservis par une entreprise. »
E t que :
« Le taux de la réduction sera déterminé par le Ministre des Postes et Télégraphes , sans » pouvoir dépasser la moitié de la taxe applicable aux particuliers. »
Notre sacrifice annuel
Donc , le taux pour trois lignes à une même personne sera pour nous , sans nul doute , de 35o f r . x 0,5, = 175 fr. par ligne, soit de 175 x 3 = 525 fr. par an, comprenant l’installation à faire par la Société téléphonique , comme aussi l’entretien.
Soins municipaux.
Quant au service municipal, il sera très bien assuré par le personnel actuel organisé, s dépenses pour cela, à la condition peut-être de quelques soins supplémentaires . II réclame un service nocturne, déjà assuré par les pompiers.
En résumé, Messieurs , votre Commission des travaux vous propose :
1.° Le vote des conclusions de l’Administration municipale;
2.° Le vote des conclusions de votre Commission des travaux ;
3.° Le vote, par suite, d’une imputation annuelle de 525 fr. pour le service conjugué du public et de l’Administration .
En appuyant toutefois sur ce point que votre autorisation est accordée sans privilège, ni monopole.
Elle vous demande par surplus et à titre de vœu :
D’exprimer le désir de voir à l’avenir, et le plus tôt possible , opérer par le consentement du Ministre des Postes et des Télegraphes , le raccord entre les abonnés des lignes téléphoniques et les services télégraphiques spéciaux, pour l’expédition directe des télégrammes et vice-versa , pour leur directe réception.
M. MARSILLON s’étonne de voir figurer, parmi les conditions réclamées par la Ville , la pose d’un indicateur magnétique, destiné à indiquer le niveau d’eau dans le réservoir de l’Arbrisseau. Ce n’est pas là de la téléphonie.
M. le RAPPORTEUR répond qu’étant donnée la nécessité d’établir un fil le long de la distribution d’eau, il devenait facile d’obtenir l’indication électrique du niveau des bassins , et que l’Administration a agi véritablement dans un intérêt municipal en réclamant cet indicateur.
Les conclusions du rapport de la Commission sont ensuite mises aux voix et adoptées.

Pour Lille, l'aventure commence, le bureau est installé au 3 de la place de la gare, les lignes sont construites sur le toit des immeubles, le réseau est inauguré le 1er mai 1882 avec 26 lignes et 94 demande sont en attente.
Le 1er avril 1883 se sera le tour de Roubaix-Tourcoing qui ouvrira son réseau.

Le téléphone à Tourcoing
Voici un extrait des souvenirs retrouvés dans « Tourcoing Mon pays » de Jean Christophe.
Un jour, il demande à sa mère, 90 ans en 1977, de retrouver son plus grand souvenir. Après réflexion, elle se met à dire : Ce qui m’a le plus frappée, c’est le téléphone. J’ai cru que c’était un miracle. On venait d’installer les appareils à Tourcoing. Mon mari était à Paris. Quand j’ai reconnu sa voix dans cette sorte de boite à malice, j’en étais éberlué. Une voix qui venait de si loin … »
Sa mère et les tourquennois de son temps auraient pu parler de la même manière dix ans plus tôt.
Une raison toute bête empêcha le ministre de doter notre ville d’un des tout premiers réseaux téléphoniques du pays. Celui de Paris fonctionnait depuis 1879.
Le nombre d’abonnés dépassait 3000 en 3 ans. Le ministre se pris d’enthousiasme pour ce moyen de communiquer et de traiter les affaires. Il rêvait d’établir un réseau à titre d’expérience, entre de 2 villes industrielles de son choix.
Dans une lettre datée du 18 mai 1883, M. Devau écrit à la mairie de Tourcoing : « Monsieur le Ministre, voulant voir s’il était possible pour l‘Etat d’installer le téléphone dans de grandes villes sans risquer de mécomptes, a songé à faire un essai à Tourcoing et à Reims où la multiplicité des affaires devrait rendre la tentative concluante … »
Le maire, M. Victor Hassebroucq, adressa une lettre à « MM. les Industriels, Commerçants et autres intéressés de la ville ». Il les prévenait du projet du ministre et leur demandait de s’abonner sans tarder : « il est indispensable qu’on se presse, disait la lettre, mais, l’engagement deviendrait nul et non avenu si, pour une raison ou une autre, l’Etat ne se trouvait pas en mesure de tenter l’essai dont il s’agit, … ».
C’est ce qui arriva. La ville de Tourcoing, offrit au ministre des bureaux sous les arcades de la vielle mairie Grand-Place. Le ministre n’en voulu pas. « Il entendait n’avoir d’autre partie contractante que le maire », or les bureaux appartenaient à la commission syndicale de la Bourse du commerce. Pour ce motif, les pourparlers traînèrent en longueur. Les roubaisiens mirent à profit notre retard. Le téléphone fonctionnait très bien chez eux alors que les Tourquennois cherchaient encore un lieu pour y installer le poste central.
Bientôt, le ministre se montra plus arrangeant. On rattrapa le temps perdu. Une des plus anciennes photographies de la Grand-Place montre, sur le toit de St Christophe et sur le toit de la vielle mairie des herses qui soutienne les fils de téléphone (une soixantaine de ligne), elles se multiplieront à vue d’œil.

Au fil des évolutions, le poste central changera de place : la vielle maire, rue de l’Hôtel de Ville, place Charles et Albert Roussel et enfin son lieu actuel.

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En Auvergne-Rhône-Alpe

A Bourg-en-Bresse l’un hôtel des postes et du télégraphe, est ouvert le 21 juin 1895, lorsque le Conseil municipal décide, le 9 juillet 1896, pour y installer le téléphone. Il répond ainsi à un « mouvement de l’opinion en faveur de l’installation à Bourg du service téléphonique. » Se pouvant être rattaché au circuit de Paris, Lyon, Marseille, la liaison se fera à Lyon qui « présente cet avantage que, pour les communications avec Paris, Bourg n’aurait ainsi qu’un intermédiaire. La dépense de construction (…) ne sera qu’une avance faite à l’État. »
L’étude est lancée pour une ligne qui suit la voie de chemin de fer jusqu’à la gare de Bourg et, de là, elle sera souterraine jusqu’à l’hôtel des postes. Impatients, réunis au tribunal de commerce, « 47 négociants et industriels demandent, à Bourg, la création d’un réseau téléphonique et le rattachement de ce réseau au réseau national ». Ils souhaitent surtout que la ville se décide à financer le projet. Elle accepte et une convention est ensuite signée avec le ministère.
Il faut donc créer le départ du réseau aérien urbain. La ville sollicite l’architecte Tony Ferret pour « dresser un plan, avec devis, de la tourelle destinée à la concentration des fils du réseau téléphonique projeté à Bourg » et lui demande que « son aspect décoratif soit conservé dans la plus large mesure [car] la Ville de Bourg ne craint pas d’engager des dépenses sensiblement supérieures au chiffre du devis prévu ».
Les travaux se terminent et un communiqué de presse annonce que, « à partir du 20 mars 1900, le circuit téléphonique Bourg-Lyon sera ouvert au public au moyen de la cabine téléphonique installée dans la salle d’attente de la recette principale des postes et des télégrammes à Bourg. (…) La liste complète des villes avec lesquelles la recette principale de Bourg pourra établir des communications téléphoniques est déposée au bureau des postes . ». La ville de Bourg est désormais reliée au circuit national. Il reste à aménager, en fils aériens, le réseau urbain, autorisé depuis le 3 mars par le ministère. Quelques habitants protestent car le plan n’est pas strictement respecté et des isolateurs sont fixés sur leurs murs. Le circuit est complété au printemps 1901 et une cabine téléphonique est installée en gare, en août 1901.
Plan du réseau téléphonique urbain de Bourg en 1900.
Le Conseil général de l’Ain s’est décidé, au printemps 1898, pour l’étude d’un réseau départemental. La décision est prise le 25 avril 1900 et le Conseil général a déjà demandé à la ville de Bourg si elle accepterait de s’y intégrer. La Ville accepte et ses charges seront transférées au Département. Les communes ont été interrogées et 61 ont demandé leur rattachement en prenant l’engagement d’un financement annuel. Une convention est signée le 9 mars 1901 entre le Département et l’administration des postes.

Carte du réseau départemental annexé à la convention du 9 mars 1901 .

Liste des 61 communes : Atemare, Apremont, Bâgé-le-Châtel, Bellegarde, Belley, Bourg, Brénod, Ceyzériat, Ceyzérieu, Chalamont, Champagne, Champfromier, Châtillon-de-Michaille, Châtillon-sur-Chalaronne, Chavannes-sur-Reyssouze, Coligny, Collonges, Condeissiat, Culoz, Divonne-les-Bains, Dortan, Foissiat, Géovreissiat, Hauteville, Lhuis, Marboz, Gex, Marlieux, Meillonnas, Meximieux, Mézériat, Montluel, Montréal, Montrevel, Nantua, Neuville-les-Dames, Neuville-sur-Ain, Neyron, Ochiaz, Oyonnax, Pont-d’Ain, Pont-de-Vaux, Pont-de-Veyle, Saint-Genis-Pouilly, Saint-Germain-de-Joux, Saint-Nizier-le-Désert, Saint-Rambert, Saint-Trivier-de-Moignans, Saint-Trivier-de-Courtes, Trévoux, Sathonay, Seyssel, Tenay, Thoiry, Treffort, Villars, Villebois, Vouvray, Virieu-le-Grand, Genay, Versailleux.

Les travaux sont entrepris et le réseau évolue en fonction des circonstances locales et des opportunités. Un rapport du 31 décembre 1904 indique que « les travaux, commencés en 1901, ont été terminés en 1903, à une exception, Chavannes-sur-Reyssouze. (…) À titre d’indication, 66 communes avaient [finalement] adhéré à ce premier réseau.
Les études du deuxième réseau ont été entreprises en octobre 1902 [avec] les adhésions définitives de 145 communes. La convention avec l’État a été signée le 29 août 1903. Les travaux ont été commencés au printemps 1904. (…) Ils ont été menés avec célérité. (…) Nous avons organisé un groupement de cinq équipes avec un nombreux personnel ouvrier qui, bien entraîné aux travaux de cette nature, a fourni un rendement maximum. La persistance du beau temps a été un auxiliaire précieux. (…)
Ce deuxième réseau, commencé en 1904, comporte la construction de 495 kilomètres de ligne neuve et la pose de 2 050 kilomètres de lignes. Les travaux actuellement terminés comprennent 470 kilomètres de ligne neuve et 1 950 kilomètres de fil. (…)
Le nombre de bureaux ouverts au 31 décembre 1903 était de 73. (…) Les recettes suivent une progression constante qui permet d’envisager le remboursement intégral en quelques années seulement. En 1904, il a été ouvert 132 nouveaux bureaux téléphoniques. (…) Il reste 252 communes qui n’ont pas consenti à se faire incorporer dans les réseaux . »
Le troisième réseau est étudié en avril 1905 et le quatrième, en 1910. Au 23 octobre 1911, 50 des 76 communes, non raccordées, souhaiteraient l’être. Cela ne sera possible que pour 26 d’entre elles, dans un premier temps, dont Granges où un syndicat s’est constitué pour suppléer la commune . C’est la situation à la veille de la Grande Guerre.

Le réseau téléphonique dans l’Ain lorsque le 3e réseau sera établi. Carte du 20 mars 1905 .

Documents à télécharger :
- Les débuts du téléphone dans l’Ain
(pdf - 890.8 kio)
- De l’Hôtel des Postes au Centre Camus (pdf - 1.5 Mio)

Le téléphone dans le Cantal :

Des débuts difficiles (1899)
Nous sommes en 1899, Léon Mougeot, sous-secrétaire d’Etat des Postes et des Télégraphes (et pas encore du téléphone…), propose de « doter le Cantal d’une organisation téléphonique ». Il rappelle « l’importance très grande qu’a prise la téléphonie dans divers pays, notamment en Allemagne, en Belgique et en Suisse » tandis que « la France n’a pas jusqu’ici profité, aussi largement que ses voisins, des facilités nouvelles qu’offre ce merveilleux moyen de communication pour les relations d’affaire et de famille ». Considérant que « notre pays se doit à lui-même de ne pas rester plus longtemps en arrière », il demande le soutien du préfet et en appelle à son influence « pour faire aboutir l’œuvre nationale que j’ai entreprise ».

Un premier projet de réseau est donc proposé par le sous-secrétaire d’Etat en 1899, il prévoit de relier ensemble les quatre chefs-lieux d’arrondissement Aurillac, Mauriac, Murat et Saint-Flour, puis de relier ces derniers à leurs chefs-lieux de canton ainsi qu’à quatre autres communes : Le Vaulmier, Ussel, Valuéjols et Junhac. Soit un total de 25 communes pour un coût global de 289 500 francs.

Plan du premier projet de 1899 et plan du deuxième projet de réseau en 1900.

Après une première consultation auprès des communes susceptibles d’être intéressées, le projet devient bien plus ambitieux et une nouvelle carte est établie. Si la base du réseau reste la même, il s’agit désormais de relier entre elles plus de soixante-dix communes. Mais comme souvent, l’Etat n’a pas les moyens de ses ambitions. La carte est accompagnée d’un devis qui fait état d’une dépense totale de 541 375 francs, soit près de 2 500 000 euros actuels. La dépense initiale a presque doublé. Pourtant dès le premier projet, Léon Mougeot prend bien soin de rappeler au préfet que son « administration ne disposant […] d’aucun crédit budgétaire pour la construction des lignes téléphoniques, le montant des dépenses devrait être fourni à l’Etat, à titre d’avance remboursable, sans intérêts ». C’est aux administrations locales, conseil général et communes, d’avancer l’intégralité des sommes nécessaires à l’Etat avec l’espoir d’en être ensuite remboursé par les éventuelles recettes du réseau ainsi créé. De plus, l’Etat ne consent à rembourser que le capital des sommes empruntées pour le financement des travaux à l’exclusion des intérêts de la dette, qui eux restent à la charge des administrations locales. Le conseil général du Cantal décide alors d’avancer l’intégralité du capital à emprunter mais pas les intérêts qui seront à financer par les communes. Aussi, sur 71 communes intéressées dans un premier temps, il n’y en a plus que 12 qui ont voté les ressources demandées, 23 ont ajourné leur décision, 29 ont préféré renoncer et 7 n’ont pas répondu.
Début 1902, le projet n’est toujours pas adopté et « le Cantal est un des rares départements qui n’ont pas donné suite, au moins partiellement, aux propositions de l’administration et qui n’ont aucune relation avec le réseau général ». Il faut attendre le 22 avril 1903 pour que le projet soit définitivement adopté par une délibération du conseil général, ce dernier emprunte et avance la somme totale de 584 990 francs nécessaire à l’établissement du réseau. Il prend aussi à sa charge la moitié des intérêts annuels, l’autre moitié étant à supporter par les communes. Sur les 267 communes du département, 66 acceptent d’être reliées au réseau et s’engagent à verser les sommes demandées pour une durée de trente ans.
Les débuts du téléphone dans le Cantal sont donc assez laborieux. Cependant, après la mise en place de la distribution postale à domicile et le développement du réseau télégraphique au cours du XIXe siècle, c’est un nouveau moyen de communication qui s’offre aux Cantaliens. S’il existe bien une volonté politique – ici initiée par l’Etat – de favoriser le progrès de ces moyens de communication, comme pour la poste et le télégraphe avant lui, le développement du réseau téléphonique ne peut se faire sans l’aide des pouvoirs locaux et leurs apports financiers parfois conséquents. Les attentes sont pourtant nombreuses et ces moyens de communications sont de véritables enjeux en milieu rural. Ils sont considérés, à juste titre, comme des outils du désenclavement. A cet égard, comme la route ou le rail, ils ont contribué à la modernisation de la France en tant que moteur de civilisation et d’unité nationale.

En Haute-Loire
Le premier appel passé du Puy-en-Velay vers un autre département date de 1902. L’année d’après le déploiement dans la Haute-Loire commence.
La zone autour de Chomelix d’abord puis le Langeadois et l’Est. Aurec-sur-Loire est la première commune à bénéficier d’une cabine téléphonique en 1903. En 1912, le département compte 250 abonnés dont près de la moitié au Puy-en-Velay.
Neuf ans plus tard, il y en 771 dont 285 dans la ville préfecture.
Les centraux téléphoniques essaiment sur le territoire au Puy-en-Velay, à Saint-Didier-en-Velay, Langeac, Brioude et Yssingeaux. Des femmes s’y activeront pour transmettre les communications. Elles poseront définitivement leurs casques au début des années 1970 avec l’automatisation du téléphone. Les premières communes à bénéficier du téléphone automatique (sans passer par une opératrice) sont Saint-Romain-Lachalm et Allègre. Le déploiement dans l’ensemble du territoire durera une vingtaine d’années.
Il faudra attendre 1998 pour que la Haute-Loire fête ses 100 000 e abonnés

Dans l'Hérault
L’arrivée du téléphone à Montpellier
Juin 1892, le réseau téléphonique urbain de Montpellier est mis en service : 28 opératrices sont recrutées pour mettre en relation les abonnés de Montpellier avec ceux de Nîmes, Sète, Béziers et Narbonne.
En 1953, pour appeler la province depuis Paris, il fallait patienter 3 minutes pour obtenir son correspondant. En 1970, seul un Français sur sept disposait du téléphone chez lui.

A NICE
jeudi 14 juin 1883 Le Petit Niçois nous apprend qu’une entreprise de la ville vient d'installer un téléphone, qui serait le troisième à Nice.
À noter qu’il s’agit encore de liaisons point à point et que, d’un poste d’appel, on ne peut joindre que le seul correspondant auquel le câble vous relie.
« Téléphones. – Un troisième téléphone a été établi hier à. Nice.
C’est la Société générale de transports qui l’a fait établir pour mettre en communication ses bureaux de la rue Gubernatis avec ses remises situées au quartier Riquier. On sait qu’il existait déjà deux téléphones dans notre ville : l’un entre la Caisse de Crédit et la Villa de M. Sicard à Saint-Jean ; l’autre entre le Théâtre Français et le café de la Maison Dorée. »
Un autre article du Petit Niçois paru le 6 mars 1885 écrit « Téléphone. – À la suite d’une démarche auprès de M. le ministre des postes et télégraphes, des avantages plus sérieux viennent d’être accordés à notre ville pour l’établissement d’un réseau téléphonique. M. Cochery persiste toujours – il est vrai – à refuser une exploitation quelconque des téléphones, exploitation qu’il ne saurait concéder à une cité sans être immédiatement assiégé de demandes analogues, mais il consent, en faveur de Nice, à une nouvelle réduction dans le chiffre des abonnements pour commencer les travaux.
Ce chiffre, qui avait déjà été réduit à 80 au lieu de 200, se trouve maintenant fixé à 50. Dans ces conditions excellentes nous espérons que nos concitoyens s’empresseront de profiter des faveurs accordées par le gouvernement à la ville de Nice et que prochainement fonctionnera parmi nous cet utile et rapide moyen de communication. »
1913 Le tout premier centre automatique de France est mis en service à NICE. (Centre Téléphonique de Nice-Biscarra)

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En Ardèche
L'arrivée du téléphone à Saint Martial (Yvon Guibal, Nicole Clément)
La première cabine téléphonique installée à Saint Martial l'a été au Rulladou dans la maison de Monsieur Henri Salançon (actuelle maison de M et Mme Bray). Henri Salançon en était le gérant et elle aurait servi la première fois à accueillir l'annonce de la guerre de 1914 ! Lorsqu'en 1927 M. Salançon décide de partir à Nîmes avec quelques unes de ses ouvrières, pourdévelopper dans cette ville sa petite manufacture de bonneterie (bas et chaussettes), se pose le problème de son remplacement. Les délibérations du conseil municipal font état des difficultés rencontrées :
Session extraordinaire du 13 mars1927{ma ire Jean Prosper Viala):
Désignation d'un gérantde la cabine téléphonique en remplacement de M. Salançon Henri.
Monsieur le maire fait connaÎtre au conseilque M. Salançon ne pouvant plus gérer la cabine téléphonique, à partir du 20 mars courant, il y a lieu de désigner d'urgence son remplaçant, or aucun candidat ne s'est présenté après les publications qui ont été faites dans la commune.
Plusieurs membres du Conseil municipal désignent Mlle Julie Ducros comme titulaire et Mlle Marcelle Ducros sa sœur comme suppléante. A l'unanimité, le conseil accepte ce choix.
Mais le 14 Août1927 M. le maire communique au Conseil une lettre en date du 27 jul1/et 1927 par laquelle M. le Directeur régional des postes l'informe que la candidature proposée par le conseil municipal ne peut être agréée le conseil devant choisir entre les candidatures de MM Bosc Jean
et Matai Urbain. le conseil soucieux de hâter la réponse du service de la cabine téléphonique après une fermeture de plus de trois mois, que la population de la commune considère comme un scandale..... .. à l'unanimité....... rejette absolument comme inacceptables les candidatures
de MM Bosc Jean et Matai Urbain pour les motifs suivants :
Bosc Jean, facteur auxiliaire, ne peut, vivant seul, assurer le service du téléphone de plus, le sus nommé, ne jouit pas de la plénitude de ses facultés mentales, M. Matai Urbain ne présente pas les conditions suffisantes de moralité, le conseil se voit dans /'impossibilité de trouver un autre candidat que Mlle Julia Ducros proposée par la délibération du13 Mars, aucune autre personne ne présentant sa candidature ou ne voulant accepter ces fonctions. De ce fait, le conseil municipal se verrait obligé de démissionner, ne voulant pas prendre lui même, la responsabilité de la continuation de l'état de choses actuel.
27 octobre1931 : Internement de Jean Bosc à l'asile de Monteverques le maire communique que à la suite de plusieurs actes de démence, du sieur Bosc Jean Félix, le maire a été obligé de constituer un dossier concernant le sus nommé. A la suite d'une plainte adressée à la direction des PTT (Postes, Télégraphe, Téléphone), la gendarmerie se rendit à Saint Martial aux fins d'enquête et M. le préfet prit un arrêté d'internement à Montevergues et le 21 du mois de décembre, les agents de l'asile sus désignés vinrent le chercher.
De fait la cabine sera cette année là, installée dans l'épicerie de Marcelle, Place de l'Eglise.
Une cabine ? c'est beaucoup dire, le téléphone était dans l'épicerie, caché par un paravent, on y accédait après que l'opératrice ait obtenu la communication et lon commentait ensuite ensemble et avec les éventuels clients présents dans la boutique, la réception : la confidentialité était donc limitée !!
En avril 1936: (maire Georges Viala) le service postal est transformé en Aqence postale « les mandats, plis recommandés et autres opérations postales qui ne peuvent se faire qu'à Sumène, se feront au bureau de Saint Martial chose très avantageuse pour le public. la dépense (pour cette transformation) sera minime (711 frs 75) somme fixée par le service des postes pour le transport du courrier de Sumène à Saint Martial, part de la commune».
En 1955 la cabine téléphonique et l'agence postale sont transférées au Trive, Yolande Guibal en assurant dorénavant la gérance, ceci jusqu'en 1981. Et les anciens se souviennent du courrier récupéré à bicyclette, par n'importe quel temps, au bureau de poste de Sumène, par les facteurs: Fabian Bousquet et Noémie Delon d'abord, puis Joseph Salendres et Francis Guibal ensuite, Jean Paul Salendres a également effectué ce travail. Le dit courrier arrivait de Nîmes par fourgon et continuait ensuite sa route vers le Vigan et Alzon. Après qu'il ait été départagé entre Sumène et Saint Martial, notre facteur remontait avec un sac bien rempli à Saint Martial où il arrivait autour de 8 h30. Francis Guibal fut le premier à assurer ce service en utilisant sa moto alors qu'il aurait du le faire à vélo!! Ce n'est qu'en 1970 que Sumène prit le relais du transport du courrier par des facteurs motorisés.
Le courrier était trié à l'agence postale en deux tournées, pour les deux facteurs, celui qui distribuait les campagnes du haut, celui qui distribuait celles du bas. Les tournées se faisaient à pied et à l'exception de quelques mas très isolés, toute la population avait son courrier avant midi. Nombreux étaient ceux qui s'abonnaient au «Midi libre» ou au« Provençal» qu'ils recevaient ainsi journellement.
Les télégrammes, indispensables à cause de l'absence de téléphones, étaient souvent malheureusement porteurs de mauvaises nouvelles. Ils étaient transmis à pied dans le village et les hameaux par des porteurs ou porteuses de télégrammes payées à la course. Marie Durand (la maman d'Emilienne et de Francine) fût la première, puis Paulette Mourgues la suivit en suite. Le Trive et le Galinier, où Paulette habitait, étant très proches à vol d'oiseau, le texte en était souvent hélé de vive voix depuis le parapet !!
Les progrès modernes ont certes apporté certaines améliorations à ce service, mais la fiabilité de même que la qualité humaine de l'ancienne façon de faire peuvent rendre certainsnostalgiques !

A Saint Apollinaire de Rias
Les travaux se précisent le 14 mars 1934 avec l’autorisation officielle d’établissement de la ligne de Vernoux à St-Apollinaire de Rias.
On note principalement les articles 3: les propriétaires riverains sont mis en demeure de couper et d’élaguer à la limite de la route les plantations qui présenteraient des branches en saillie dur l’arête extérieure des fossés et talus et pourraient trancher les fils et l’article 7 qui précise que «la hauteur minimum des fils dans les villes et villages est de 6 m50 au-dessus de la chaussée».
Evidemment nous assistons avec l’arrivée du téléphone à une forme de modernité qui n’a pas cessé de nous entourer et de modifier nos modes de relations aux autres. Même si ce poste téléphonique est collectif, un seul pour la commune, St–Apollinaire de Rias est relié au reste du monde!

A Cros-de-Géorand
Lors de sa séance du 22 mars 1908, le Conseil Municipal de notre commune souligne « l’isolement et l’extrême détresse au point de vue du service des Postes et Télégraphes » et considère « qu’il importe de rendre plus aisé les relations des habitants et de favoriser le développement du commerce local ». Il demande « l’établissement d’une ligne télégraphique entre St Cirgues en Montagne et le Cros de Géorand et vote sa part contributive à la dépense ». Cette requête est toujours d’actualité lors de la séance du 1er mars 1909 qui demande que le projet « d’un bureau de facteur receveur avec un poste télégraphique » soit mis à l’étude par l’administration.
Mais, dès 1910 les élus voient plus loin ...
Le 19 septembre 1909, « le Maire expose que le chef-lieu de la commune de Ste Eulalie est pourvu du téléphone et qu’il est d’intérêt général de l’obtenir également au chef lieu du Cros. Afin d’atténuer la dépense occasionnée par cette installation, le Maire a accepté la combinaison qui lui était proposée par le Maire d’Usclades et l’entente suivante est intervenue entre eux : Il serait créé en même temps un courant téléphonique Ste Eulalie, Usclades, le Cros-de-Géorand avec poste et combiné dans chacun des chef-lieu du Cros-de-Géorand et d’Usclades. » Et le conseil approuve aussi « le projet d’entente dans le but de partager les frais qu’occasionnerait le circuit téléphonique Montpezat-Usclades-Cros-de-Géorand, après l’établissement téléphonique qui doit avoir lieu à Montpezat ».
Le 2 janvier 1910, à Cros de Géorand, on vote « les fonds d’avance à l’Etat pour l’installation du circuit téléphonique et télégraphique Montpezat, Usclades, le Cros de Géorand avec poste et cabine publique dans chacun des chef-lieu ».
Le 14 août 1910 Le Conseil municipal est d’avi « d’installer la cabine téléphonique dans le local communal attenant au groupe scolaire existant actuellement au chef-lieu du Cros où sera logé le gérant et distributeur des télégrammes et des communications téléphoniques qui se feront gratuitement pour toute la commune. Il sera également chargé, outre la distribution des télégrammes, dans toute la commune des appels au téléphone.
La fonction de gérant et distributeur de toute communication téléphonique pour toute la commune sera remplie par M. PLANTIN Baptiste secrétaire de la Mairie, auquel il sera alloué par la commune une somme annuelle de 150 francs, outre son logement dans le local où sera installée la cabine téléphonique. Il aura droit de percevoir également les remises qui lui seront allouées d’après le règlement en vigueur par la Direction des Postes et Télégraphes et Télphone. » . Le 6 novembre 1910, le Conseil nomme Mme PLANTIN Pélagie pour gérer le bureau téléphonique et M. PLANTIN Baptiste distributeur de messages et des appels au téléphone. Puis en 1926 ces fonctions reviennent à M. SOLEILHAC Prosper, gérant du téléphone et Mme SOLEILHAC née TEYSSIER comme suppléante. Au Chef-lieu du Cros, l’emploi de « gérant du téléphone » est supprimé le 22 septembre 1956. Cette fonction étant désormais assurée par la receveuse de l’Agence Postale, Mme POMMIER.
La délibération du 6 mars 1958 précise les horaires de 8h à 12h et de 14h à 18h pour l’ouverture de la cabine téléphonique avec un budget pour
cette mission 55 000 frs/an.
Le 16 décembre 1989, la Mairie se raccorde au réseau téléphonique en prenant un abonnement. (jusqu’à cette date, la secrétaire de Mairie utilisait la cabine téléphonique !)

Le 2 avril 1933, « le hameau de La Palisse étant à une distance de deux kilomètres à vol d’oiseau du chef-lieu et regroupant une population de 86 habitants parmi laquelle un certain nombre de commerçants », le Conseil délibère sur l’utilité d’y installer une cabine téléphonique publique. Le Conseil note que « cette installation supprimerait un grand nombre de télégrammes au distributeur de dépêches et que M. VOLLE, facteur audit quartier, s’engagerait à autoriser cette installation chez lui et qu’il en assurerait le fonctionnement par lui-même ou avec le concours de son épouse pendant les heures d’ouverture ».
Le 28/12/1941, Le Conseil décide de transférer le poste d’abonnement municipal de La Palisse chez TEYSSIER, Hôtel du Pont.
Le 11/04/1954, le Maire expose que « la maison où est installé le Poste d’abonnement Public de La Palisse n°8 a été acquise par EDF et va être incessamment démolie, les barrages devant être mis en eau, aussitôt les derniers travaux achevés ». Le Conseil demande à l’administration des P.T.T. le transfert de cette installation dans la nouvelle maison de Melle TEYSSIER Victorine qui accepte.
Le 13/11/1966, le Conseil donne un avis favorable au transfert de l’installation téléphonique du poste d’Abonnement Public de La Palisse au domicile de M. VOLLE Auguste. Celui-ci continue d’être le gérant de la cabine de téléphone publique dans sa nouvelle résidence en 1973. Puis, en 1975, le Conseil confie la gérance à Mme VOLLE Germaine, veuve. Ce poste ne sera supprimé qu’en 1985.

A partir de 1954, plusieurs téléphones sur la commune de Cros-de-Géorand.
Les premiers abonnés au téléphone sont des hommes d’affaires, des entrepreneurs, des négociants, des commis de bourse, des banques, des journaux, mais aussi des sociétés de service s’adressant à une clientèle de luxe .
On compte en 1954, une dizaine d’abonnements sur la commune. Jusque dans les années 70, seuls la Mairie et les commerçants/artisans sont équipés d’un téléphone.
De fait ces quelques postes sont utilisés par l’ensemble de la population. L’emploi de ce moyen de communication est alors réservé à des situations d’urgence. Pour appeler les postes situés au Cros, il fallait demander à la téléphoniste :
le 0 à Cros de Géorand (l’agence postale)
le 1 à Cros de Géorand (l’hôtel GIRAUD)
le 2 à Cros de Géorand (la boucherie MOULIN)
….
Le 31 mars 1979, le Conseil Municipal, « sur la proposition de la Direction Opérationnelle des Télécommunications de Grenoble, décide l’installation d’une cabine téléphonique sur la voie publique ». L’installation se fera à l’extrémité de la place à proximité du monument aux
morts. Cette cabine ne sera démontée qu’en 2015.
Une autre cabine sera mise à la disposition du public au carrefour du Pont de La Palisse .
Les témoignages varient, ce qui permet de penser que le téléphone entre petit à petit dans les maisons, plutôt vers la fin des années soixante-dix.
Les prix des communications sont basés sur la durée et sur la distance. Chaque intervalle est facturé au prix fixe d'une Taxe de Base ; les intervalles de temps exprimés en secondes entre deux taxes de base sont d'autant plus courts que la distance entre les deux abonnés est grande. Du coup, les habitants réfléchissent à deux fois avant de passer un appel. Et pour les longues distances, ils s’organisent pour appeler sur les tarifs de nuit à prix
réduit.
Les années 70, le téléphone à domicile.
Dans son article du 24 décembre 2020 paru dans l’Hebdo de l’Ardèche, Flora CHADUC cite les communes du plateau ardéchois où le téléphone fixe a été coupé jusqu’à des mois.
Les élus interpellent « Des particuliers aussi me saisissent » remarque Fabrice BRUN, député de la 3ème circonscription de l’Ardèche. « Mais nous, députés, ne sommes pas le service après-vente des opérateurs ! ».
« C’est le sujet qui revient le plus, avec la santé, dans les échanges avec les habitants » confirme Hervé SAULIGNAC, député de la 1ère circonscription ardéchoise. Il estime que 80 % du territoire ardéchois est concerné par des dysfonctionnements ou menacé d’avoir un réseau de téléphonie fixe coupé.
Cros de Géorand sur l’annuaire des Pages Blanche 2017.
Sur l’annuaire des Pages Blanches édité en 2007, on compte 124 abonnements à Cros de Géorand.
Les tout derniers exemplaires de l'annuaire papier des Pages Blanches, qui contient les numéros de téléphone des particuliers, seront livrés en décembre 2019 .

Dans son article du 24 décembre 2020 paru dans l’Hebdo de l’Ardèche, Flora CHADUC cite les communes du plateau ardéchois où le téléphone fixe a été coupé jusqu’à des mois. Les élus interpellent « Des particuliers aussi me saisissent » remarque Fabrice BRUN, député de la 3ème circonscription de l’Ardèche. « Mais nous, députés, ne sommes pas le service après-vente des opérateurs ! »

Le 15 septembre 1989, l’association des Maires de l’Ardèche encourage les communes à s’informatiser. La Mairie de Cros de Géorand adhère à ce nouveau service MAIRIETEL 07/63.
En 2009, quelques habitants de Cros de Géorand réussiront à se connecter grâce à Numéo. « Je me souviens, aux Rancs nous avions conduit un câble Ethernet sur le haut des rochers surplombant la maison pour avoir une connexion. Si la neige pesait trop lourd, le câble sortait du boîtier situé au sommet, plus de connexion. Si nos chèvres trop curieuses croquaient le câble, plus de connexion !!! ».
Le 9 novembre 2007, le Maire informe le Conseil Municipal du plan de résorption des zones blanches ADSL qui devrait permettre à de nombreuses communes ardéchoises de pouvoir bénéficier d’une couverture ADSL par des opérateurs locaux. Notre commune, étant en zone blanche, sollicite l’aide du Conseil Général de l’Ardèche, de la Région et de l’Europe pour le financement des travaux nécessaires à la couverture de la commune
pour l’accès à Internet Haut Débit...

A Saint Sylvestre
Le 30 juin 1901, Monsieur le Maire donne lecture de la lettre préfectorale concernant la dépense qu’occasionnerait l’établissement d’un circuit téléphonique reliant la commune au bureau le plus central. Le conseil considérant que la commune est déjà très obérée(= très endettée !) ne prend pas l’engagement d’assurer le service des intérêts de l’emprunt que nécessiterait l’établissement d’un circuit téléphonique.
Il en sera de même en 1903, en 1905 et en 1907. La commune n’est pas assez riche pour supporter les frais d’installation !
Enfin, le 4 novembre 1909, Monsieur donne lecture de la lettre préfectorale concernant un cinquième projet d’extension du réseau téléphonique départemental. Le Conseil demande que la commune soit rattachée au réseau et s’engage à créer les ressources nécessaires au paiement de sa quote-part des dépenses occasionnées.
Le 1er septembre 1912, Monsieur le Maire informe le conseil municipal qu’il est appelé à délibérer sur l’emplacement de la cabine téléphonique. Le Conseil municipal décide de placer la cabine téléphonique dans le village de Marcelette, maison Roupioz Claude.
Le 29 décembre 1912, le conseil municipal s’engage à voter à partir de 1914 une imposition extraordinaire de 124,86 F pour le paiement de la contribution de la commune au service des intérêts de l’emprunt du Département de 56 601 F.

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Dans le Doubs

28 novembre 1909, le service téléphonique fonctionnera à partir du 1er décembre prochain dans les communes ci-après :
Aubonne, Bians-les-Usiers, Bouverans, Bulle, Chapelle-des-Bois, Chatelblanc, Dompierre, Les Hôpitaux-Vieux, Vaux-et-Chantegrue et Villedieu-les-Mouthe.
A Villedieu-les-MoutheCamille Maire en 1924 a décidé de tenir la "cabine" téléphonique.
Par la suite, sa femme Louise prit le relais jusqu'en 1963. Camille Maire fabriquait des manches d'outils. Les courroies de ses machines était disposées partout dans la pièce, même au plafond. Le téléphone était dans un recoin de son atelier. Il était payé pour recevoir les messages et aller les porter aux destinataires. Ils emmenaient parfois des télégrammes urgents.
Une vraie cabine téléphonique fut installée vers la cure à Villedieu-les-Mouthe. Elle existe toujours, mais elle n'a pas d'autre fonction que de s'y abriter.
A Villedieu-les-Rochejean, la cabine était tenue par Jules Saillard, il habitait à la sortie du village, côté Rochejean. Les gens du haut du village devait le traverser entièrement pour aller téléphoner, comme Jules Saillard le faisait, pour porter les messages. Les habitants qui ont eu par la suite un téléphone, dépannaient ceux qui n'en avaient pas. Une cabine fut installée à coté de l'ancienne fromagerie, dans un virage, en bas du village.
En hiver, comme elle était en bas d'une côte, certains automobiliste l'ont "emportée" plusieurs fois : les conducteurs partaient en la laissant en l'état, sauf un, qui doit encore s'en souvenir et regretté d'avoir été honnête.
Cette cabine était très rentable, car l'ancienne fromagerie avait été louée au 7 ème R.C.S., unité militaire basée à Besançon. Cent soldats y logeaient.
Ils avaient aménagé le grenier. Les militaires n’avaient pas de problèmes de téléphonie, ni de salle de bains. Ils se lavaient dans le bac intérieur, de la fontaine "Maltrou", juste en face. Ils ont été vu nus à intérieur, en hiver, alors que ce jour-là on acceptait volontier des petites laines.

Depuis le 29 mars 1973, le téléphone automatique intégral est mis en service dans les communes de Boujeons (les), Brey-et-Maison-du-Bois, Chaux-Neuve, Châtelblanc, Crouzet (le), Gellin, Mouthe, Petite-Chaux, Pontets (les), Reculfoz, Rondefontaine, Sarrageois et Villedieu (les). Les abonnés devront être appelés à l'aide de leur nouveau numéro d'appel à six chiffres figurant à l'annuaire du Doubs (édition 72, couverture orange).

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Dans les Landes
A Pontenx-les-forges Faute de moyen, il faut aussi refuser l’arrivée du téléphone en 1914,d’autant qu’on installe le bureau de poste.
La paix revenue, en1921, le conseil se réjouit : « Tous les bâtiments de la commune ont été réparés et munis d’un porte-drapeau». À partir de là, on avance vers le progrès à pas de géant : construction d’un abattoir, premier revêtement routier en bitume et agrandissement de la gare en1925, la place publique est pavée, achat d’une pompe à incendie, installation du téléphone à la mairie ... 1934 On installe deux cabines téléphoniques.

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Les débuts du téléphone dans l'Aude par Georges Galfano.

Dans l'Aude, il semble que la première ligne téléphonique autorisée par les P.T.T. soit une ligne concédée par arrêté du 5 avril 1890, pour l'établissement d'une liaison entre le domicile et le magasin de Théophile, François d'Arnaudy, à Ouveillan.
Jusqu'au début du siècle les principaux réseaux se développent au hasard, dans le département, en fonction du dynamisme et de l'opportunisme des collectivités locales et des chambres de commerce.

Voici quelques dates d'établissement des premiers réseaux :
- 13 avril 1891 : réseau privé de la Mairie de Carcassonne,
- 8 août 1892 : réseau urbain de Narbonne,
- 7 juillet 1896 : réseau urbain d'Ouveillan,
- 24 août 1896 : réseau urbain de Carcassonne,
- 21 avril 1899 : réseau urbain de Coursan.

Décret de création du réseau téléphonique de Narbonne - Inauguré le 8 août 1892
Les circuits interurbains sont construits :
- 20 mai 1895 : Toulouse-Carcassonne-Sète,
- 29 juillet 1895 : Ouveillan-Narbonne,
- 21 avril 1899 : Coursan-Narbonne,
- 17 mars 1900 : Lézignan-Corbières-Narbonne.

De toute évidence ce sont des nécessités économiques qui, dès la fin du XIX ème siècle, ont incité les communes concernées par le négoce du vin à financer les premiers réseaux téléphoniques dans le département.
La catégorie socio-professionnelle constituée par les propriétaires, négociants et courtiers en vin a saisi avec opportunité la plus-value offerte par le téléphone pour l'efficacité des transactions. De telle sorte que les réseaux urbains s'établissent dans les aires de production.
De même, les liaisons privilégiées se développent entre ces centres et les métropoles de négoce ou d'exportation.
Cet équipement à la carte ne va pas sans contrarier la vocation égalitaire de service public qui aurait dû être celle du téléphone, depuis sa nationalisation, en 1889. Mais l'administration des P.T.T. ne dispose pas encore d'un budget annexe de l'Etat, qui a des conceptions frileuses à l'égard de la croissance du réseau, n'est pas fâché de laisser l'initiative aux collectivités locales et particuliers qui acceptent de financer l'établissement de lignes et de circuits par le biais d'avances remboursables.
Cette erreur d'appréciation aura des conséquences néfastes sur l'équipement téléphonique qui sera fragmenté en micro-réseaux, au mépris de toute prévision structurelle à moyen et long terme.
Il faut attendre 1902 pour que cesse cet équipement anarchique et pour qu'un développement rationnel du réseau soit planifié.
En 1902, en effet, les conseils généraux prennent en charge le financement du réseau départemental. Des priorités sont hiérarchisées et une participation financière est demandée aux communes par voie de convention.

On a vu comment les centres viticoles avaient pris une part active dans la création des premiers réseaux. Avant que la crise ne vienne affecter la profession, la viticulture fournit, de très loin, le plus fort contingent des abonnés au téléphone. Dans les communes de l'est du département on recense de très nombreux propriétaires; négociants ou courtiers, mais aussi des professions subsidiaires largement représentées, comme celles de loueur de futailles, foudrier, ainsi que des sociétés de wagons-foudres. C'est l'âge d'or de la viticulture !

Mais la stagnation du réseau de Narbonne entre 1914 et 1925, comme le montre le tableau ci-dessous, indique bien que la place a été frappée de plein fouet par la crise.
Autre témoin nostalgique d'une ancienne industrie florissante, tombée en déconfiture depuis, l'annuaire de 1908 de la ville d'Espéraza compte, sur un total de neuf abonnés,sept professionnels de l'omnipotente chapellerie.
Narbonne 245
Carcassonne 168
Lézignan 50
Coursan 25
Limoux 23
Castelnaudary 19
Sallèles d'Aude 17
Quillan 12

Dates importantes du téléphone dans l'Aude
5 avril 1890
: Théophile- François d'Arnaudy d'Ouveillan obtient par arrêté ministériel la concession d'une ligne téléphonique entre son domicile et son magasin à Ouveillan,
septembre 1891 : Mise en service du réseau téléphonique de secours de la ville de Carcassonne,
mars 1892 : Mise en service d'une liaison téléphonique Mairie de Carcassonne- Préfecture,
8 août 1892 : Inauguration à Narbonne du premier réseau urbain comportant 17 abonnés,
Arnaud, négociant en vins
Bergé, huissier
Castelnau et compagnie, banquiers
Cauvet Jules, négociant en vins
Charriaut, camionneur
Courtial-Béchard, négociants en vins
Crédit Lyonnais
Croix du Sud
Leroy-d’Auderic, négociants en vins
De Martin, philatéliste
Maurel-Nombel, banquiers
Murat ainé, négociant en vins
Pricé, café Continental
Redouté, distillateur
Roussel, avoué
Société Générale
20 mai 1895 : Mise en service de la liaison interurbaine du Midi : Bordeaux-Toulouse-Carcassonne-Narbonne-Sète,
5 juin 1897 : Inauguration du réseau urbain de Carcassonne,
1er août 1899 : Le secrétaire d'Etat aux Postes et Télégraphes propose au département de coordonner le financement du réseau départemental : le Conseil Général emprunte l'avance du capital nécessaire ; les communes intéressées prennent en charge les annuités d'intérets de l'emprunt ; le département est remboursé sur les produits bruts de l'exploitation.
31 décembre 1900 : Le département est desservi par 5 circuits interurbains :
- Carcassonne-Castelnaudary-Toulouse,
- Perpignan-Narbonne-Sète,
- Narbonne-Coursan,
- Narbonne-Sallèles d'Aude-Ouveillan,
- Carcassonne- Lézignan-Narbonne.
Il comporte 197 abonnés répartis dans sept réseaux : Carcassonne(57), Narbonne(81), Lézignan(21), Castelnaudary(8), Ouveillan(9), Coursan(12), Sallèles d'Aude(9).
16 mars 1901 : Signature d'une convention pour la construction de la première tranche du réseau départemental, comportant l'équipement de 47 communes,
1er avril 1906 : Transfert de la Poste, du Télégraphe, du Téléphone et de la Direction départementale des PTT dans le nouvel hôtel des Postes construit à Carcassonne (actuelle place de Lattre de Tassigny),
1906 : Construction du premier réseau téléphonique souterrain à Carcassonne,
1er mai 1913 : Transfert de la Direction des PTT Boulevard Jean Jaurès à Carcassonne,
16 février 1917 : Destruction du répartiteur du central téléphonique de Narbonne par un incendie,
1919 : Mise en service des positions d'annotatrices au central de Narbonne,
20 décembre 1920 : Destruction du réseau téléphonique narbonnais par une exceptionnelle tempête de neige et de verglas,

18 janvier 1921 : Mise en service de deux positions d'annotatrices à Carcassonne,
7 août 1927 : Mise en place de la batterie centrale intégrale à Narbonne. Puis Carcassonne ( 09/04/1931), Quillan ( 08/1936), Castelnaudary ( 22/06/1937), Limoux (02/09/1937), Lézignan ( 24/01/1938),
1932-1933 : Construction du premier câble souterrain à grande distance : Avignon-Carcassonne-Toulouse, avec embranchement de Narbonne à Perpignan,


Inauguration du central téléphonique de Carcassonne, 9 avril 1931
22 février 1936 : Le Conseil général vote un crédit de 3,5 millions de francs pour l'installation de l'automatique rural dans le département. Il est mis en service dans les six groupements téléphoniques aux dates ci-après :
-Quillan : 1er septembre 1936
-Limoux : 2 septembre 1937
-Castelnaudary : 23 octobre 1937
-Carcassonne : 2 janvier 1938
-Lézignan : 3 mai 1938
-Narbonne : juillet 1939,
Equipe des lignes de Carcassonne 1937
21 janvier 1969 : Inauguration du central automatique de Carcassonne-Iéna : commutateur de type Crossbar CP400 à 4.000 équipements initiaux, associés à un interurbain manuel à 38 positions d'opératrices,
16 juin 1969 : Régionalisation du service des lignes : Création de la Subdivision des Lignes de Carcassonne,
29 juin 1971 : Mise en service du central automatique de Narbonne Kennedy ( commutateur Cupidon de 3.200 équipements initiaux),
13 avril 1973 : Création des Centres principaux d'exploitation (CPE) de Narbonne et Carcassonne,
16 mai 1973 : Création de l'Agence commerciale des télécommunications (ACTEL) de Carcassonne,
3 décembre 1976 : Achèvement de l'automatisation intégrale du département par la mise en service du centre de secteur de Mouthoumet,
1978 : la Subdivision des Lignes de Carcassonne est transformée en Centre de Construction es Lignes ( CCL ),
6 novembre 1979 : Création de la Direction Opérationnelle des Télécommunications ( DOT ) de Narbonne,
6 septembre 1983 : Inauguration du central de Narbonne-Tuileries ( capacité initiale de 7.680 équipements électroniques).

Evolution du nombre d'abonnés :

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En Ariège

En octobre 1896, le Conseil avait souhaité demander à l’administration des Postes et Télégraphe l’établissement d’un téléphone reliant Pamiers à Toulouse. Ce fut chose faite en 1900.
Installation du téléphone à Pamiers en janvier 1900
Le conseil municipal de Foix pouvait se joindre au conseil municipal de Pamiers pour faire cette demande et participer ainsi à la dépense d’installation dans des proportions à déterminer. La dépense de Toulouse à Foix était de 18000 francs. Celle-ci n’était qu’une simple avance qu’auraient eu à faire ces deux villes, l’État s’engageant à payer l’annuité et l’amortissement de l’emprunt. Le rattachement de la commune au réseau téléphonique ne fut décidé qu’en janvier 1900. Lors de la séance du 6 juin de la même année, le conseil approuva la répartition faite par la commission départementale entre les communes adhérentes à l’emprunt de 202 800 francs nécessaire à la construction du réseau téléphonique et dans laquelle la ville de Pamiers fut comprise pour une somme de 27 313,91 francs, en capital, et celle de 983,30 francs d’intérêt pour la première annuité. Un crédit de 983 francs fut voté sur les fonds disponibles de l’exercice 1900 pour le paiement de la première annuité.
Quelques années après, l’installation à l’Hôtel de ville de sonnerie électrique et téléphones reliant les divers bureaux de la mairie fut envisagée. Le devis de l’électricien qui en était chargé s’élevait à la somme de 497 francs, toutes fournitures d’appareils et pose comprise. L’installation fut réalisée en mars 1912..
Pour les Appaméens, le nouveau central téléphonique, situé rue des Carmes, qui avait une capacité de 4900 lignes, a été inauguré en septembre 1975. Les nouveaux abonnés, 1200 au total, étaient dotés de "l’automatique". Pour la petite histoire, la première communication téléphonique officielle sur l’automatique de Pamiers fut celle qui mit en relation le préfet de l’Ariège et le docteur Bareilles, maire de Pamiers. Avec la mise en place de l’automatique, les Appaméens allaient enfin voir l’installation de cabines téléphoniques sur la voie publique. Il n’en existait qu’une située aux HLM du Foulon. Ce fut chose décidée et faite en 1975 : "Seront installées courant deuxième semestre 1975, les cabines téléphoniques situées aux emplacements suivants : rue des Carmes face au centre téléphonique automatique, cour de la gare SNCF, angle Boulevard, Pierre Sémard, quartier des Canonges, angle avenue Capitaine Tournissa et rue des Cendresses, quartier Marassé-Randille devant le collège Jean XXIII, angle Avenue de la Paix, carrefour de Lestang, place Sainte Hélène, celles du quartier de Loumet, place Marché-au-Bois, place de la République seront installées dans le premier semestre 1976.

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Dans le Cher

A Bourges dès 1895, le maire, Henri Mirpied, qui réfléchit à l’installation d’un réseau téléphonique municipal : un devis estimatif est dressé le 21 février pour une somme de 5700 francs de l’époque.
Il faut cependant attendre quelques années avant que les choses se mettent en place : une délibération du Conseil municipal du 25 mars 1905 décide de "L’établissement d’un réseau téléphonique destiné à relier à un point central, l’Hôtel de ville, les bureaux d’octroi, les postes de police, l’hôtel-Dieu et le bourg d’Asnières".
L’année suivante, le maire, Henri Ducrot, demande au Conseil municipal de contracter un emprunt pour couvrir l’établissement de ce réseau téléphonique dont les frais de première installation se chiffrent à 9111 francs et soixante centimes.
Le matériel choisi provient de l’entreprise Alfred Burgunder, constructeur-électricien qui propose une grande variété de postes muraux et mobiles, poinçonnés par l’Etat et réalisés en acajou verni. L’horloger électricien Julien Elis, domicilié 2, Place de la Gare à Bourges, sert d’intermédiaire entre l’entreprise parisienne et la municipalité.
L’installation du réseau téléphonique se poursuit dans les années suivantes.
A cette époque, la mairie qui vient de s’installer dans l’ancien palais archiépiscopal se dote d’un équipement ultra moderne. Il s’agit de trois appareils portatifs (bureaux du Maire, des adjoints et du secrétaire général), un appareil mural (local du garçon de bureau) et treize appareils muraux destinés uniquement à la communication interne. Le marché destiné à cette nouvelle installation et passé avec Julien Elis est approuvé par le Conseil municipal dans sa séance du 18 mars 1910.

Le téléphone restera pendant des décennies l'apannage des personnes fortunées ou celles qui avaient un vrai besoin professionnel comme les médecins. Il faudra attendre les années 1970 et un grand plan du gouvernement sous l'autorité de Giscard d'Estaing, pour que le téléphone se développe en France et à Bourges.
Il faut savoir qu'un couple habitant Bourges en 1975, demandait une ligne téléphonique, et qu'entre sa demande faite très officiellement aux PTT (Postes, Téléphone et Télégraphes) et l'arrivée de la ligne et du numéro à 6 chiffres, il fallait entre 1 et 2 ans d'attente.
Il y avait peu de téléphone à Bourges et beaucoup n'en éprouvaient pas le besoin, puisque leurs relations et leurs amis n'en disposaient pas.
"A qui voulait-vous que l'on téléphone ?" tel était la remarque sensée de beaucoup, car hormis le médecin, les pompiers et l'hôpital, nul besoin de téléphoner.
Et en quelques années, par une vraie volonté politique, le téléphonne entrera dans les foyers des Berruyers.
Aussi, la révolution de la fin du XXième siècle avec le développement de la téléphonie mobile va constituer un phénomène de société.

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Dans la Creuse

En 1904,
il ne comptait qu'une trentaine d'utilisateurs.
On en comptait 10 à Guéret : Auclair, agent d'assurances ; Bennejean, journal La Dépêche ; Bourzat, syndicat agricole ; la Chambre de commerce ; Coulon, compagnie l'Union ; Gauvin-Planchat, représentant ; Gomot, docteur en médecine ; Lavenat, marchand de bois ; Marquet, café Continental et la préfecture. Quant à la mairie, elle était aux abonnés absents.
Aubusson devançait le chef-lieu avec onze abonnés : Braquenié, Croc et Jorrand, Fougerol, Hamot, Sallandrouze frères, Tabard, tous fabricants de tapisseries ; Dubreuil, hôtel et café de France ; Merlat, avoué ; Moluçon, journal le Mémorial de la Creuse ; la Société Générale, banque et la sous-préfecture.
On notait deux abonnés à Bourganeuf, la sous-préfecture, et Danthon, fabricant de papier de paille ; quatre à Boussac, la sous-préfecture, Janot et Janot, minotiers, Sambon, minotier ; un à Lavaveix, les Houillères d'Ahun ; deux à La Souterraine, Loubry, hôtel du Lion d'Or et Rousseau, marchand de chevaux.

La taxe locale était de 10 centimes pour trois minutes de conversation ; de 40 centimes pour téléphoner dans la Haute-Vienne ; de 50 pour l'Allier, la Corrèze, la Charente, la Dordogne ; de 1 franc pour la Seine, la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne et la Haute-Garonne. L'abonnement coûtait 100 F la première année, 80 F la deuxième, 60 F la troisième, 40 F les suivantes. Les PTT fournissaient aux abonnés la ligne intérieure de raccordement, les générateurs nécessaires au fonctionnement du poste téléphonique de type mural. Pour un poste mobile, il fallait payer 10 F de redevance annuelle.

L'abonnement forfaitaire annuel donnait la possibilité de téléphoner gratuitement depuis l'un des 16 postes publics du département (Guéret, Aubusson, Bénévent-l'Abbaye, Bourganeuf, Boussac, Chambon-sur-Voueize, Chénérailles, Évaux-les-Bains, Felletin, Genouillac, Gouzon, Le Grand-Bourg, Jarnages, Lavaveix, La Souterraine, Vallières.

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En Haute-Savoie
17 Janvier 1878 : première liaison Thonon-Évian .

A Lyon, le réseau a progressé assez rapidement.
1881 : Lyon compte initialement 23 abonnés, et depuis 1881, les habitants de cette ville peuvent en cas d'accident grave ou d'incendie, prévenir instantanément le bureau central de police. Cinq bureaux de police étaient reliés à cette époque avec le bureau central : le bureau du 2° arrondissement, rue Sorbier; du 3° arrondissement, rue Annonay ; du 4e arrondissement, rue Soleysel ; du 5e arrondissement, rue Bourgneux, et à l'abattoir de Mattetières.

En 1908, le lundi 28 décembre, est mis en service à Lyon à titre d'essai, et provisoirement, un Centre Téléphonique Automatique raccordé à 200 abonnés qui peuvent alors s'appeler directement entre eux, sans passer par une seule opératrice. Le système alors expérimenté est du type LORIMER, c'est un autocommutateur de type rotatif à impulsions, conçu en 1903 aux U.S.A par les trois frères Lorimer d'origine canadienne.(l'histoire est intéresante)
1928 L'automatique arrive enfin à Lyon :
Une lettre du 16 septembre 1924 du directeur général des Postes et Télégraphes ( 33 bis rue Vaubecour) demande autorisation de construire au dessus de la gare du funiculaire de Lyon à la Croix-Rousse (rue Terme) un bâtiment de 2 étages, rue du jardin des plantes et rue Burdeau.
Le Central Téléphonique Lalande (1, boulevard Jules-Favre ; rue Fournet ; rue Lalande dans le 6e arrondissement de Lyon) a aussi été construit dans ces années (permis de construire datant de 1927).
Deux Commutateurs Strowger sont installés à Lyon-Franklin (6.000 Lignes) et à Lyon-Burdeau (7.000 lignes) puis mis en service le 11 mai 1928. (Ils seront remplacés respectivement le 26 janvier 1952 et le 13 septembre 1969) .le Central Burdeau, est aujourd’hui désaffecté .
Au début du 20 ème sièclel plusieurs 'Centraux Téléphonique' ont été construit : LALANDE, PARMENTIER, VAUDREY-MONCEY 1919-1927, FRANKLIN, LACASSAGNE 1972 .

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Dans la Vienne
1899 c'est l ’arrivée du téléphone à Montamisé.

Le 29 août 1899, le Conseil général de la Vienne va décider de créer un réseau téléphonique départemental, ainsi toutes les communes pourront y avoir accès.
Dans la réalité ce projet va être plus difficile à élaborer, notamment sur l’aspect financier pour les communes.
Le 12 janvier 1902, le maire de Montamisé Jacques Adrien Taveau de Morthemer, répond au préfet, au nom du conseil municipal
«le Conseil considérant que la commune a fait cette année beaucoup de dépenses et qu’elle n’a pas de ressources, refuse cette demande».
Seulement 58 communes répondront favorablementà la création du premier réseau téléphonique.
Le 13 novembre 1904, le maire de Montamisé, Jacques Adrien Taveau de Morthemer répond à la demande du préfet
«Le Conseil... refuse de faire partie du second réseau téléphonique, n’ayant pas de fonds disponibles».
Vingt-sept communes répondront favorablement.
Le 25 janvier 1908, le maire de Montamisé, Jacques Adrien Taveau de Morthemer adresse une lettre au préfet
«avant de proposer au conseil municipal l’installation du téléphone à Montamisé, je viens vous prier de m’envoyer les instructions nécessaires
afin que nous puissions délibérer en connaissance de cause, car nous voudrions avant de rien entreprendre, savoir ce que cela coûterait».
Dans une délibération du 9 février 1908, le maire donne lecture d’une circulaire du préfet relative à l’organisation du troisième réseau téléphonique
«le Conseil...accepte les conditions énoncées dans la dite circulaire et s’engage à payer les frais nécessités pour l’installation».
Le 10 janvier 1909, le conseil décide de donner à l’adjudication la gérance, le local et le port des dépêches, deux soumissionnaires sont candidats,
Auguste Clément Maillet est déclaré adjudicataire au prix de 80 F.
Puis le 14 février 1909, le préfet demande de procéder à une nouvelle adjudication pour le service téléphonique, gérance et port des dépêches, celle-ci aura lieu le 21 février 1909.
Il y a quatre soumissionnaires, Adrien Gentis ayant demandé le prix le moins élevé (48 F) a été déclaré adjudicataire.
Le 10 octobre 1909 il est désigné par le directeur des postes pour la gérance du bureau téléphonique (30 F) et port des dépêches (18 F).
La mise en service de la cabine téléphonique se fera le 1 janvier 1910, son lieu d’implantation est dans l’immeuble Delavault.
Adrien Gentis est maréchal-ferrant au bourg, marié à Anna Ribreau, il est aidé dans sa gérance par sa fille Adrienne.
L’annuaire de la Vienne de 1922-1923 nous apprend que le facteur-receveur est M Blanchard, il y a un abonné au téléphone: le comte Louis de Murard au château de la Roche de Bran.
Le tarif pour les conversations locales est de 25 centimes, pour les conversations interurbaines vers le canton de 50 cts et 1F pour les autres réseaux.
L’abonnement au téléphone pour la première année est de 300 F, deuxième année 200 F et 125 F pour la troisième année.
En 1926-1927, le facteur-receveur est M Martin, il y a deux abonnés: le comte Louis de Murard et le brigadier des eaux et forêts à Moussel, forêt de Moulière.
En 1948, pour 779 habitants, l’annuaire téléphonique de Montamisé «s’étoffe» :
-N°1 le comte Hugues de Murard, exploitant agricole et forestier à la Roche de Bran
-N°2 le brigadier des eaux et forêts, à Moussel, forêt de Moulière
-N°3 Martin René, garagiste à Charassé
-N°4 Veuve Rat (née Joyeux Marie Eugénie), auberge àCharassé
-N°5 Getten Pierre, château de Sarzec
-N°6 Prévost Léon, aubergiste au bourg
-N°7 Neveu Joseph, bois et charbon à Tron
-N°8 Mairie de Montamisé.
En En 1948, Montamisé ne dispose que de 8 abonnés au téléphone.

Toujours dans la Vienne à Achnigny, la première cabine publique tarde à arriver.

Le téléphone à Archigny : raconté par MICHEL MARASSE et FRANÇOISE GLAIN
En août 1899, le conseil général décide de la création d’un réseau téléphonique départemental et, début 1900, le conseil municipal n’ayant toujours pas donné son avis, le préfet presse de délibérer sur cette affaire. Au cours de la session du 18 février 1900, le conseil, après avoir discuté du sujet, remercie le préfet de cette communication mais rejette à l’unanimité le ralliement au réseau téléphonique à Archigny... puis revient sur sa décision lors de la réunion du 17 juin.
C'est au cours de la session du 3 mars 1901 que la commune s’engage à assurer, pendant 15 ans, le versement de 145 francs à la caisse départementale, pour le réseau téléphonique. Mais, le maire, Georges Pouvreau, et son conseil, devant les dépenses à engager, refusent de faire
partie de la première tranche du réseau.
Le 18 juin 1905, le nouveau maire, Clément Blanchard, écrit au sous-préfet pour lui signifier que le conseil municipal n’a pris aucune délibération concernant l’installation d’une station téléphonique, l’utilité n’en ayant pas été reconnue.
Le temps passe et l'idée revient en 1909. Dans sa session du 30 mai, le conseil municipal émet le vœu de l'installation dans la commune d'une cabine téléphonique reliant Archigny à Bonneuil-Matours. Mais en juin 1909, le sous-préfet, en retour, précise que les listes sont complètes et qu’Archigny devra adhérer à la tranche de travaux n° 4. Face aux sommes demandées pour cette installation, le conseil ajourne l’idée lors de sa session du 6 février 1910. Le 19 mars suivant, le sous-préfet insiste sur l’urgence d’une délibération, car le 4e niveau téléphonique sera probablement le dernier à être mis en place et qu’il faut rapidement prendre une décision.
Relance du préfet pour la tranche 4, AD86 série 7 P
On peut penser que le conseil a lancé une souscription qui a été bénéfique à la levée de fonds, puisque le 20 mars, soit le lendemain du courrier du sous-préfet, le conseil municipal annule son refus du 6 février et demande à inclure la commune dans le 4e réseau d’installation téléphonique. Les frais seront couverts par les souscripteurs et le complément fourni par la commune.
Information de souscription et d’engagement pour les travaux du 4e réseau, AD86 série 7 P

Le 27 juin 1911, le sous-préfet communique aux services du téléphone la liste des communes inscrites pour le 4e réseau et, le 30, lesdits services assurent engager les études préalables au projet.
Archigny figure parmi les communes du 4e réseau téléphonique, AD86 série 7 P

Le 11 décembre 1911, le conseil municipal d’Archigny vote une délibération dans laquelle il s'engage à verser la somme annuelle de 181 francs représentant les intérêts de l’emprunt contracté par le département pour les travaux.
Le ministère des Travaux publics des Postes et Télégraphes précise au préfet, en avril 1912, que 56 communes ont été retenues et que 10 d’entre elles, dont Archigny, peuvent être installées dans l’année.
L’administration des Postes et Télégraphes transmet au maire, par courrier du 14 février 1913, une notice énonçant les mesures qu’il convient de prendre en vue d’assurer l’exploitation du service téléphonique aussitôt que les travaux d’établissement seront terminés.
Puis, le 26 juillet, les Postes et Télégraphes font part au préfet de la mise en service du téléphone dans les communes de Rouillé, Saint-Sauvant et Archigny, à la date du 16 août 1913.
Mise en service du téléphone à Archigny au 16 août 1913, AD86 série 7 P

C’est donc un an avant le conflit 1914-1918 qu’Archigny possède sa première cabine téléphonique.
Un local doit être trouvé correspondant aux consignes de la notice, certainement celui des Postes et Télégraphe déjà existant :

Description du local nécessaire pour la cabine téléphonique et le public, AD86 série 7 P
Bien des années plus tard, le 17 juin 1934, le maire, Ferdinand Hélie, soumet au conseil municipal le projet d’installation d'une cabine téléphonique au lieu-dit la Bouffonnerie. Ce projet est accepté par le directeur des Postes et Télégraphes de la Vienne et confirmé au préfet par courrier du 27 juin 1934. Les travaux s'élèvent alors à 955 francs, pour une redevance annuelle de 485 francs.
En 1941, durant la Seconde Guerre mondiale, les urgences de communication incitent l’installation d’un poste téléphonique à la mairie, ce qui est délibéré et accepté lors de la session d’avril. Puis en 1942 un poste est installé à l’école de la Croisade, alors également mairie, mais de la zone libre.
En 1943, le poste de la Bouffonnerie est détruit par les troupes allemandes et, suite à la demande des utilisateurs, il est remis en état, en 1948, pour la somme de 309 francs. La somme est d’importance et, devant le refus du ministère de la Guerre de considérer ce trouble comme fait de guerre, c’est le directeur des PTT de la Vienne qui s’engage à refaire l’installation.
En décembre 1952, le conseil municipal propose l’installation d’un poste public chez Michel Meignant, maréchal-ferrant au hameau de Traînebot. Ce sera fait en 1958. Le maire, pour faciliter les contacts avec l’extérieur, fait installer le téléphone à son domicile.
En 1958, en même temps qu’à Traînebot, un autre poste en régie est installé au hameau des Grandes-Fontaines, chez Paul Rouet, lui aussi maréchal-ferrant.
Le village entier sera desservi en 1975-1976 sous la mandature de Jacques Lonhienne. Sur certains secteurs de la commune, les fils posés à cette époque passent en souterrain. Mais attention, ils sont enterrés le long de la route, sans gaine, sans grillage de protection. À d’autres endroits, les fils courent au sommet de poteaux plus ou moins bien entretenus par les entreprises propriétaire .

Au niveau de la Vienne, il faut attendre 1966 pour que soit réalisée «la première phase de son équipement téléphonique public qui était de donner un accès téléphonique à toutes les communes du département, soit 71 ans après l’installation de la première cabine téléphonique publique du département à poitiers en 1895.
Il faudra attendre les années 1970 pour que la situation s’améliore.

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Etant natif des Deux Sèvres, j'aime l'histoire lue sur le site de Pioussay

Téléphone en Deux-Sèvres au travers des sessions du Conseil général

Session 1897
Réseau téléphonique urbain de Niort
Poste de la Préfecture : J'ai inscrit dans mes propositions budgétaires de 1898, un crédit de 175 fr. pour les dépenses du service téléphonique-installé à la Préfecture ; ce crédit se répartit comme il suit : 75 francs prix de l'abonnement pour le réseau urbain. 100 francs à litre de provision pour assurer le service des communications qu'il serait nécessaire de faire avec le Ministère.
Je vous prie, messieurs, de vouloir bien ratifier ces propositions.
Session de 1899 Postes et télégraphes, rapport du directeur
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous adresser, en vue de la prochaine session du Conseil général, le rapport que vous avez bien voulu me demander sur la situation des services des Postes, des Télégraphes, des Téléphones et de la Caisse nationale d'épargne dans le département.
Je joins à ce travail les tableaux indiquant les produits réalisés et les fluctuations des opérations.
Création de bureaux de plein exercice
La conversion de l'établissement de facteur-receveur de Brion sur Thouet en recette de plein exercice, décidée l'année dernière, a été réalisée à partir du 1er août 1898.
Le service de la distribution des correspondances n'a subi aucune modification par suite de cette mesure.
Les communes dont la liste figure ci-dessous sont encore en instance pour obtenir une recette des postes ; mais il n'est pas possible de prévoir quand elles pourront recevoir satisfaction : Amailloux, Ardin, Béceleuf, Bouillé-Loretz, La Chapelle-Thireuil, Chiche, Exouclun, Fomperron, La Forêt-sur-Sèvre, Gourgé, Limalonges, Loubillé, Marigny, Massais, Paizay-le-Chapt, Saint-Clémentin, Surin, Le Vanneau, Villiers-en-Plaine.
Etablissements de facteur-receveur
L'administration qui limitait autrefois aux communes situées à proximité d'une gare de chemin de fer l'avantage de pouvoir obtenir un établissement de facteur-receveur aux frais de l'Etat a décidé de supprimer cette disposition restrictive.
Désormais, toute commune importante éloignée des voies ferrées peut être admise à concourir pour être dotée d'un établissement de ce genre sans avoir à prendre à sa charge les frais de transport de dépêches.
Les demandes de l'espèce sont classées d'après leur rang d'importance et les créations sont prononcées dans la limite des crédits mis à la disposition de l'administration.
En 1898, quatre communes du département ont pu être pourvues d'un établissement de facteur-receveur. Ce sont les communes de Limalonges, service inauguré le 1er septembre 1898... L'importante commune de Limalonges, devenue le siège d'un établissement de facteur-receveur, est desservie dans des conditions très favorables.
Une deuxième distribution y est effectuée le soir. La commune de Montalembert, rattachée au nouveau bureau, reçoit ses correspondances dès le matin alors que, précédemment, le facteur n'y pouvait passer avant 2 ou 3 heures du soir.
Sauzé-Vaussais
Par suite d'un établissement de facteur-receveur à Limalonges, commune précédemment desservie par Sauzé-Vaussais, il a été procédé à un remaniement partiel du service des facteurs. Un emploi de facteur local a été créé, ce qui a permis de multiplier les distributions à Sauzé-Vaussais. Mais la plupart des tournées rurales de ce bureau restent toujours très chargées et il serait désirable qu'une nouvelle création d'emploi vint permettre d'en effectuer le remaniement.
Tel sera l'objet d'une proposition dont je compte saisir l'administration.
Une boite aux lettres placée au village de Pannessac (1er mars 1899), commune de Limalonges.
Service téléphonique
Le réseau téléphonique urbain de Niort continue à se développer. Le nombre des abonnés est maintenant de 29 plus 11 postes supplémentaires.
Le produit des conversations téléphoniques a été, pour l'année 1898, de 2,776 fr. 48.
De plus, le montant des abonnements recouvrés, pendant la même année, s'est élevé à 3,486 fr. 25.
Enfin, il a été versé, en 1898, par les abonnés, une somme de 2,183 fr. 70 à titre de contributions aux frais de premier établissement de leurs lignes.
La ville de Niort qui, pour l'établissement du réseau, avait consenti une avance de 38,000 fr., a recouvré, jusqu'à ce jour, une somme de 14,084 fr. 25. Il ne lui est donc plus dû que 23,915 fr. 75.
En vue de permettre aux personnes non abonnées de communiquer entre elles par le téléphone, l'Administration a créé des avis d'appel téléphonique. Il est facile, par ce moyen, de prévenir à domicile la personne avec laquelle on désire entrer en relation, de se présenter à la cabine à une heure déterminée.
La taxe de l'avis d'appel est de 0 fr. 25 quand il est adressé dans la ville même où il est déposé et de 0 fr. 40 quand il est pour une autre destination.
La question de la création d'un circuit Niort-Poitiers est toujours en suspens.
Session d'avril 1900 Réseau téléphonique
Conformément à la décision que vous avez prise à votre session d'août dernier, j'ai invité toutes les communes du département à faire connaître si elles désiraient être rattachées au réseau téléphonique à créer dans les Deux-Sèvres.
32 communes ont adhéré d'une façon ferme au projet, et 33 y ont donné leur adhésion sous certaines réserves.
Le résultat de cette consultation des communes a été transmis à M. le sous-secrétaire d'Etat des Postes et Télégraphes, qui doit faire préparer un projet définitif avec répartition de la dépense entre les communes composant le réseau.
Le travail de l'Administration centrale des Postes n'étant pas achevé au moment de l'impression de ce rapport, et les communes intéressées devant de nouveau être consultées, ce ne sera qu'à votre session d'août prochain, que je pourrai vous proposer d'émettre un vote ferme et définitif au sujet de la création d'un réseau téléphonique.

Session d'août 1900 : Réseau téléphonique
Le réseau téléphonique urbain de Niort se développe dans des conditions normales. Le nombre des abonnés est maintenant de 37 plus 11 postes supplémentaires.
Le produit des conversations téléphoniques a été, pour l'année 1899, de 1,874 fr.
Le montant des abonnements recouvrés, pendant la même année, s'est élevé à 3,801 fr.
Enfin, il a été versé en 1899, par les abonnés, une somme de 759 fr. 72 à titre de contributions aux frais de premier établissement de leurs lignes.
La ville de Niort qui avait consenti, pour l'établissement du réseau, une avance de 38,000 fr. a été remboursée, jusqu'à ce jour, d'une somme de 18,802 fr. 13 sur les produits des taxes téléphoniques.
Ces remboursements secontinueront jusqu'à extinction complète de l'avance.
Réseau téléphonique départemental
Le Conseil général a été saisi du projet relatif à la création d'un réseau téléphonique départemental.
Tous les renseignements de nature à éclairer l'assemblée sur cette question lui ont été fournis dans un rapport spécial transmis lors de la session d'avril dernier.
Sessions de 1901 Réseau téléphonique départemental
A votre session d'août, vous avez approuvé en principe le projet de création d'un réseau téléphonique départemental, sous la réserve que le circuit Niort-Poitiers serait exécuté à frais communs par les départements des Deux-Sèvres et de la Vienne et que le projet serait réduit dans des proportions suffisantes pour que la somme à payer en intérêts ne dépassât pas 12,000 francs la première année.
Vous avez, en outre, décidé que la somme à avancer à l'Etat pour l'exécution de l'entreprise serait réalisée au moyen d'un emprunt unique, à contracter par le département ; que ce dernier prendrait à sa charge le tiers de la dépense et que le surplus serait acquitté par les communes rattachées au réseau au prorata de leur population.
De plus, vous avez donné à la Commission départementale une délégation pour arrêter, avec le département de la Vienne, les conditions d'établissement du circuit Niort-Poitiers.
J'ai porté vos décisions à la connaissance des Conseils municipaux des communes comprises dans le projet primitivement préparé.
En même temps, j'ai fait connaître à ces assemblées le chiffre approximatif de leurs contingents et je les ai invitées à émettre, sur la question, un vote ferme et définitif.
Un grand nombre de Conseils municipaux qui s'étaient d'abord prononcés en faveur de l'entreprise sont revenus sur leur premier vote, trouvant trop élevés les sacrifies qui leur étaient demandés.
Il en résulte que 36 communes seulement ont donné leur adhésion complète au projet.
Ces communes sont les suivantes : pour l'arrondissement de Melle, Chef-Boutonne, Couture-d'Argenson, Lezay, Melle, La Mothe-St-Héray, Périgné, Saint-Romans-les-Melle, Sauzé-Vaussais.
Session d'avril 1906 Projet d'extension du circuit et du réseau téléphonique départemental
Rapport
Niort, le 16 mars 1906, le Directeur des Postes et des Télégraphes à Monsieur le Préfet des Deux-Sèvres.
Dans le but de faciliter et d'étendre l'échange des communications téléphoniques entre les Deux-Sèvres et les départements circonvoisins, l'Administration m'autorise à vous soumettre, pour être proposé à l'acceptation du Conseil général, le projet d'établissement des circuits indiqués ci-après :
1° Niort-La Rochelle. En ce moment, les relations entre les Deux-Sèvres et la Chareute-Inférieure sont excessivement difficiles, notamment pour les communications avec les arrondissements de La Rochelle, Rochefort et Marennes.
L'unique circuit qui les relie, Niort-Saintes, est toujours très encombré... Je crois pouvoir dire que les Chambres de commerce de Niort et des Deux-Sèvres et de La Rochelle verraient avec une grande satisfaction la réalisation de ce projet. La dépense totale serait de 40,100 fr.
2° Thouars-Saumur... La dépense totale serait de 17,710 fr.
3° Melle-Ruffec, avec installation d'un dispositif spécial à Melle pour permettre aux localités des Deux-Sèvres de communiquer directement par Ruffec avec celles de la Charente et de la Haute-Vienne. La dépense prévue serait de 23,000 fr.
Toutefois, je crois devoir vous faire connaître que ce circuit ne rendrait pas aux Deux-Sèvres tous les services désirables. Si en effet, il permettait aux postes d'abonnés et aux postes publics de ce département de communiquer avec ceux de la Charente et de la Haute-Vienne, par contre, les communications seraient longues à établir à cause du grand nombre de bureaux intermédiaires qui pourraient être appelés à intervenir.
De plus, les communications ne pourraient pas être ouvertes avec la Dordogne par les circuits Niort-Melle-Ruffec-Angoulême-Ribérac-Périgueux en raison du trop grand nombre des bureaux intermédiaires.
En résumé, la construction de ce circuit ne ferait disparaître qu'en petite partie les difficultés et les lenteurs existant actuellement par suite du transit des communications par le bureau de Saintes.
Au contraire, un circuit direct Niort-Angoulême permettrait des communications beaucoup plus rapides et pourrait, si un circuit Angoulême-Périgueux était construit, assurer les relations des Deux-Sèvres avec toutes les localités de la Dordogne.
L'avance correspondant au premier de ces circuits (Niort-Angoulême) serait de 77,400 fr.
Dans l'intérêt du commerce des Deux-Sèvres, je vous serai très reconnaissant de vouloir bien amener le Conseil général à adopter la construction des trois nouveaux circuits dont il s'agit : Niort-La Rochelle, Thouars-Saumur, Niort-Angoulême.
Dans le même ordre d'idées, je me permets de rappeler, monsieur le Préfet, que depuis la création du réseau départemental des Deux-Sèvres de nombreuses communes, réfractaires au début à souscrire aux engagements qui leur étaient demandés, ont sollicité leur rattachement au réseau et ont dû ensuite y renoncer en raison du montant relativement élevé de l'avance remboursable à verser par chacune d'elles.
Il est probable, il est même certain qu'une consultation des communes non encore rattachées en déciderait quelques-unes à faire partie d'une combinaison analogue à celle réalisée par la convention intervenue entre l'Etat et le département des Deux-Sèvres, le 6 juin 1901.
Si, comme il y a lieu de l'espérer, le Conseil général adoptait la question de principe de cette extension de réseau, il serait procédé à une étude pour chaque commune demandant son rattachement et le montant de l'avance à verser par le département serait ensuite indiqué par l'Administration.
Toutes les conventions à passer par le département pour l'établissement de nouvelles lignes pourraient constituer des avenants à la convention principale du 6 juin 1901, de façon à faire bloc de toutes les avances et à faire concourir toutes les installations au remboursement du total de ces avances, ainsi qu'il serait spécifié dans des articles additionnels.
Je vous serais très reconnaissant, monsieur le Préfet, de vouloir bien me faire connaître la suite que le Conseil général aura bien voulu donner aux importants et intéressants projets dont il s'agit.
Le Directeur, BATTUT.
Conseil général août 1913 Rapport du directeur des PTT
Téléphone
Le trafic téléphonique augmente chaque année ; ces résultats favorables sont la conséquence de l'extension du réseau départemental et de l'établissement de nouveaux grands circuits. L'appui financier que trouve mon Administration près de l'Assemblée départementale ne peut qu'accentuer ces résultats si intéressants pour le commerce et l'industrie.
Réseaux et circuits départementaux.
La commune de Saint-Germain-deLongue-Chaume, comprise dans le second réseau départemental, a été dotée du service téléphonique le 1er novembre 1912. Le second réseau se trouve ainsi achevé.
Le troisième projet d'extension du réseau est actuellement à l'étude; 132 communes ont donné leur adhésion de principe. Mon Administration fera connaître incessamment le montant de l'avance à consentir par le département pour la réalisation du projet.
Les sous-préfectures et les parquets de Bressuire, Melle et Parthenay, ainsi que les trente-six brigades de gendarmerie situées dans des localités dotées du téléphone, ont été rattachées au réseau.
Des pourparlers avaient été engagés avec les municipalités de Parthenay, Thouars et Saint-Maixent pour rattacher également les commissariats de police, mais ils n'ont pas abouti.
Des cabines téléphoniques ont été installées dans les recettes auxiliaires des rues de Fontenay et de Saint-Gelais, à Niort.
Les communications téléphoniques de Niort et du sud du département avec la région de Thouars devenant difficiles par suite de l'intensité du trafic sur le circuit partagé Niort-Parthenay-Thouars, il sera indispensable d'établir bientôt un second circuit entre Niort et Parthenay.
Circuits interdépartementaux.
Le circuit «Niort-Angoulême» a été mis en service le 1er septembre 1912 et les travaux d'établissement des circuits Paris-Poitiers 2e, Niort-Tours et Thouars-Saumur sont en cours d'exécution. Dès leur achèvement, on entreprendra la construction du circuit « Niort-Bordeaux ».
Au cours de sa dernière session, le Conseil général, sans nier l'utilité d'un circuit «Nantes-Niort», a ajourné le projet jusqu'au moment où il serait saisi de la question d'établissement d'un circuit direct «Niort-Paris ».
Le voeu formulé a été transmis à mon Administration.
Le Conseil général de la Charente-Inférieure ne s'est pas encore prononcé sur la question du circuit Niort-La Rochelle 2e, dont le principe a été admis par le département des Deux-Sèvres.
Conseil général août 1919 Rapport du directeur des PTT
Téléphone
Réseaux et circuits départementaux et interdépartementaux.
Sur 357 communes, 107 sont actuellement reliées au réseau départemental.
L'avant-projet relatif à l'extension de ce réseau, prévue avant l'ouverture des hostilités, comprenait le rattachement d'une nouvelle série de 68 communes dont l'adhésion avait été recueillie, 59 autres communes faisaient, en outre, l'objet d'un deuxième projet dont l'examen devait suivre.
Il devait donc rester, finalement, 123 communes dépourvues de toute installation téléphonique.
Il serait regrettable de laisser se maintenir une pareille situation.
Il y aurait donc intérêt à profiter de l'ajournement dû aux circonstances des projets d'avant-guerre pour reprendre l'examen de la question d'extension du réseau départemental en envisageant le rattachement de la totalité des communes.
Celles dont l'adhésion a fait jusqu'ici défaut, mieux éclairées sur les conditions avantageuses d'installation dont elles sont appelées à bénéficier, ne manqueraient pas de se faire inscrire.
Dans le cas improbable où quelque résistance due à un défaut de vision de leur véritable intérêt se produirait, on pourrait utilement insister auprès des communes réfractaires pour obtenir leur acceptation.
Il faut considérer, en effet, que le service téléphonique ne peut donner son maximum de rendement que si son rayon d'action s'étend jusqu'aux limites qu'il est susceptible d'atteindre et, à cet égard, il est naturel que pas une seule commune du département ne demeure en dehors du réseau.
Des projets ont été déjà dressés pour l'établissement des circuits suivants :
- Niort-Nantes.
- Niort-Angers.
- Niort-Paris.
- Niort-La Rochelle 2°.
- Niort-La Roche-sur-Yon.
Les travaux du circuit Niort-Bordeaux, suspendus lors de l'ouverture des hostilités, seront repris dès que les circonstances le permettront.
Il m'a été possible, après autorisation de l'Administration, ayant en dépôt le matériel nécessaire, d'établir un deuxième circuit Niort-Parthenay, qui permet de dégager l'encombrement résultant de l'utilisation d'un circuit unique.
Je prévois également le doublement des circuits suivants :
- Niort-Melle.
- Niort-Saint-Maixent.
- Niort-Thouars.
- Niort-Bressuire,
et la construction de circuits entre :
- Parthenay-Bressuire.
- Niort-Ruffec.
- Niort-Saint-Jean-d'Angély.
Enfin, j'ai établi un projet en vue d'assurer :
a) La liaison directe entre eux des chefs-lieux de canton voisins d'une certaine importance appartenant au département des Deux-Sèvres et aux limitrophes;
b) La liaison respective de chaque commune à son chef-lieu de canton, soit par un circuit direct, soit par un circuit commun à deux communes au plus.
Il est évident que la réalisation de ce vaste programme demandera beaucoup de temps. D'autant qu'elle ne pourra être commencée que lorsque notre approvisionnement en matériel sera susceptible de le permettre. Mais il m'a paru que je devais faire part à l'assemblée départementale qui nous a toujours prêté un large et utile concours pour notre extension téléphonique, des intentions de l'administration.

Allons voir à Pioussay, la NR du 30 avril 2015 raconte :
Les élus Deux-Sèvriens ont dû partir à la pêche à la ligne… et aux subventions pour que la ville puisse enfin bénéficier du téléphone. Si l'Américain Graham Bell effectue ses premiers tests dès 1876, il faut encore attendre un quart de siècle avant que le téléphone ne fasse son apparition en Deux-Sèvres. Et plutôt timidement…

Le 30 septembre 1899, le préfet adresse en effet un courrier à l'ensemble des communes, leur indiquant que l'État projette de mettre en place un réseau dans le département. Dans un premier temps, seuls les chefs-lieux de canton seraient reliés entre eux.
Le préfet précise pourtant d'emblée… que l'État ne dispose d'aucun budget pour implanter le réseau en Deux-Sèvres ?!
Alors même qu'il note « l'importance que prend chaque jour la téléphonie et les facilités qu'offre ce nouveau moyen de communication ». il lance un appel… aux communes et au conseil général pour financer l'opération, laissant entendre qu'ils se rembourseraient grâce à l'exploitation des lignes?!
Le téléphone c'est bien sans doute
Le 25 octobre 1899, le conseil municipal de Pioussay admettait le principe de la création d'un réseau téléphonique départemental des Deux-Sèvres, mais qu'il ne voulait prendre aucun engagement à ce sujet.Plutôt dubitatifs, les maires répondent finalement à l'appel… et décrochent différentes aides. La construction du réseau deux-sévrien doit revenir à environ 16.500 F de l'époque, pris en charge pour les 2/3 par le conseil général.
Le 6 novembre 1900, les élus parthenaisiens, sous la houlette du maire Louis Aguillon, votent une participation de 835 F.
Le réseau se met progressivement en place dans les mois qui suivent.
Pourtant, dès 1903, certaines lignes jugées peu rentables sont déjà supprimées…
Aucune utilité pour Pioussay
Le 25 novembre 1900, le conseil municipal indique qu'il pense que la commune de Pioussay n'a aucune utilité d'avoir le téléphone et juge qu'elle n'en a pas les moyens.Maintien de la décision
Le 21 décembre 1906, Jean Queron, maire de Pioussay, soumet au conseil municipal une circulaire du préfet qui demande si la commune a l'intension ferme d'adhérer à l'extension du réseau téléphonique départemental des Deux-Sèvres.
Le conseil municipal refuse d'adhérer.
Les élus Deux-Sèvriens ont dû partir à la pêche à la ligne… et aux subventions pour que la ville puisse enfin bénéficier du téléphone.
Maintenant on le veut ce téléphone
Le 15 juillet 1922, M. Fillon, le maire de Pioussay, soumet au conseil municipal une lettre qui sera adressée au directeur du service postal des Deux-Sèvres.
Le conseil municipal décide à l'unanimité que la commune de Pioussay doit être dotée d'un service téléphonique.
Confirmation
Le 8 octobre 1922, suite à la réponse du préfet, le conseil municipal décide de se rattacher au réseau et d'en assurer le fonctionnement selon les conditions édictées.

En 1956 En 1970

sommaire

En Vendée
A Bournezeau Le télégraphe et le téléphone à la gare de Bournezeau fut longtemps un handicap pour le voir apparaître en centre ville, car la gare n'était qu'à 2 km du bourg, à 5 mn pour un cavalier et 20 mn pour un piéton.
Nous avons peu de renseignements concernant le service téléphonique, à part les quatre délibérations du conseil municipal ci-dessous :
- 6 août 1905 - lettre du préfet au maire demandant à la commune de voter des ressources pour l'établissement d'un réseau téléphonique cantonal en Vendée. Le conseil donne un avis favorable et réserve ses faibles ressources au cas o๠le conseil général présenterait un projet pour relier Bournezeau à la ligne téléphonique cantonale.
- 17 septembre 1905 - lettre du préfet au maire, concernant le rattachement de Bournezeau au réseau téléphonique départemental. Le conseil donne un avis favorable à l'unanimité, et prie le préfet de bien vouloir faire procéder à des études en vue de déterminer le montant de la dépense de la commune de Bournezeau.
- 12 novembre 1905 - Lettre du Préfet au maire. Il demande au conseil municipal de voter la somme de 5 810 francs pour l'établissement du circuit téléphonique de Bournezeau à la Chaize et de s'engager à payer les frais d'installation d'une cabine téléphonique. Après en avoir délibéré, Le conseil municipal unanime s'engage à payer les frais d'installation d'une cabine téléphonique de 1,20m de côté. Il s'engage également à payer l'intérêt de 4 % de la somme, soit 232,40 francs, ce montant sera porté au budget additionnel de 1906.
On peut en conclure que le téléphone est probablement arrivé à Bournezeau, l'année suivante, en 1906.
- 17 mai 1914, le conseil municipal sollicite le directeur des P.T.T de la Vendée, pour l'ouverture entre midi et deux heures de l'après-midi, du bureau de poste de Bournezeau les jours de foire, des services téléphoniques et télégraphiques.
Le téléphone est arrivé à la laiterie de l'Oiselière vers 1930. « Les fils venaient de Bournezeau. »
Dans les années 1950, le téléphone arrivait de la gare vers Bournezeau. Les fils longeaient la voie ferrée et la départementale n°7, jusqu'à l'arrivée du téléphone automatique vers 1960. Avant, on rentrait en contact avec une opératrice qui vous demandait votre numéro et le numéro de votre correspondant pour vous mettre en ligne avec lui.
On ne sait pas quand le premier annuaire téléphonique est sorti, mais sur celui de 1933, il y avait 22 abonnés à Bournezeau. Sur celui de 1962, il y en avait 78 et 1210 sur celui de 2012. (Sans Saint-Vincent-Puymaufrais).
Des jours différents s’annoncent pour nos campagnes avec la privatisation de la Poste : fermeture des bureaux ruraux, ouverture à temps partiel, création d’agence postale (communale ? communautaire ?) ou de relais postal commercial. Le facteur fera t-il encore un passage quotidien ou tous les deux jours comme avant 1832 ? Internet est-il entrain de tuer le service postal du courrier ?
Les facteurs s’en sont allés avec beaucoup de peine, ce lundi 14 février 2005, en quittant le bureau de la poste de Bournezeau, laissant seul un collègue qui les a rejoints le 17 avril 2007, fermant ainsi la longue marche de l’histoire du centre de tri de Bournezeau. Les derniers facteurs de Bournezeau gardent un souvenir amer de leur départ.
En même temps que la fermeture du bureau de poste, un relais postal sera créé dans un commerce de Bournezeau le 31 mai 2013.

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Dans le Puy-de-Dôme

Source : Claude Lambert : Parmi les quelques rares informations que j’ai pu trouver, notons qu’à Rawdon l’arrivée du téléphone remonte à 1904 et à Sainte-Julienne vers 1910.
À Chertsey, le premier téléphone "central" est installé chez Théophile Poudrier vers 1902.

A Saint-Donat
Pour le moment je possède très peu d’informations sur ce qui existait à Saint-Donat avant la création de la Compagnie de Téléphone St-Donat Ltée, en 1926. Aux dires des anciens, le village était relié par une ligne téléphonique à la Compagnie de Téléphone de Joliette, (fondée au début de 1900 par un groupe de citoyens de Joliette et du comté de Montcalm). Le téléphone "central" aurait été chez Théodore Riopel au moment où il demeurait sur la rue principale aujourd’hui l’emplacement de la Caisse Populaire. Ce serait avant 1920. Mais qu’est-ce qu’un téléphone central ? Cela veut dire que les gens doivent se déplacer à un même endroit pour faire leurs appels. Mais attention ! Chacun doit attendre patiemment son tour, en espérant que la ligne ne sera pas occupée ! Était-ce une ligne téléphonique installée par les compagnies de bois pour leurs affaires et dont pouvaient bénéficier les villageois ? Pour le moment je ne pourrais le dire.

Fondation de la Compagnie de Téléphone St-Donat Limitée 1926-1960.
Quelques versions m’ont été racontées quant à l’origine de la fondation de cette compagnie dont voici la plus probable. Hector Bilodeau alors garde forestier à Saint-Donat, était un homme avant-gardiste et à cette époque il cherchait à intéresser son beau-père Joseph Thibault à la mise sur pied d’un système de téléphone qui conviendrait mieux au progrès croissant du village. Un incident dans la famille Thibault fera cependant que précipiter les choses. Vers 1925 une des filles de Joseph, Lucienne tombe gravement malade. Puisque la municipalité n’a pas encore de médecin résident (Altitude 1350, juin 1995), Joseph se rend chez Théodore Riopel pour téléphoner, mais ne parvient pas à obtenir la communication. Heureusement, l’incident ne sera pas fatal pour Lucienne, mais contribuera grandement à décider Joseph de fonder avec son gendre sa propre compagnie de téléphone. Lorsque Joseph Thibault crée la " Compagnie de Téléphone St-Donat Limitée " en juin 1926, il est alors propriétaire de la Pension Thibault qui deviendra avec les années l’Hôtel Le Château du Lac. Cette compagnie est une corporation dont les actionnaires à ses débuts outre Joseph Thibault président et Hector Bilodeau secrétaire, sont : " Ovila Villeneuve, mesureur de bois, Eva Thibault, cuisinière, et Marie-Anne Thibault, gérante de Banque " (une succursale de la Banque Provinciale). La Compagnie ne cessera de prendre de l’ampleur au fil des années, comme nous le verrons dans le prochain article. Je vous invite à conserver celui-ci pour mieux comprendre la suite de l’histoire...

Le central téléphonique était installé dans une annexe de la maison de Joseph Thibault, sur la rue Principale. Mais avant la construction de cette annexe, le central fut d’abord installé dans la maison même de Joseph Thibault. La première année, l’entreprise dessert 15 abonnées et progressivement le service s’étend à Notre-Dame-de-la-Merci et à Lantier. Les premières téléphonistes sont Ange-Emma Godon épouse de Joseph et leur fille Eva. Plus tard, les autres filles du couple, Lucienne, Blandine et Cécile prendront la relève. En 1928, on retrouve dans le bottin téléphonique 57 abonnés dont 4 à Notre-Dame-de-la-Merci, soit : la Maison de Pension de Théodore Crépeault, le curé Eugène Mondor, Adélard Prud’homme et la Maison de Pension de Maxime Rivest. En tout on compte 5 lignes privées et 11 lignes de groupe.

Dring ! Dring ! En résumé voici comment on acheminait un appel. On ne signalait pas le 424-3720 pour obtenir directement une communication. Deux choix s’offraient, soit que l’on rejoigne une personne par une ligne privée ou par une ligne de groupe. Pour les lignes de groupe, on retrouvait dans le bottin un numéro comme le 7-r-13 qui signifiait à l’opératrice de brancher au central la ligne 7 et de faire sonner (r= ring ou s= sonnez) 1 grand coup et 3 petits coups. Tous les abonnés dont le numéro commençait par 7 entendaient la sonnerie, mais le nombre et la longueur des coups leur disait si l’appel leur était destiné ou non. En faisant le 7-r-13 on rejoignait le Constable Emile Desrochers. Pour les lignes privées, plus dispendieuses, on n’avait qu’à demander un chiffre, par exemple le 16 et on obtenait la communication directement avec l’abonné. À cette époque le réseau téléphonique comptait une ligne pour Montréal et une pour Sainte-Agathe-des-Monts. Les appels devaient passer par Sainte-Agathe-des-Monts avant d’être acheminés vers d’autres villes.

Voici une description de l’intérieur du central téléphonique à l’époque où il est aménagé dans l’annexe de la maison de Jos Thibault. Dans la pièce avant, on retrouve un espace aménagé pour recevoir les clients ainsi qu’une cabine téléphonique publique branchée au central et servant surtout pour les "longues distances". À l’arrière, il y a le central proprement dit, un poêle à bois, une petite cuisine et un lit. Deux opératrices se relaient pour offrir le service 24h sur 24h et dorment sur place. Avant de se coucher, l’opératrice prend bien soin de fixer à son lit une corde reliée à une clé du central afin de pouvoir répondre promptement si le téléphone sonnait durant la nuit. Mme Madeleine Forget-Regimbald se souvient d’un été, vers 1944, où durant cette grosse saison les gens devaient attendre de 3 à 4 heures pour appeler à Montréal. Elle devait limiter les conversations à 5 minutes et souvent elle devait rappeler les gens à la maison, de 10 à 15 minutes avant, pour savoir s’ils désiraient toujours effectuer leur appel. Une facture de téléphone s’élevait approximativement à 2.10$ par mois excluant les "longues distances". Une téléphoniste gagnait 50$ par mois.

Succession à la présidence. Après le décès de Joseph Thibault en 1947, son gendre Ovila Villeneuve devient le second président de la Compagnie. En 1952, la fille de Joseph, Lucienne succède à Ovila et devient l’une des premières femmes d’affaires à diriger une entreprise d’envergure à Saint-Donat. Elle demeure à son poste jusqu’à la vente de la Compagnie. La fin d’une époque. À la fin des années 1950, presque toutes les familles donatiennes profitent du service téléphonique. On compte également de plus en plus de villégiateurs désirant un appareil à leur chalet. La compagnie ne pourra bientôt plus servir correctement ses quelque 500 abonnés à moins d’investir des sommes considérables dans de nouveaux équipements. Une grave décision s’impose et elle sera prise officiellement le 20 août 1960 : on vend l’entreprise à Bell Canada après 34 années de loyaux services à la communauté. Le central restera en opération durant trois ans encore, jusqu’à l’automatisation de l’équipement. Aussi verra-t-on disparaître progressivement des maisons le téléphone mural à magnéto avec sa manivelle. Le métier de téléphoniste cessera d’être exercé à Saint-Donat en 1963.

A Saint-Laure
Les deux frères Pierre et Marcel Robillon, se rappellent que leur famille a été l'une des premières de la commune à avoir fait installer le téléphone en 1955.

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- A Bordeaux, le réseau téléphonique, installé en 1880, se développait rapidement. En juillet 1881, la Société générale des Téléphones desservait déjà dans cette ville plus de 50 abonnés.
La Chambre de commerce de Bordeaux fit relier plusieurs locaux, dépendant de son administration, au bureau central. Elle permit aussi l'organisation à la Bourse, d'un bureau spécial d'où chaque abonné du réseau, sur la présentation de sa carte d'abonnement, pouvait être mis en communication avec les autres abonnés. Plusieurs industriels sont, depuis 1881. reliés directement avec leurs succursales situées dans un autre quartier de la ville que la maison-mère.
En raison du développement rapide de son réseau téléphonique, la Société générale des Téléphones décida qu'à partir du 15 novembre 1881, le service aurait lieu à Bordeaux, sans interruption, nuit et jour.

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- A Saint-Etienne (Loire), des postes téléphoniques furent établis en 1881, reliant entre eux les bureaux de police. Le téléphone fut également installé dans d'importantes maisons de cette localité, des fabriques de rubans, d'armes à feu, de quincaillerie, de verrerie, de coutellerie, et surtout dans toutes les grandes exploitations houillères de la ville et des environs.

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- A Angoulême, un service téléphonique entre l'École d'artillerie, l'arsenal de la Madeleine et les autres établissements militaires fut établi au commencement de 1881. Soit par suite de l'indifférence du public, qui regardait le téléphone comme un simple jouet sans utilité pratique, soit surtout par suite des nombreuses difficultés élevées par l'administration, qui craignait l'absorption du télégraphe par le téléphone, jusqu'en 1882, ce nouveau mode de transmission avait, en somme, fait peu de progrès en France.

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En Sologne
C'est en 1900 que la Romorantin a été raccordée au réseau téléphonique. Au début, les abonnés sont au nombre de dix. Le bureau de poste est alors installé rue de la Tour. Dans son bulletin n° 168 la Société d'art, d'histoire et d'archéologie de la Sologne (Sahas) décrit :« Sur le toit de la poste se dresse une herse d'où partent les fils raccordant les abonnés au téléphone, visible sur les cartes postales ».
Le nombre d'abonnés au téléphone s'accroît rapidement. En 1914, ils sont 63 ; 124 en 1928.
Parallèlement le nombre d'employés au central téléphonique augmente aussi et les locaux deviennent trop exigus.
1936 Un nouveau bâtiment est construit quai Jacquemart, il sera livré en septembre . Dans le bulletin de la Sahas précité Hélène Leclert écrit : « Les Romorantinais découvrent un bureau de poste vaste, bien éclairé avec son long comptoir de granit noir […] L'architecture du bâtiment est critiquée par de nombreux habitants.»
Il faudra attendre 1980 pour que le central téléphonique soit complètement automatisé.

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1893 LE TÉLÉPHONE AU PAYS BASQUE.

Voici ce que rapporta à ce sujet la presse locale, dans diverses éditions :


1893 La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 17 décembre :
"Question urgente. Il y a quelque trois ans, la Chambre de Commerce de Bayonne a délibéré sur l'opportunité de la création d'un réseau télégraphique ou téléphonique, entre Hendaye, le Socoa, la Barre et Bayonne ; il nous souvient que des résolutions favorables à cette création ont été prises, et qu’un arrêté ministériel en date du 15 Août 1891 donnait les autorisations nécessaires.
Tout récemment encore, dans de douloureuses circonstances, la nécessité de ce réseau s'est manifestée cruellement.
Il permettrait de se renseigner en temps utile sur le sort des embarcations, de rassurer ou prévenir familles ou amis des marins, de secourir les bateaux en danger sur un point quelconque de la côte.
Au surplus nous plaidons une cause gagnée ; mais c’est l’exécution, l'exécution rapide que nous demandons.
Le 28 Novembre le Conseil Municipal de Biarritz, sur l’initiative de M. Garay, a émis un vœu en ce sens ; ce vœu comporte un amendement bien logique : participation de tous les points importants de la côte au bénéfice de cette organisation, et aussi participation, s'il en est besoin, des communes desservies aux frais d'établissement.
Monsieur le Président de la Chambre de Commerce de Bayonne est donc prié de vouloir bien donner la raison des atermoiements inexpliqués et dire si, oui, ou non, la Chambre de Commerce veut donner suite aux projets en question.
Si c’est l’argent qui manque, il faudrait nous dire au moins dans quelles proportions, afin que les communes, consultant les ressources de leur budget, puissent aider à l'accomplissement d’une amélioration si ardemment souhaitée, si impatiemment attendue."

1894 La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 27 mai :
"Séance du 19 mai Sont présents : MM. Augey, maire ; Moureu, adjoint ; Garay, secrétaire ; Peyta, Rongau, Lacour, Cassiau, Crouxet, Legrand, Dalbarade, Pierson, Baylion.
...Des réponses reçues du Ministère des Postes et du Ministère des Travaux publies, il ressort que l’on n’obtiendra pas la ligne téléphonique reliant les divers points de la côte d’Hendaye à la Barre.
Cependant, une nouvelle démarche sera tentée sur la demande du conseil, auprès du ministre de la marine et auprès de la Chambre de commerce de Bayonne. La dépense est évaluée à 15 000 fr., mais l’utilité de cette création est considérée comme nulle par les ministères."

1896 La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 31 janvier :
"Ligne téléphonique.
A la réunion de la Chambre de Commerce de Bayonne, le 8 Janvier dernier, il a été donné lecture des propositions de M. le Directeur des postes et des télégraphes des Basses-Pyrénées pour un établissement d’un réseau téléphonique comprenant Biarritz-bureau, Biarritz-sémaphore, Bidart, Guéthary, St-Jean-de-Luz, Socoa et Hendaye ; ce réseau se trouverait naturellement relié à celui de Bayonne, et, par l’intermédiaire de ce dernier, au Boucau, par les communications déjà existantes.
Par une délibération motivée et sous réserve de l’autorisation ministérielle, la Chambre a décidé l’établissement de ce réseau."

1897 La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 1 avril :
"Téléphone".
Dans un mois, le 1er mai prochain, la ligne téléphonique côtière reliant Biarritz à Bidart, Guéthary, St-Jean-de-Luz, Hendaye, Bayonne, le Boucau, sera enfin ouverte au public ; il n’y a plus qu’à effectuer la pose du fil de St-Jean-de-Luz à Hendaye.
Cette indispensable création sera bien accueillie, surtout de la population de Biarritz. La facilité des relations téléphoniques avec les localités voisines, sera un premier palliatif à l’incommodité des communications en chemins de fer, incommodité causée par l’éloignement ridicule de la gare de la Négresse et par les retards indéfinis subis par la question du raccordement.
D’un autre côté, les villes de Dax, Pau, Bayonne et Bordeaux ont toutes accordé des avances, variant de 10 000 à 40 000 francs, en faveur de la création du réseau téléphonique direct, reliant ces localités à Paris. Il n’y a donc plus aucun obstacle à ce que l’établissement de ce réseau soit fait dans le plus court délai. On peut espérer qu’il fonctionnera dans les premiers mois de l’année 1898.
Le prix des communications sera fixé, de Biarritz à Bordeaux, à 1 fr. 50 les 3 minutes de conversation et de Biarritz à Paris, à 4 fr. 50 pour la même durée. De Biarritz ou de Bayonne à Pau, le prix sera de 1 franc."

1898 La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 24 février :
"Nouveau Réseau Téléphonique.
A partir de samedi prochain, 20 février, Biarritz pourra correspondre directement, par le téléphone, avec Pau, Dax, Bordeaux, Paris, etc.
Nous n’avons pas à revenir sur l’utilité incontestable de cette amélioration, pour laquelle d’ailleurs la ville de Biarritz a consacré une avance de 10 000 fr.
Voici le prix des conversations par 5 minutes avec les principales villes desservies :
De Biarritz à Pau : 1 fr.
De Biarritz à Dax : 0 fr. 50
De Biarritz à Bordeaux : l fr. 50
De Biarritz à Angoulême : 2 fr. 50
De Biarritz à Royan : 2 fr. 50
De Biarritz à Saintes : 2 fr. 50
De Biarritz à Niort : 2 fr. 50
De Biarritz à Fontenav-le-Comte : 2 fr. 50
De Biarritz à Montauban : 2 fr. 50
De Biarritz à Agen : 2 fr. 50
De Biarritz à Limoges : 3 fr. 50
De Biarritz à Toulouse : 3 fr. 50
De Biarritz à Carcassonne : 3 fr. 50
De Biarritz à Paris : 4 fr. 50
De Biarritz à Versailles : 4 fr. 50
De Biarritz à Melun : 4 fr. 50
De Biarritz à Fontainebleau : 4 fr. 5
I l sera également permis à Bidart, au Boucau, à Guéthary, à St-Jean-de-Luz, à Hendaye, de téléphoner indirectement, et avec le même barème de prix, avec les villes indiquées ci-dessus."

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