Pour comprendre comment le téléphone est arrivé en France je vous invite à consulter
Le téléphone de Bell en partant d'Amérique. et son développement en France.

Entre 1879 et 1927, le réseau Parisien vit au rythme du téléphone français.
PARIS la première ville à être équipée servira de modèle pour l'ensemble des villes de France

 

Les réseaux du début jusqu'à la première guerre mondiale.

Pour les tout premiers utilisateurs à Paris, leur téléphone de type Bell comme celui ci étaient reliés entre eux par un seul fil sur le réseau télégraphique de l'état, conçu pour connecter des télégraphes avec un retour par la terre (deuxième fil), il n'y avait pas besoin de batterie (ou de pile) pour pouvoir parler.

1878 Poire Bell fabrication Breguet
Notice Cornelius Roosevelt

fourni à chaque acheteur.

29 juin 1879 La Compagie du Téléphone Gower Roosvelt est la première compagnie à être habilitée à ouvrir un service commercial de téléphonie, le premier réseau est Paris suivrons, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille.
Elle ouvre son Central de Paris 66 Rue Neuve des Petits Champs à Paris en décembre 1879, ce fut le premier central téléphonique français, on y raccorda les 42 premiers abonnés au réseau Parisien fin 1879;

Le commutateur.
Les commutateurs (switchboard) des premiers bureaux centraux téléphoniques à PARIS étaient identiques aux commutateurs utilisés par le télégraphe.
Les lignes étaient unifilaires et reliées à l'une des barres du commutateur, les barres de l'autre série communiquaient «chacune avec un appareil».
Un bouchon (bâton de cuivre) établisait la connextion entre les barres métaliques. C'était la terre qui bouclait le circuit et reliant les abonnés deux à deux.
L'appareil Gower plus puissant que le modèle Bell primitif permettait de communiquer sur de plus longues distances, il n'y avait toujours par de batterie chez le client.
Jusque mi 1879, sur ce premier réseau les fils télégraphiques étaient encore en aérien sur un seul fil, le retour se faisant par la terre.

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Rapidement apparu le le bureau téléphonique manuel (plus tard appelé "standard").

Le réseau de Paris a la particularité d'être entièrement souterrain et calqué sur celui des égouts.
Pour répondre aux exigences du contrat avec l'Etat, le 24 septembre 1879, Gower a demandeà la préfecture du département de la Seine l'autorisation de faire établir dans les égouts de Paris, 101 lignes téléphoniques pour adapter son réseau aérien.
Un plan est joint à la demande.
Cela ne se fera ni sans frais ni sans délais.
La société doit d'abord verser une provision de 20 000 francs, un cautionnement spécial de 5 000 francs, plus un cautionnement supplémentaire de 20 000 francs.
Les abonnés sont alors reliés au bureau central de leur quartier par deux fils formant un circuit métallique complet, c'est-à-dire avec un fil pour l'aller et un pour le retour, sans emprunter la terre.
Ceci fait, le Directeur des travaux de Paris affirme aux gérants de la Société "je ne vois aucun inconvénient â ce que vous procédiez, dès â présent, à l'établissement des fils" sauf bien sûr â donner avis du début des travaux à au moins trois ingénieurs détenteurs de l'autorité sur une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux, et 1'ingénieur de la section intéressée en ce qui concerne les tranchées sur la voie publiques.
Les premières lignes : Il y a en tout huit lignes à chacun six conducteurs qui divergent à partir de la rue Neuve des Petits Champs siège de la Société. Ceci permet accessoirement de voir qui étaient les 48 premiers abonnés : des banques "dont celles qui finançaient la Compagnie (Société générale, qui utilise le réseau un peu comme un réseau intérieur entre sespropres bureaux, le Crédit mobilier, la Société financière, la banque franco Egyptienne, la Banque générale de Change) des financiers (Chambre syndicale des agents de Change), des hommes d'affaires intéressés dans le financement des sociétés de télégraphie sous-marine et de téléphone (Erlanger), des journaux (La Lanterne, le National) , ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de la concentration de ce type d'activités autour de la Bourse et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes .
La prévision d'extension du réseau est réduite à sa plus simple expression.
Deux jours plus tards, le 29 octobre 1879 la Société Gower dans une nouvelle lettre précise à l'inspecteur qu'elle "le prie de bien vouloir utiliser le sixième fil de la sixième ligne (un câble â six conducteurs) pour le Cercle franco-américain 4, place de l'Opéra.

Modèle ADER type installé à partir de 1879-1880

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Tout à l'égout :

Soumise à la surveillance des hommes des égouts, la société Gower l'est aussi à celle des ingénieurs des télégraphes.

Le 27 octobre 1879, elle adresse à l'ingénieur chargé de poser « son » réseau la nomenclature des premiers câbles.
Ceux-ci sont modestes : il y a en tout huit lignes à chacune six conducteurs qui divergent à partir de la rue Neuve-des-Petits-Champs, siège de la société.
Cela permet accessoirement de voir qui sont les quarante-huit premiers abonnés : des banques, dont celles qui financent la compagnie (la Société générale, qui utilise le réseau un peu comme un réseau intérieur entre ses propres bureaux, le Crédit mobilier, la Société financière, la Banque franco-égyptienne, la Banque générale de change), des financiers (Chambre syndicale des agents de change), des hommes d'affaires intéressés dans le financement des sociétés de télégraphie sous-marine et de téléphone (Erlanger), des journaux (la Lanterne, le National), ainsi que l'agence Havas.

Le réseau bénéficie au départ de la concentration de ce type d'activités autour de la Bourse, et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes.

La prévision d'extension du réseau est réduite à sa plus simple expression.

Deux jours plus tard, le 29 octobre 1879 , la société Gower précise à l'inspecteur qu'elle « le prie de bien vouloir utiliser le sixième fil de la sixième ligne (un câble à six conducteurs) pour le Cercle franco-américain, 4, place de l'Opéra ».
Mais cette courtoisie ne dure pas.
Lors des dures discussions pour le renouvellement de la concession en 1884 et en 1889, la SGT est mise en cause pour le grand nombre d'abonnés qui attendent encore leur raccordement.
Elle fait alors peser la responsabilité du retard sur l'administration, incapable, selon ses avocats, de réaliser le réseau au rythme demandé.

Et il est vrai que, dans un premier temps, la mise en place des liaisons bute sur l'insuffisance de l'approvisionnement en câbles.
Hormis l'adoption précoce des circuits à deux fils, choix « moderniste » dont on ne cessera par la suite de féliciter la SGT, les caractéristiques du réseau sont encore très frustes.
Tous les câbles sont isolés, sur le modèle des câbles sous-marins, à la gutta percha.
Il n'existe que deux types de câbles : d'une part, les lignes auxiliaires qui relient entre eux les bureaux ; d'autre part, les câbles qui desservent les abonnés.
Les deux fils constituant chaque circuit sont réunis dans les égouts en câbles de sept paires toronnées et protégées par une enveloppe de plomb.

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A Paris la bonne décision est prise de passer les fils téléphoniques par les canalisations souterraines, contrairement à New York

Ce qui rend ces photos de 1887 si incroyables; c'est cette masse enchevêtrée de fils dans les rues de New York seulement sept ans après la première installation.
Puis, en 1888, juste un an après que ces photos ont été prises, une tempête de neige massive a déversé près de deux pieds de neige sur la ville et a ravagé la masse de fils dans le processus.
Ce n'est qu'alors que les responsables de la ville ont pensé que ce serait une bonne idée d'enterrer les lignes téléphoniques au lieu de les tisser autour des bâtiments.

 

Dans les autres centres de province lorsque cela n'était pas possible, les fils étaient installés en aérien dans les rues et dans les campagnes .

Malheureusement l'expérience nous montrera que cette solution devra être remise en cause suite aux inondations de 1910 et aux divers problèmes de maintenance de câbles dans des égouts.

Les fils sont recouverts de gutta-percha, puis d'un guipage de coton qu'on emploie de sept couleurs différentes pour faciliter les recherches ; les deux fils d'un abonné sont de la même couleur, par suite, reconnaissables à première vue des six autres.
Les deux fils constituant la ligne d'un abonné sont tordus ensemble, puis les sept doubles lignes sont encore tordues et recouvertes d'un ruban non goudronné : ils sont enfin enveloppés par faisceaux de quatorze dans des tubes en plomb formant câbles.
La Compagnie des Téléphones paye un droit calculé au mètre (francs par kilomètre du conducteur double fil) à la Ville de Paris;
Les câbles sont fixés à la voûte de l'égout sur une largeur de trente centimètres et une épaisseur de dix.


Plafonnier de 3 fois 17 câbles

On voit, figure ci dessus, la place des fils et des crochets qui les soutiennent, par rapport à la conduite d'eau . Un crochet de suspension soutient ces câbles ; chacune de ses trois parties ou anses contient dix-sept câbles; il y a donc cinquante et un câbles ou trois cent cinquante-sept lignes en tout soutenues par le même crochet.
Ces câbles sont posés par l'administration des Postes et Télégraphes, les employés de la Société des Téléphones n'ayant pas le droit d'entrer dans les égouts dans lesquels se trouvent également les (ils télégraphiques et les tubes pour les horloges pneumatiques. Lorsqu'un dérangement se produit sur une ligne, c'est un service particulier de l'administration des Postes et Télégraphes qui a mission de le réparer.

Presque tous ces câbles sont à isolement de papier et à enveloppe de plomb, avec possibilité de circulation d'air comprimé à 3 kilos de pression, dans l'intérieur du câble, entre le bureau et les chambres de coupure.
Quelle que soit leur longueur, ils sont uniformément en fil de cuivre de 1 millimètre.
Une ligne d'abonnés à deux fils, formant un câble « une paire », on emploie suivant les cas, pour les artères principales, des câbles de 224, 112, 56, 28 ou 7 paires.
En plus de l'air que l'on insuffle dans les gros câbles, au départ des bureaux, d'autres conduites aboutissent aux chambres même de coupure ; l'air comprimé peut arriver ainsi directement jusqu'aux boîtes de raccordement situées dans les chambres.
Cet air, destiné à dessécher les câbles et à augmenter par suite leur isolement, est obtenu absolument sec, en le faisant passer au préalable sur du chlorure de calcium, qui retient toute trace d'humidité.


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Installation d'un câble par une embouchure d'égout


position des câbles dans les égouts de Paris
Le rôle des poseurs de la Compagnie se borne à établir les communications à l'intérieur des maisons, à fixer les appareils aux endroits désignés et à faire arriver leur double fil recouvert de plomb dans l'égout.

Après s'être entendus avec les agents de la Compagnie, les poseurs de l'administration des lignes télégraphiques soudent les fils de raccord entrant dans l'égout au câble de la Compagnie le plus voisin, en lui empruntant l'un des doubles fils encore libres.


Central Gower, les opérateurs


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Pose des câbles dans un égout de Paris


Le 10 décembre 1880, la Société Générale des Téléphones récupère les trois autorisations accordées initialement en 1879 par l'État.


La formation de cette Société téléphonique fut accueillie avec joie par les hommes de progrès.
Elle établit son siège social à Paris, 66 rue Neuve-des-Petits Champs, et le transféra plus tard au 41 rue Caumartin.
Cette Société s'occupa activement et avec un plein succès de l'établissement de ses réseaux téléphoniques en province, et de la réorganisation du réseau de Paris déjà installé depuis 1879.

Rapidement la SGT créa les réseaux de Bordeaux, Marseille, Nantes et le Havre.
Ces contraintes se retrouvent dans les conditions qui président à l'établissement du réseau : d'une part, la SGT agit sous l'oeil sévère et parfois suspicieux de l'administration ; d'autre part, elle œuvre dans Paris, ville aux institutions anciennes dont le sous-sol est à la fois très convoité et très réglementé.
Témoin les démarches que doit faire la société Gower — concessionnaire d'un des trois réseaux parisiens avant son absorption par la SGT — pour raccorder ses quarante-huit premiers abonnés.


Les clauses de la concession prévoient un curieux partage entre l'administration des télégraphes et les compagnies concessionnaires : aux compagnies, la responsabilité de l'équipement de l'abonné, du poste téléphonique jusqu'à la façade de l'immeuble, ainsi que la responsabilité des centraux téléphoniques ; à l'administration, celle des fils et câbles, qu'elle se réserve le droit de poser aux frais de la compagnie concessionnaire.
Par ailleurs, à l'exemple de ce qui s'est fait pour le télégraphe vingt ans plus tôt, la Ville et la préfecture de Paris imposent à la compagnie de renoncer aux fils aériens et d'emprunter le réseau des égouts
Or, c'est une exigence qui, dans un premier temps au moins, est contradictoire avec l'état de la technique.

Comme ceux du télégraphe, les tout premiers réseaux étaient prévus « en aérien », avec un seul fil par abonné et retour par la terre.
Il faut plusieurs mois pour qu'on se rende compte, aux États-Unis comme en Europe, qu'un circuit à deux fils est nécessaire.

Par ailleurs, établir les fils téléphoniques en parallèle dans les égouts, comme on le fait au début, provoque des phénomènes électriques qui se traduisent, soit par un bruit de « friture » insupportable, soit par la possibilité d'écouter les conversations adressées à un abonné voisin.
Autant d'obstacles sérieux à une exploitation commerciale.

On comprend que la Société générale des téléphones tienne à faire savoir à ses abonnés potentiels, dans un article paru en 1882 dans le journal de vulgarisation scientifique la Nature, qu'en adoptant le circuit à deux fils et les câbles torsadés elle a réussi à éliminer ces inconvénients.
L'installation du réseau téléphonique dans les égouts a, à l'origine, des avantages dont la SGT ne manque pas de se féliciter devant ses actionnaires.
Les fils sont simplement posés sur des herses métalliques suspendues à la voûte des égouts.
On évite ainsi de coûteux et impopulaires terrassements. En outre, les égouts donnent la plupart du temps la possibilité de pénétrer chez l'abonné sans travaux supplémentaires.
Cependant, cette contrainte, jointe à la surveillance de l'administration des Postes et Télégraphes, ne facilite pas la gestion et oblige à des négociations répétées.

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Le succès qui venait de couronner les efforts de la Société générale des Téléphones, avait fait comprendre aux plus incrédules toute la valeur de la nouvelle invention et l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et des télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation de réseaux téléphoniques dans certaines villes de province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne; voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier 1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est :
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de distribution gratuite des télégrammes par kilomètre de fil simple de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple............. 500 francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils sont considérés comme des lignes privées, et soumis aux règlements spéciaux. Les appareils sont également fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de 1 kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Soit un total de...................... 300 francs
Au 1er janvier 1883, la Société générale des Téléphones comptait 2.692 abonnés à Paris et 1.500 dans les autres départements.

A partir de 1882, le réseau se structure, et ses caractéristiques techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux « centraux »

1883 Paris compte Onze centraux manuels
Désignation Emplacement Nombre des abonnés au 1er Août 1883.
A 27, avenue de l'Opéra 706
B Rue Logelbach, Parc Monceaux. 328
C 204, boulevard La Ville tte 193
D 10, place de la République. 432
E 24 et 26, rue de Lyon 100
F 20, avenue des Gobelins 7l
G Rue du Bac. 62 187
H 123, rue Lecourbe 43
I 80, rue de Passy 62
L 42, rue de Lafayette 396
M 25, rue Etienne Marcel 220
0 Rue de la Pépinière pas ouvert

Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés. Le plus gros central, Opéra, a 603 abonnés ; le plus petit (rue Lecourbe) 50.

RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau indiquent la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e section du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e section du nouveau multiple des Archives


1884, au 31 mars, la S.G.T dessert en tout et pour tout 11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie, dont 3.227 pour Paris.
Les 11 villes sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés, suivirent Halluin, Troyes, Nancy, Dunkerque.

Le 19 juin 1884, paraît au Journal Officiel, page 3187, un Rapport daté du 4 mai 1884 adressé au Président de la République, sur l'organisation des services des Postes et des télégraphes avant et depuis l'année 1878. Ce rapport est chargé de faire le point, notamment sur le développement téléphonique en France depuis 1879.
Il y est détaillé qu'en seulement une année d'exploitation, la ville de Reims compte une densité d'abonnés par habitants supérieure à celle des villes placées sous concession privée de la S.G.T depuis 4 années. (23 abonnés pour 10.000 habitants pour Reims) supérieure à la meilleure densité d'une ville sous concession de la S.G.T (allant de 3 à 22 abonnés pour 10.000 habitants)
En conclusion, en une seule année d'exploitation, l'Administration des Postes et Télégraphes fait mieux que la S.G.T en 4 années d'exploitation...

L'arrêté du 26 juin 1879 est remplacé par l'arrêté du 18 juillet 1884 (BO P&T 1884 n°20 page 845) autorisant à nouveau l'industrie privée à demander, à partir du 8 septembre 1884, une nouvelle autorisation d'exploitation, et fixant le cahier des charges.
Dans la foulée, la seule société privée qui exploite encore des réseaux téléphoniques en France, la Société Générale des Téléphones, parvient à faire renouveler sa concession pour 5 années de plus.
L’Etat crée la première ligne importante, reliant le réseau de la ville de Reims au palais de la bourse de Paris, qu’il équipe de cabines téléphoniques.

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CHRONIQUE DE L'ÉLECTRICITÉ REVUE SCIENTIFIQUE ILLUSTRÉE du 28 Août 1885

Les mois que nous traversons sont spécialement favorables à la visite des égouts de Paris
les plus vastes et les mieux entretenus du monde entier. Les entrées réservées aux curieux sont situées l'une près de l'église de la Madeleine, l'autre sur la place du Châtelet, à quelques pas de la fontaine. Les jours de visite, une petite tente est dressée au-dessus de l'entrée, et des lambrequins de toile donnent au petit escalier ordinaire de messieurs les égoutiers un air de cérémonie tout à fait rassurant comme propreté.
Les visiteurs s'installent successivement dans d'élégants wagonnets à douze places, puis quatre égoutiers, tout de blanc habillés, s'attèlent aux wagonnets et leur donnent en courant sur les trottoirs de l'égout une vitesse pour le moins égale à celle des bons fiacres. Arrivé place de la Concorde on quitte les wagonnets pour monter dans de larges barques flottant sur l'eau même du grand collecteur qui va se jeter dans la Seine à Asnieres, mais comme tous les collecteurs se ressemblent, la visite s'arrête à la Madeleine d'où partira un nouveau convoi appelé à parcourir les mêmes égouts en sers inverse.
Lorsqu'on a la bonne fortune d'être dans le même wagonnet qu'un des ingénieurs de la ville de Paris, on recueille une foule de renseignements très intéressants.
Les gros tuyaux goudronnés qui suivent l'égout tantôt à droite tantôt à gauche et quelquefois à la clef de voûte sont les conduites d'eau potable ou d'eau d'arrosage. Le tuyau gros comme le poing, est celui de la poste pneumatique, le tube d'un pouce de diamètre est celui des horloges également pneumatiques.
Les tuyaux de gaz sont absolument exclus des égouts comme présentant un danger analogue à celui du grisou, dans les galeries de mines, et cette exclusion est d'autant plus humiliante pour le gaz que sa rivale l'électricité est admise avec tous les honneurs dus à son importance, et tous les tuyaux de plomb qu'on aperçoit sur les côtés de la voûte contiennent des câbles télégraphiques ou téléphoniques.
La façon de poser les câbles mérite une description spéciale.
Cette opération à laquelle les Parisiens assistent journellement, consiste à présenter au-dessus d'une ouverture spéciale, appelée un regard, une énorme bobine en tôle de fer sur laquelle sont enroulés quatre cents mètres de câbles environ. En se reportant à la vue même de l'égout, on comprendra facilement la manœuvre que comporte la pose d'un câble télégraphique ou téléphonique, cette pose a toujours lieu sous la surveillance de l'Etat.
Un ingénieur de la Société générale des Téléphones nous épiait, paraît-il, dans notre récente visite des égouts et raconte dans le Petit Bleu du 24 courant qu'il a aperçu en même temps l'ingénieur de M. Dauderni prendre des mesures minutieuses, relatives aux dimensions des voûtes.

Il ne se trompait qu'à moitié : notre compagnon de visite n'avait que faire des diverses dimensions des voûtes, dont, d'ailleurs, M. Huet venait de lui envoyer les plans; mais il étudiait, dans le but de les éviter, les fautes commises par ses prédécesseurs; il nous faisait même remarquer le piteux état de certains câbles téléphoniques

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Ces câbles, appartenant évidemment à la Société générale des Téléphones, semblaient prêts à tomber de vétusté; au lieu d'avoir la rigidité des câbles télégraphiques placés au sommet de la voûte, ils pendaient péniblement entre leurs clous d'attache, semblables à des guirlandes funéraires ; c'était horrible à voir.

Si la pose a été mal faite, que la Société s'en prenne à l'Etat; si au contraire les quatre ou cinq ans au plus qui te sont écoulés depuis la fondation de la Société des téléphones ont suffi pour produire dans les câbles les allongements intempestifs que nous avons constatés, comme ont pu le faire tous nos covisiteurs, la Société fera bien de prendre un parti énergique et de remplacer immédiatement tous ses câbles en gutta-percha sortant de son usine Ratier, par des cales Berthoud-Borel dont elle a prudemment acheté les brevets en France, et dont elle semble ne rien faire.


L'idée d'employer pour les câbles terrestres ou en égout une matière putrescible comme la gutta-percha, est déjà une idée assez baroque de M. Cochery; l'ancien ministre avait au moins comme excuse qu'il n'était pas électricien. Les directeurs de la Société des téléphones ne sont pas dans le même cas, et puisqu'ils ont acheté les brevets Berthould-Borel, c'est qu'ils comprenaient qu'il leur faudrait tôt ou tard renoncera à la gutta, et alors pourquoi continuent-ils à faire poser des câbles coûteux, susceptibles de fondre dans les égouts voisins des lavoirs, des établissements de bains, et en général de tous les endroits où les eaux de condensation des machines à vapeur sont rejetées à une température élevée ?

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La gutta-percha est, jusqu'à présent, le meilleur isolant applicable aux câbles sous marins qui ne durent que quinze ans et sont amortis en conséquence.
Pour les câbles eu égout. la gutta est un non-sens, et si on ne l'amortit pas par un prélèvement d'au moins dix pour cent par an, c'est la ruine à bref délai pour tout réseau télégraphique ou téléphonique.
Lorsqu'on n'a pas à vaincre d'énormes difficultés de pose, et c'est le cas pour les câbles terrestres, on n'a que l'embarras du choix, entre des matières beaucoup plus isolantes que la gutta. telle que les résines, les paraffines, le verre, etc., et qui ont en plus l'avantage d'avoir une durée presque indéfinie.
La Société des téléphones a acheté les brevets Benhoud-Borel qui lui permettraient de faire des câbles à la colophane sans amortissement obligatoire; elle préfère continuer à fabriquer des câbles en gutta qu'elle n'amortit que depuis moins d'un an par un prélèvement dérisoire de 2 %, et qu'avant cette époque elle n'avait pas amorti du tout; c'est un comble.
Du reste, depuis que sans posséder un seul brevet de principe, la Société des téléphones a intenté un procès en contrefaçon à tous les fabricants de téléphones, avec l'intention bien arrêtée de faire durer le procès aussi longtemps que possible, bien entendu, on doit s'attendre à tout de la part de cette Société processive, elle ferait mieux d'avouer que jusqu'à présent elle n'a fait qu'abuser de la complaisance
de M. Cochery, de la naïveté de ses actionnaires, et surtout de la patience de ses abonnés.
Depuis que grâce au changement de Ministère et à l'énergie du conseil municipal il a été accordé une nouvelle concession, la société que nous ménagions comme on doit ménager tout ennemi vaincu ne cesse de revendiquer la légitimité d'un monopole en sa faveur; elle espère revenir dans les fourgons de l'étranger; elle donne un retentissement exceptionnel à l'éloquence de M. Vandenpereboom, l'étonnant ministre belge qui accorde des concessions sans monopole, mais auxquelles il n'admet pas qu'on fasse concurrence. Le Petit Bulletin bleu de la Société internationale des téléphones, sœur jumelle en liquidation de la Société actuelle, ne suffit plus à la sœur survivante et les plus grands journaux sont remplis de ses jérémiades.
Pauvre Petit Bleu ! tu avais inventé pourtant la menace la plus terrible pour les prochains réseaux téléphoniques.
Tu avais découvert un moyen à peu près certain de les rendre odieux au public en annonçant discrètement que les nouveaux réseaux seraient fatalement amenés à fusionner avec tes maîtres ! C'était évidemment la plus habile manœuvre a suivre pour effrayer d'abord les abonnés écœurés par le monopole in partibus de la Société et le sans-gêne avec lequel sont reçues leurs réclamations;c'était ensuite un moyen de retarder le départ des actionnaires inquiets qui ne trouvent plus à qui repasser à trois cent trente francs des actions qu'ils ont payées neuf cents francs et plus.
Il y a malheureusement un obstacle insurmontable à cette fusion que la Société des téléphones semble espérer puisqu'elle en menace le public. Cet obstacle, c'est l'insanité du plan de son réseau, Feu Lartigue, dans les conférences qu'il fit en 1881 à l'Exposition et que nous avons écoutées, était obligé d'avouer que plus la Société aurait d'abonnés et moins elle gagnerait d'argent. Ou, tout paradoxal que cela paraisse, c'était absolument vrai. La faute en est à ce que le réseau étant composé par une série de bureaux auxiliaires, et n'ayant pas un seul bureau central proprement dit, tout nouveau bureau complique le service des connexions dans une proportion supérieure à celle des bénéfices résultant de l'accroissement du nombre des abonnés.
Puisque de l'aveu même de son ancien directeur l'ingénieur Lartigue, le réseau de la Société générale des téléphones a besoin, pour être viable, d'être très limité, à qui espère-t-on faire croire qu'un entrepreneur habile à défendre son argent, comme c'est son. droit, ira épouser un système condamné, non seulement par l'expérience, mais encore par ceux-là mêmes qui ont été sinon les auteurs, au moins les exécutants du plan dont nous avons été les premiers à signaler l'absurdité.
Toute nouvelle Société ou tout entrepreneur de téléphonie qui fusionnerait avec la Société générale serait obligé de suivre le plan de son réseau et arriverait par conséquent, dès sa fusion, à l'arrêt obligatoire dans la voie de bénéfices, signalé par feu Lartigue.
Nous en appelons au témoignage de tous ceux qui, en 1881, à l'Exposition d'électricité, ont écouté attentivement la conférence du regretté directeur de la Société générale des téléphones.
Nous ne faisons pas à la mémoire de Lartigue l'injure de l'accuser d'être l'auteur du projet de réseaux par séries de bureaux auxiliaires.
Nous avons de bonnes raisons de croire qu'il a dû subir la volonté des financiers administrateurs de la Société. Ces messieurs n'ont cherché qu'à multiplier leurs enseignes dans le but d'écouler plus rapidement l'énorme paquet des titres qu'ils avaient créés. Toutes les fois que les financiers auront la haute main dans l'exploitation d'une grande invention, gogo peut être sûr de voir son bas de laine s'en aller en coupons d'abord et bientôt à l'égout

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1888 SITUATION DES RESEAUX TÉLÉPHONIQUESEN FRANCE

 

 

 

VILLES
on  sont  établis les réseaux

DATE
de  la mise
en service

NOMBRE D'ABONNÉS EN

1880 1881 1882 1883 1884 1885 1886 1887 1888

PARIS

Septemb. 1879

479
1245
2347
3039
3784
3983
4548
5276
6120

LYON

Octobre...1880

33
216
356
498
582
344
694
730
755
MARSEILLE
Décembre.1880
25
142
257
359
386
397
391
407
421
BORDEAUX
Juin............1881
..
114
232
298
323
352
371
403
431
NANTES
Janvier......1881
..
67
78
87
90
91
105
104
113
LE HAVRE
Avril..........1881
..
109
155
188
196
199
191
237
271
LILLE
Février......1882
..
..
94
134
'1'
<<
<<
<<
<<
ROUEN
Juillet .......1883
..
..
..
65
98
103
113
118
148
CALAIS
Juillet .......1883
..
..
..
89
107
107
107
82
58
St-ETIENNE
Octobre....1885
..
..
..
..
..
26
96
105
104
ALGER
Juillet........1883
..
..
..
17
21
33
77
88
92
ORAN
Août ........1883
..
..
..
30
49
59
55
38
36
  TOTAUX
537
1893
3519
4804
5636
5694
6748
7588
8549

(1) I,c réseau de Lille a été repris par l'état à la fin de 1884.

 

 

 

VILLES
on  sont  établis les réseaux

DATE
de  la mise
en service

NOMBRE D'ABONNÉS EN

1883 1884 1885 1886 1887 1888

Amiens

01 Mai

.. .. .. 38 48 53

Armentieres

01 Juin 1885

.. .. 12 13 15 13
Boulogne.sur.Mer....
16..février..1886
.. .. .. 27 27 25
Caen
16....Novembre
.. .. .. 23 26 25
Cannes
01 Mars 1986
.. .. .. 68 94 126
Dunkerke
15 Oct 1984
  46 79 90 103 120
Elbeuf
25 Nov 1884
.. 47 52 52 57 56
Fourmies
01 Fev 1887
.. .. .. .. 116 122
Halluin
11 Fev 1884
.. 9 10 11 11 11
Lille
11 Fev 1884
.. 149 159 232 295 352
Nancy
17 Déc 1884
.. 68 104 119 138 156
Nice
22 Déc 1886
.. .. .. 7 19 62

Reims

01 Avr 1883 206 235 256 289 342 382
Roubaix-Tourcoing
01 Avr 1883 172 244 297 381 451 530
Saint-Quentin
31 Déc 1883 36 49 64 88 96 106
Troyes
01 Avr 1884 .. 125 130 137 145 149
  TOTAUX 414 972 1163 1575 1983 2288

1889 Paris comptait 6 300 lignes : comment faire face à l'évolution ?

La loi de Nationalisation, votée le 16 juillet 1889
autorise l'Etat à racheter en 10 annuités, les réseaux téléphoniques appartenant à la Société Générale des Téléphones.
Un décret d'application du 14 septembre 1889, débloque les fonds nécessaires au rachat suit (BO P&T 1889 n°9 page 543).


Sous l'œil de l'administration :
Les termes de la concession sont sévères, et l'on peut penser que la lourdeur des charges qui pèsent sur la rentabilité de la concession n'est pas étrangère aux difficultés du téléphone français.
Ainsi, la concession est d'une durée très courte (cinq ans), alors qu'en Belgique les concessions sont de vingt-cinq ans ; en Espagne, vingt ans ; en Autriche, dix ou cinq ans selon la ville.
En outre, l'État se réserve de prélever 10 % des recettes brutes, soit, pour les quatre premières années d'exploitation et pour l'ensemble des réseaux de la SGT, soit 433 000 francs.
L
ors de la reprise du réseau par l'État, la croissance du nombre des abonnés (6 300) impose de revoir la géographie du réseau, ainsi que son exploitation et les spécifications techniques des câbles employés.

Un article paru dans la Nature donne le point de vue de l'administration à cet égard.
A lire ces lignes, l'abonné est le principal ennemi du réseau ; la multiplication des services offerts, une complication dont on se passerait bien ; la réalisation d'un service satisfaisant pour le public, « un idéal aussi irréalisable que la pierre philosophale ou le mouvement perpétuel ».
Il faut dire que, en ces années 1890, les centraux manuels ont atteint les bornes de leurs possibilités.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératrices, chronométrage), ce qui conduira d'ailleurs aux grandes grèves de 1906-1909.

L'autre moyen d'obtenir des gains de productivité consiste en une réorganisation du réseau.
Celle-ci est rendue nécessaire par l'expansion du téléphone parisien : non seulement le nombre des abonnés a crû globalement, mais le taux de croissance varie beaucoup d'un central à l'autre. .

Le quartier de l'Opéra, y compris le secteur de la rue Lafayette, compte toujours un fort pourcentage d'abonnés, mais le cœur du système s'est déplacé vers les quartiers industriels et commerciaux de la rue Etienne-Marcel et de la place de la République.
Faut-il, pour répondre à cette évolution, multiplier le nombre de centraux ?
Plus ceux-ci sont disséminés, moindre est la longueur de chaque ligne d'abonné ; on obtient donc un coût d'établissement moins élevé, ainsi qu'une meilleure qualité de transmission, puisque, en l'absence de tout dispositif d'amplification, l'affaiblissement est directement proportionnel à la longueur du câble.
En revanche, la nécessité de passer au moins par deux centraux pour la majorité des communications devient une gêne considérable : lenteur d'établissement des communications, affaiblissement du signal compensant le gain réalisé par le raccourcissement des lignes.
Enfin, la multiplication des centraux multiplie les opératrices, dont le salaire est devenu le poste le plus lourd dans l'exploitation du réseau.

En 1890, Paris comptera 7 800 abonnés. et 10 000 abonnés au total pour la France

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Les mystères du réseau

En 1890-1891, l'administration décide donc de modifier le réseau de Paris.
L'idéal serait de relier tous les abonnés de Paris à un central unique : le nombre des abonnés et la longueur des lignes nécessaires empêchent de recourir à cette solution. On adopte alors une solution médiane : le nombre des bureaux de quartier sera réduit à quatre seulement, dont l'un beaucoup plus important que les autres.
Le grand bureau central sera localisé rue Gutenberg, près des Halles, pour tenir compte du déplacement du centre de gravité du trafic, et pourra desservir 6 000 abonnés du centre.
Un autre bureau, avenue de Wagram, desservira 3 000 abonnés à Auteuil, à Passy et aux Batignolles ; un troisième bureau, rue de Belleville, reliera 6 000 abonnés à Ménil-montant, la Villette, Belleville ... ; un quatrième bureau desservira la rive gauche.
Le tout devrait permettre d'atteindre 20 000 abonnés.

Parallèlement, les spécifications techniques des câbles évoluent et la structure du réseau se complique.
L'administration abandonne les câbles sous plomb de la SGT, car l'expérience a montré que la gutta percha qui servait d'isolant, si elle est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin, perd ses propriétés lorsqu'elle est exposée à l'air. Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à circulation d'air.
En même temps, le réseau est systématiquement hiérarchisé, et de nouvelles notions, comme les manchons de jonction ou les chambres de coupures, sont introduites.
En 1891, l'organisation du réseau est la suivante :
« La ligne double, sans fil de plomb isolé à la gutta percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive à l'égout, où elle rencontre d'autre lignes doubles et suit parallèlement ces autres lignes jusqu'à un manchon de jonction qui sert à relier 7 abonnés à un câble sous plomb à 14 fils isolés au papier.
Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés aboutissent à une chambre de coupure, d'où part un câble à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve).
Ces câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans le bureau central .
Hiérarchiser ainsi le réseau permet de disposer de réserves de transmission, seule la dernière partie de la ligne devant être construite pour raccorder un nouvel abonné.
Cela permet aussi de procéder plus rapidement aux réparations.

Enfin, en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité de la transmission, donc de la longueur des lignes : si la longueur moyenne des câbles à 2 fils reliant chaque abonné à un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne des câbles de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles de 49 abonnés de 1 600 m, ce qui correspond à une qualité de transmission assez médiocre.

En outre, l'évolution technique des câbles et l'augmentation de leur capacité commencent à poser le problème de la localisation du réseau dans les égouts : l'encombrement à proximité des centraux est excessif.
A partir de 1891, l'administration des téléphones tente, non sans de grosses difficultés, d'établir quelques liaisons en tranchées.
Surtout, après 1900, un procès met aux prises l'administration et la Ville de Paris.
Celle-ci n'avait autorisé la SGT à se servir des égouts que moyennant une taxe très élevée, un droit de location basé sur le kilomètre de ligne posée.
Après le rachat par l'État, l'administration des télégraphes a cessé purement et simplement de payer quoi que ce soit à la Ville, arguant qu'il s'agissait d'un réseau d'intérêt public.
Vers 1901, l'arriéré est tel que, de toute façon, l'administration ne pourrait plus payer.
En outre, la taxation sur la base du fil ne rend plus compte des progrès de la technique, à une époque où, pour une grande longueur de fil, les câbles assurent une faible occupation des égouts : elle correspond à une redevance d'un million de francs par an.
Mais le procès fait apparaître que l'administration n'a aucune idée de la longueur des câbles qu'elle a enterrés dans le sous-sol de Paris, ni de leur localisation ; à cet égard, la carence de la SGT a été manifeste.
A partir de 1884, craignant le non-renouvellement de sa concession, la société a cessé totalement d'investir dans le réseau, y compris en hommes.
Après 1889, l'administration reste faible numériquement, même si la direction des services téléphoniques de Paris en représente le secteur le plus qualifié et le plus autonome.

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Téléphone Ader

II faudra une dizaine d'années pour appliquer réellement ce plan . Tous les bureaux crées par la S. G. T. â l'exception de celui de Passy seront successivement fermés : 3 en 1894, 3 en 1895 et 2 en 1900, et remplacés par d'autres . Le central Gutenberg, le plus important sera commencé dès 1893.

A cette époque les postes des abonnés étaient encore équipés d'une pile (ou batterie) pour appeler l'opératrice et une pile pour le circuit mircrophonique.
Le réseau de Paris, sera transformé en batterie centrale à partir de 1908, mais n'est pas encore à batterie centrale « intégrale », c'est-à-dire sans aucune pile chez l'abonné. Pour différentes, l'Administration des Téléphones s'est résolue à maintenir dans les postes simples les piles microphoniques et à ne réaliser la centralisation de l'énergie que pour l'appel.

FONCTIONNEMENT D'UN BUREAU MANUEL

Les câbles sortant des égouts sont ensuites reliés aux équipements du bureau central.


Les câbles aboutissent en grand nombre aux bureaux centraux ; cette entrée de poste, à raison de son importance, doit être bien étudiée et faite avec méthode.
Nous décrirons celle du bureau central type de cette époque

L'égout est sous le trottoir qui borde la maison. Un branchement particulier relie l'égout au mur dans lequel on a pratiqué une ouverture remplie par une plaque métallique perforée de 305 trous destinés à donner passage à autant de câbles de quatorze fils simples.

Un regard placé sur le trottoir donne accès au branchement par la galerie .

A leur arrivée à proximité de l'immeuble où se trouve placé le bureau central, les câbles à sept conducteurs doubles sont réunis en faisceaux à leur sortie de l'égout, pénètrent dans les caves et sont conduits, par des caniveaux en bois, à des chambres en planches qui sont placées exactement au-dessous du bureau central .

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C'est dans ces chambres qu'on appelle chambres à rosaces que les câbles brisent leur enveloppe de plomb, s'épanouissent et que leurs fils se distribuent autour d'ouvertures circulaires pratiquées sur les quatre faces de chaque chambre en véritables rosaces.



Les fils, dépouillés par couple de deux, forment sept lignes à deux fils qu'on isole l'un de l'autre sur le bord de l'ouverture circulaire au moyen de boules en caoutchouc et qui viennent aboutir sur la face extérieure à des serre-fils doubles fixés alternativement suivant deux circonférences concentriques.

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Ce mode d'installation présente l'avantage de permettre de rechercher facilement les dérangements dans le bureau et de grouper ensemble les abonnés qui ont de fréquentes communications entre eux. sans changer les fils allant au tableau.).

A partir du serre-fil double où il aboutit, chaque circuit est continué jusqu'aux commutateurs du bureau central par des fils isolés dits : fils paraffinés.
Les fils paraffinés, continuant les fils des câbles ainsi groupés, sont conduits aux commutateurs.

Chaque câble fournit sept couples de sept couleurs différentes qu'on place toujours dans le même ordre autour de la rosace.
Pour distinguer facilement les fils appartenant à un même circuit, on les recouvre de guipage d'une même couleur. (Les bureaux centraux de la Société générale des Téléphones sont tous munis de rosaces.




Les câbles sont tous réunis dans un caniveau en bois qui est entre le plancher de la pièce et un faux plancher placé au-dessus .

Ce caniveau longe le corridor formé par les deux panneaux qui supportent les tableaux.

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Plan d'un commutateur, passage des câbles
On a ménagé un passage entre les deux bâtis, ou meubles commutateurs, assez grand pour qu'un homme puisse y travailler à son aise lors de la pose des fils et des réparations .
Les fils ainsi reliés sont en nombre variable, suivant le nombre des abonnés qui relèvent de ce bureau.


Dans les premiers centraux, les demoiselles étaient debout
pendant de longues heures

Il a existé un grand nombre de modèles de meubles, de capacité diverses fontionnant sur le même principe mais conçus différement.

Nous nous ontenterons de la déscription d'un bureau simple, des vieux ouvrages comme le Milon ou les cours Vidal vous donnerons tous les détails si cela vous passionne. Nous donnerons tout de même quelques évolutions pour comprendre le trajetoire qui ménera au central automatique.

L'entrée des bureaux centraux étant rigoureusement interdite au public et aux employés des téléphones qui ne sont pas de service, nous allons faire pénétrer le lecteur au milieu du dédale de cet important fonctionnement des réseaux téléphoniques et l'y conduire par la pensée.

Pour bien saisir l'organisation de ces bureaux et la mise en communication des abonnés entre eux, il est utile d'entrer dans quelques explications sur les différents instruments nécessaires à la manoeuvre des appareils.

Les bureaux centraux, sont composés chacun de meubles dits commutateurs, et portant des tableaux à annonciateurs et à Jack-Knives à 25 directions (dans un premier temps) .

Pour la terminologie, si l'installation est peu importante on fait usage de tableaux commutateurs.
Si l'installation comporte un grand nombre de postes, on emploie le nom de commutateur standard.
Schéma général de fonctionnement du bureau central, afin de mettre en communication deux abonnés.

Rappel : il n'y a pas encore la batterie centrale à cette époque.
Les postes d'abonnés sont équipés de piles (batterie).

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Le commutateur :
Après le raccordement des câbles souterains à la rosace, le commutateur raccorde les deux fils de chaque abonné sur la façade du meuble accèssible à l'opératrice. Ce commutateur est une charpente en bois dans la partie supérieure duquel sont placés, les uns à côté des autres, des commutateurs à 25 positions contenant 25 annonciateurs et 25 conjoncteurs Jack-Knives, où viennent se relier les lignes des abonnés.
C
haque positions est munie d'une bobine indicateurs d'appels, que l'on appelle annonciateurs.


Les cordons que l'on enfiche dans les jacks servent à relier deux abonnés entre eux, mais auparavent l'opératrice doit faire certain nombre d'opérations que l'on va suivre.

Dans la partie inférieure sont alignés, par groupes, sous chaque tableau, des conjoncteurs destinés à permettre la mise en communication des abonnés d'un tableau avec ceux reliés sur un autre tableau qui est supervisé par une autre position d'opératrice.


LE TABLEAU ET LES CONJONCTEURS
1- Le Tableau est la réunion de plusieurs commutateurs à 25 directions.
Il est divisé en deux zones : celle du haut, comprenant les annonciateurs ou indicateurs d'appel, dont les numéros se suivent dans le sens vertical en se continuant de ligne en ligne par séries de cinq. La zone au-dessous renferme les Jack-Knives (connecteurs pour les fiches).
Le Jack-Knife porte, sur un petit bouton d'ivoire qui sert en même temps à le fixer, un numéro correspondant à l'annonciateur.
Les tableaux dans un bureau sont groupés par deux, donc 50 positions gérée par une opératrice.


3- Au-dessous des tableaux se trouve la ligne des conjoncteurs.

Les conjoncteurs servent à établir les communications entre deux abonnés reliés à un même bureau mais à deux tableaux trop éloignés l'un de l'autre pour qu'un seul cordon puisse les unir.
Ils sont reliés les uns aux autres par des fils passant derrière le meuble commutateur et venant s'attacher aux Jack-Knives .
Les conjoncteurs sont en réalité des Jack-Knives n'ayant qu'un seul trou et pas de ressort; nous les appellerons simplement des jacks pour les distinguer des autres. Ils portent des lettres alphabétiques et des numéros.
Ces lettres se suivent sur six rangées verticales et les numéros sur huit, dix, seize, vingt et vingt-quatre lignes horizontales, selon l'importance du bureau.

Ces mêmes numéros et ces mêmes lettres correspondent dans chaque conjoncteur

Multiplexage des tables d'opératrices
.

L'annonciateur ou indicateur d'appel, tel qu'il apparaît sur le tableau est une sorte de guichet vertical dans lequel est fixé un carton portant le numéro de l'abonné ; ce numéro se trouve, à l'état normal, caché par une plaque articulée, sorte de disque qui s'enclenche sur l'armature d'un petit électro-aimant placé à l'intérieur.
Lorsqu'un abonné appelle le bureau en appuyant sur son bouton de poste, il lance un courant continu dans l'électro-aimant EE du centre.
Ce courant attire l'armature A, le crochet G se lève et laisse échapper la plaque P, qui tombe en tournant autour de son axe.
En tombant, celle-ci laisse à découvert le numéro de l'abonné appelant et vient en s'appuyant sur un bouton métallique b former un contact, qui fait marcher une sonnerie locale.
Ces annonciateurs sont de la dimension d'une pièce de 2 francs ; ils sont placés les uns à côté des autres et rangés dans l'ordre des numéros.
Une liaison électrique les réunit aux Jack-Knives portan
t les mêmes numéros.
le premier annonciateur
le nouveau modèle, et la Sonnerie

LA SONNERIE
La sonnerie commune à tous les abonnés reliés à un même meuble commutateur et installée à l'extrémité de celui-ci, elle fonctionne sous l'influence des annonciateurs et attire l'attention des employés à chaque appel fait par un abonné.
Pendant le jour, cette sonnerie n'a pas besoin de marcher, car le bruit produit par la chute de l'annonciateur et le cliquetis de l'armature de l'électro-aimant suffisent pour attirer l'attention.
Pour le service de nuit, elle réagit fortement sur un timbre ; ce qui est nécessaire, car le service étant moins actif, les employés moins nombreux, ceux qui veillent peuvent être surpris par le sommeil sous l'influence d'une lassitude facile à comprendre.

L'annonciateur nouveau modèle a été étudié pour tenir le moins de place possible et ne possède qu'une seule bobine de 200 ou 300 ohms placée horizontalement.

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LE JACK-KNIFE

On appelle Jack-Knife une petite masse de cuivre composée de deux plaques isolées l'une de l'autre, et qui sont mises en rapport, l'une avec la ligne de l'abonné, et l'autre avec l'annonciateur ou indicateur d'appel.
Ces plaques sont munies en dessous, et dans le sens de leur épaisseur, de deux lames de ressort qui appuient en sens inverse, en temps normal, sur un contact dépendant du circuit local de l'indicateur.
Elles sont percées de deux trous, A et B, dont le diamètre est différent d'une plaque à l'autre et qui sont destinés à recevoir les fiches , attachées aux fils métalliques des cordons de communication.
Ces deux trous permettent à l'employé de se mettre en relation, d'abord avec l'abonné appelant, puis l'abonné à appeler, au moyen d'une fiche fixée par un cordon au meuble commutateur et qu'on appelle fiche d'appel.
Les Jack-Knives, ou commutateurs des abonnés, occupent, les uns par rapport aux autres, les mêmes positions relatives que les annonciateurs. Les noms des abonnés et les numéros correspondant aux numéros des annonciateurs sont inscrits
sous les Jack-Knives.

LA FICHE DE COMMUNICATION
est un cordon flexible, contenant deux conducducteurs métalliques et terminé par deux fiches à double contact, lesquelles sont composées de deux parties métalliques isolées l'une de l'autre mais adaptées au même manche.
L'une de ces parties qui corrrespond à un des fils du cordon flexible est enveloppée par l'autre , dont elle est séparée par une bague en ébonite, et cette autre pièce correspond au second fil
Quand une fiche est enfoncée dans l'un ou l'autre des trou du Jack-Knife, le fil de l'abonné se continue à travers le cordon flexible pour regagner soit le téléphone portatif de l'employé du poste central, soit la ligne de l'abonné avec lequel la liaison est effectuée.
La fiche en somme est l'organe destiné à relier la ligne de l'appelant à celle de l'appelé, quand la communication est établie.

LE JACK-KNIFE DE PILE

Le Jack-Knife de pile est une masse de cuivre n'ayant qu'un trou dans lequel on introduit la fiche d'appel toutes les fois qu'on a terminé une communication.

LA FICHE D'APPEL
sert à mettre l'employé du bureau central en communication soit avec un abonné appelant ou à appeler, soit avec un autre bureau; elle est reliée à l'appareil du bureau et se place toujours dans le trou de droite du Jack-Knife.

Le système dicorde :
Chaque ligne venant d'un poste du réseau aboutit à un jack composé de deux lames dont une touche un contact relié à l'annonciateur.
Qaund un poste du réseau appelle, le voyant de l'annonciateur apparait et indique quel poste appelle. Pour relier le poste appelant au poste appelé, on introduit les deux fiches d'un cordon à deux fiches dans les jacks correspondants. L'intrduction de la fiche entre les deux lames élastiques à pour effet de les éarter et de rompre le contact de l'anoniateur.
Le poste particulier de l'opérateur possède aussi une fihe placée à l'extrémité d'un cordon et qui permet d'apprendre quel est le poste demandé.
C'est le système adapté au grand nombre d'abonnés 200 à 10 000 que nous allons étudier.
Figure de gauche en haut.

 



Dans le système monocorde : figure de gauche en bas, chaque ligne posède une fiche particulière qui est introduite directement dans le jack de la ligne désirée. Ce système exige autant de fiches que de lignes et par conséquent est applicable aux tableaux peu importants et désserevant dix directions maximum.
D'autre part il ne permet pas un changement facile et rapide des cordons et des fiches usagées.
On trouvera ce genre d'appareils dans les petits centres ou souvent une opératrice suffit.



Un poste central de moins de 200 directions peut comprendre des tableaux commutateurs de 3 capacités différentes : 25, 50 et 100 directions.
Les tableaux à 50 et 100 directions ne différents essentiellement des tableaux à 25 diretions que sur les points suivants :
1- le nombre des jacks individuels et des annonciateurs d'abonnés est de 50 ou de 100 au lieu de 25; pour les tableaux à 50 ces jacks et annoniateurs sont disposées par rangées horizontales de 10; pour les tableaux à 100, par rangées de 20.
2- le nombre des paires de cordons et par la suite celui des de deux clés d'appel et d'une clé d'écoute et aussi celui des annonciateurs de fin de conversation est de 10, il est de même pour les tableaux à 50 et 100 directions.
3- Le nombre des jacks de service est de 10 pour les tableaux à 50, 20 pour pour les tableaux à 100; ces jacks sont disposés en une seule rangée; immédiatement au dessus des jacks individuels.
Les nouveaux tableaux à 100 en comportent 40 sur deux rangées.
4- Chaque tableau comporte un poste de secours dans le but de pouvoir faire desservir en cas de besoin les lignes qui y sont rattachées , par deux opératrices. A cet effet une fiche appropeiée à laquelle est reliée, par un cordon à 4 conducteurs, un appareil combiné, est introduite dans une mâchoire spéciale placée sur la droite et en bas du panneau; cette opération produit la séparation en deux groupes égaux , du nombre des clés d'écoute ; 5 de ces clés restent à la disposition de l'opératrice principale, les 5 autres sont utilisées par l'opératrice supplémentaire.
Voici le schéma des communications réalisant cette disposition en figure 8.


L'appareil téléphonique dont se servent les employés des bureaux centraux porte le nom d'appareil combiné

En effet, cet appareil est composé d'un transmetteur réuni au récepteur par une tige d'acier servant de manche ; il forme ainsi un tout mobile dont la manoeuvre est à la fois commode et facile, puisqu'il permet, en usant d'une seule main, de pouvoir adapter instantanément le récepteur à l'oreille en même temps que le transmetteur vient se placer devant la bouche.

Schéma de câblage et de raccordement d'un combiné d'opératrice
Remarquez que la disposition du "combiné", deviendra par la suite un satndard pour tous les postes, que les cousins d'outre atlantique appelaient "French Phone"

Transmetteur microphonique système Berthon. combiné avec un récepteur Ader n° 3, au moyen d'une poignée métallique garnie et muni d'un cordon souple à 4 conducteurs garnie de caoutchouc, pour bureaux centraux de réseaux téléphoniques.
Le transmetteur microphonique a été imaginé par M. Berthon, ingénieur-directeur de la Société Générale des Téléphones.
C'est un microphone à charbon, mais d'une disposition tonte spéciale, et qui est des plus commodes et des plus sûres.
La lame vibrante qui reçoit les inflexions de la voix est une mince lame de charbon de cornue, encastrée dans les bords d'un disque en ébonite.
Le microphone se compose de grenaille de charbon renfermée dans une petite coupelle en ébonite, qui occupe le centre de l'intérieur du disque, lue seconde lame de charbon supporte lu coupelle, qui se trouve ainsi comprise entre deux plaques de charbon, séparées l'une de l'autre par une bague en caoutchouc. Pendant les mouvements qu'exécutent les deux lames vibrantes, elles viennent se mettre en contact avec les petites éminences des grains de charbon, et par ces points de contact et d'interruption de contact multipliés, elles établissent ou interrompent le courant électrique qui transmet les ondulations sonores, c'est-à-dire elles font l'office d'un excellent microphone.
Il est muni d'un cordon flexible recouvert de soie, renfermant les fils électriques nécessaires pour le mettre en communication la ligne de l'abonné, avec la pile et la bobine d'induction du bureau central.

Cette communication se fait au moyen d'une fiche munie de quatre larmes, fixée au bout du cordon flexible et que l'employé introduit dans une sorte de mâchoire armée de quatre contacts, encastrée dans la menuiserie du meuble des commutateurs.
Le transmetteur Berthon, combiné avec le récepteur Ader, a permis de donner au personnel un appareil à la fois indéréglable, très léger,
facile à manier et qui ne laisse rien à désirer comme moyen de transmission et comme moyen d'audition.

Dans notre figure 8, la mâchoire commutartrice à trois jacks J1 J2 J3; les deux premiers sont pourvus d'un contact supplémentaire.
La fiche de prise de poste correspondante est composée de 3 fiches de même calibre que celles servant à l'établissement des communiations; la fiche centrale F2 est entierement métallique ; ces 3 fiches sont rendues solidaires grâce à une pièce en ébonite pourvue de 4 bornes sous lesquelles se fixent les ferrets du cordon à 4 conducteurs.
Lorsque la triple fiche n'est pas enfoncée dans la mâchoire, toutes les clés d'écoute sont à la disposition du poste principal; la lé N1, qui en partie des 5 clés de gauche, l'est directement, la clé n2, qui est l'une des 5 clés de droite, est mise en realation avec ce poste par l'intermédiare des contacts supplémentaires des jacks J1 et J2 de la mâchoire.
Si maintenant nous enfonçons la triple fiche, nous rompons les contacts supplémentaires intérieurs des jacks J1 et J2 et nous mettons en court circuit les deux ressorts intérieurs du jack J2. De ce fait, nous supprimons les communiations de la clé d'écoute N2 avec le poste prinipal et nous établissons d même coup, celle de ladite clé avec le recepteur du poste secondaire par l'intermédiare de l'enroulement "ligne" de la bobine d'induction B1, spéciale à ce poste ; nous établissons également la communiation du mirophone de ce poste avec le primaire de cette bobine d'induction en passant par le contact spécial clé d'écoute et le commutateur de pile microphonique affetée au poste de secours.

Dans les nouveaux tableaux, figure 9, la mâchoire commutatrice est remplaée par une simple clé de jonction dite "poste de secours" et par une mâhoire à 4 contacts.

En résumé, les tableaux commutateurs à 50 et 100 diretions ont respetivement la constitution suivante :

Le nouveau groupe de clés du modèle 1911, ne comporte plus deux leviers utilisés, l'un (manette blanhe) pour l'écoute, l'autre (manette noire) pour l'appel des abonnés. Ce dernier levier doit être incliné en avant pour l'appel du demandé et en arrière pour le cas rare, du rappel du demandeur.

Tableaux à 100 diretions :

sommaire

Pour les bureaux comprenat de 200 à 500 directions ou de 500 à 10 000 ...., se reporter à un manuel de cours de l'époque.
Je vous recommande "Installations des Bureaux Téléphoniques par A.L. VIDAL qui détaille tous les types et modèles de centraux manuels avant 1914.

C'est au début de 1880 que, dans les bureaux centraux téléphoniques, devenus déjà assez importants, on reconnut la nécessité de permettre à une seule opératrice, malgré le nombre élevé des abonnés, de terminer seule l'établissement d'une communication demandée.
Scribner
inventa le « multiplage » des jacks terminaux des lignes d'abonnés, c'est-à-dire la dérivation sur chaque ligne d'abonné, à intervalles réguliers, d'un nombre de jacks égal au nombre des opératrices du central téléphonique.

Les bureauxt éléphoniques « à batterie centrale » et munis de lampes de signalisation commencèrent à entrer en service en Europe vers 1899.


Remarque :
A cette époque, pour des raisons économiques, les téléphones des abonnés n'étaient pas encore équipés de combiné pratique comme les opératrices, mais avec des microphones "à plaque" dans le jargon des collectionneurs, les charbons modulant le courant microphonique étaient disposés sous une plaque en "pichpin", comme le celébre poste Ader N°4 ci contre.




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Poste téléphonique des abonnés : écouteurs et microphone sont séparés

MISE EN COMMUNICATION DES ABONNÉS ENTRE EUX

Le service des communications dans les bureaux centraux est de tous les instants, sans aucune interruption ; il est fait le jour par des femmes et la nuit par des hommes.
On doit y apporter la plus grande célérité possible.
Tous les employés du bureau y coopèrent sans être spécialement désignés pour telle ou telle catégorie de correspondances.
Les employés d'un même bureau ou de bureaux différents se prêtent un mutuel concours afin d'atteindre toute la rapidité et toute la régularité désirables.
Le personnel chargé du service des communications est assermenté sans exception.

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Les manœuvres à effetuer dans un bureau :

1 - Lorsqu'un annonciateur tombe, l'employé qui se trouve le plus près du tableau vient immédiatement le relever, et place la fiche d'appel dans le trou de droite du Jack-Knife de l'appelant; puis il introduit la fiche à 4 lames de son téléphone portatif dans le commutateur à 4 contacts (mâchoire) qui correspond à la fiche d'appel, et répond par le cri d'usage : Allô! que désirez-vous ?

2 - L'appelant ayant donné le nom et l'adresse, ou simplement le numéro de la personne avec laquelle il désire se mettre en rapport, l'employé répète le nom (ou le numéro) du correspondant qui lui est indiqué et invite celui-ci à rester à son appareil.

3 - Si la personne demandée se trouve reliée au même tableau que la personne qui demande, ou à un tableau assez rapproché pour qu'un seul cordon puisse les unir, l'employé prend de la main droite un cordon de communication à deux fiches ; il introduit une de ces fiches dans le trou de gauche du Jack-Knife de l'abonné qui a appelé ; il retire la fiche d'appel qu'il place dans le trou de droite du Jack-Knife de la personne demandée, et appuie sur le bouton d'appel pendant une ou deux secondes (ayant toujours le récepteur à l'oreille).

4 - Aussitôt qu'il a reçu la réponse, il prévient M. Z... qu'il ait à entrer en communication avec M. X... par ces mots : communiquez, messieurs ! et introduit en même temps la fiche restée libre du cordon de communication dans le trou do gauche du Jack-Knife de l'appelé.
Il reste clans la même position jusqu'à ce qu'il ait entendu la conversation s'engager ; à ce moment, il retire la fiche d'appel.

5 - Si la personne demandée répond immédiatement, la mise en communication de deux abonnés peut s'effectuer en 12 ou 15 secondes. (A Naslwille (État-Unis), un employé arrive souvent à établir 200 communications par heure, et, dans des moments de grande presse, quelques opérateurs ont même établi vingt-cinq cornmunicactions en cinq minutes.)

6 - Si, au contraire, l'abonné demandé est relié à un autre bureau, ou se trouve sur un tableau trop éloigné du tableau de l'appelant pour être relié avec un seul cordon de communication, on a recours au conjoncteur.
L'employé, après avoir introduit l'une des fiches du cordon de communication dans le trou de gauche du Jack-Knife de l'abonné qui a appelé, introduit l'autre fiche dans le trou du Jack-Knife (ou Jack) du conjoncteur, en ayant soin de prendre le numéro de la série qui correspond au groupe, dans lequel se trouve l'appelant.

7 - Il prend ensuite un deuxième cordon de communication et se porte devant le tableau sur lequel se trouve l'abonné demandé il introduit une des fiches de ce cordon dans le trou du Jack-Knife (ou Jack) du conjoncteur, même numéro et même lettre que celui déjà pris pour l'abonné appelant. Il continue la communication comme dans le premier cas.

8 - Si l'abonné appelé ne répond pas immédiatement, et si, après avoir renouvelé les appels trois ou quatre fois par intervalles, il reste encore muet, l'employé en prévient l'appelant; celui-ci indique alors si l'on doit renouveler les appels dans un certain délai ou s'il renonce à correspondre.

9 - Si l'abonné appelé est en communication avec une autre personne, l'employé en prévient l'appelant en l'invitant à rappeler dans quelques instants, ou bien à raccrocher ses récepteurs, en lui disant qu'on le rappellera aussitôt que la communication du correspondant qu'il désire sera terminée.

10 - La fin d'une communication est indiquée à l'employé par la chute des voyants des annonciateurs des deux abonnés.
A ce signal, l'employé relève les annonciateurs et se met en relation avec les lignes en correspondance ; il écoute un instant ; s'il entend parler, il se retire immédiatement ; si, au contraire, il n'entend rien, il prononce le mot : terminé! à trois reprises, puis au bout d'un instant, si le silence continue, il relire le cordon de communication.

11 - Si, au bout de quatre ou cinq minutes après qu'une communication a été établie, le signal indiquant la fin de la conversation n'a pas été donné, l'employé se met en relation avec les lignes en correspondance ; après s'être assuré qu'aucun des deux correspondants n'est à son appareil, il retire le cordon de communication.




Poste téléphonique chez un abonné

A ce sujet, il est bien recommandé aux abonnés, lorsqu'ils sont en communication, de ne pas sonner avant que la conversation ne soit entièrement terminée.



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LE NOUVEAU COMMUTATEUR A 49 POSITIONS

L'ancien commutateur, est formé de tableaux à 25 numéros, le nouveau est a 49 numéros (positions).
Dans ces deux types de bureaux centraux, chaque ligne auxiliaire (lignes reliant entre eux différents bureaux centraux) arrive, comme les lignes d'abonnés elles-mêmes, à un annonciateur et à un Jack-Knife d'un tableau et les lignes auxiliaires sont réparties entre les différents tableaux d'un bureau.

A l'Exposition universelle de 1878, le nouveau commutateur dit multiple à capacité totale de 3.000 abonnés, qui a été construit était installé dans le pavillon au Champ-de-Mars et servait à mettre en communication les abonnés situés à l'intérieur de l'Exposition entre eux, et ceux de Paris.
Ce commutateur, qui est le premier installé pour les téléphones à double fil dans le monde, présente les particularités suivantes:
1° Un téléphoniste dessert 80 abonnés ;
2° Au-dessus de chaque téléphoniste et dans des panneaux disposés à cet effet, se trouvent de petits Jack-Knifes en nombre égal au total des abonnés du bureau, et disposés de telle façon que le téléphoniste puisse immédiatement mettre en communication l'un quelconque des abonnés qu'il dessert, avec l'un quelconque des abonnés du bureau central.
Les lignes auxiliaires dans les villes où il y a plusieurs bureaux centraux, sont traitées comme une ligne d'abonnement ordinaire.

Un grand progrès :
La téléphoniste est assise

Ce système a les avantages suivants :

1° Les communications sont données presque instantanément ;
2° On peut accroître presque indéfiniment la puissance d'un réseau ;
3° Le téléphoniste peut se rendre compte immédiatement si l'abonné demandé est libre ou est en communication, en introduisant sa fiche dans le Jack-Knife de l'abonné demandé : s'il entend dans son téléphone un craquement, l'abonné demandé est en communication ;
4° Le téléphoniste est assis pendant son service, ce qui rend son travail beaucoup moins pénible.

Un perfectionnement considérable apporté aux commutateurs multiples est le dispositif imaginé par M. .Berthon, dispositif rendant les Jack-Knives amovibles, ce qui permet la recherche des dérangements, chose impossible avec les commutateurs multiples à simple fil existant actuellement.
On a fait une application de ce système de commutateur multiple au bureau de La Villette nouvellement installé par la Société.
M. Berthon a imaginé un petit appareil spécial dit conjoncteur Jack-Knife permettant de donner à chaque téléphoniste la totalité des lignes auxiliaires.
Ce système permet d'assurer le service du réseau de Paris en donnant le temps d'étudier à fond l'établissement d'un bureau central, destiné à réunir en un seul bureau, les bureaux centraux de l'avenue de l'Opéra, de la rue Lafayelte, de la place de la République, de la rue Etienne-Marcel et de la rue d'Anjou.

1893 Organisation des bureaux interurbains, avec le système Mandroux :
En France, antérieurement au 1er janvier 1890, les communications interurbaines ne pouvaient s'échanger, en principe, qu'entre les deux points extrêmes d'une même ligne.
Depuis cette époque, le réseau téléphonique iinterurbain a été constitué de manière à permettre aux réseaux d'une même région de communiquer entre eux par l'intermédiaire d'un poste central.
De plus, ce poste central peut mettre tous les réseaux urbains de sa région en communication avec les autres régions.
C'est ainsi que Rouen sert de poste central à tous les réseaux de Normandie; de même, Lille est le centre des communications interurbaines du Nord.
Des bureaux centraux analogues ont été également installés à Reims, Nancy, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux, etc.
Cette organisation a pris un développement d'autant plus considérable que le réseau téléphonique interurbain s'étendait davantage.
La table de coupure et de jonction, imaginée par M. Mandroux, a pour objet de rendre faciles et rapides les opérations que le personnel des bureaux centraux interurbains est appelé à exécuter.
Un certain nombre de ces tables sont déjà en service, notamment à Bordeaux, Orléans, Nimes, Montpellier, Béziers, Limoges ; elles fonctionnent très régulièrement.
D'ailleurs, par des modifications de détail, l'inventeur a adapté chacune de ses tables aux- besoinslocaux du poste qu'elle est appelée à desservir.

D'une manière générale, la table Mandroux permet de réaliser les combinaisons suivantes :
Relier les lignes interurbaines avec le réseau urbain. :
- a. Par communication métallique directe, lorsque le réseau comporte un circuit à double fil ;
- b. Par l'intermédiaire d'un transformateur, lorsque le réseau est à simple fil avec retour par la terre.
Dans les deux cas, le bureau central peut placer un appareil d'opérateur en dérivation dans le circuit.
Relier les lignes interurbaines entre elles :
- a. Par communication métallique directe, avec ou sans annonciateur de fin de conversation dans le circuit;
- b. Par communication métallique avec relais d'appel embroché dans le circuit, le bureau central conservant la faculté de se mettre en communication avec l'un ou l'autre des bureaux extrêmes, tout en laissant la section inoccupée sur annonciateurd'appel;
- c. Par l'intermédiaire d'un transformateur, lorsqu'une ligne à circuit métallique doit être reliée à une ligne à fil unique.
Dans ces différents cas, un appareil d'opérateur peut être introduit dans le circuit.
Tout en restant indépendante du commutateur affecté au réseau Urbain, la table Mandroux peut se raccorder à ce commutateur, quel que soit son système, et sans aucune modification apportée à l'installation; la photo ci contre montre la dispositionet l'aspect général d'une de ces tables.
On trouve l a description en détail de cette table Mandoux dans "Le montillot Téléphonie pratique premier supplément" de 1895

Pour PARIS rue Gutenberg, le système dit multiple constitue une amélioration considérable.

A PARIS Il y a en 1893, environ 23.000 abonnés, qui sont répartis entre huit centraux dont voici la nomenclature :
-- Les abonnés dont le numéro commence par un 1, sont reliés
au 2e étage de la rue Gutenberg
--
Ceux dont le numéro commence par un 2, sont reliés au 3e étage de la rue Gutenberg
-- par un 4, à la rue Chaudron,
-- par un 5 à la place Vagram et à la rue Desrenaudes
-- par un 6, à Passy
-- par un 7, rue Lecourbe et boulevard Saint-Germain
-- par un 8, boulevard Port-Royal
-- par un 9, rue de la Roquette.
Le poste le plus important est celui de la rue Gutenberg qui réunit à lui seul 14000 abonnés sur 23000 : ce n'est pourtant ni le mieux installé, ni le plus perfectionné.
Il tient le milieu entre le poste du boulevard Saint-Germain où sont les plus anciens appareils,et celui de la rue Desrenaudes où nous trouverons les innovations dernières.
Au boulevard Saint-Germain l'installation est déplorable, dans une salle obscure, insalubre, où une cinquantaine de jeunes filles sont empilées, manquant d'air, obligées de se tenir continuellement debout.
Hâtons-nous de dire, d'ailleurs, que ce bureau disparaîtra d'ici quelques mois, ainsi que celui de la rue Lecourbe, et que tous deux seront remplacés par celui de l'avenue de Saxe qu'on est en train de construire.


1993 l'Hotel central des téléphones, GUTEMBERG

Le journal illustré du 3 septembre 1893
Enfin l'hotel des téléphones est achevé et il faut espérer que les abonnés cesseront de gémir sur la lenteur et la difficultés des communications provenant de ce qu'a chaque station, chaque fil devait être embranché, ce qui faisait perdre beaucoup de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument situé rue Gutemberg.
Il a été bâti sur la petite bande de 1000 métres de terrain qui resta à l'Etat, entre la rue du Louvre et la rue Jean-Jacques Rousseau, après l'édification de l'hotel des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de M. Boussard, architecte, auquel on devait dèjà les plans de la Caisse d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul présente un aspect entièrement nouveaux, tant par l'emploi presque exclusif de la brique vernisée et du fer, que par la prédominances des vides sur les pleins, ce qui lui donne l'aspect d'une vaste ruche vitrée. La grande façade, tout en fer, fait preuve d'une hardiesse inaccoutumée dans l'emploi du métal ; le complément est en brique émaillées de couleur blanche veinées de vert, suivant des procédés qu'on dit restitués de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté et un éclat qu'on est plus habitué à trouver aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre pluie lavera spontanément toute cette faïence et la fera paraitre éternellement neuve.

De l'aveu de personnes autorisées, ayant visité la plupart des installations téléphoniques de l'Europe et de l'Amérique, les salles de l'hôtel des Téléphones de Paris sont les plus belles qui existent au monde.

Gutenberg Cliquez sur un étage pour voir en détail

  Ces salles mesurent 60 mètres en longueur et 12 en largeur; leur hauteur de plafond est d'au moins 5 mètres. Chacune d'elles a la forme d'un rectangle allongé, terminé à ses deux bouts par des demi-cercles. De vastes baies distribuent la lumière. Dans le sous-sol, les trois foyers d'un grand calorifère fournissent la chaleur à tous les étages. Au-dessus des chambres de chauffe, un ventilateur puissant répartit dans la tuyauterie une forte colonne d'air comprimé, provenant de la distributionde la compagnie Popp. C'est cette colonne d'air qui répandune douce chaleur dans les différentes salles. L'été, au contraire, lorsque le calorifère reste inactif, le même ventilateur sert à l'aération de l'immeuble, et maintient la fraîcheur si nécessaire au nombreux personnel groupé autour des appareils...
Le commutateur multiple qui fonctionne à l hôtel des Téléphones a été imaginé, en 1880, par MM. Haskins et Wilson, dont la Western Electric CI, de Chicago, exploite les brevets. Il a été fourni à l'Administration française par la Société de matériel téléphonique, installée, à Paris, sous la direction de M. Aboilard.
Principe du commutateur multiple.
Le multiplage consiste à mettre sous la main de chaque téléphoniste tous les abonnés du réseau, de façon qu'un seul opérateur puisse relier, sans intermédiaire, un abonné quelconque, du groupe qu'il dessert, avec l'un quelconque de tous les autres abonnés.
Le grand panneau vertical, divisé par des traverses en six compartiments, est rempli par des réglettes horizontales, superposées, et percées de trous ronds. Le plateau horizontal supporte deux rangées de chevilles métalliques.
Le petit panneau vertical est garni d'avertisseurs dont les volets, en s'abattant, laissent voir les numéros.
Sur la tablette horizontale, sont alignés des leviers de manoeuvre et des boutons d'appel.
Trois téléphonistes sont assises devant chaque table et se partagent le travail.
De petites tables, disposées de place en place, en face des grandes, servent de bureau aux surveillantes qui, de là, par une manoeuvre très simple, et à l'insu de leurs subordonnées, peuvent contrôler la march-e du service.
Notre gravure permet d'apprécier l'affectation des divers étages.
Un immense hall de 60 métres de long recevra 90 employés pour les chaque étage 1,2 et 3.
Voyons le deuxième étape.
Le meuble, qui occupe toute la longueur d'une grande salle, bien éclairée et bien aérée, se divise en 42 tables..
Devant chaque table sont assises trois téléphonistes et chacune d'elles doit s'occuper de 80 abonnés dont les annonciateurs sont placés à portée de sa main.

Mais ici, si chaque téléphoniste ne peut recevoir l'appel que des 80 abonnés dont elle a le soin, elle peut directement donner la communication avec les 6000 abonnés dont le numéro commence par un 1 et elle a devant elle six mille petits trous, les jack, dont chacun correspond au numéro d'un abonné.
Suivons mainlenant l'opération.
L'annonciateur donne le numéro de l'abonné qui sonne : aussitôt la demoiselle prend un cordon, terminé par une fiche en cuivre, et l'enfonce dans le jack de cet abonné avec lequel elle se met en communication en abaissant une clef; si l'abonné appelant n'est plus à l'appareil, elle le rappelle à l'aide d'un bouton situé à gauche de la clef.
Si l'abonné appelant demande un abonné dont le numéro commence par un 1 l'opération est simple : elle prend une seconde fiche en cuivre et la présente sur le bord du jack correspondant à l'abonné appelé : elle entend aussitôt à l'aide du récepteur appliqué à son oreille, si la ligne est libre ou non : si la ligne n'est pas libre il y a une sorte de craquement et elle répond à l'abonné appelant qu'il faut attendre un peu. Si au contraire la ligne de l'abonné appelé est libre, la téléphoniste enfonce complètement sa fiche dans le jack et elle sonne à l'aide d'un bouton situé à droite de la clef. Dès que l'abonné appelé a répondu elle n'a plus qu'à relever sa clef et la communication est établie entre les deux abonnés.
La communication terminée, elle remet tout en place, l'annonciateur et les deux fiches qui servirent à la communication.

Si le numéro de l'abonné appelé commence par un 2 ou par tout autre chiffre, il faut, recourir à une autre téléphoniste soit de l'étage supérieur soit des bureaux dont nous avons donné la nomenclature, et les deux abonnés communiquent par l'intermédiaire d'une ligne auxiliaire à laquelle tous deux sont momentanément reliés.
Il en va de même pour le cas où un abonné demande une des lignes interurbaines : la téléphoniste le met en communication par l'intermédiaire de ses collègues qui, au premier étage de la rue Gutenberg, sont préposées au service des lignes de la province et de l'étranger.
Notons maintenant que derrière les téléphonistes assises à leurs tables, se tiennent les surveillantes : il y a une surveillante pour 4 tables,c'est-à-dire pour 12 téléphonistes, et par une disposition ingénieuse, chaque surveillante, installée à son bureau, peut à l'aide du microphone entendre les téléphonistes, ce qu'elles disent et répondent aux abonnés, en un mot se rendre compte de leur travail.
De l'autre côté du meuble se tiennent les téléphonistes affectées au service de l'arrivée, c'est-à-dire qui donnent aux différents bureaux la communication avec les 6000 abonnés du 2' étage de la rue Gutenberg.
Au l'étage du poste de la rue Gutenberg, inauguré en 1893, sont les abonnés dont le chiffre commence par un 2 et nous pouvons voir déjà ici certain perfectionnement que nous retrouverons plus loin à la rue Desrenaudes.
Au 1" étage sont placées les lignes interurbaines; ici la téléphoniste a en plus de son service habituel une comptabilité à tenir pour les communications qui se paient à part, et des numéros d'ordre à donner aux abonnés qui demandent la communication avec les villes de province et de l'étranger dont les circuits sont déjà occupés ou retenus.

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L'installation de la rue Gutenberg est convenable : l'air et la lumière n'y font pas défaut et les jeunes filles ne sont pas dans de mauvaises conditions hygiéniques : chacune d'elles a à sa disposition une petite armoire en bois qui lui sert de vestiaire.
Et comme la coquetterie ne perd jamais ses droits chez la Parisienne, si vous ouvrez la porte d'une de ces armoires, vous ne manquerez pas de trouver un miroir devant lequel la jeune fille se recoiffe hâtivement, son travail accompli; et puis,faut-il le dire, sur un des rayons, l'inévitable petite boîte de poudre de riz !

Une surveillante
Allons maintenant, si vous le voulez bien, à la rue Desrenaudes : nous y trouvons un bureau nouvellement installé dans un bâtiment d'une sobre élégance.
Du haut en bas, la visite en est des plus intéressantes : dans une cave aboutit, à la sortie des égouts, une énorme gaine maçonnée et parfaitement étanche qui contient les câbles, à 224 paires de fils.
Ces câbles sortent de leur gaine à l'étage supérieur en montent verticalement : ils ne sont plus alors que revêtus de papier, desséché au moyen de l'air comprimé,
Les câbles aboutissent au répartiteur où tous les fils se séparent les uns des autres et se fixent sur des bornes en cuivre appelées amorces
Là les fils extérieurs sont en contact avec les fils intérieurs qui vont alors sur une grande grille horizontale où ils prennent le numéro de l'abonné.

Après avoir traversé la salle des accumulateurs où une dynamo charge les plaques et fournit l'électricité nécessaire pour le service des sonneries et des microphones, nous arrivons en haut dans une superbe et vaste salle inondée de lumière où travaille le personnel.
Là les meubles sont les mêmes que ceux du troisième étage de la rue Gutenberg, c'est le même système dit multiple, les avertisseurs sont situés en haut et au dessus des jack, la téléphoniste n'a jamais à y toucher : un disque s'abaisse quand l'abonné sonne; il se relève de lui-même quand la conversation a pris fin.
Et maintenant que nous avons ainsi étudié de façon, hélas très superficielle, les installations et les appareils, faisons un peu connaissance, si vous le voulez bien, avec la demoiselle du téléphone, celle que tant de gens, — vraiment un peu injustes — maudissent et bousculent pour sa prétendue lenteur.
S'il était donné à tous de visiter les postes téléphoniques, j'affirme que les abonnés les plus cassants, les plus grincheux, mettraient davantage de courtoisie et de patience dans leurs réclamations
C'est un métier vraiment épuisant que celui de téléphoniste : le récepteur fixé à l'oreille par un ressort surre-tête, la jeune fille est placée devant le microphone suspendu en face de sa bouche; de cette façon elle a les mains complètement libres pour les diverses manipulations que nous avons précédemment décrites.Beaucoup de débutantes ne peuvent supporter ce serre-tête à cause des migraines qu'il donne et sont obligées de renoncer à la profession.
Celles qui résistent sont astreintes à un labeur extrêmement pénible : les communications, surtout à certaines heures de la journée notamment de 9 h. et demie à midi, de 5 heures à 6 h et demie, se succèdent sans interruption et il faut à la téléphoniste une extraordinaire habileté et une expérience consommée pour répondre à toutes et ne pas commettre d'erreur.
Certaines téléphonistes donnent jusqu'à 250 communications à l'heure ! Croyez-vous qu'elles aient le temps de bavarder comme certains les en accusent ?
Quelques-uns s'imaginent aussi que les téléphonistes se distraient à écouter certaines communications intéressantes : il est vrai que la disposition des appareils le leur permet; mais en réalité elles n'en ont jamais le temps et d'ailleurs les surveillantes s'en apercevraient aussitôt.
Ainsi, toute négligence, toute impolitesse est sûrement réprimée, et le public se trouve très suffisamment armé contre les fautes possibles de la téléphoniste.
Celle-ci, par contre, est-elle toujours protégée coinre la grossièreté, l'impertinence, l'injustice de certains abonnés : pour cela, non.
Il y a, paraît-il, des abonnés, véritables goujats, qui adressent à ces femmes, à ces jeunes fiIles, des injures immondes, des expressions d'une révoltante ignominie; d'autres, vieux marcheurs libidineux, ou gigolos dépravés, trouvent extrêmement amusant de débiter quelques, saletés pornographiques à ces laborieuses employées. L'administration pourrait, dans ce cas, couper la ligne et supprimer l'abonnement de ces malotrus personnages.
En réalité, elle n'use guère de ce moyen de répression; et c'est, à mon avis, regrettable.
Le public a le droit d'être bien servi et il a raison de se montrer exigeant pour le bon fonctionnement des services ; mais il a le devoir de respecter la dignité et la pudeur de ces jeunes filles qui travaillent si courageusement pour un bien faible salaire.

La téléphoniste débute à 1000 francs par an, sur lesquels une retenue de 500 est faite pour la retraite : elle a en plus 200 francs de frais de séjour à Paris et 1 franc par jour de présence pour indemnité de nourriture. Elle peut compter sur une augmentation de 100 francs tous les 15 ou 18 mois.

Telle est la situation des demoiselles du téléphone; situation peu enviable en vérité, mais à laquelle elles tiennent. Aussi voient elles avec une grosse inquiétude l'essai qui va être tenté au bureau de Wagram dont la réouverture fut faite avec une vingtaine de jeunes gens.
immondes, des expressions d'une révoltante ignominie; d'autres, vieux marcheurs libidineux, ou gigolos dépravés, trouvent extrêmement amusant de débiter quelques, saletés pornographiques à ces laborieuses employées. L'administration pourrait, dans ce cas, couper la ligne et supprimer l'abonnement de ces malotrus personnages.
En réalité, elle n'use guère de ce moyen de répression; et c'est, à mon avis, regrettable.
Le public a le droit d'être bien servi et il a raison de se montrer exigeant pour le bon fonctionnement des services ; mais il a le devoir de respecter la dignité et la pudeur de ces jeunes filles qui travaillent si courageusement pour un bien faible salaire.

La téléphoniste débute à 1000 francs par an, sur lesquels une retenue de 500 est faite pour la retraite : elle a en plus 200 francs de frais de séjour à Paris et 1 franc par jour de présence pour indemnité de nourriture. Elle peut compter sur une augmentation de 100 francs tous les 15 ou 18 mois.

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Le fonctionnement du réseau téléphonique de Paris a été l'objet, de plaintes les plus vives ; on a même vu les abonnés s'unir pour défendre leurs droits.
Il est intéressant de jeter un coup d'oeil sur le développement pris dans notre capitale par ce nouvel engin de progrès, et de constater les améliorations indéniables, apportées en ces derniers temps à l'ensemble du réseau.

Cela ne nous empêchera pas, sans rechercher toutes les causes des défectuosités existantes qui sont à la fois d'ordre technique, financier et administratif, de signaler les points faibles à corriger et les fautes à éviter.

En France, les communications téléphoniques constituent un monopole d'État, au même titre que les communications télégraphiques.
Le soin de remplir les obligations de ce monopole est confié au Ministère des Travaux publics, des Postes et des Télégraphes.

Cette distribution des abonnés n'est pas une chose une fois faite ;
il y a des mutations fréquentes, pour diverses raisons : changement de domicile d'un abonné, arrivée d'un nouvel abonné, etc».
Ce type de gestion n'est possible que pour un petit réseau.
Le réseau a cependant fait l'objet de quelques choix de structure délibérés.
Ainsi, la société explique que « tous les fils qui joignent les divers bureaux centraux de Paris passent tous par un point central situé 27 avenue de l'Opéra.
On aurait pu établir des lignes reliant les bureaux deux à deux par le chemin le plus court.
Cette méthode aurait diminué la longueur totale de câbles employée à ce service.
On a cependant préféré le système du point central d'où rayonnent les fils venant de tous les bureaux ».

Cela permet de tirer parti des rosaces sur lesquelles les fils correspondant à chaque abonné sont disposés à l'aboutissement des câbles : « Si on reconnaît que le bureau C fait un usage peu actif de ses fils auxiliaire avec D, tandis que les communications entre D et I sont actives et sont quelquefois retardées par le manque de lignes, la manœuvre à faire est facile.
On disjoint un fil double CD à son extrémité C dans la rosace et on le relie à un câble libre venant du bureau I. »
Cette adaptation du réseau au trafic observé ne vaut pas seulement pour les lignes auxiliaires.
Pour faciliter le travail des opératrices, « il y a lieu de réunir [sur les tableaux], autant que possible, les abonnés en groupes sympathiques, si on nous permet cette expression, c'est-à-dire en groupes de personnes causant le plus habituellement ensemble.

Le réseau de Paris, qui vient d'être complètement transformé, n'est pas encore à batterie centrale « intégrale », c'est-à-dire sans aucune pile chez l'abonné.
Pour différentes raisons et jusqu'à nouvel ordre, l'Administration des Téléphones s'est résolue à maintenir dans les postes simples les piles microphoniques et à ne réaliser la centralisation de l'énergie que pour l'appel.

Cette disposition réduit au minimum les modifications à effectuer dans le montage des anciens postes d'abonnés ; il suffit, en principe, de remplacer la sonnerie trembleuse par une magnétique et d'ajouter un condensateur dans son circuit.
Les bornes de sonnerie de l'appareil sont alors reliées directement aux bornes de ligne, car il n'y a plus ni bouton, ni pile d'appel.
Avec un tel poste, l'abonné possède déjà la plupart des avantages de la batterie centrale, tels que l'automatisme de l'appel et de la fin de communication.
Il suffit, en effet, pour appeler le bureau central, de décrocher le récepteur et, pour donner le signal de fin, de le raccrocher.
La sonnerie magnétique, montée en permanence sur la ligne avec son condensateur, ne résonnera qu'au passage d'un courant alternatif d'appel.
En décrochant son récepteur, l'abonné ferme le circuit de ligne ; le courant de la batterie centrale y circule donc immédiatement.
La lampe d'appel placée au-dessus du jack individuel s'allume aussitôt sur le multiple et attire l'attention de la téléphoniste.
En même temps, le crochet-commutateur ferme le circuit primaire de la pile locale microphonique et la conversation peut s'engager.
Il est à remarquer que le bon fonctionnement du transmetteur est lié au bon état d'entretien de la pile microphonique et c'est surtout à cause de cette considération que l'ancien poste ainsi transformé est inférieur au poste à batterie centrale intégrale

En décrochant son récepteur, l'abonné ferme le circuit de ligne ; le courant de la batterie centrale y circule donc immédiatement.
La lampe d'appel placée au-dessus du jack individuel s'allume aussitôt sur le multiple et attire l'attention de la téléphoniste.
En même temps, le crochet-commutateur ferme le circuit primaire de la pile locale microphonique et la conversation peut s'engager.
Il est à remarquer que le bon fonctionnement du transmetteur est lié au bon état d'entretien de la pile microphonique et c'est surtout à cause de cette considération que l'ancien poste ainsi transformé est inférieur au poste à batterie centrale
intégrale.

En décrochant son récepteur, l'abonné ferme le circuit de ligne ; le courant de la batterie centrale y circule donc immédiatement.
La lampe d'appel placée au-dessus du jack individuel s'allume aussitôt sur le multiple et attire l'attention de la téléphoniste.
En même temps, le crochet-commutateur ferme le circuit primaire de la pile locale microphonique et la conversation peut s'engager.
Il est à remarquer que le bon fonctionnement du transmetteur est lié au bon état d'entretien de la pile microphonique et c'est surtout à cause de cette considération que l'ancien poste ainsi transformé est inférieur au poste à batterie centrale intégrale
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SCHÉMA DE MONTAGE D'UN ANCIEN POSTE D'ABONNÉ. TRANSFORME POUR LA BATTERIE CENTRALE.
— L, ligne. — L1, L2,. bornes de ligne.
— S1, S2, bornes de sonnerie. — C, condensateur.
—- S, sonnerie magnétique.
— Cr. crochet-commutateur fermant le circuit de ligne par le contact c et le circuit primaire par les contacts a et b.
— R, récepteurs. — I, bobine d'induction.
— T, transmetteur. — ZM, CM. bornes de la pile microphonique PM.

PLAN DU PREMIER CENTRAL OPERA
Sous sol
Rez de Chaussé
Vue en coupe


Ci dessus : vue en coupe, dessous le Sous sol . En fond vue du 1er étage

Vue dS

En France les téléphones sur le réseau de l'Etat appelés modèle de téléphone 1910 (Appélé aussi PTT 1910 ou Marty) à magnéto sont installés sur tous les centraux encore manuels.
PTT 1910 BL avec batterie, PTT 1910 sans batterie, Jacqueson.
Schéma du 1910 GrammontSit
Cependant il subsistait encore chez le client une batterie nécessaire pour alimenter le microphone dans le cas ou le centre manuel ne pouvait fournir l'alimentation du courant microphonique, les téléphones BL à batterie locale (bornes Zm et Cm sur le schéma).

Très vite, arrivèrent les nouveaux centraux manuels avec batterie centrale, libérant ainsi l'installation chez l'abonné de toute source éléctrique, ce qui simplifiera les installations et réduira considérablement les coûts de maintenance (moins de déplacements, d'interventions)

Avec la batterie centrale : Comment peut-on alimenter simultanément plusieurs téléphones par la même batterie sans que pour autant les courants de conversation se mélangent ?
Tout simplement en insérant entre chaque ligne et la batterie centrale , une self qui bloque les courants de conversation et empêche que ceux-ci se referment au travers de la batterie.
Cette self sera installée au central manuel car, on va utiliser cette self comme électro-aimant, pour avertir l’opératrice lorsque qu’un courant circule dans la ligne, c’est à dire lorsque l’abonné à décroché son combiné. La self se combine donc avec l’annonciateur.
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1911
En vue de la création d'un nouveau bureau central téléphonique destiné à desservir une partie de la circonscription de Desrenaudes et les abonnés du quartier de Montmartre, l'Administration a loué avec promesse de vente, 266, rue Marcadet, un bâtiment que l'on construit actuellement, d'après des plans approuvés par elle. Le bureau Marcadet desservira une nouvelle circonscription formée de la partie de la circonscription du bureau de Desrenaudes limitée par les voies suivantes : Chemin de fer de l'Ouest-Etat, fortifications, boulevard O'rnano, rue du Mont Cenis, rue des Martyrs, boulevards de Clichy et des Batignolles. Le bâtiment en question recevra, au début, un tableau multiple équipé pour 2.200 lignes d'abonnés et 200 lignes suburbaines, mais il se prêtera facilement, par la suite, à une installation susceptible de desservir 9000 abonnés. Il suffira, en effet, le moment venu, de construire un 2e étage, sans avoir à toucher au ler ; la résistance du plancher haut a été prévue en conséquence.
Ce multiple fonctionnera, bien entendu, à batterie centrale. Son agencement différera peu de celui des multiples des autres bureaux de Paris. Toutefois, il y a lieu de signaler les particularités suivantes :
a) Répétition du signal d'appel. — Chaque relais d'appel commandera deux signaux lumineux placés au-dessus de deux jacks locaux reliés à la même ligne d'abonné, mais situés dans des groupes différents, séparés par au moins deux positions d'opératrice.
Cette disposition permettra d'assurer l'entraide dans des conditions très satisfaisantes : 6 téléphonistes, au lieu de 3 avec le système actuel, pourront répondre aux appels d'un même abonné, ce qui aura pour conséquence, non seulement, d'abréger le délai d'attente de cette réponse, mais encore de répartir entre 5 opératrices, au lieu de 2, le surcroît de travail résultant de l'absence momentanée d'une téléphoniste.
De plus si une lampe d'appel vient à brûler, les appels de l'abonné seront encore reçus par l'autre,
b) Appel sans clé. — L'appel des abonnés, sur les groupes B, se fera automatiquement, par le simple enfoncement de la fiche dans le jack correspondant. Cette nouvelle disposition facilitera le travail des opératrices B dont le rendement sera ainsi accru.
c) Les groupes A ne comporteront pas, au début, de jacks généraux, mais ils seront disposés pour en recevoir ultérieurement, si l'utilité en était reconnue.
d) Les lignes auxiliaires interurbaines seront agencées en vue de leur liaison avec les tables d'annotatrices du nouveau bureau interurbain, à installer rue des Archives. Elles comporteront, dès lors, des signaux lumineux d'occupation, répétés au-dessus des jacks multiplés correspondant à chacune d'elles.
e) Les groupes B et intermédiaires recevront les circuits suburbains de départ desservant les localités situées au Nord de Paris.Les jacks correspondants, multiples de 5 en 5 panneaux, seront pourvus de signaux d'occupation.
f) L'emplacement sera prévu pour l'installation d'un système de compteurs de conversations, du type semi-automatique, ou, de préférence, du type complètement automatique.

Dans le courant de l'année 1912 même, la nouvelle circonscription téléphonique est créée, qui dessert le poste central, rue Marcadet.
Il importe de signaler que le nouveau numéro des abonnés, qui y seront reliés, au lieu de commencer par les chiffres 1, 2, 3,....8 ou 9, comporte d'abord le nom du bureau, les deux groupes de chiffres qui suivent indiquant, comme dans les autres cas, la place qu'occupe la ligne téléphonique sur le multiple (Ex. : Marcadet 11-37).



Fonctionnement des bureaux centraux.

On peut se rendre compte de l'importance de cette batterie centrale, en disant qu'au bureau de Gutenberg, elle atteint une capacité de 4.000 ampère-heures, avec un débit normal de 300 à 400 ampères.
Il y a, en réalité, deux batteries de ce genre, fournissant du courant sous 24 volts, fonctionnant à tour de rôle et formées chacune de deux groupes de 12 volts reliés en tension.
C'est ce courant qui circule dans les lignes et actionne les relais d'appel.
Deux autres batteries de 12 volts desservent les lampes d'appel.
Les unes et les autres sont rechargées à l'aide de moteurs-générateurs, branchés sur la distribution de ville.
La période de charge des batteries de 24 volts est de 9 heures.
Des machines d'appel fournissent le courant alternatif à 25 périodes, nécessaire au fonctionnement des sonneries magnétiques placées chez les abonnés.

Les différents relais qui entrent dans la constitution du multiple (appel, supervision, etc.) sont groupés sur un même meuble spécial. Il en est de même des translateurs , intercalés, comme nous l'avons vu, dans le circuit des cordons de fiches.
Sur un tableau spécial sont groupés les fusibles , que traversent les lignes de tous les abonnés ; ce sont des fils de plomb qui fondent, lorsque l'intensité du courant devient trop grande et peut endommager la ligne.
Une lampe, placée sur ce tableau, s'allume alors instantanément et attire l'attention du surveillant.
Nous avons étudié précédemment ce qu'était un multiple.

Nous savons comment la téléphoniste, pour répondre à la demande d'un des abonnés, relie par un cordon souple le Jack individuel de celui-ci avec l'un des jacks généraux de l'abonnée demandé.
Mais il peut arriver aussi qu'un abonné, relié à un multiple A, désire entrer en communication avec un abonné appartenant à un multiple B. Ce résultat est obtenu à l'aide de lignes auxiliaires, reliant entre eux les deux bureaux A et B.
Ces lignes sont divisées en deux groupes : le premier quitte le bureau A sous le nom de lignes de départ et parvient au bureau B sous l'appellation de lignes d'arrivée. Inversement, le deuxième groupe constitue les lignes de départ pour B et d'arrivée pour A.



Fig. III
. — SALLE DES MACHINES DU BUREAU DE WAQRAM ( RUE DESRENATJDES).

— BÂTI DES TRANSLATEURS DIT BUREAU DE SAXE.



—TABLEAU DE FUSIBLES DU BUREAU DE SAXE

Les lignes de départ sont mises, a l'aide de jacks généraux qui les répètent dans tous les groupes du multiple A, à la disposition de chaque téléphoniste.
Ces groupes sont appelés groupes de départ .
Si un abonné du multiple A demande un abonné du multiple B, la demoiselle reliera par un cordon souple le jack individuel de son abonné avec le jack général d'une de ses lignes de départ vers le bureau B ; dans celui-ci, cette même ligne, sous le nom de ligne d'arrivée, sera mise en relation avec l'abonné demandé.
Toutes ces lignes d'arrivée, destinées uniquement à permettre la mise en communication des abonnés du multiple A avec ceux du multiple B, se terminent au bureau B par un simple cordon souple et une fiche. Toutes les fiches des lignes d'arrivée sont placées sur un multiple spécial formant ce qu'on appelle les groupes d'arrivée.Sur ces groupes sont distribués, comme dans les groupes de départ, tous les jacks généraux des abonnés du bureau B.

Des lignes spéciales, dites de service, relient les demoiselles du bureau A avec les téléphonistes des groupes d'arrivée du bureau B .
C'est en utilisant ces lignes de service, que la téléphoniste de B indique à la demoiselle de A le numéro de la ligne de départ qu'elle doit employer pour lui passer l'abonné demandeur.
Si l'abonné du multiple B ne répond pas ou si sa ligne n'est pas libre, la téléphoniste du groupe d'arrivée de B, sans plus perdre son temps, place la fiche monocorde dans un des jacks spéciaux dits « jacks de non réponse » ou « jacks d'occupation » qui, reliés à un vibrateur, l'ont entendre à l'abonné de A le rythme particulier, signe convenu de non réponse ou d'occupation de l'abonné demandé.

Ce dispositif réalise une notable économie de temps, puisqu'il supprime toute conversation entre l'opératrice et le demandeur.

Un bureau spécial sert à établir les communications interurbaines.
Lorsqu'un abonné désire entrer en conversation avec celui d'une autre ville, sa téléphoniste le met en rapport avec la « table » interurbaine, sur laquelle le circuit intéressé est raccordé.


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GROUPES DE DÉPART DU BUREAU DE SAXE


SCHÉMA D'INTERCOMMUNICATION DE DEUX ABONNÉS. RELIÉS A DES MULTIPLES DIFFÉRENTS.
Un abonné, relié au bureau central A, demandant une communication avec un abonné relié au bureau central B, la demoiselle du groupe de départ de A, sur lequel se trouve le jack individuel du premier abonné, réunit ce jack à l'aide d'un roi-don souple et de deux fiches avec l'un des jacks généraux d'une ligne auxiliaire se dirigeant vers B. la ligne auxiliaire, libre à ce moment et qu'elle doit employer, lui a été indiquée, à l'aide d'une ligne de service, par la demoiselle du groupe d'arrivée, au bureau B, des lignes auxiliaires venant de A. Celle-ci n'a plus qu'à introduire la fiche terminant la ligne auxiliaire choisie dans l'un des jacks généraux de l'abonné demandé. La communication est ainsi établie.


— GROUPES D'ARRIVÉE DU BUREAU DE SAXE.
— A, jacks généraux.
— B, jacks d'occupation et de non-réppnse.
— G, monocordes des lignes auxiliaires d'intercommunication.
— D, lampes de supervision.
— E, boutons d'appel.
— F, poste d opératrice.
— G, prise de poste d'opératrice.
— H, lampe pilote d'appel.



Grand Hall des multiples du bureau de WAGRAM
Les multiples des bureaux centraux de Paris sont disposés, soit en file dans une longue salle, comme au bureau de Saxe, soit autour d'un grand hall et sur deux étages, comme au bureau de Wagram.
Ces bureaux, qui sont encore à l'heure actuelle en voie de transformation ou d'achèvement, comportent des services accessoires destinés à augmenter l'hygiène et le confort du personnel.
Une cantine fournit, au prix coûtant, des repas chauds et des boissons hygiéniques.
Au bureau de Passy Sablons, d'agréables terrasses qui dominent tout le quartier offrent aux demoiselles pendant l'été un peu d'air et de fraîcheur.
On voit, par ces quelques détails, le souci que prend l'État pour faciliter aux téléphonistes leur tâche fatigante, énervante et souvent ingrate.


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Cantine du bureau de Saxe

Salle de repos du bureau de Saxe

Dans les centres manuels, les gains de productivité se font essentiellement en augmentant la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératices, chronométrage) ce qui conduira d'ailleurs aux grandes grèves de 1906-1909
.

1908 Le naufrage

II faut une dizaine d'années pour appliquer réellement le plan de 1891.
Tous les bureaux créés par la SGT, à l'exception de celui de Passy, sont successivement fermés : trois en 1894 ; trois en 1895 ; deux en 1900. Ils sont remplacés par d'autres. Le central Gutenberg, le plus important, est commencé dès 1893.
Pour la rive gauche, un central neuf est mis en service en 1900, avenue de Saxe. Enfin le central de la rue des Sablons, inauguré en 1908, dessert Passy et Auteuil. Cependant, le nombre de quatre centraux seulement, annoncé dans les études de 1891, ne peut être tenu.
Après les modifications de circonscriptions intervenues en 1904 pour rentabiliser au maximum les disponibilités existantes, la ville de Paris, en 1907-1908, est divisée en sept circonscriptions correspondant à sept centraux téléphoniques.
Une série d'événements et d'accidents met alors en lumière le fait qu'on a atteint les limites du système : le dimanche 20 septembre 1908, le central Gutenberg, sur lequel on a concentré l'essentiel du trafic des quartiers d'affaires (18 000 abonnés), prend feu vers 7 heures du soir.
A minuit, les répartiteurs et les multiples étaient complètement détruits.

La violence du sinistre avait été si grande que la construction elle-même était dans un état lamentable ; aucune utilisation de l'immeuble n'était possible ; il fallait le raser et reconstruire.
La reconstruction d'un central provisoire durera trois mois, pendant lesquels tout le quartier entre la Bourse et le Marais est privé de téléphone.
Il ne faut pas oublier de noter les difficultés auxquelles s'est heurtée l'Administration, au moment même de la mise en service de la batterie centrale.


Carte Postale : incendie du central Gutemberg


Rôle néfaste de l'incendie de l'Hôtel de Gutenberg en 1908 et des inondations de 1910 .


Carte Postale : incendie du central Gutemberg

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Carte Postale : incendie du central Gutemberg avant puis après
La situation était donc fort difficile.
On édifia un bâtiment provisoire en fer et en briques, sur la rue Gutenberg, où furent installés deux nouveaux multiples équipés à la batterie centrale, commandés en hâte, l'un à la Société des Ateliers Thomson-Houston, l'autre à la Société de Matériel Téléphonique Aboilard.
La première utilisa le matériel déjà préparé par elle, en vue de la transformation à la batterie centrale de trois bureaux de la périphérie ; les délais de livraison et d'installation étaient de un mois et demi pour les groupes de départ et de deux mois et demi pour le tout.
La seconde construisit les groupes de départ et commanda en Amérique les groupes d'arrivée, qui lui furent envoyés complètement équipés ; les délais consentis étaient de deux mois.

Ce bâtiment provisoire, commencé le 23 septembre, était mis à la disposition des constructeurs le 12 octobre.

En attendant l'installation des multiples, les lignes de la Présidence de la République, des Ministères et des grandes administrations avaient été rattachées en égout sur des lignes de service et renvoyées, dès le 22 septembre, aux bureaux de la périphérie.
Ces rattachements de ligne furent continués les jours suivants et, le 31 octobre, 483 lignes d'abonnés, journaux, services publics et établissements financiers, ainsi que 220 cabines téléphoniques étaient rétablies et fonctionnaient normalement dans ces bureaux.

VUE DES BARAQUEMENTS DE GUTENBERG, DU COTÉ DE I,A RUE DU LOUVRE.



VUE DE L'INTÉRIEUR DES BARAQUEMENTS AVEC LES DEUX MULTIPLES.
Pendant ce temps, le déblaiement et la réfection du répartiteur d'entrée avaient été entrepris par les ouvriers de l'administration, travaillant de jour et de nuit.
Ces travaux, ainsi que ceux concernant, la réparation des câbles, étaient achevés à la fin de novembre.
Le 5 décembre, l'installation des multiples était terminée et les abonnés successivement raccordés; le 25 décembre, aussi bien pour les circuits urbains que pour les interurbains, le service était entièrement rétabli. État et constructeurs avaient accompli un véritable tour de force.


VUE D'ENSEMBLE DES GROUPES DE DÉPART PENDANT LE MONTAGE.


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Une année plus tard, le réseau entier devait souffrir d'une autre calamité et l'on n'a pas oublié les dégâts causés par l'inondation de janvier-février 1910.

C'est le réseau souterrain qui est victime de l'inondation.
Le réseau comprenait alors des câbles à circulation d'air de 224, 112, 27, 7 et 1 paires, 147 chambres de coupure abritant 1 300 têtes de câbles, 12 000 pièces de raccord (dites « manchons ») posés en égout.
La moitié des égouts n'est libre que vers mars ; 1 000 lignes ne sont pas dégagées avant avril ; le réseau n'est entièrement restauré que le 4 mai.
Le sinistre met en lumière le fait que, « faute de ressources en matériel et en personnel, le réseau de Paris n'avait pas été, depuis plusieurs années, l'objet d'un entretien régulier ».
E. Estaunié, directeur de l'École supérieure de télégraphie, rapporteur devant la commission des inondations, souligne qu'il est urgent « de revenir sur des méthodes d'économie au jour le jour, qui se traduisent ensuite par des pertes désastreuses ».
Un débat s'instaure dans la presse : faut-il ou non sortir le téléphone des égouts ?
L'administration ne prétend pas revenir au réseau aérien, mais elle prévoit au moins de déplacer toutes les chambres de coupure au rez-de-chaussée d'immeubles.
Ces deux anecdotes ne constituent-elles pas deux bons points, en faveur de notre Administration si dénigrée ?

Les plans de rénovation du réseau reviennent à l'ordre du jour.
En effet, 1909-1910 est une période d'intense débat public sur la crise du téléphone et sur son financement.
En particulier, en 1910, le sénateur Steeg dépose une proposition de loi sur la réorganisation financière et administrative du ministère des Postes et Télégraphes. La même année, le rapporteur du budget de ce ministère, Charles Dumont, préconise la séparation du budget général, la tenue de comptes d'exploitation sur le modèle industriel, la préparation de plans d'équipement.
Tout cela, en matière de téléphone, s'appuie sur les études menées sur le réseau de Paris depuis 1907-1908.
Le programme à réaliser est le suivant : installer un central autonome pour l'interurbain, reconstruire Gutenberg, installer dans la circonscription de Gutenberg quatre autres multiples neufs d'une capacité de 10 000 abonnés, dédoubler trois circonscriptions, en créer deux autres...
Cela revient, en plus de la construction de Tinter et de la reconstruction de Gutenberg, à créer neuf bureaux nouveaux d'un coup.
Le projet est déposé en 1914 — la période n'est guère propice.
C'est seulement au moment de l'introduction de l'automatique que cela se révélera possible.

Au fur et à mesure que l'exploitation se met en place, voici quelques considérations en cette année 1911, sur l'utilisation des appareils « manuels » actuels, c'est-à-dire des multiples
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NOTE SUR L'EXPLOITATION DES APPAREILS MULTIPLES EN TÉLÉPHONIE Par M. BARBARAT

Les conditions d'une bonne exploitation technique des réseaux téléphoniques sont de plus en plus à l'ordre du jour, maintenant que les systèmes « automatiques » semblent pouvoir entrer en conçurrence avec les systèmes « manuels ».
Sans se prononcer sur l'issue de cette lutte, on peut dire qu'un système « manuel » sera d'autant plus près de la meilleure exploitation qu'il se rapprochera davantage du système « automatique ».
D'autre part, on voit que l'abonné peut être amené à modifier profondément ses habitudes s'il doit en résulter une accélération dans le service, et dans tous les cas ce n'est pas la crainte de voir mal accepter ces changements qui empêchera l'avènement de l'automatique.
Au lieu de regarder comme intangibles quelques règles admises nous examinerons les conditions à remplir pour rendre le service manuel aussi automatique que possible et nous verrons s'il en résulte des modifications inacceptables pour les abonnés dans la manière de demander la mise en communication.

Pour réaliser autant que possible l'automatisme il faut que la téléphoniste n'ait pas à faire des opérations entraînant un travail mental qui, si faible qu'il paraisse, devient très fatiguant à la longue. La mise en communication doit être un acte réflexe.
Les règles suivantes en découlent immédiatement.
1. La téléphoniste ne doit pas causer avec les abonnés. C'est évidemment une cause de retard et ceia entraîne en outre une, fatigue importante.
2. Elle ne doit avoir qu'une seule catégorie d'abonnés sur son tableau. Si l'enregistrement des communications est adopté il ne doit donner lien à aucune intervention de sa part, c'est-à-dire que le comptage doit être automatique.
3. La téléphoniste ne doit prendre aucune note, n'avoir à transmettre aucun ordre la forçant d'une part à faire un travail mental et d'autre part à attendre la réponse d'une collègue, ce qui cause de grands retards.
En résumé la téléphoniste, dans tous les cas, doit répéter le même geste. Elle ne doit donner que les communications dont les jacks sont à sa portée et doit être immédiatement libérée.

La première règle, si elle est bien observée, a une influence très grande. Elle supprime les causes de conflit immédiat entre les abonnés et les opérateurs, conflits qui, bien que peu graves, sont souvent aigus et toujours énervants. Ils nuisent non seulement à la rapidité du service mais font au personnel une réputation tout à fait imméritée.
Il faut donc que la téléphoniste puisse renvoyer à un service spécial qu'on peut appeler « renseignements », tout abonné qui a une question à poser, des indications à obtenir ou des observations à faire sur le service. Si les « renseignements » ne peuvent solutionner la question, le chef de bureau peut être appelé à intervenir, mais dans tous les cas l'opératrice doit être, comme nous l'avons dit, immédiatement libérée.
La téléphoniste ne doit jamais avoir besoin, de rentrer sur la communication pour reconnaître si la conversation est terminée, c'est le résultat obtenu par les signaux de supervision dans le système dit à Batterie Centrale.
Il est inutile de décrire ce procédé bien connu, tout en faisant remarquer que les autres fonctions de la Batterie Centrale, alimentation des microphones des abonnés et appels du bureau, peuvent être différées ou supprimées sans nuire à la rapidité du service qui seule est examinée actuellement.
Il est également très utile que la téléphoniste n'ait pas à intervenir pour prévenir l'abonné que le correspondant demandé « n est pas libre » ou « ne répond pas ».Il y a toujours, dans ces cas si fréquents, motif de conversation pour l'abonné, d'où cause de retard dans le service et de fatigue pour le personnel.
L'avis « pas libre » doit être donné automatiquement par l'enfoncement de la 2e fiche dans un jack spécial de « ligne occupée ». L'abonné est prévenu par une série de' ronflements rythmés caractéristiques. Le public a, il est vrai, besoin d'être habitué à ce signal. C'est une charge pour le service des renseignements au début ; mais on supprime ainsi toute conversation entre la téléphoniste et l'abonné, ce qui arrive souvent quand l'avis est donné verbalement, l'abonné ne manquant pas do demander à être rappelé, surtout si c'est autorisé par le règlement.
Le second cas « non réponse » est une source encore plus grande de récriminations. Si la téléphoniste signale trop vite « ne répond pas » elle risque de supprimer une communication parce que l'abonné demandé n'a pas eu le temps de se présenter à l'appareil. Si on prescrit à la téléphoniste de revenir sur la communication à intervalles répétés, on lui impose un travail supplémentaire nécessitant un effort mental, ce qu'il faut absolument éviter. C'est en outre une cause nouvelle de retard. Dans la plupart des multiples modernes, l'appel de l'abonné demandé se fait automatiquement à intervalles réguliers, la clé d'appel étant à enclenchement magnétique ou mécanique. Il est facile de faire entendre à l'abonné demandeur le bruit de l'appel chez l'abonné demandé et cette disposition dispense absolument la téléphoniste de répondre à l'abonné demandeur lorsque l'éducation du public est laite.
L'abonné demandeur se rend compte que la communication lui a été donnée et que le Bureau Central ne peut pas faire plus ; il comprend très bien que toute nouvelle intervention da la téléphoniste est inutile.
Après avoir attendu plus ou moins longtemps suivant sa patience et la connaissance des habitudes ou de l'installation de son correspondant, il raccroche son récepteur et la communication est rompue par la téléphoniste qui voit apparaître le signal de fin.
Nous considérons cette pratique encore peu répandue comme très importante et comme le complément nécessaire de l'appel automatique du demandé.

La deuxième règle nous paraît non moins indispensable. Quelle complication pour la téléphoniste si elle doit chaque fois réfléchir à son geste suivant la nature des abonnements. D'autre part on sait que tout pointage des communications retarde considérablement le service et augmente beaucoup le prix de revient de chaque communication.
L'emploi des compteurs à poussoir ne simplifie le pointage qu'en apparence, car il faut que la téléphoniste suive la conversation au moyen des signaux de supervision. Si elle attend que l'abonné demandé ait répondu elle perd beaucoup de temps et si elle donne dans l'intervalle une ou plusieurs autres communications, il faut qu'elle revienne à celle qu'elle a abandonnée provisoirement, ce qui exige un travail mental pour se rappeler si elle a pointé ou non la communication. Il est facile de constater par épreuves que beaucoup de communications ne sont pas pointées et que même quelquefois d'autres sont pointées à tort, même par les meilleures téléphonistes.
Cette considération nous fait rejeter complètement l'abonnement à conversations taxées unitairement. Nous le considérons comme le plus défectueux dans un réseau d'une certaine importance, parce qu'il ralentit le service et élève le prix de revient de chaque communication tout en restant exposé à beaucoup plus d'erreurs qu'on ne le croit généralement même avec un compteur à poussoir.
L'abonnement complet, c'est-à-dire donnant droit à un nombre illimité de communications, dispense de tout pointage.
Bien qu'il soit très supérieur au précédent au point de vue de l'exploitation technique il a donné lieu à de vives critiques justifiées d'ailleurs au point de vue de l'exploitation commerciale. Il est trop avantageux pour les uns, pas assez pour les autres et par l'abus qu'il autorise, il contribue par un autre motif à nuire aussi à la rapidité -du service qui, je le répète, est le seul point à envisager pour l,e moment.
Aussi pour remédier à ces inconvénients très apparents pour le public qui, au contraire, ne voit pas ceux de l'abonnement à conversations taxées, on a proposé souvent de supprimer l'abonnement forfaitaire et de le remplacer précisément par l'abonnement à communications taxées unitairement.
A notre avis le remède est pire que le mal. Dans des bureaux d'importance moyenne on a même laissé subsister les deux modes d'abonnement, en laissant le choix aux abonnés. Cette combinaison est la plus mauvaise de toutes, elle oblige la téléphoniste à réfléchir : à chaque communication, ou bien il faut grouper les abonnés de même espèce et alors on n'est plus maître d'équilibrer le travail au moyen du répartiteur intermédiaire.
Il faut donc rechercher une forme d'abonnement qui tout en n'imposant aucun pointage à la téléphoniste tienne compte du désir très naturel des abonnés de voir le prix varier avec le service rendu. Cette forme c'est l'abonnement forfaitaire gradué.
L'abonné paie une redevance fixe à laquelle s'ajoutent des taxes variables suivant la consommation.
Ce système est évidemment bien préférable aux deux autres. Il n'impose aucun travail supplémentaire à la. téléphoniste qui donne les communications comme dans le forfait complet et la redevance exigée est suffisamment proportionnelle au service rendu, si on choisit convenablement les échelons.
La difficulté c'est de classer les abonnés d'après leur consommation. Le pointage à intervalles variables peut conduire à des , résultats erronés et complique'le service. Nous pensons que le moyen le plus simple est d'adopter sur chaque ligne un compteur fonctionnant automatiquement quand la mise en communication est réalisée. Sans insister sur le côté technique, on voit qu'on peut utiliser le contact produit par le relais de supervision quand l'abonné demandé décroche pour remplacer le contact établi à la main par la téléphoniste.
Il semble alors à première vue que, puisque chaque abonné a un compteur, on pourrait revenir à la conversation taxée à l'unité, l'exploitation technique n'en serait pas ralentie, le comptage étant automatique ; mais on se heurterait à un autre genre de difficultés. Avec le tarif à l'unité les réclamations seraient très nombreuses et le règlement en serait très difficile, car on ne peut affirmer qu'il n'y a pas quelques erreurs provenant de dérangements notamment sur les lignes. Il faudrait donc presque toujours admettre les demandes de réduction présentées. Avec le tarif à échelons les difficultés ne se produisent qu'au voisinage des paliers.
En cas de réclamation on se rapporte au registre où sont consignés k pour chaque abonné les dérangements qui ont pu affecter sa ligne ou son poste et il est toujours plus facile de régler équitablement la réclamation.
Le compteur ne doit être considéré que comme un instrument de statistique et non comme un registre de comptabilité.
Les abonnés n'admettraient d'ailleurs pas et avec raison un compteur automatique pour le paiement des conversations à l'unité, si ce compteur n'était pas sous leur contrôle.
La 3e règle nous semble avoir plus d'importance encore pour la rapidité du service.
C'est ainsi que la téléphoniste ne doit pas prendre note d'une communication qui n'a pas eu lieu pour cause de « ligne occupée ».
C'est à l'abonné demandeur à rappeler. Cette obligation existe en général partout et il ne faut pas s'en départir sous prétexte que le public le demande. Loin d'être utile aux abonnés, cette mesure est nuisible. D'ailleurs si les communications sont données rapidement et si le service est bien fait, les réclamations disparaissent d'ellesmêmes.
La téléphoniste ne doit pas enregistrer les demandes de communications suburbaines ou interurbaines, mais renvoyer immédiatement l'abonné à une annotatrice chargée d'inscrire la demande sur un feuillet spécial qui recevra ultérieurement les indications utiles pour débiter le compte individuel.
Cette règle est suivie partout et cependant c'est la plus difficile à bien faire comprendre aux abonnés. La plupart ne donnent pas leur propre numéro, pensant que la téléphoniste sait bien qui appelle et il en résulte souvent de légères récriminations. Il faut néanmoins conserver absolument cette règle tout en cherchant à faire l'éducation des abonnés. C'est le rôle des « renseignements ».
L'annotatrice elle-même doit être libérée aussi vite que possible, par conséquent elle doit renvoyer d'office aux « renseignements » toute annotation interurbaine qui serait une cause de retard par suite de demande irrégulière de l'abonné.
Enfin, s'il y a plusieurs bureaux centraux, comme à Paris, cette règle adoptée pour l'interurbain doit être également suivie pour les intercommunications ; c'est-à-dire que l'abonné doit demander d'abord le bureau correspondant et être renvoyé à ce bureau où il donnera directement son ordre.
La principale difficulté signalée à l'interurbain, nécessité de donner son propre numéro, n'existe plus et par conséquent cette habitude, si naturelle, serait vite prise par le public.
C'est sur ce point que nous nous séparons totalement de la méthode d'exploitation américaine, parce qu'elle force la téléphoniste à transmettre des ordres et à attendre ses collègues, ce que nous considérons comme contraire à l'automatisme qu'on doit chercher à réaliser. Il est inutile d'insister plus longuement ; mais nous considérons que puisqu'on exige des abonnés la transmission directe de leur ordre à l'annotatrice interurbaine, ce qui les force en plus à répéter leur propre numéro, il n'y a aucune raison valable pour ne pas suivre la même méthode rationnelle pour les communications entre bureaux. Ce n'est qu'à cette condition qu'on obtiendra des téléphonistes l'unité des manœuvres permettant de ramener toutes les opérations à des actes réflexes, faisant ainsi d'un système manuel un système se rapprochant de l'automatique. On supprimera du même coup toutes les erreurs de retransmission qui sont, malgré le zèle des téléphonistes, très fréquentes.

Nous rejetons donc complètement, pour arriver à l'automatisme, la règle d'exploitation qui force la téléphoniste à transmettre des ordres sur des lignes appelées pour cette raison lignes d'ordres. C'est une cause d'erreurs, de retards et de fatigue pour le personnel.
Il résulte des considérations exposées que les règles nécessaires pour arriver à l'automatisme des mises en communications au moyen des appareils manuels, n'entraînent aucune sujétion inacceptable pour les abonnés.
Il leur est demandé de s'habituer à rester à l'appareil, de comprendre la signification du signal «occupé », de constater que leur correspondant a été appelé et par suite de ne pas exiger qu'on les prévienne des «non réponses », de donner leurs ordres de communications interurbaines avec leur propre numéro à une , 2e téléphoniste annotatrice et enfin par analogie, dans le cas où le réseau est desservi par plusieurs multiples, de demander d'abord par son numéro le bureau où se trouve leur correspondant et de donner ensuite leur ordre directement à la 2e téléphoniste dite d'arrivée comme ils le donnent à l'annotatrice.
D'autre part, l'abonnement devra être unique forfaitaire à tarif gradué suivant la consommation, avec une taxe fixe représentant l'entretien des installations.

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1911 MISE EN SERVICE DE GROUPES DE RAPPELS dans les bureaux centraux téléphoniques de Paris.

Les communications téléphoniques demandées par les abonnés de Paris pour les localités de la banlieue appartenant au groupe de Paris n'étant soumises à aucune taxe, la nécessité de prendre note de ces eommunications disparaît et le raccordement des circuits de cette catégorie sur des tables interurbaines ne s'impose pas.
En fait, ces circuits sont, depuis plusieurs années déjà, répartis sur les multiples de la périphérie parisienne les plus voisins des localités qu'ils desservent et placés dans le multiplage général, au même titre qu'une ligne d'abonné ordinaire, avec cette différence toutefois que, destinés seulement à l'établissement des communications de départ de Paris, ils n'aboutissent pas à desjacks locaux et sont dépourvus de dispositifs de réception d'appels.
Dans ces conditions, l'exploitation de ces circuits présente des difficultés inhérentes, d'une part, à leur petit nombre, et, d'autre part, au fractionnement des multiples sur lesquels ils sont raccordés.
Il est facile de se rendre compte qu'à certaines heures chargées de la journée, il est presque impossible au personnel de surveillance, dont l'intervention est réclamée par le public, de contrôler l'utilisation effective des circuits et, par suite, de trouver ceux qui pourraient être disponibles, alors que ces recherches doivent s'effectuer sur un multiple divisé et réparti sur plusieurs étages.
Le temps perdu pour ces recherches et ce contrôle, les pourparlers et les déplacements qu'ils exigent, influent sur le service général et constituent une cause de retards1 à laquelle il était indispensable d'obvier.
L'installation des groupes de rappels qui vient d'être réalisée dans -quelques-uns des bureaux centraux parisiens permet d'exploiter plus rationnellement les circuits suburbains, d'augmenter leur rendement et de libérer le service de surveillance d'une charge qui le détournait de sa fonction normale.
La composition d'un groupe de rappels est la suivante : les circuits, après avoir passé par le multiplage général, sont détournés et amenés sur des jacks réunis devant une téléphoniste, à la place du tableau des jacks locaux d'un groupe de départ ordinaire. Chacun de ces jacks est muni d'une lampe d'occupation, allumée lorsqu'une fiche est enfoncée dans un des jacks généraux correspondants du multiplage, éteinte lorsque le circuit est libre.
Quand une téléphoniste de départ ou d'arrivée des multiples reçoit une demande de communication pour un de ces circuits, si, après avoir fait le test, elle n'en trouve pas de disponible, elle passe, par ligne de service, l'abonné demandeur à sa collègue desservant le groupe de rappel.
Celle-ci prend note du numéro du demandeur, de la communication qu'il désire. et dès que l'extinction d'une des lampes d'occupation correspondant à un des circuits intéressés l'avertit de la disponibilité du circuit, rappelle le demandeur et l'établit avec le bureau de la localité demandée.

Le système revient en somme, approximativement à employer l'exploitation par table interurbaine dans les cas où la liaison immédiate n'a pu aboutir par les moyens ordinaires.
Les résultats obtenus sont excellents, le service est rendu incomparablement plus facile et le rendement des circuits augmenté dans une notable mesure.
Dans le futur bureau interurbain, les circuits suburbains seront exploités dans des conditions qui ont fait l'objet d'une longue étude et ,qui permettra de leur faire donner leur plein rendement en réduisant au minimum l'attente imposée aux abonnés.

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1911 MISE EN SERVICE DE TABLES D'ANNOTATRICES au bureau interurbain de Paris, 29, rue du Louvre.

On sait que l'établissement d'une communication interurbaine demandée par un abonné de Paris s'effectue en deux temps.
Dans le premier, le demandeur est mis en relation, par une ligne auxiliaire de départ du multiple auquel sa ligne est raccordée, avec une téléphoniste chargée d'inscrire et de prendre note des appels de l'espèce et de fournir les indications et renseignements utiles.
Dans le deuxième, lorsque le tour de conversation est arrivé, la téléphoniste interurbaine desservant le circuit intéressé, prépare et établit la communication au moyen d'une ligne auxiliaire partant de sa: table et aboutissant à des groupes intermédiaires spéciaux faisant partie du multiple auquel est reliée la ligne du demandeur.

Il y a donc établissement de deux communications successives n'empruntant pas les mêmes voies, l'une destinée à l'inscription de l'appel, l'autre à la conversation.
Jusqu'ici, la première de ces communications était dirigée sur la table desservant le circuit et reçue, soit par la téléphoniste interurbaine elle même, soit par une aide placée à ses côtés, constamment renseignée par l'opératrice sur les fluctuations du trafic.
Un numéro d'ordre indiquant le rang d'inscription était attribué à chaque demande transmise.

Celte méthode présente le grave inconvénient de détourner la téléphoniste interurbaine de la surveillance exclusive des circuits qui lui sont confiés et elle a pour résultat certain, de diminuer le rendement de la ligne du nombre des communications qui pourraient être établies dans le temps mis par l'opératrice à répondre aux demandeurs et à leur fournir les renseignements nécessaires.
En outre, s'il s'agit d'un circuit sur lequel le trafic est intense et les. demandes nombreuses, les abonnés doivent attendre leur tour pour faire prendre leurs demandes, une seule employée étant à leur disposition pourinscrire les communications qu'ils désirent obtenir.

Ces difficultés, leur répercussion sur le service et le mécontentement du public, préoccupaient depuis longtemps l'Administration. Afin de les faire disparaître, elle se résolut à appliquer à Paris, un mode d'exploitation déjà usité à l'étranger, consistant à décharger la téléphoniste desservant un circuit de toute besogne autre que celle relative à la préparation et à l'établissement de la. communication interurbaine.
En d'autres termes, des deux temps nécessités par une demande deconversation à grande distance, l'un, le premier, est confié à une téléphoniste dite annotatrice, distincte et indépendante de l'opératrice interurbaine ; le second restant seul à la charge de cette opératrice.
Ce mode d'exploitation vient d'être mis en service au bureau interurbain de la rue du Louvre.

Il a été réalisé de la manière suivante :
La liaison entre les téléphonistes urbaines et les annotatrices s'effectue par l'intermédiaire d'employées desservant des meubles spéciaux, portant le nom de standards de distribution. Des lignes auxiliaires, partant de chacun des multiples des bureaux centraux de Paris et multiplées devant les téléphonistes de départ aboutissent à des monocordes placés sur un ou plusieurs de ces standards, suivant l'importance du bureau.
Les lignes reliant les postes d'annotatrices aux standards sont multiplées sur des jacks pourvus de signaux lumineux d'occupation devant les téléphonistes desservant les standards de distribution et chacune de ces lignes aboutit à une clé munie d'un signal lumineux d'appel constituant un poste d'annotatrice.
Ces annotatrices sont rangées, se faisant vis-à-vis, sur les deux côtés d'une table. Au milieu de la table et suivant son axe, circule en permanence un chemin roulant formé d'une toile sans fin entraînée par un tambour qu'actionne, au moyen d'une courroie et d'un engrenage, un petit moteur électrique fonctionnant sous le courant du secteur.

Lorsqu'un abonné demande l'interurbain, la téléphoniste qui le dessert transmet l'appel, par ligne de conversation, à sa collègue du standard de distribution ; celle-ci désigne le numéro de la ligne auxiliaire à employer et enfonce le monocorde correspondant à cette ligne dansunjack de ligne d'annotatrice libre, la disponibilité ou l'occupation de cette dernière lui étant indiquées par l'extinction ou l'allumage du signal lumineux placé au-dessus du jack.
L'opératrice du départ urbain, après avoir reçu l'indication de la ligne auxiliaire à employer achève, pour ce qui la concerne, l'établissement de la communication en enfonçant, dans le jack correspondant à la ligne désignée, la fiche d'appel de la paire de cordons utilisée, puis elle relève sa clé d'écoute.
La simple introduction de la fiche du monocorde dans le jack de ligne d'annotatrice au standard de distribution allume à la fois une lampe d'occupation à capuchon blanc sur le monocorde et la lampe d'appel placée sur la clé au groupe de l'annotatrice.
L'annotatrice abaisse la clé pour répondre et se trouve en présence de l'abonné qui formule sa demande.

L'abaissement de la clé, opéré par l'annotatrice, provoque, d'une. part, sur le groupe de départ urbain, l'extinction de la lampe desupervision placée sur la fiche d'appel de la paire de cordons utilisée et, d'autre part, sur le standard de distribution, l'extinction de la lampe à capuchon blanc correspondant au monocorde employé.
Les deux téléphonistes, urbaine et distributrice, sont donc averties en même temps et par la même manœuvre, de la réponse de l'annotatrice.

La demande de communication formulée par l'abonné est inscrite, par l'annotatrice, sur une fiche contenant, imprimées d'avance, toutes les questions utiles.
Lorsque cette fiche est remplie, l'annotatrice donne à l'abonné au lieu d'un numéro d'inscription la durée probable de l'attente qu'il aura à subir avant que son tour n'arrive, jette la fiche sur le chemin roulant et relève sa clé.
Les durées d'attente relatives à chaque localité sont affichées sur un, panneau vertical installé à un des bouts de la table des annotatrices dans un plan perpendiculaire à son axe.

Une ligne, multiplée sur toutes les tables interurbaines et aboutissant au récepteur d'une employée placée à côté du panneau d'affichage permet aux opératrices de transmettre, chaque fois que cela est nécessaire, les indications relatives aux durées d'attente probables sur chaque localité, variables suivant le nombre des inscriptions existant pour cette localité, à la table interurbaine.
Dès qu'une indication de cette nature est reçue par l'employée écoutant en permanence sur la ligne, celle-ci la transmet verbalement à une bouliste se tenant à ses côtés et une nouvelle plaquette, conforme à l'indication venant d'être donnée, est immédiatement substituée à l'ancienne, en regard du nom de la localité intéressée.
Les noms et chiffres, affichés sur le panneau, ont des dimensions telles qu'ils sont parfaitement visibles de toutes les annotatrices.
La fiche, jetée sur le chemin roulant, est amenée à l'extrémité de la table, opposée au panneau d'affichage, sur un groupe de tri où des employées la complètent en y inscrivant le numéro de la table interurbaine dans laquelle elle doit être dirigée, puis elle est remise à une bouliste qui la porte à cette table.
Lorsque l'annotatrice relève sa clé, aprés avoir terminé les opérations qui lui incombent, elle provoque, par cette manœuvre, d'une part, l'allumage de la lampe de supervision placée sur la fiche d'appel du cordon utilisé au groupe de départ urbain et, d'autre part, l'allumage d'une lampe à capuchon rouge correspondant au monocorde employé au standard de distribution.
Le signal de fin de communication est transmis, du même coup, aux deux téléphonistes intéressées.

Il est important qu'il en soit ainsi : l'opératrice du standard de distribution peut, en effet, par ce moyen, libérer la ligne de l'annotatrice avant que sa collègue urbaine coupe la communication, cette dernière ne devant réglementairement intervenir, avant que la deuxième lampe de supervision soit allumée à son groupe, c'est-à-dire avant que le demandeur ait raccroché son récepteur.
Au cas d'un afflux de demandes, l'annotatrice est rendue immédiatement disponible et prête à recevoir un nouvel appel.
La co-existence des deux lampes à capuchon blanc et à capuchon rouge sur chaque monocorde du standard de distribution a pour objet de fixer l'opératrice, d'une manière certaine, sur l'état de la communication.
L'allumage de la seule lampe blanche lui indique que l'annotatrice n'a pas répondu ; l'extinction des deux lampes blanche et rouge l'avertit que la communication est en cours, et lorsque la lampe rouge s'allume, la conversation est terminée et le monocorde doit être mis au repos.
Il n'y a aucun risque d'erreur ou de confusion.

Ce nouveau mode d'exploitation semble devoir donner de bons résultats et satisfaire aux besoins de la clientèle téléphonique.
Tel qu'il a été réalisé, il constitue un sérieux progrès qui a eu pour résultat de dispenser de toute attente les abonnés qui désirent faire inscrire une demande de communication interurbaine.

Dans l'installation future de l'interurbain, il sera encore perfectionné ; plusieurs projets ayant des avantages sensiblement comparables sont à l'étude.

Les centraux manuels vont continuer à évoluer, l'automatisme prendra le relais petit à petit mais il restera quand même des abonnés reliés en manuel jusuq'aux années 1960.

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EN COMPLEMENT, L'HOTEL CENTRAL DES TÉLÉPHONES A PARIS Exrait de "Le Figuier" avenue de l'Opéra

Cet hôtel a été ouvert au service en février 1894. Il occupe un côté de la rue Gutenberg, qui le sépare de l'hôtel des Postes.
Il se compose essentiellement d'une immense galerie vitrée de soixante-deux mètres de long sur douze mètres de large, construite sur trois étages au-dessus d'une série d'arcades en granit sous lesquelles on remise les fourgons de l'administration. Il y a une entrée rue du Louvre, une autre rue Jean-Jacques-Rousseau.
La charpente, toute en fer, est d'une grande légèreté. Sa teinte bleu-vert s'harmonise heureusement avec les applications de .terre cuite et la nuance plus pâle des briques employées pour la construction de la rotonde qui flanque le bâtiment à chacune de ses extrémités. L'aspect général est nouveau et gracieux.
La salle des cabines publiques occupe le rez-de-chaussée de la rotonde faisant le coin de la rue du Louvre. Ces cabines, au nombre de sept, sont larges de deux mètres ; chacune est garnie d'un bureau et d'un fauteuil.
Les accumulateurs sont logés dans le sous-sol. Le laboratoire pour les essais de résistance et de conductibilité des fils est au rez-de-chaussée.
La nouvelle installation offre sur l'ancienne de notables avantages.

Dans le système défunt, une téléphoniste était, à chaque bureau, chargée de répondre aux appels de vingt-cinq abonnés. Mais elle ne pouvait mettre elle-même un de ceux-ci en communication qu'avec les vingt-quatre autres de son groupe, et, quand on lui demandait un groupe différent, elle était obligée de s'adresser à une autre employée. Si l'appelé était libre, l'employée n° 2 le mettait en communication avec le fil auxiliaire qui la reliait à l'employée n° 1, et celle-ci devait, à son tour,relier ce fil auxiliaire au fil de l'appelant.
Si l'appelé n'était pas libre, le n° 2 en avisait le n° 1, qui prévenait son client. Pendant ces diverses manipulations, les signaux d'appel d'autres abonnés continuaient à tomber devant les deux téléphonistes, qui tenaient à gagner du temps. Aussi, en attendant la réponse de l'employée n° 2, l'employée n" 1 prenait les ordres d'autres appelants, et les inscrivait sur un carton pour les exécuter aussitôt que possible. De là résultait un entrecroisement continuel, source d'erreurs dont pâtissaient tous les abonnés, et qui se compliquait encore quand le fil de l'appelé aboutissait à un autre bureau.
Le progrès essentiel que réalise le nouveau système consiste en ce que chaque téléphoniste peut donner elle-même directement aux abonnés dont elle a charge la communication avec les cinq mille autres dont le fil aboutit au bureau central.
La combinaison grâce à laquelle on a réalisé ce résultat est simple ; il n'y avait... qu'à la trouver.

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Du domicile de chaque abonné partent deux fils réunis de distance en distance par groupes de quatorze , lesquels convergent eux mêmes vers divers points où on les rassemble en faisceaux de quatre-vingt-dix-huit, dits groupes de cent, qui, à travers les égouts, arrivent dans les caves de l'hôtel de la rue Gutenberg.
Ces groupes sont logés dans un caniveau de soixante-dix centimètres de côté, pouvant contenir cent câbles et cent conducteurs, soit dix mille fils qui représentent cinq mille abonnés.
En sortant du caniveau, chaque câble de cent se divise en deux câbles de cinquante, qui vont, à quelques mètres de là, s'éparpiller sur le distributeur.

On ne saurait mieux comparer ce distributeur qu'à un casier à bouteilles.
Les tringles sont garnies de pitons en cuivre dont chacun reçoit un fil d'abonné.
Puis les conducteurs sont de nouveau groupés, en câbles de quarante cette fois, qui, passant sur d'énormes fourchettes en fer, traversent successivement trois plafonds pour apparaître dans la galerie vitrée, où ils vont être de nouveau distribués dans le commutateur multiple.

Ce commutateur, qui seul a coûté un million de francs, présente dans son ensemble l'aspect d'un immense piano. Placé au milieu de la galerie, dont il suit le grand axe sur une longueur de cinquante-deux mètres, il est à double face.
Il se compose, sur chaque face, d'une série de vingt-trois tables identiques accolées les unes aux autres, et dont chacune, longue de deux mètres, forme un tout complet. Examinons une de ces tables.

La partie supérieure verticale, qui constituerait le buffet du piano, renferme le tableau T.
Elle est divisée en six panneaux, dont chacun, mesurant quatre-vingt centimètres de haut sur vingt-cinq de large, contient cinquante rangées de vingt trous, soit en tout mille trous.
Chaque centaine porte un numéro d'ordre, toutes les cinq rangées, sur le cadre du panneau, et chaque trou est numéroté dans sa centaine.
Les six panneaux formant la table sont donc percés de six mille trous, désignés sous le nom américain de jacks.
Regardons un instant derrière ces trous.
Les fils des abonnés, que nous avons quittés tout à l'heure au moment où ils sortaient du plancher, sont logés derrière ces panneaux .
Chacun de ces fils prend contact avec un pivot monté dans le trou dont le numéro correspond à celui de l'abonné que le fil représente.
Cette promenade des fils a nécessité un million deux cent mille soudures.
Chacune des vingt-trois tables se compose de six panneaux semblables sur lesquels les numéros se répètent en occupant toujours la même place, et le fil d'un abonné s'accroche à son numéro dans chacune des tables.
Cette répétition, appelée multiplage, permet donc de prendre communication avec les six mille abonnés sur n'importe quelle table du commutateur.
Laissons provisoirement la petite tablette M supportant les fiches, dont le rôle sera indiqué tout à l'heure, et arrêtons-nous au tableau des annonciateurs..

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Des numéros recouverts par un volet mobile en cuivre sont disposés sur cinq rangées partagées en trois groupes dont chacun forme une section de la table, laquelle section est desservie par une téléphoniste. Il faut donc trois employées par table.

Ces numéros vont de 1 à 80 pour la première section, de 81 à 160 pour la deuxième, de 161 à 240 pour la troisième, de 241 à 320 pour la première section de la deuxième table, et ainsi de suite. Chaque fil d'abonné, après les prises de contact successives dans le tableau de chaque table, vient aboutir à l'un de ces numéros, qui se découvre à l'appel du dit abonné.

De cette disposition il résulte que l'employée chargée d'une section a devant elle quatre-vingts abonnés pouvant l'appeler. Elle met elle-même ces abonnés en communication avec les deux mille abonnés aboutissant aux trous des deux panneaux de sa section, et, en allongeant le bras, avec les quatre mille autres répartis dans les quatre autres panneaux de la table qui se trouvent deux par deux à sa droite et à sa gauche. Une sixième rangée de volets cache des carrés rouges qui servent d'annonciateurs de fin de conversation.

Enfin, sur la petite tablette placée au-dessus du tableau des annonciateurs, on voit, en F, cinq groupes de dix paires de fiches mobiles à cordon souple ; sur la tablette inférieure, en G, sont disposés de petits leviers, ou clefs. Chaque clef et la paire de boutons d'appel qui l'accompagne est reliée à l'un des cordons dont la fiche se trouve juste en face.

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Bureau Téléphonique avenue de l'Opéra : poste réservé au service de la Bourse
En M est une planchette percée de trois trous, dite mâchoire de prise de communication, où l'employée plante les fiches du cordon attaché au récepteur, lequel est fixé à un cercle de nickel s'adaptant à la tête.

Le transmetteur est logé dans un cornet de nickel suspendu devant la téléphoniste, qui peut l'amener à ses lèvres, et dès lors écouter et parler en conservant la liberté de ses deux mains.
Cette disposition, un peu longue à expliquer, mais facile à comprendre, permet d'établir instantanément toutes les communications.

Supposons, par exemple, que l'abonné n° 6 sonne. Aussitôt un volet tombe, et le n° 6 apparaît sur le tableau des annonciateurs. D'une main la téléphoniste plante une fiche dans le jack n° G, qui se trouve dans une des deux rangées du bas, tandis que de l'autre elle baisse la clef située en face de cette fiche.
Gela fait, elle demande : « Qui voulez-vous? » L'abonné répond, par exemple : « 507. »

La téléphoniste prend la seconde fiche du groupe et l'approche du jack général 507. Si l'abonné est déjà en communication au moment où la fiche entre dans son trou, la téléphoniste entend un bruit particulier produit par le passage du courant. Elle retire la fiche, prévient l'appelant par les mots « en communication », remet les deux fiches en place, puis relève la clef et l'annonciateur.Tout cela se passe en moins de temps qu'il n'en faut pour l'expliquer.

Au contraire, la ligne est-elle libre, la téléphoniste introduit sa seconde fiche dans le jack 507 et sonne avec le bouton placé devant la clef. La communication est dès lors établie, et l'employée n'a plus qu'à-relever la clef qui avait pour effet de la mettre elle-même en communication avec les deux abonnés qui vont causer.
Quand la conversation est terminée, l'appelant sonne, l'annonciateur rouge se découvre, et l'employée remet les deux fiches en place.
Actuellement, l'organisation du bureau central suffit au service des abonnés ; du moins elle assure ce service dans des conditions fort satisfaisantes. Mais il faudra certainement augmenter l'importance de l'installation, attendu que le nombre des abonnés s'élève continuellement. Ce nombre était de six mille quatre cents le 1er janvier 1890, date de la prise de possession par l'État; il atteint aujourd'hui treize mille cinq cents, quatorze mille avec la banlieue. L'augmentation annuelle est d'environ 10 %.
La statistique a établi que chacun de ces abonnés demande en moyenne cinq communications par jour. En réalité, certaines personnes en réclament cent cinquante, tandis que d'autres se contentent d'utiliser leur appareil deux ou trois fois par semaine.
Le service est particulièrement actif à quatre heures du matin dans le quartier des Halles et à la Villette ; à l'heure de la Bourse, dans tous les bureaux ; et, de minuit à une heure du matin, dans les environs de Passy et des Champs-Elysées, où les clubmen et leurs amis font une grande consommation d'électricité.
On cause chaque jour cent quarante fois avec Londres et deux cent quatre-vingts fois avec Bruxelles.
La moyenne minima officielle pour obtenir une communication est de trois minutes;quant à la moyenne maxima,... elle n'existait pas jusqu'à présent. Mais l'administration affirme que cela va changer.Depuis le 1er janvier 1890, une innovation assez importante a été introduite au Bureau de l'avenue de l'Opéra dans le service des téléphonistes. Il s'agit du Poste assis . Le « Poste assis » ne reçoit que les communications des autres Bureaux, communications qu'il a pour devoir de distribuer dans le Bureau même de l'avenue de l'Opéra. Ainsi, une fois l'appel d'un des Bureaux entendus, la téléphoniste du « Poste assis » se met en communication, en abaissant un des petits leviers, ou touches, placés devant elle, avec sa collègue du « Poste'debout » chargée d'un « groupe d'abonnés » et, à l'aide de son appareil Berthon-Ader, elle lui fait part de la demande du Bureau appelant et lui indique en même temps le numéro et le nom de la ligne qu'elle doit prendre. Exemple : « Sur 12, Lafayette, donnez X. » II ne reste à la téléphoniste du « Poste debout » qu'à appeler de suite l'abonné demandé, abonné qui fait partie de son « groupe » et à le mettre en communication.
Dans la nouvelle installation, chaque téléphoniste a sous la main toutes les lignes des autres Bureaux. Elle peut donc, après avoir reçu l'appel d'un abonné de son groupe, le mettre en communication avec le bureau auquel est reliée la personne demandée.
Avant l'introduction de ce système, le même service exigeait la présence de deux téléphonistes : la première, recevant l'appel des Abonnés et prévenant la seconde, qui appelait les Bureaux intéressés.
Le « Poste assis » du Bureau de l'avenue de l'Opéra comporte huit téléphonistes qui suffisent pour recevoir toutes les demandes des autres Bureaux et les transmettre aux trente-six téléphonistes du « Poste debout ». D'où économie du personnel et simplification du service.
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Evolution en Angleterre :
Distributeur automatique de trafic. (Telephony — 28 janvier 1911).

Certains tableaux multiples manuels arrivent à être remplis d'une façon très rapide et les Compagnies et Administrations voient d'autre part augmenter chaque année leurs dépenses de personnel, sans encaisser de suppléments de recettes correspondant à ces dépenses, le distributeur automatique de trafic peut dans ces conditions rendre de grands services.

Ce distributeur permet de relier une ligne quelconque d'un groupe d'abonnés avec une ligne auxiliaire libre. Par exemple, la figure 1 montre schématiquement 10 lignes auxiliaires ; le distributeur permettra de laisser ces 10 lignes à la disposition de 100 abonnés et de relier à volonté l'un de ces abonnés à l'une des lignes auxiliaires laissée libre. Dans ce but, un commutateur spécial, L. SI, L. S2 est installé pour chaque ligne d'abonné. Ce commutateur se compose essentiellement d'un plongeur et d'une série de dix contacts. Un électro-aimant M sert 1 à mettre le plongeur en relation avec l'un des contacts de la série et par suite à relier l'une des lignes d'abonnés avec une ligne auxiliaire.
Dans l'état ordinaire, les plongeurs sont reliés à une tige S, qui tourne sur les supports B et B'. L'électro-directeur placé au sommet contrôle la position de la tige S de telle sorte que tous les plongeurs au repos se trouvent orientés vers les contacts d'une ligne inoccupée. Lorsqu'un abonné décroche son récepteur, l'électro M de son commutateur de ligne attire, par exemple, le plongeur n° 3, et le met en contact avec la ligne nu 3 que nous supposons libre dans l'exemple choisi.
L'encoche du plongeur quitte en même temps la tige S. Simultanément l'aimant
directeur fait mouvoir la tige de telle sorte que les autres plongeurs se trouvent placés en face de la ligne libre à prendre, c'est-à-dire le n° 4.
Lorsqu'un autre abonné décrochera son récepteur, son plongeur se mettra au contact de la ligne indiquée, et les autres plongeurs se placeront en face du contact libre qui suit.

Dans le distributeur automatique de trafic, on emploie deux rangées de commutateurs de ligne, les primaires et les secondaires, comme dans une installation ordinaire d'automatique.

Les commutateurs primaires (fig. 2) sont réunis par groupes de 50 à 100, et desservent 50 à 100 lignes d'abonnés. Chaque groupe est pourvu de 10 lignes auxiliaires, quoique pour la clarté de la figure on n'en ait représenté que trois. Ces lignes se dirigent vers les commutateurs secondaires, qui sont identiques aux primaires ; elles arrivent ensuite aux groupes d'opérateurs, où elles se terminent par les appareils accessoires ordinaires (fiches, lampes, clés, etc.).

Lorsqu'un abonné décroche son récepteur, les opérations suivantes se succèdent rapidement : son commutateur primaire de ligne établit la connexion avec une ligne inoccupée : le commutateur secondaire relié à cette ligne établit à son tour la connexion avec une ligne secondaire inoccupée ; une lampe s'allume devant l'opérateur qui appuie sur sa clef d'écoute, reçoit le numéro demandé, fait le test, enfonce sa fiche dans le jack général et sonne. 2 lampes de supervision fonctionnent comme dans les appareils manuels ordinaires. Le raccrochement des récepteurs donne le signal de fin.

Cette disposition assure la répartition égale des appels entre tous les opérateurs. Durant les heures de calme, tous les appels peuvent être servis par les quelques opérateurs qui restent de service. Pendant la nuit, un seul opérateur peut desservir tout le tableau sur un même groupe. Le nombre de lignes à amener à chaque tableau peut varier suivant l'habileté des opérateurs ou, si on le désire, représenter exactement la même intensité de travail.

Si à un moment donné on désire installer l'automatique complet, il suffit d'ajouter les sélecteurs nécessaires au poste central et les dispositifs d'appel aux postes d'abonnés.

Le distributeur automatique de trafic semble appelé à un grand avenir dans les réseaux où le trafic se développe rapidement.

Puis les systèmes semi-automatiques, eux-aussi, cherchent à obtenir la faveur du public.
Dans le service semi-automatique, l'abonné n'a besoin que d'un téléphone ordinaire à batterie centrale. On appelle l'opératrice du bureau central en la manière usuelle, en décrochant le récepteur, et le mécanisme automatique est mis en mouvement par l'opératrice. Cette dernière reçoit de l'abonné appelant l'indication verbale du numéro désiré, et elle le reproduit en abaissant une série de clefs convenables ; les machines font le reste de la besogne.
La rapidité avec laquelle l'opératrice peut écouler les appels de cette manière est bien plus grande que sur un meuble commutateur ordinaire, où la même opératrice doit établir les connexions au moyen de fiches et de cordons simples, essayer et appeler la ligne demandée.


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Evolution en 1912 : Appareil multiple à Batterie centrale, modèle de la Société «. Le Matériel Téléphonique » ou LMT, de Paris.

Le tarif urbain étant basé sur la consommation et d'autre part le téléphonistene devant pas intervenir pour pointer les communications, l'installation des compteurs a été modifiée de manière à les rendre automatiques, mais bien que leur fonctionnement soit très régulier, ils ne doivent être et ne sont considérés que comme des instruments de statistique et ce serait s'exposer à des réclamations incessantes que de baser sur leur installation un abonnement à conversations taxées unitairement. Ils ne tiennent pas compte de la durée pour les communications urbaines.
les jacks sont simples et il y a un relais de coupure qui fonctionne quand on introduit la fiche apportant la batterie sur le 3me fil ou fil de test..
Le compteur individuel est placé en dérivation sur ce fil de test ; on peut donc l'ajouter facilement à toute installation existante.
La bobine du compteur a une résistance de 500 ohms et l'armature qui est à. la terre, vient toucher une dérivation de 30 ohms (40 sur les premiers modèles). Les disques sont au nombre de 4 ce qui correspond à 9.999 communications avant de recommencer une nouvelle série.
Le fonctionnement automatique du compteur sera expliqué plus loin.
Ligne d'abonné :


Appel provisoire du central par magnéto :
Ce schéma a reçu une modification provisoire pour l'appel par magnéto, en attendant la réfection des lignes dont l'isolement laissait à désirer.
On peut rappeler en effet que la batterie centrale a trois fonctions bien distinctes :
Le fonctionnement des signaux de supervision, l'alimentation des microphones, l'appel des abonnés vers le bureau.
Ces fonctions peuvent être réunies ou séparées suivant les circonstances.
Lorsqu'on installe un appareil à batterie centrale dans un réseau aérien ou aéro-souterrain, il est prudent de conserver les magnétos et de n'utiliser la batterie centrale pour les appels venant des abonnés que successivement sur les différents secteurs, après avoir constaté que les lignes sont bien isolées.
Nota : (Le relais d'appel a 120 ohms. Tous les réseaux pouvant utiliser l'appel par magnéto, il vaudrait mieux bobiner à 60 ohms pour ne pas affaiblir l'éclat de la lampe d'appel)
(On pourrait aussi se servir de la Batterie Générale pour les appels du bureau vers les abonnés, mais ce n'est pas le cas des multiples du type considéré)

Le schéma n° 2 indique comment l'installation est faite au bureau central et chez les abonnés.
En tournant la magnéto, le relais d'appel fonctionne, la lampe s'allume et reste allumée jusqu'à l'enfoncement de la fiche, car le courant de la batterie centrale traverse la lampe et le relais en série. On peut remplacer la terre par la batterie sur le relais sans prévenir les abonnés et revenir ainsi à la première installation, la magnéto ne nuit pas aux appels.
Si on constate que les lignes sont bonnes pendant un délai de trois ou quatre semaines, on peut procéder à l'enlèvement des magnétos, ce qui n'entraîne d'ailleurs aucun remaniement dans les postes d'abonnés.
C'est ainsi qu'on a procédé à Tunis, et il reste encore, en raison de la réfection d'artères par suite de pose de câbles souterrains, un grand nombre de magnétos.
Les abonnés, tout en appréciant la commodité de l'appel par batterie centrale, n'insistent pas pour le retrait des magnétos, car ils se rendent bien compte que le mode d'appel n'a aucune influence sur la rapidité du service, la seule chose qui soit réellement importante pour l'abonné.

Cordon d'abonné : schéma n° 3

Il y a une clé d'appel côté réponse, c'est-à-dire côté de l'abonné demandeur, mais elle est inutilisée et pour éviter toute tentation de rappeler l'abonné les boutons sont couverts par une baguette en bois.
Donc, en aucun cas, l'abonné demandeur n'est rappelé comme cela est encore prescrit par l'instruction métropolitaine pour les cas de ligne occupée.
La fiche côté appel, c'est-à-dire côté de l'abonné demandé, est munie de l'enclenchement automatique. Il est à fonctionnement magnétique qui, à notre avis, est préférable à l'enclenchement mécanique, mais dans tous les cas quel que soit le modèle, nous considérons ce perfectionnement comme indispensable.
Il est complété par le contrôle de l'appel du demandé par le demandeur, ce qui permet de supprimer totalement l'intervention du téléphoniste pour signaler les non-réponse.
Pour cela le fil 1 ou de pointe n'est pas coupé pendant l'appel et les courants alternatifs traversant une branche du translateur se font entendre dans le récepteur du demandeur. Le bruit n'est pas assez fort pour être gênant mais bien suffisant pour le contrôle.
Cette addition qui supprime les avis de « non-réponse » est le complément nécessaire de l'appel automatique.
Enfin la clé de compteur à poussoir est supprimée et remplacée par un relais de supervision placé sur le fil 2 ou de corps.Ce relais sert au comptage automatique.
Le relais de supervision de la lampe de fin est reporté sur le fil de pointe où il est d'ailleurs mieux placé, car il n'est pas traversé au départ par les courants d'appel et les pertes en ligne ne peuvent pas le faire fonctionner à tort.

Comptage de statistique automatique : Le fonctionnement du comptage automatique est le suivant :
Lorsque l'abonné demandé décroche son récepteur, le relais de supervision ajouté sur le fil 2 ou de corps fonctionne et envoie la batterie sur le fil 3 ou de test de l'abonné demandeur ce qui actionne le compteur individuel.
Le courant traverse un premier relais sans résistance dit de contrôle dont on verra l'usage et un deuxième relais dit relais verrou également sans résistance qui a pour but d'empêcher le compteur de fonctionner plusieurs fois pendant la communication, quelles que soient les fausses manœuvres des abonnés.
Ce relais comprend deux enroulements. Le premier en gros fil de 9/10, 100 tours avec shunt de 5 ohms pour l'absorption de l'extra courant, le deuxième en fil fin de 13/100 résistance 700 ohmsau moins.
Ce second enroulement est court-circuité au repos par l'armature même du relais. Quand le contact du relais de supervision se produit, le compteur individuel fonctionne, le relais verrou reste au repos, l'intensité qui le; traverse n'étant pas assez forte bien qu'atteignant presque un ampère.
Mais dès que l'armature à la terre du compteur touche la dérivation de 30 ohms placée sur le compteur même, l'intensité du courant est doublée, le relais verrou fonctionne et reste collé par la batterie, que son armature trouve au butoir de travail.
En même temps, l'introduction de la résistance de 700 ohms du deuxième enroulement fait retomber le compteur individuel au repos.
A partir de ce moment, les mouvements de l'armature du relais de supervision sont sans influence sur le compteur qui a marqué une communication et. une seule.
Ces mouvements sont très rapides, la consommation malgré l'intensité des courants est faible en raison de l'introduction immédiate de la résistance de 700 ohms. Il est nécessaire d'avoir un contrôle du fonctionnement du compteur. Un relais spécial ayant 200 tours de fil 9/10 est intercalé à la prise de la batterie. Ce relais fonctionne en même temps que le compteur et allume une lampe de contrôle, mais son armature retombe dès que le relais verrou introduit la résistance de 700 ohms c'est-à-dire dès que le compteur a fonctionné ; par contre il resterait collé si le compteur n'avait pas amené son armature au contact de la dérivation de 30 ohms, c'est-à-dire n'avait pas fonctionné.
Il se produit un éclair de la lampe de contrôle qui indique au téléphoniste que tout a bien marché. Cet éclair coïncide d'ailleurs avec le relèvement de la clé d'appel automatique et l'extinction de la lampe rouge de supervision.
Le relais de contrôle envoie en même temps un courant dans un compteur ordinaire qui sert de totalisateur pour le groupe considéré.
Le relais verrou et le relais de contrôle ont leur armature rappelée au repos par des petites masselottes ; il n'y a pas de ressort, le fonctionnement est très sûr et le réglage stable.
En résumé le comptage automatique peut s'ajouter sur des installations existantes au moyen d'un deuxième relais de supervision et d'un relais verrou par cordon. Les relais de contrôle desservent 5 cordons chacun mais il serait facile de desservir 10 cordons en doublant la résistance de 700 ohms du relais verrou. Les relais ajoutés coûtent environ 22 francs par cordon.
On ne doit pas s'arrêter à une dépense supplémentaire de matériel lorsqu'il s'agit d'activer les mises en communication et de gagner en automatisme.
Les postes d'opérateurs du bureau de renseignements interurbains, suburbains,annotateurs, urbains,sont tous à circuit ouvert par condensateur pour éviter des comptages de communications lorsque les téléphonistes répondent.

sommaire

1912 ETUDE DE RENTABILITE DES SYSTÈMES TÉLÉPHONIQUES

En principe, il n'existe que deux catégories de systèmes téléphoniques différents :
1 - Les systèmes manuels, dans lesquels l'établissement et la suppression des connexions sont opérés au bureau central par les soins d'agents téléphonistes ;
2 - Les systèmes automatiques dans lesquels le même travail est effectué par les abonnés.

A la première catégorie appartiennent les espèces suivantes:
1 - Les systèmes à appel magnétique ;
2 - Les systèmes ordinaires à batterie centrale ;
3 - Les systèmes à répartiteurs d'appels ;
4 - Les systèmes semi-automatiques.

La deuxième catégorie n'est guère représentée, dans la pratique, que par des systèmes dérivés du Strowger à alimentation centrale de courant.
Le problème technique à résoudre est le suivant : Relier l'extrémité, aboutissant au bureau central, d'un circuit d'abonné à l'extrémité, aboutissant au même bureau central, du circuit d'un autre abonné quelconque, avec lequel le premier abonné désire communiquer, puis, une fois la conversation achevée, supprimer la connexion.

Comparaison des différents systèmes.
Nous pouvons écarter, tout d'abord, les systèmes à appel magnétique comme surannés et de valeur inférieure.
Il ne nous reste donc plus à comparer que les systèmes simples à batterie centrale, les systèmes répartiteurs, les systèmes semiautomatiques et les systèmes entièrement automatiques.
La puissance de transmission est, toutes choses égales, à peu près équivalente quel que soit le système.
D'autre part, un système donné, malgré une infériorité technique réelle, peut être rendu, par une exploitation appropriée, pratiquement supérieur à un autre système en principe plus parfait.
Par la suite, nous allons supposer que chaque système est utilisé avec son meilleur rendement.
Dans cette hypothèse, la comparaison des frais d'exploitation donne une véritable mesure de la valeur.
Les frais d'exploitation se composent de 15 % des frais de premier établissement, des dépenses d'entretien pour les appareils des abonnés et du bureau central, ainsi que des dépenses proprement dites des conversations.
Quant au réseau, au bâtiment, à l'éclairage, au chauffage, etc., ils n'ont pas à entrer en ligne de compte, car ils sont indépendants du système employé.

Bureaux centraux ordinaires à batterie centrale.
Prenons comme type d'un bureau ordinaire à batterie centrale l'installation d'Amsterdam.
D'après les prix actuels des appareils — admettons que l'installation soit prévue pour 10.000 abonnés —
le capital en apparéils, tant pour les abonnés que pour le bureau central, représente 1.062.000 fr.
Par suite, l'intérèt et l'amortissement s'élèvent à 159.375 fr. chaque année.
Le service des mises en communication a, en 1910, occupé 145 dames, y compris les aspirantes et les débutantes : la dépense de ce dernier chef, s'est élevée à 156.250 fr.
Enfin, l'entretien des appareils du bureau central et d'abonnés a entraîné une dépense de 75.000 fr.
Les frais d'exploitation pour un bureau ordinaire à batterie centrale de 10.000 abonnés ressortent donc, autant qu'ils dépendent du système, à :
1 - Intérêt et amortissement 159.375 fr.
2 - Service d'établissement des connexions 156.250 fr.
3 - Entretien des appareils installés chez les abonnés et dans le bureau central. 75.000 fr.
TOTAL ......... 390.625 fr.

Systèmes répartiteurs d'appels.
Le seul système répartiteur sur l'exploitation duquel on ait des données officielles, est celui d'Aven, employé à Rotterdam.
Les appareils de l'abonné ne se distinguent pas de ceux des bureaux ordinaires à batterie centrale.
La dépense pour une installation à 10.000 abonnés construite d'après le système de Rotterdam, s'élèverait, suivant une évaluation du Professeur Van der Bilt, à 1.375.000 fr, ce qui exigerait une dépense annuelle de 206.250 fr. pour l'intérêt et l'amortissement.
L'établissement des connexions, étant donné le chiffre de 7.400 lignes d'abonnés, a nécessité, en 1910, 114 dames, y compris une surveillante et sept débutantes, d'où une dépense de 109.530 fr.
Pour 10.000 lignes d'abonnés il faudrait donc, dans les mêmes proportions, recourir à 163 dames téléphonistes, dont la rétribution entraînerait une dépense de 170.000 fr.
Les frais d'entretien, pour les dispositifs du bureau central et pour les dispositifs installés chez les abonnés s'élèvent à 7 fr. 25 par ligne d'abonné, ce qui représente pour un bureau central de 10.000 abonnés une dépense de 75.000 fr.
L'emploi du système répartiteur Aven comporte donc une dépense de :
1 - Intérêts et amortissement 206.250 fr.
2 - Service des connexions 170.000 fr
3 - Entretien des appareils chez les abonnés et dans le bureau central 75.000 fr
TOTAL ............ 451.250 fr.

Les systèmes semi-automatiques.
Dans les systèmes semi-automatiques l'équipement du poste d'abonné ne diffère pas de celui que nous rencontrons sur les réseaux ordinaires à batterie centrale. En outre, les manœuvres que doit effectuer l'abonné sont les mêmes. Quant à l'équipement du bureau central, il est le même que celui d'un bureau central entièrement automatique, à cette différence près que l'on doit mettre à la disposition de chaque opératrice des combinateurs qui à l'aide d'impulsions successives de courant établissent la suite des connexions.
Le prix de revient d'une installation semi-automatique est donc le même que celui d'une installation entièrement automatique, augmenté du coût des combinateurs et diminué de la différence entre les appareils d'abonnés à batterie centrale et les appareils spéciaux à disque sélecteur.
Quant aux frais d'exploitation, ils sont les mêmes que dans un bureau central entièrement automatique, augmentés cependant de la dépense des téléphonistes et de leurs combinateurs et réduits d'une façon d'ailleurs peu appréciable, en ce qui concerne l'entretien des appareils d'abonnés.
Les frais de premier établissement pour une installation de 10.000 abonnés s'élèvent aujourd'hui à 2.000.000 fr, en notant d'ailleurs qu'il ne peut s'agir, pour le moment, que de systèmes dérivés des types Strowger.
Pour les services de l'intérêt et de l'amortissement, d'après l'expérience jusqu'ici acquise, la proportion de 15 % prévue en ce qui concerne les bureaux manuels peut être considérée, ici également, comme suffisante.
La dépense annuelle de ce chef serait donc de 300.000 fr.
En ce qui concerne le nombre des dames téléphonistes nécessaire pour l'exécution du service, il correspond à celui qu'il faut prévoir dans un bureau central répartiteur, dont il a été question précédemment, car l'économie résultant de la suppression de la manœuvre des fiches se trouve compensée par la mise en action du combinateur.
Cependant on peut réduire ce nombre du chiffre des opératrices chargées de la répartition, attendu que la distribution des appels se fait automatiquement. Il faudrait donc prévoir 111 dames téléphonistes, d'où, d'après les salaires appliqués à Rotterdam, une dépense annuelle, de ce chef, de 115.000 fr.
Les frais d'entretien de l'outillage du bureau central sont les mêmes que pour un bureau central entièrement automatique, avec en plus la dépense d'entretien des combinateurs.
Les appareils du bureau central et des abonnésexigent, en entretien, une dépense annuelle de 187.500 fr.
Le total des dépenses d'exploitation ressort donc à :
1 - Intérêt et amortissement. 300.000 fr
2 - Personnel 115.000 fr
3 - Entretien des dispositifs des postes d'abonnés et du bureau central. 187.500 fr
TOTAL ........ 602.500 fr.

Les systèmes automatiques.
Les frais de premier établissement d'une installation entièrement automatique du système Strowger - Siemens s'élèvent, pour 10.000 abonnés, à 2.500,000 fr.
Une somme de 15 % prévue pour l'intérêt et l'amortissement donne une dépense annuelle de 375.000 fr.
L'entretien des appareils du bureau central et des abonnés exige 182.500 fr.
Par suite, le total des frais d'exploitation d'une installation entièrement automatique de 10.000 abonnés est de :
1 - Intérêt et amortissement 375.000 fr.
2 - Entretien des appareils du bureau central et des abonnés 182.500 fr
TOTAL .......... 557.500 fr.

Comparaison.
Les frais d'exploitation d'un réseau public de 10.000 abonnés sont donc les suivants :
1 - Système manuel à batterie centrale 390.625 fr.
2 - Système distributeur Aven 451.250 fr
3 - Système semi-automatique, genre Strowger ...... 602.500 fr
4 - Système automatique ...................................... 557.500 fr
Il s'agit maintenant de rechercher quelles particularités techniques de chaque système, en admettant que le rendement soit maintenu à son même niveau, permettent une diminution des frais d'exploitation.
Tous les systèmes souffrent de deux inconvénients : la minime utilisation des dispositifs techniques et l'inégalité d'intensité du travail, c'est-à-dire les fortes variations qui se produisent, d'un moment à l'autre, dans le nombre des conversations simultanées.
Les deux inconvénients en question sont inhérents au caractère du service téléphonique et ne peuvent être atténués au delà d'une certaine mesure, pas plus qu'une station centrale ne peut être affranchie des oscillations quotidiennes qui se produisent dans la consommation du courant.
Des deux maux dont il s'agit, le dernier n'a pas à retenir notre attention, car il ne peut manifestement pas être tempéré.
On ne peut que comparer les moyens adoptés pour combattre les effets nuisibles de l'inégalité du trafic.
En ce qui concerne la faible utilisation de l'outillage, elle ne peut pas être influencée, pour les postes d'abonnés, par le choix du système.
Pour ce qui est de l'utilisation des conducteurs, on se trouve enfermé dans des limites étroites. Ici, c'est le degré de subdivision des installations qui décide. Sous ce rapport, tous les systèmes manuels se trouvent dans la même situation La limite, c'est-à-dire le nombre maximum des bureaux centraux et des lignes auxiliaires qu'il faut donner à un réseau déterminé, dépend de nombreuses circonstances accessoires, telles que trafic local, bâtiments, densité de la population, agencement du bureau central, etc. ; la question de la plus ou moins grande utilisation des lignes devient absolument sans importance.
Sur les réseaux automatiques, on a la possibilité de pratiquer un sectionnement étendu, mais deux motifs font que ce sectionnement étendu, théoriquement possible, ne peut pas être complètement réalisé pratiquement.
D'abord les réseaux de lignes existent déjà et le service automatique, ultérieurement introduit, doit nécessairement s'adapter au réseau qu'il rencontre. En second lieu, les dispositifs automatiques des bureaux centraux exigent une surveillance, un contrôle et un entretien continuel et attentif, incompatibles avec un grand nombre de stations centrales.
C'est pourquoi les deux bureaux centraux de Munich ont été construits pour recevoir chacun 5.000 abonnés, ce qui représente un degré de division tout à fait comparable à celui en usage avec les systèmes manuels.
Reste à examiner l'outillage des bureaux centraux au point de vue d'une meilleure utilisation.
Dans tous les systèmes, le premier organe pouvant être mis en action par l'abonné, est le relais d'appel. Dans les systèmes manuels, l'actionnement de cet organe provoque l'allumage d'une lampe à incandescence et placée sur une des positions de téléphonistes du bureau central.
Évidemment, celte lampe ne doit s'allumer qu'à la volonté de l'abonné. On ne peut pas plus modifier son degré d'utilisation qu'on ne peut modifier celui du poste de l'abonné. Il en est autrement pour le ressort-contact qui ferme et interrompt le circuit de cette lampe à incandescence. Ce ressort-contact n'a besoin d'être mis à la disposition de l'abonné appelant que pour la durée de l'appel. Il devient libre au moment de la demande d'occupation et il pourrait être immédiatement après utilisé pour l'appel émis par un autre abonné. Au lieu d'avoir un ressort-contact constamment disponible pour chaque abonné, il suffirait d'avoir un seul ressort contact pour un groupe d'abonnés, mis successivement à la disposition de ces abonnés. Chaque abonné du groupe intéressé ne disposerait pas du ressort-contact d'une façon continue, mais à des intervalles de deux à trois secondes par exemple. Si on réunissait en un seul groupe 50, 100, 150 ou 200 abonnés, au lieu du même nombre de relais d'appel, un seul suffirait, et l'utilisation de ce seul organe commun d'appel serait de 50 à 200 fois celle du relais d'appel individuel.
En dehors de la faible utilisation des organes individuels d'appel, il faut noter que leur présence entraîne un sensible gaspillage de courant. Aussi longtemps qu'elle traite un appel, la téléphoniste ne peut pas s'occuper d'un deuxième, ni d'un troisième appel qui lui parviendront simultanément. L'allumage des lampes de ces abonnés jusqu'au moment où l'appel peut être traité, est absolument inutile et représente une perte sèche, de même que le courant de la batterie centrale, s'écoulant dans cet intervalle vers le pdste de l'abonné, est une perte sèche.
On évite naturellement ces pertes en renversant la situation : plusieurs abonnés ne s'adressent plus simultanément et vainement à un bureau central qui n'est pas prêt à leur donner satisfaction, mais le bureau central, toujours prêt à donner satisfaction, recherche l'un après l'autre les abonnés appelants et exécute successivement, puisqu'il ne peut le faire simultanément, leurs demandes.
Un dispositif, qui sera examiné plus tard, empêchera que les abonnés appartenant à un groupe aient à attendre jusqu'à ce que les appels émis précédemment par d'autres abonnés aient pris fin.
La possibilité d'augmenter l'utilisation des organes d'appel du bureau central est identique pour tous les systèmes manuels.
Au lieu d'avoir, dans un grand bureau central, des milliers de relais d'appel et de coupure qui ne sont actionnés qu'un temps infiniment court, on emploie des commutateurs d'une construction très simple, à raison d'une unité par groupe d'abonnés, et demeurant constamment en activité.
La suppression des relais individuels d'appel et de coupure entraîne naturellement la réduction correspondante d'autres organes, notamment la suppression des châssis de relais, la réduction de la dépense en câbles, la diminution de l'encombrement, etc.
Puisque l'on a ainsi la possibilité de réduire sensiblement les organes des bureaux manuels et de mieux utiliser l'outillage restant, une question se pose : pourrait-on, dans les manœuvres d'établissement et de suppression des connexions, opérer des perfectionnements ?
La partie la plus coûteuse de l'outillage envisagé est constituée par les jacks.
Nous avons déjà vu le nombre considérable de ces panneaux dans les bureaux centraux ordinaires à batterie centrale et leur minime utilisation.
Les derniers progrès, sous ce rapport, ont été faits par les systèmes répartiteurs.
Évidemment, la simple suppression des organes individuels d'appel, à elle seule, accentuerait l'effet déjà indiqué, du principe de la répartition, étant donné que l'afflux des appels à chaque téléphoniste et par suite le travail de cette dernière deviendra plus uniforme et conséquemment plus facile. Mais. on se demande alors si le travail en question lui-même ne peut pas être supprimé.
En principe, il faut évidemment répondre par l'affirmative, car le travail des téléphonistes chargées de la répartition se trouve déjà supprimé dans les systèmes semi-automatiques. Mais, dans ces systèmes, on obtient pareille élimination en attribuant à chaque abonné non seulement un organe individuel d'appel, mais encore un dispositif individuel lui permettant de rechercher la téléphoniste qui se trouve inoccupée à un moment donné. Or, comme ce dernier dispositif est naturellement assez coûteux, la perte résultant dans l'exploitation ordinaire, de l'utilisation insuffisante du dispositif individuel d'appel se trouve quadruplée.
La solution du problème est donc la suivante : ne pas mettre de façon permanente et exclusivement à la disposition d'un seul abonné l'organe d'appel, pas plus que l'organe sélecteur, mais mettre ces organes, sucessivement, à la disposition d'un nombre plus ou moins grand d'abonnés, et cela pendant le temps seulement nécessaire pour exécuter un appel.
La répartition automatique des appels exige naturellement, pour chaque abonné, plusieurs lampes d'appel. Comme le nombre des abonnés reliés à l'organe commun d'appel et de distribution — 50, 100, 150, 200 — se détermine d'après l'activité téléphonique des abonnés, il arrive que les abonnés ayant un trafic élevé ont une lampe dans chaque panneau de jacks, que les abonnés d'une deuxième catégorie reçoivent une lampe dans un panneau de jacks sur deux et que les autres ont une lampe dans un panneau sur trois ou sur quatre seulement.
Le nombre total des lampes d'appel est variable dans chaque cas particulier et peut être évalué de ( n * m ) /3 jusqu'à (n * m ) / 4 ou n représente le nombre des abonnés et m le nombre des panneaux de jacks.

Afin de pouvoir compléter l'énumération des simplifications qu'introduit dans le bureau central le système des organes simultanés d'appel et de répartition — nous l'appellerons pour plus de simplicité le système des commutateurs simultanés (Simultanschaltersystem), — il faut signaler un effet exercé par ce système sur le service des opératrices.
Comme, à un moment donné, les appels parvenant à un bureau central se répartissent automatiquement et d'une manière parfaitement uniforme sur tous les panneaux des jacks dudit bureau central et sur tous les postes d'opératrices, il arrive que l'appel d'un abonné se manifeste et est traité tantôt sur tel poste, tantôt sur tel autre : par suite, on n'a plus à surveiller exactement, ce qui serait autrement nécessaire, le rendement de chaque opératrice et à transférer les fils d'abonnés de positions d'opératrices surchargées à d'autres moins chargées.
On peut donc se dispenser de l'intervention du répartiteur intermédiaire, lequel est à la fois coûteux et encombrant.
Les simplifications des dispositifs techniques d'un bureau à commutateur simultané, au regard d'un bureau central ordinaire à batterie centrale, sont donc les suivantes :
1 - Plus de relais d'appel ;
2 - Plus de relais de coupure ;
3 - Suppression des châssis correspondant à ces relais ;
4 - Réduction de moitié des panneaux de jacks :
5 - Suppression du répartiteur intermédiaire ;
6 - Économie de 30 % à 40 % , de câble ;
7 - Installation d'une source d'énergie plus petite ;
8 - Diminution de l'encombrement et de la superficie nécessaire en correspondance avec la diminution des dispositifs techniques..
Par contre, il faut augmenter l'outillage de ( n /130 )
commutateurs simultanés (n est le nombre d'abonnés) ; et de n * m ) /3 jusqu'à (n * m ) / 4 lampes d'appel (m = le nombre des panneaux de jacks).
Les organes d'une installation à commutateurs simultanés fonctionnent comme il est dit ci-après :
L'abonné décroche son téléphone. Au bout d'un temps inférieur à deux secondes, le commutateur simultané auquel il est relié se trouve actionné de manière que, dans les deux secondes suivantes une des lampes à incandescence attribuée à cet abonné s'allume sur le panneau de jacks où une opératrice libre est prête à répondre à l'appel.
Celle-ci opère alors de la façon ordinaire. Au moment où la fiche de réponse pénètre dans le jack, le commutateur simultané (organe d'appel et organe sélecteur) occupé par l'abonné appelant se trouve libéré et peut être immédiatement utilisé par un autreabonné du même groupe.
Lorsqu'une opératrice répond à un appel, l'accès à son poste se trouve supprimé pour d'autres appels.
Par suite, un appel amené l'instant d'après par le même commutateur simultané est conduit à une autre opératrice inoccupée.
Pour chaque appel parvenant dans le bureau central, le temps pendant lequel les dispositifs d'appel se trouvent occupés est absolument uniforme; ce temps est d'environ quatre secondes.
Un commutateur simultané peut donc écouler 15 appels par minute, soit 900 appels à l'heure.
En réalité, en comptant 10 conversations par abonné, pour un travail journalier de 10 heures, il n'a que 130 appels à écouler par heure.
Par suite, il pourrait presque suffire même si le trafic total des 130 abonnés se trouvait condensé en une seule heure de la journée.
L'abonné reçoit donc, dans tous les cas, du bureau central, une réponse immédiate à son appel.
Dans le bureau central, l'action du commutateur simultané est la suivante : Comme sur chaque position d'opératrice, à un moment donné, il ne peut parvenir qu'un seul appel — à la condition que le service soit normalement organisé — le laps de temps s'écoulant depuis l'instant de l'appel jusqu'à la réponse, se trouve uniformément limité au plus strict minimum.
On évite ainsi un amoncellement d'appels sur une position d'opératrice et le retard qui en résulte dans le traitement des divers appels.
Le travail est plus réglé, moins nerveux et, par suite, plus efficace.
Comme les demandes parvenant au bureau central se répartissent à chaque instant, avec une uniformité mathématique, sur la totalité des panneaux de jacks en service, le travail imposé aux opératrices est, pour toutes, absolument égal et, durant chaque heure de service, il peut être constamment maintenu au maximum admissible au moyen d'une augmentation ou d'une diminution du total des panneaux de jacks.
Le verrouillage rendant un poste d'opératrice occupé, inaccessible à d'autres appels, a lieu par l'actionnement de la clef d'écoute lors de la demande d'occupation.
Grâce à un dispositif enregistreur fonctionnant simultanément, on peut fixer la durée de chaque abaissement de la clef d'écoute et faire connaître à distance, par un signal visible ou perceptible à l'oreille, toute prolongation anormale de cet abaissement.
On peut en outre maintenir en des limites immuables et aussi étroites que possible le temps qui s'écoule, dans chaque cas, entre l'insertion dans le jack de la fiche de réponse et l'insertion de la fiche de demande.

Les caractéristiques du fonctionnement d'une installation à commutateurs simultanés sont donc les suivantes
:
1 - Répartition absolument égale du travail entre les diverses opératrices à tout moment ;
2 -
Rendement maximum des opératrices obtenu avec un minimum d'efforts ;
3 - Suite immédiate donnée à tout appel parvenu au bureau central ;
4 - L'abonné appelant n'attend jamais du fait qu'au même instant un ou plusieurs autres appels occupent son opératrice ;
5 - Impossibilité qu'une opératrice donne la préférence à l'appel d'un abonné, aux dépens de l'appel d'un autre abonné ;
6 - Impossibilité qu'une opératrice puisse brimer un abonné qu'elle juge désagréable ;
7 - Impossibilité pour l'abonné de déterminer quelle opératrice a traité son appel ;
8 - Possibilité de faire correspondre aux fluctuations du trafic, le nombre des opératrices avec un degré d'occupation toujours uniforme ;
9 - Contrôle automatique du travail des opératrices.
Il faut encore distinguer entre le travail de jour et le travail de nuit. Au commencement du service de nuit, tous les commutateurs simultanés sont mis au repos et le total des panneaux de jacks du bureau central est limité à un, deux, trois ou quatre positions, suivant que les abonnés ont été répartis en une, deux, trois ou quatre catégories différentes basées sur leur activité téléphonique.
Les 50, 100, 150 ou 200 abonnés d'un groupe utilisent de nouveau un organe commun d'appel (relais avec lampe à incandescence) qui permet de reconnaître, non pas directement, mais seulement par suite de l'actionnement du commutateur simultané intéressé, l'abonné qui a appelé.
Une fois cette détermination faite, le traite-ment de l'appel dans le bureau central s'exécute comme durant la journée.
Des explications précédentes, il ressort que :
10 - Le service de nuit se trouve essentiellement facilité de ce fait que tout le trafic se concentre sur quatre positions d'opératrices au maximum installées les unes à côté des autres, ce qui dispense de surveiller et desservir l'ensemble des panneaux de jacks de tout le bureau.
En dehors de l'économie en personnel résultant de l'amélioration générale du service des connexions, une installation de commutateurs simultanés exige le même personnel qu'une installation à répartiteurs, moins les opératrices chargées de la manœuvre des répartiteurs.
En prenant comme point de départ le réseau de Rotterdam, qui dispose d'un personnel relativement nombreux, on trouve que l'économie en personnel doit être d'un tiers.
En conséquence, les dépenses annuelles d'exploitation d'un réseau de 10.000 abonnés desservi par des commutateurs simultanés se chiffreraient comme il suit :
1 - Intérêt et amortissement 117.200 fr.
2 - Service des connexions 113.400 fr
3 - Entretien des dispositifs chez l'abonné et dans le bureau central 75.000 fr
TOTAL ............... 305.600 fr.

RÉSUMÉ. L'étude ci-dessus compare les frais de premier établissement et d'exploitation des installations téléphoniques ordinaires à batterie centrale avec les installations à répartiteurs, les installations semi-automatiques, les installations entièrement autornatiques et les installations à commutateurs simultanés.
Il résulte de cette comparaison que pour un réseau de 10.000 abonnés déterminé le coût annuel d'exploitation serait, suivant le système employé :
1 - Système ordinaire à batterie centrale 390.625 fr.
2 - Système à batterie centrale et à répartiteurs 451.250 fr
3 - Système semi-automatique 597.800 fr
4 - Système entièrement automatique 544.655 fr
5 - Système à commutateurs simultanés 305.560 fr

Pour cette année 1912 la rentabilité est encore au centre manuel à batterie centrale comme à Paris.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératices, chronométrage) ce qui a conduit aux grandes grèves de 1906-1909.
L'expérience du premier central automatique à Lyon en système Lorimer n'a pas donné une grande satisfaction, le système a été abandonné avant que la guerre de 1914 n'éclate et la prévision d'installer un sysytème Strowger à Nice en 1912 n'aboutira que en 1913, avec 20 ans de retard sur les Etats-Unis.


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EN MEME TEMPS en 1912 , l'Angleterre fait aussi l'ÉTAT ACTUEL DE LA TÉLÉPHONIE AUTOMATIQUE

The Post-Office Electrical Engineers Journal, janv. 1912.

La nouvelle que le Post-Office (équivalent des PTT en France) a décidé d'installer un outillage automatique dans quelques-uns de ses bureaux téléphoniques centraux, neufs ou reconstruits, a provoqué un très vif intérêt.

Tout le monde, aujourd'hui, s'attend à quelque chose de nouveau dans le régime téléphonique du Royaume-Uni.
Les ingénieurs téléphonistes, cependant, savent fort bien que ce quelque chose n'est pas nouveau, en réalité.
Le procédé automatique est aussi ancien que le système manuel à batterie centrale ; mais, comme il représente un écart bien plus radical des pratiques d'antan, les difficultés de son introduction ont été plus grandes.
C'est seulement dans ces dernières années que les praticiens téléphonistes ont reconnu le caractère pratique du bureau téléphonique automatique, qu'ils ont constaté qu'il sera bien accueilli du public et que, dans des conditions convenables, il donnera un service plus économique et meilleur que le système manuel auquel nous avions autrefois accordé notre confiance.

Le Post-Office britannique n'est pas un initiateur en matière de téléphonie automatique.
Avec la prudence qui le caractérise, il n'aborde la question qu'à une heure relativement tardive, au moment où il peut recueillir les avantages de l'expérience acquise par les administrations, plus aventureuses, de l'Amérique, de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Hollande, de la Suède et d'autres pays encore.
Jusqu'à présent, le Post-Office n'a encore fait que trois petites commandes, se rapportant chacune à environ 500 lignes d'abonnés, pour Epsom, pour Caterham et pour ses propres locaux administratifs de Londres.
On étudie présentement des devis d'installations plus étendues, devant desservir jusqu'à 10.000 abonnés.
A Epsom, l'on doit appliquer le système Strowger, avec son dispositif d'appel à cadran bien connu.
L'outillage a déjà été livré et pour l'installer, on n'attend plus que l'achèvement de la salle de commutation.
Caterham aura le système Lorimer, lequel emploie des téléphones pourvus de leviers ; ces derniers permettent à l'abonné de former les unités du numéro désiré et de contrôler l'exactitude de ce numéro avant de lancer l'appel.
Les mérites relatifs du cadran et des leviers, comme dispositifs d'appel, n'ont pas encore été officiellement déterminés : aussi les deux installations d'Epsom et de Caterham permettront-elles au Post-Office d'arriver à une conclusion sur ce point.
Sans doute, la plupart des systèmes automatiques peuvent fonctionner avec l'un ou l'autre de ces deux dispositifs d'appel ; mais la question, au point de vue de l'abonné, ne laisse pas de présenter une certaine importance.
Naturellement, les préférences de l'ingénieur vont au disque-commutateur, lequel est le plus simple des deux dispositifs et le moins onéreux quant aux frais de premier établissement et à l'entretien.
Le Lorimer est un système à dépense continuelle d'énergie ; il comprend une série d'arbres de transmission et d'embrayages maintenus continuellement en rotation par un moteur et fournissant le mouvement convenable aux appareils conjoncteurs au moment du besoin.
Les relais et les électroaimants joints aux conjoncteurs sélecteurs ne jouent qu'un rôle de contrôle.
L'appareil Strowger, d'autre part, est normalement au repos, et tous les mouvements de ses conjoncteurs sont directement produits par les impulsions transmissives de courant et sélectrices qui agissent sur les électroaimants des conjoncteurs.
Parmi les autres systèmes automatiques importants existant actuellement, il faut signaler celui de la Compagnie « Western Electric » qui comprend un actionnement par moteur avec un agencement d'arbres transmissifs tournant continuellement ; les systèmes respectifs de la Compagnie « American Automatic », de la Compagnie « Kellogg », de la Compagnie « North Electric » (automanuel Clément) et de MM. Siemens et Halske (ce dernier est le Strowger légèrement modifié) utilisent, au contraire, des impulsions électromagnétiques directes, transmissives de signaux.
Une entreprise anglaise, récemment créée — la Compagnie « Automatic Telephone Manufacturing » — a acquis la vaste usine téléphonique, située à Liverpool, de la Compagnie « British Insulated and Helsby Cables » et se propose de fabriquer surtout des appareils téléphoniques automatiques.
La Compagnie « Western Electric » et MM. Siemens frères se préparentégalement à fabriquer l'outillage automatique dans leurs usines téléphoniques de Londres, et d'autres grandes maisons anglaises de constructions téléphoniques prennent des mesures dans le même sens.

Il est donc probable que le Post-Office, en ce qui concerne ses installations téléphoniques, puisse maintenir le principe de la concurrence entre fournisseurs si utile aux administrations d'Etat.
Le système automatique a encore ses adversaires, et ces derniers invoquent souvent, et peut-être à tort, la haute autorité des ingénieurs de la Compagnie « American Telephone and Telegraph » pour préconiser le système manuel aux dépens de l'automatique.
Sans doute, la Compagnie « American Telephone and Telegraph » ne possède actuellement aucun système automatique ou semi-automatique fonctionnant dans ses bureaux centraux. Mais il faut remarquer que les immenses intérêts téléphoniques que commande la grande entreprise américaine et les conditions délicates de son organisation font entrer en ligne de compte de nombreuses considérations auxquelles échappe le Post-Office ; l'introduction de la commutation automatique est pour elle une mesure considérable, qu'elle ne pourra aborder qu'après les délibérations les plus mûries et des recherches expérimentales les plus minutieuses.
En réalité, 1' « American Téléphone» a été si favorablement impressionnée par les résultats de l'appareil commutateur automatique qu'elle a consacré une somme importante à l'étude et à l'essai d'un système semi-automatique.
Un pareil système exige l'installation d'un appareillage identique, quant à la forme et au fonctionnement, à celui d'un système entièrement automatique. Le nombre des organes nécessaires dans un bureau central semi-automatique est, en réalité, plus grand que dans un bureau central entièrement automatique, car il faut, en outre, aménager, dans le premier de ces bureaux, l'équivalent des organes d'appel des abonnés.
L'Ingénieur en chef de la Compagnie « American Telephone and Telegraph » a publiquement déclaré qu'il compte obtenir, par l'introduction du système semi-automatique, un service plus efficace et plus économique que celui donné par le présent système manuel.
En tout état de cause, les ingénieurs téléphonistes vont avoir à traverser une longue période d'efforts ardus pour solutionner les nouveaux problèmes, en adaptant les solutions aux nouveaux besoins.
Au point de vue de l'organisation générale, le système automatique est moins souple que le système manuel, et les résultats dépendent plus essentiellement des plans élaborés à l'origine et de la minutie avec laquelle ils ont été étudiés.
Sans se baser sur des conjectures ou des hypothèses, il faut préalablement se livrer à des études du trafic, à l'élaboration de devis aussi étendus et aussi complets que la prudence l'exige, et n'aborder qu'ensuite les travaux d'installation d'un réseau automatique.
Les problèmes de liaison, ceux du coût des méthodes de service par bureaux « satellites », ne peuvent être convenablement solutionnés que si l'on prévoit l'avenir.
Avec le système automatique, toutes les sections de la localité desservie dépendent les unes des autres dans une large mesure, et la localité elle-même doit être considérée comme un tout.
On ne saurait s'écarter du plan d'organisation primitif avec la même facilité que dans le cas d'un bureau manuel et surtout sans entraîner des dépenses beaucoup plus considérables.
La formation d'un bon personnel d'agents de bureaux centraux constitue une des questions de la plus haute importance, et c'est en cette matière que l'on peut prévoir les plus grosses difficultés.
Il faut envisager la possibilité de grèves et d'autres troubles provenant de la main-d'œuvre.
Même à Chicago, le quartier-général du systèmè Strowger, nous apprenons que les nouvelles installations automatiques sont en train de traverser ou viennent de traverser une période agitée par les conflits de la main-d'œuvre.
Nous avons la conviction que le personnel de notre service technique accomplira courageusement les lourdes tâches qu'exigera de lui l'introduction du système automatique, en y consacrant toute son activité.
L'établissement d'instructions, de règlements, la mise en exploitation de systèmes nouveaux imposera aussi aux agents de l'Administration centrale des travaux à la fois méticuleux et pénibles.
De ces recherches et de ces travaux, chacun aura sa part et le succès viendra couronner nos efforts.
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Téléphonie automatique ou Téléphonie manuelle ?
Tous les états s'interrogent comme nous venons de le voir, c'est trop honéreux pour certains, trop ci, trop ça, 1910-1914 sont les années charnières ou l'automatique va se justifier pour plonger le monde dans l'ère de la téléphonie automatique.

— JOHN HESKETH. — (Electrician, 25 Mars 1913)

M. John Hesketh, Ingénieur en Chef du département fédéral australien des Postes et des Télégraphes, à la suite d'un voyage qu'il a fait en Amérique et en Europe pour étudier les plus récents progrés réalisés en téléphonie, termine son rapport par les conclusions suivantes :
La question de l'adoption d'un système automatique doit être discutée dans chaque cas particulier.
Dans les bureaux centraux présentant une certaine importance, le coût de la commutation mécanique est moindre flue celui de la commutation manuelle.
La commutation mécanique se trouve justifiée dans les bureaux centraux desservant plus de 500 abonnés, et l'avantage, au point de vue financier, augmente avec le nombre des bureaux centraux sur le réseau.
Le coût de premier établissement de l'outillage automatique est deux ou trois fois plus élevé que celui de l'outillage manuel, mais il en résulte une diminution desfrais opératoires; d autre part, il est possible d'obtenir, dans certains cas, une économie dans le prix de revient de la construction des lignes du chef de l'adoption d'un système automatique ou semi-automatique.
On peut prévoir qu'avec un système manuel il serait nécessaire, dans quinze ans, d'avoir un effectif d'employés égal à 5 fois l'effectif actuel.
De grandes difficultés dans le recrutement ne manqueraient pas de se produire.
En admettant même qu'un système manuel puisse permettre une économie de 5 shillings par ligne et par an, dans les frais d'exploitation, il vaudrait mieux sacrifier cette somme et probablement plus, en raison des probabilités futures, afin d'obtenir les autres avantages du service automatique.

On admet aujourd'hui, dans le monde téléphonique, que le système de l'avenir pour les grands réseaux doit être automatique.
Cette tendance apparaît dans les mesures récemment adoptées en Angleterre, en Allemagne, en Bavière, en Autriche. en Hollande, tous pays qui utilisent des systèmes automatiques ou prévoient l'emploi de pareils systèmes.
Dans ces conditions on peut poser les principes suivants :
a) S'il arrive qu'un nouvel outillage devienne nécessaire dans un bureau central appartenant à un réseau à bureaux multiples il convient de ne provoquer de soumissions que pour un outillage complètement automatique ou semi-automatique ;
b) Dans le cas où il s'agit de l'extension d'un outillage manuel, il convient d'examiner de près, dans chaque cas, la question de savoir s'il vaut mieux installer un outillage séparé, automatique ou semi-automatique, au lieu d'étendre l'outillage manuel existant ;
c) Dans les autres bureaux centraux pour lesquels on prévoit immédiatement un accroissement de plus de 500 abonnés en cinq ans, il y a lieu de provoquer des soumissions portant soit sur l'outillage entièrement automatique soit sur l'outillage semi-automatique à batterie centrale.

C'est en 1912 que M. Chaumet, sous-secrétaire d'Etat aux Postes et Télégraphes, a décidé l'établissement de commutateurs semi-automatiques en Rotary dans les bureaux d'Angers et de Marseille et de commutateurs automatiques Strowger à Nice et à Orléans.
Les travaux d'aménagement de ces bureaux étaient tous entrepris en juillet 1914 quand la guerre éclata.
Malgré la raréfaction de la main-d'œuvre l'équipement du bureau d'Angers a été achevé et le bureau semi-automatique mis en service en novembre 1915.

Parallélement à l'arrivée du commutateur entierement automatique, les évolutions de centres manuels continuent car la demande est toujours croissante et il faut répondre aux besoins.
Alors Le Dimanche 2 février 1913 le nouvel Interurbain de Paris, installé au N° 61 de la rue des Archives, a été mis en service .

LE NOUVEAU BUREAU TÉLÉPHONIQUE INTERURBAIN DE PARIS Par M. SELLIER, Ingénieur des Postes et Télégraphes.

L'installation comprend 200 tables interurbaines avec extension possible à 320 et 25 tables d'annotatrices comportant chacune 2 positions d'opératrices, avec extension possible à 40.
Il est ainsi prévu qu'on pourra desservir 1.000 circuits avec extension possible à 1 600.
Actuellement, il y a 152 tables en service desservant 508 circuits.
Mode d'exploitation. — Nous pouvons distinguer 3 cas dans l'exploitation interurbaine :
1° Appel d'un abonné de Paris pour un circuit interurbain ;
2° Appel effectué par un circuit interurbain pour un abonné de Paris ;
3° Appel provenant d'un circuit interurbain pour un autre circuit interurbain. (Communication en passe-Paris).

I. — L'abonné relié à un bureau central de Paris demandant une communication interurbaine, la téléphoniste du groupe auquel il est relié le met en relation avec une annotatrice, qui prend note de la demande, remplit une fiche qu'elle fait parvenir à la table interurbaine intéressée (par tubes pneumatiques) et indique à l'abonné demandeur une durée probable d'attente. Quand le tour de cet abonné viendra, la téléphoniste interurbaine desservant le circuit que sa communication doit emprunter le rappellera par l'intermédiaire d'une téléphoniste dite « intermédiaire » située au bureau dont dépend l'abonné demandeur à laquelle en temps utile, elle aura fait préparer la communication afin de laisser le circuit le moins longtemps possible inoccupé. C'est à l'interurbaine qu'est dévolu le soin de sonner l'abonné.

II. — Communication demandée par un circuit pour un abonné de Paris.
Dans ce cas, lorsque le tour de l'abonné demandé arrivera, l'interurbaine qui, au préalable, aura fait préparer la communication par une intermédiaire du bureau auquel est relié l'abonné demandé, sonnera cet abonné.
Nous voyons que, dans les deux cas, le mode d'action de l'opératrice interurbaine sera le même, que l'abonné soit demandeur ou demandé, c'est-à-dire que la demande de communication lui ait été faite par une annotatrice ou par une téléphoniste du bureau où aboutit le circuit.

III. — Communication en passe-Paris.
Tous les circuits sont multiplés de 2 en 2 tables, mais cela par la manœuvre d'une clé située sur la table à laquelle ce circuit est normalement relié.
Si l'appel èmane d'un circuit A de catégorie supérieure à celle du circuit demandé B, la téléphoniste desservant A en demande le renvoi à sa collègue desservant B, par ligne de service. Dès que ce circuit devient libre, B effectue le renvoi sur le multiplage à l'aide de sa clé. Nous verrons plus loin la description de cette clé et des signaux lumineux d'occupation qui sont prévus. Si l'appel provient d'un circuit A de catégorie inférieure à celle du circuit demandé B, la téléphoniste desservant le premier se met en relation avec une annotatrice qui enregistre l'appel. comme elle le ferait pour celui provenant d'un abonné.

Les annotatrices. — Dans le nouvel Interurbain de Paris, les « Standards de distribution » ont été supprimés.
Les centraux urbains sont reliés directement avec les annotatrices (installées au 3e étage de l'immeuble).
Pour permettre une meilleure utilisation de ces dernières, on a usé du montage suivant :
La ligne d'appel n'aboutit pas à une seule annotatrice, mais est multiplée sur 5 autres tables. L'enfoncement d'une fiche au bureau urbain dans le jack d une ligne d'appel, a pour effet d'allumer des lampes d'appel placées au-dessous de chacun des jacks de cette ligne dans le multiplage, ainsi qu'une lampe située sur le key-board de celles des annotatrices à laquelle aboutirait l'appel si la ligne n'était pas multiplée. L'annotatrice rentrera en écoute soit par l'abaissement d'une clé correspondant à la lampe du key-board, soit par l'enfoncement d'une fiche dans le jack situé sous la lampe d'appel, de l'un des jacks multipliés. En tous cas. l'une ou l'autre de ces 2 manœuvres éteindra toutes les lampes d'appel de la ligne appelante. En même temps la lampe de supervision au départ sera shuntée, ce qui avertira la téléphoniste du groupe de départ urbain que la liaison entre l'abonné demandeur et une annotatrice est effectuée.
Ces tables d'annotatrices sont au nombre de 25 (comportant chacune 2 positions d'opératrices). Chaque lampe d'appel est multiplée sur 5 tables, d'où possibilité pour il opératrices (10 sur les jacks, 1 sur la clé) de répondre à un même appel.
Chacune a devant elle 6 clés correspondant à 6 lignes auxquelles elle devra répondre tout d'abord, et 60 jacks à signaux lumineux sont à sa portée. Un dicorde spécial avec clé d'écoute et signal lumineux est prévu sur chaque table. Enfin des lignes de service, et des jacks en dérivation sur les lignes d'appel aboutissant normalement à la table (celles munies de clés) sont aussi prévues pour le renvoi au service des renseignements.
Dispositions particulières.
1° Pour éviter à la téléphoniste de départ de chercher une ligne d'annotatrice libre (en faisant le test de celles qu elle a devant elle) des lampes d'occupation s'allument au-dessus des conjoncteurs correspondant à une ligne auxiliaire, dès que celle-ci est prise en un point quelconque du meuble.
2° Nous avons vu que lorsqu'une annotatrice répond à un appel l'abaissement de la clé ou l'enfoncement de sa fiche éteint toutes les lampes d'appel. Quand l'annotatrice relève sa clé ou enlève sa fiche, elle rallume la lampe de supervision au départ. La téléphoniste de départ est avisée qu'elle peut couper. Seulement il s'écoule un temps appréciable entre le moment où l'annotatrice retire sa fiche et celui où la téléphoniste de départ coupe. Il a fallu prévoir un dispositif de collage du relai R qui coupe l'alimentation directe des lampes et leur substitue une alimentation à travers 500 ohms quand l'annotatrice répond, de façon que ce relai ne lâche pas son armature quand l'annotatrice coupe (ce qui autrement rallumerait les lampes d'appel et ferait croire à un nouvel appel sur la ligne appelante). La fig. 1 montre comment on est arrivé à ce résultat.

Lorsque la téléphoniste urbaine coupe la communication, tout revient au repos.

— L'annotatrice mise ainsi en relation avec un abonné, prend note de sa demande, de son numéro d'appel remplit une fiche qu'elle fera parvenir à la table interurbaine intéressée (par tubes).
Ces fiches sont de diverses couleurs : blanche pour communications ordinaires ; rose pour communications en transit ; bleu ardoise pour communications internationales ou officielles ; verte pour les renseignements. Elles sont en carton léger et mesurent 143 m/m sur 61 m/m.
Durée d'attente. — L'annotatrice, devant indiquer à l'abonné demandeur une durée probable d'attente, consulte un tableau visible de toute la salle, où sont indiquées (selon les indications des interurbaines) les durées d 'attente. Ce tableau est tenu à jour par les soins de 2 dames, munies d'un récepteur auquel aboutit une ligne de conversation multiplée sur les tables interurbaines ; elles reçoivent ainsiles indications des téléphonistes desservant les circuits.
Les durées d'attente sont traduites par l'allumage d'un jeu de 4 lampes de couleur (par circuit) selon un langage conventionnel.
Dans un avenir prochain cet allumage pourrait même être directement commandé des tables interurbaines par les téléphonistes intéressées.
Envoi de la fiche par l'annotatrice à la téléphoniste interurbaine intéressée. —
Les fiches ainsi remplies parviennent aux tables intéressées en 2 temps :
1 -
L'annotatrice, après avoir plié suivant un trait indiqué la fiche l'introduit dans un tube placé sur la table entre 2 opératrices.
En appuyant sur un bouton, elle met le tube en relation avec la conduite d'air comprimé. Une lampe s'allume sur le key-board qui s'éteindra lorsque la fiche sera arrivée à destination, alors le. bouton remontera. Au cas où il ne remonterait pas, par, suite d'un incident quelconque, un bouton de rappel permet de le ramener au repos.

.


Salle des annotatrices avec affichage lumineux des durées d'attente. Et Table de tri.
2 - Les tubes pneumatiques aboutissent à une table de tri. Ils débouchent à la partie supérieure d'une trémie en verre, et tombent ainsi sur la table de tri. (C'est la fiche qui, à la sortie du tube, crée le contact nécessaire àl'extinction de la lampe et au rappel du bouton automatique) (Fig. 2).
Les fiches sont alors classées par table et renvoyées par un système identique aux tables intéressées.
Elles sont déposées sur ces tables par un tube qui débouche entre 2 positions d'opératrices et dessert 2 tables.

Equipement des tables interurbaines.
200 tables ont été prévues avec extension à 320. Actuellement il y en a 152 en service desservant 508 circuits. Ceux-ci sont uniquement 4ies circuits taxés au départ de Paris ; ceux du groupe de Paris, non taxés au départ sont actuellement reliés aux centraux urbains de la périphérie.
Chaque table interurbaine comporte :
a) Sur le panneau vertical :
1 ° Cinq jacks de circuit avec porte-étiquettes. Un jack de réponse aux appels des tables ; ,
2° Cinq lampes d'appel de jour, cinq lampes d'occupation et une lampe d'appel des tables ;
3° Les clés de renvoi pour l'intercommunication et pour la concentration de nuit ;
4° Pour chaque jack de circuit, un compteur de durée et la lampe , indicatrice correspondante ;
5° Vingt réglettes de 20 jacks de lignes auxiliaires séparées par des entre-réglettes munies de porte-étiquettes. (La place libre pour 10 autres réglettes avec entre-réglettes) ;
6° Cinq réglettes de 20 jacks de lignes d'appel des tables interurbaines avec entre-réglettes * munies de porte-étiquettes. (La place libre pour 3 autres réglettes avec entre-réglettes).
Vingt réglettes de 20 jacks multiplées de 2 en 2 tables pour le renvoi des circuits et les réglettes de porte-étiquettes correspondantes. (La place sera réservée pour 10 autres réglettes) ; Salle dus Labiés interurbaines (5° étage).

7° Une réglette de 20 lignes de service pourvues de signaux visibles d'occupation;
8° Une lampe pilote des lampes d'appel et des lampes de fin côté circuit ;
9° Cinq casiers destinés à recevoir les fiches.

b) Sur le key-board :
Huit paires de cordons munis d'une lampe de fin côté circuit,, d'une lampe de supervision coté urbain, un bouton d'appel coté circuit, une clé d'écoute, une clé d'appel automatique avec bouton de déclanchement côté abonné.
Deux paires de cordons servant aux intercommunications, n& différant des précédentes que parle remplacement du bouton d'appel automatique par un bouton d'nppel de circuit, et l'adjonction d'une clé permettant d'intercaler un translateur.
Trente boutons de conversation (avec la place libre pour 30 autres)' munis de porte-étiquettes.
Les organes de tubes pneumatiques (un par 2 tables).
Un commutateur de courant d'appel à 3 positions.
Une clé interruptrice de microphone.
Un calculographe (un par 2 tables contiguës).
Une prise de poste pour microphone plastron.
On a prévu aussi une lampe indicatrice d'appel automatique- (verte) qui s'allume quand l'opératrice actionne la clé d'appel " automatique et s'éteint quand l'abonné a décroché.
La table possède aussi un renvoi à la table de tri par tube pneumatique (celui-ci fonctionne d'ailleurs par aspiration).
Clé de renvoi (voir schéma, fig. 3) et de concentration.
En manœuvrant cette clé la téléphoniste renvoie le circuit sur le multiplage. La lampe d'occupation s'allume quand le circuit est pris d'un côté sans l'être de l'autre.
La téléphoniste qui a demandé le renvoi et a préventivement enfoncé une fiche dans le jack du multiplage du circuit qui est à sa portée, est avertie que le circuit est mis à sa disposition par l'extinction de la lampe de supervision du cordon employé. La conversation terminée elle coupe et rallume ainsi la lampe d'occupation de ce circuit sur la table à laquelle il est relié normalement, ce qui indique à la téléphoniste qui le dessert, qu'elle peut en disposer pour une autre communication.
Il faut signaler ici une modification apportée au schéma ancien. La téléphoniste ne dispose plus d'un jack de transformation en dérivation sur le jack direct. Quand elle veut prendre le circuit par transformation il lui faut utiliser une des 2 paires de cordons spéciaux munis d'une clé d'insertion de translateur.
De même pour les circuits combinants d'un circuit fantôme, elle ne dispose aussi que d'un seul jack, ils sont donc toujours pris par transformation, le transformateur étant inséré à demeure, à l'entrée du circuit dans le bureau sur un panneau de coupure dont nous parlerons plus loin (voir fig. 5).

Service de nuit. — Pendant les heures de nuit ou de faible trafic, 2 concentrations peuvent avoir lieu :
première concentration : Tous les circuits sont renvoyés sur 50 tables, cela par la manœuvre d'une clé qui renvoie le circuit en permanence sur le multiplage et substitue à la lampe d'appel de jour du circuit, une autre placée sur la table de concentration ;
deuxième concentration : elle renvoie alors tous les circuits sur 10 tables seulement.
Les tables de première concentration portent donc en plus de l'équipement normal 15 lampes d'appel de nuit. Celles de 2e concentration en comportent 20 (15 de première concentration et 5 de deuxième).

Comptabilité. — Calculographe.
Uu calculographe installé entre 2 positions d'opératrices permet, par la manœuvre de 2 leviers d'imprimer sur la fiche l'heure du début de la conversation et la durée de cette conversation. Les seules indications du calculographe seront retenues, et servent à l'imputation au compte de l'abonné demandeur de la communication par lui demandée.

LES LIGNES :
I. Les circuits. — On a-employé pour la partie souterraine située entre le répartiteur d'entrée et les guérites de raccordement des câbles à 14 paires en fil de 2 fil/fi 1/2. Ce câble a coûté 7 fr. par mètre au lieu que 2 câbles à 7 paires coûtent : 2 x 4,45 = 8.90 par mètre. L'encombrement des égouts rendait d'ailleurs nécessaire cette mesure. On peut dire que le prix des câbles relevés comptés au poids ne sera pas inférieur au prix des câbles posés. De plus les câbles à 14 paires ont toutes leurs paires combinables, tandis que le câbles à 7 paires n'en a que 6.
Lorsqu'il s'agit de transferts ordinaires, on va jusqu'au point de coupure. Ici, les points de coupure sont les guérites très lointaines, on ne pouvait songer à aller jusque là. On a donc pris ces câbles en dérivation en un point choisi de façon à n'être pas trop loin du bureau nouveau et à ce que la longueur définitive du câble soit aussi réduite que possible .
Les pièces en Y ont demandé du soin pour éviter les mélanges et permettre la coupure ultérieure facile de la partie abandonnèe après le transfert; cette dernière opération s'est
faite très rapidement, l'ensemble des 60 dérivations a été supprimé en 2 jours par 6 équiques. Le travail ci-dessus indiqué a, d'autre part, eu l'avantage de faire disparaître de nombreuses sections de câbles divers (fils de 5m/m, 4 rn/m, 3 m/m...) dont la présence sur les lignes compliquait les essais et les recherches, sans aucun avantage pour l'audition.
Il existe aussi quelques câbles en fil de 1 rn/m pour desservir les circuits de banlieue, ces câbles ont été pris en dérivation les uns aux répartiteurs des bureaux centraux de Paris (Nord, Roquette...) les autres en égout dans des conditions analogues à celles qui ont été dites plus haut.

II. Lignes auxiliaires. — Ces lignes se divisent en lignes de service qui ont été simplement placées dans les câbles auxiliaires du bureau urbain des Archives aboutissant dans le même immeuble, et en lignes de communication interurbaines proprement dites. A chacune de celles-ci est annexé un troisième fil servant aux signaux. Pour ces dernières lignes on a constitué des câbles spéciaux à 112 tierces, les fils de ligne étant du calibre de 1 m/m et le 3e de 6/10 de m/m (ce dernier ne servant pas aux communications, son diamètre pouvait être réduit avantageusement).
On a consommé 42km. de ce matériel
qui a coûté 9 fr. le mètre (1 câble 1/2 à 112 paires aurait coûté 10 fr.).
Tous ces câbles ont été posés directement entre le bureau des Archives et les bureaux centraux intéressés ; ils ont libéré par suite une quantité importante de fils auxiliaires existant dans les câbles reliés à Gutenberg, et qui seront utilisés pour l'extension.

III. Répartiteurs. — Les répartiteurs sont au nombre de 2 : le répartiteur des circuits sur lequel les têtes verticales comportent sur chaque fil de ligne : un fusible, un parafoudre en dérivation, et une bobine thermique. Le fonctionnement de la bobine et du fusible sont signalés automatiquement par une sonnerie. Chaque réglette reçoit 56 circuits.
Les têtes verticales des répartiteurs des lignes trifilaires comportent des réglettes de 224 tierces. Les 3 fils correspondant à une même communication aboutissent à des équipages où les fusibles sont remplacés par des barrettes en cuivre amovibles.
Les lignes auxiliaires de service sont reliées au répartiteur de M.

Dispositions diverses. — Un système, fondé sur l'emploi de l'air comprimé et signalant automatiquement les fissures des câbles même quand il n'en résulte pas de baisse d'isolement, sera mis en service prochainement sur tous les câbles.
Les câbles, à la sortie du répartiteur, descendent, en même temps que ceux qui desservent le bureau M, dans une tour d'ascension ; à chaque plancher, chacun d'eux passe dans un tuyau individuel, obturé soigneusement ; ils se répartissent ensuite au pied de cette tour, suivant leurs directions, et sont posés ensuite sur des herses dans les galeries. Les câbles correspondant au seul bureau interurbain sont au nombre de 50 environ dans ces galeries, ce qui correspond comme encombrement à 1 bureau de 7.000 abonnés environ, le bureau M ayant d'autre part 3.500 abonnés, on voit que le nombre total des câbles est important et qu'il justifie amplement le développement qu'on a dû donner à ces galeries.
Dispositif de coupure. — A leur sortie du répartiteur d'entrée les 2 fils de lignes se rendent aux têtes verticales d'un nouveau répartiteur intermédiaire qui les renvoie sur un panneau de coupure.
Celui-ci présente, par circuit, 2 jacks pris en dérivation, seulement celui qui est situé du côté de la ligne est à double rupture. Un cordon à 4 conducteurs, muni d'une double fiche permet d'effectuer le renvoi du circuit (côté ligne et côté table) à une table d'essai.
Le panneau de coupure comporte 1.000 de ces paires de jacks jumelés, avec extension possible à 1.600. Ceux-ci sont disposés par rangées verticales correspondant à 4 tables interurbaines, chaque table comportant 5 circuits.

Table d'essai. — Elle comporte 200 positions de mise en observation des circuits correspondant aux 200 monocordes à fiche double du panneau de coupure. Le circuit côté meuble aboutit à un jack (supérieur) muni d'une lampe d'appel allumée par les appels provenant du bureau. Le signal sera éteint par l'enfoncement d'une fiche dans le jack. Le circuit côté ligne aboutit à un jack (inférieur) par l'intermédiaire d'un premier bouton dit « bouton d'inversion » permettant la permutation des 2 fils de ligne.
Un 2e bouton de mise à la terre permet de mettre à la terre le premier ou le 2e fil de ligne selon que le bouton d'inversion est poussé ou non.
Enfin un 3e bouton permet par son enfoncement de relier le circuit à un annonciateur à voyant, placé à la partie supérieure du tableau. Dans le cas où le bouton de commutation n'est pas poussé, tandis que le bouton de mise à la terre est enfoncé, une pile de 24 volts dont un pôle est à la terre, est connectée aux 2 fils de ligne à travers l'annonciateur.
Postes d'essais. — 8 postes d'essais (chaque poste comportant 1 cordon d'essai, son voltmètre et les 10 clés de manœuvre). Ces clés sont :
1 - Clé d'appel (en + et en - ;
2 - clé d'appel en alternatif;
3 - clé d'inversion ;
4 - clé de terre ;
5 - clé interruptrice de terre ;
6 - clé de voltmètre ;
7 - clé interruptrice des batteries ;
8 - clé de changement des batteries ;
9 - clé de shunt et de voltage ;
10 - clé d'écoute.
En outre chaque poste comprend :
1° une fiche de conversation reliée directement au poste téléphonique de l'opérateur avec sa clé d'appel ;
2° une fiche de renvoi il la table, de mesure ;
3° un dicorde avec sa clé combinée d'appel et d'écoute et sa clé d'appel. La clé de circuit d'appel à 3 positions est commune à ces 3 cordons.

Le voltmètre est gradué de 0 à 40, il est à 3 sensibilités :
1° sensibilité de 100.000 ohms, batterie de 40 v. ;
2° sensibilité de 10.000 ohms, batterie de 4 v. ;
3° sensibilité de 1.000 ohms, batterie de 4 v.
Le circuit étant renvoyé à la tablé d'essais, l'opérateur de cette table aura à déterminer :
1° la nature du défaut (observation au voltmètre avec le cordon d'essai) ;
2° l'emplacement du défaut (mesure au pont de Wheatstone).
Les combinés et les appropriés. Les transformateurs servant à la constitution des combinés sont pris en dérivation sur le circuit entre les 2 jacks du panneau de coupure. Le schéma précédent en donne la disposition.
De ce fait quand on prend le circuit par le jack à rupture (pour faire un essai de ligne) on coupe l'installation de combinaison.
De même, l'installation d'appropriation au télégraphe est ainsi conçue. Actuellement il y a : 55 circuits combinés ; 24 circuits appropriés.
Table de renseignements. — Une table de renseignements a été prévue pour donner à un abonné tel renseignement qu'il désire.
L'annotatrice avec lequel il a été mis en relation le renvoie à cette table en utilisant son dicorde dont elle enfonce une fiche dans le jack de la ligne appelante, et l'autre dans le jack d'une ligne de service aboutissant à la dite table. Lorsque l'abonné désire savoir combien de temps il lui faut attendre encore une communication demandée, l'annotatrice remplit une fiche verte qu'elle envoie pneumatiquement à la table intéressée.
L'interurbaine donne le renseignement, le fait parvenir pneumatiquement à la table des renseignements (par l'intermédiaire de la table de tri) c'est elle qui rappelle l'abonné (par l'intermédiaire d'une téléphoniste intermédiaire du central auquel il est rattaché) et le lui communique.
Table de contrôle. — Une table de contrôle permet de se porter en écoute soit sur le poste d'une opératrice quelconque du bureau (interurbaine ou annotatrice) soit sur un circuit déterminé, soit sur une ligne de conversation vers un bureau urbain.
Les installations d'énergie. — Elles sont communes avec celles du bure-au urbain des Archives de 3.500 abonnés, et sont du type courant. La Batterie d'accumulateurs a une capacité de 5.000 ampères-heures.
Installation pneumatique. — Compresseurs rotatifs travaillant l'un au vide, l'autre à la compression et mus par un moteur électrique de 6 HP alimenté par le courant continu du secteur .


1927
On prévoit, en automatique, la mise en service imminente de Rennes et, dans le courant de l'année, celles de Nantes, Rordeaux, Troyes, Colmar et Fontainebleau. Lyon sera mis en service en 1928 et Rouen en 1929.
L'exécution du programme se poursuivra par Nancy, Lille-Roubaix- Tourcoing, Saint- Etienne, Toulouse, Limoges, Clermont-Ferrand, Dunkerque, etc.
Strasbourg, qui possédait en 1918 un multiple manuel dans un état de vétusté incroyable, et qui a dû à cette circonstance de se voir équiper d'urgence en matériel manuel neuf, ne sera probablement pas pourvue
de l'automatique avant 1936 environ, époque à laquelle son meuble actuel arrivera à fin de service.
A l'exception de Dieppe, équipée en système « Ericsson» et de Nantes en«Rotary». toutes les villes citées ont reçu le système « Strowger ».
A Fontainebleau, on ouvre un automatique du système anglais «à relais ».
Enfin, Angers et Marseille sont pourvues du semi-automatique « Rotary» (que l'on transforme actuellement dans cette dernière ville en automatique complet).
Ce système « Rotary» est celui que connaitront les Parisiens


Le point en 1928
:

l'Administration française a établi un vaste programme de transformation de ses installations les plus anciennes, programme qui comporte, d'une part, le remplacement des installations manuelles usagées des grandes villes, et, d'autre part, la substitution de petits appareils automatiques de modèles spéciaux aux tableaux manuels en usage dans certains bureaux de campagne.
En principe, les bureaux de moyenne importance doivent seuls demeurer manuels, mais cette règle n'a rien d'absolu.
Services urbains.
— La première partie du programme (transformation progressive des bureaux très importants) a déjà reçu une réalisation partielle.
Centraux automatiques déjà en service :
Réseaux en cours de transformation :
Rouen : 6 000 abonnés ;
Nîmes : 1800 abonnés;
Epinal : 1200 abonnés ;

Paris : Il y a 160000 abonnés à Paris.
Les travaux de transformation dureront une douzaine d'années, et le nombre des abonnés atteindra environ 350 000 quand ils seront terminés.
Neuf bureaux automatiques sont déjà commandés et en cours de construction :
Carnot, 6000 abonnés (en service) ;
Gobelins, 10000;
Vaugirard, 8000;
Diderot, 10000;
Trudaine, 10000;
Danton, 10000;
Odéon, 6000;
Anjou, 10000;
Opéra, 10000.
Le réseau de Paris devant comporter un grand nombre de bureaux de 10 000 abonnés chacun, les numéros d'appel comprendront trois lettres et quatre chiffres.
Enfin, on prévoit l'équipement assez prochain des réseaux de : Nancy; Saint-Etienne; Lyon (Lalande) ; Trouville-Deauville (central commun à ces deux villes) ; Lille-Roubaix-Tourcoing (central commun à ces trois villes) ; Bayonne-Biarritz (central commun).
Services ruraux
— L'introduction de la téléphonie automatique dans les campagnes est moins avancée.
Divers systèmes ont été expérimentés : dans la Seine-Inférieure, à Oissel, Bihorel, Sainte-Adresse, etc. ; dans la Seine-et-Oise, à V élizy, Saint-Cyr, Fontenay-le-Fleury, et dans la Seine, à Rungis.
D'autres essais seront organisés prochainement sur une plus vaste échelle et d'après une conception différente, dans la région de Mantes et dans celle d'Orléans : il s'agira de transformer en automatiques tous les bureaux manuels situés dans une zone donnée, ayant pour centre un bureau important (Mantes ou Orléans).
Cette conception de l'automatique rural mérite une mention particulière.
Les postes d'abonnés ne recevront aucune modification. Pour obtenir une communication, un abonné appellerad'abord la téléphoniste du bureau centre de groupe, au moyen de la magnéto de son poste, et sans décrocher son appareil.
Si le circuit vers le centre de groupe est libre, ou dès qu'il le deviendra, la téléphoniste percevra l'appel, rappeilera l'abonné et prendra sa demande.
Si la communication est demandée pour un réseau ne faisant pas partie du groupe, elle sera établie comme actuellement par des procédés manuels.
Si elle est destinée à un abonné d'un des réseaux du groupe, la téléphoniste appellera automatiquement le demandé ; les correspondants une fois mis en communication directe, la téléphoniste aura la faculté de rester en écoute pour surveiller l'établissement régulier de la communication.
Le raccrochage des appareils libérera tous les organes automatiques utilisés dans la conversation.

Prenons un exemple dans le groupe de Mantes (fig ci dessus) : si un abonné de Tilly désire une communication, son appel arrive à travers les bureaux ruraux de Tilly, Dammartin, Septeuil, à la téléphoniste de Mantes, si les trois tronçons du circuit TillyMantes sont libres, ou sinon, dès qu'ils le deviennent.
Dès réception de ce signal, qui consiste dans l'allumage d'une lampe, la téléphoniste sonne l'abonné. Il décroche et formule sa demande : s'il demande un abonné d'un réseau automatique du groupe, tel que Saint-Illiers-la-Ville, par exemple, la téléphoniste, au moyen de son cadran d'appel, sélectionne le circuit ou les tronçons de circuit à'utiliser pour atteindre le bureau rural demandé, puis choisit, dans ce bureau, la ligne de l'abonné désiré.
Dès que celui-ci décroche son appareil, il se trouve en communication avec le demandeur.
La téléphoniste, en se retirant après s'être assurée que la conversation est engagée, libère les portions de circuit qui ne sont pas comprises entre les deux correspondants.
A l'issue de la conversation, les deux interlocuteurs raccrochent et envoient le signal de fin par quelques tours de magnéto, ce qui ramène instantanément au repos les organes automatiques ayant servi à établir la liaison.
De son côté, la téléphoniste, avertie, le cas échéant, de la fin de la conversation par l'allumage d'une lampe, libère les organes manuels utilisés.Par mesure de précaution contre les négligences éventuellesdes abonnés, un dispositif coupe automatiquement les communications et libère les organes et les circuits six minutes après l'établissement de la communication.
Les automatiques ruraux de ce type ont été étudiés pour fonctionner correctement avec les lignes souvent très défectueuses des abonnés ruraux, et avec un minimum d'entretien. Ils sont alimentés en courant continu par de petites batteries d'accumulateurs chargées, soit à distance, à travers les circuits venant du bureau manuel centre de groupe, soit par le secteur de la localité, à l'aide de redresseurs appropriés.
Les automatiques ruraux offrent des avantages pour l'Administration, en libérant les receveuses des petits bureaux du souci d'assurer le service téléphonique, mais c'est surtout pour les populations des campagnes qu'ils sont intéressants : aux avantages généraux attachés à la téléphonie automatique, ils joignent celui de procurer aux usagers un service aussi prolongé que celui des villes.
L'économie réalisée sur l'exploitation et la possibilité de concentrer le service de plusieurs réseaux en un point unique, permettent même de doter ces réseaux ruraux d'un service permanent : c'est la possibilité d'appeler, à toute heure de jour et de nuit, même les dimanches et jours fériés, le médecin, le vétérinaire, la gendarmerie, etc.

LA TÉLÉPHONIE AUTOMATIQUE PRIVÉE.
— En même temps qu'elle s'introduisait dans les bureaux publics, la téléphonie automatique pénétrait dans les installations privées.
Dans ce domaine, ses progrès furent beaucoup plus rapides et on vit bientôt apparaître une grande variété d'appareils répondant aux besoins les plus divers.
Les réseaux automatiques privés.
— Les premières installations automatiques construites pour le service particulier des abonnés furent purement privées, c'est-àdire sans possibilité de communiquer avec les postes du réseau public. Cette solution n'était pas entièrement satisfaisante, car elle obligeait les usagers à avoir une double installation.
Aussi, l'Administration ayant admis les installations mixtes, le téléphone automatique eut vite fait de trouver son application dans cette catégorie, qui comporte à la fois des postes supplémentaires (c'est-à-dire pouvant communiquer avec le réseau public) et des postes privés.
Les premiers communiquent entre eux, avec le réseau public et avec les postes privés de l'installation; les seconds communiquent entre eux et avec les postes supplémentaires, mais non avec le réseau public.
L'automatique pénétra d'abord dans ces installations sous la forme « semi-automatique ».
Installations mixtes semi-automatiques.
— Elles sont ainsi appelées parce qu'elles permettent l'établissement automatique partiel ou intégral de certaines communications avec le réseau privé et le réseau public, sans l'intervention d'une téléphoniste privée.
Ces installations, qui sont très répandues et le seraient encore bien davantage si elles étaient mieux connues du public, sont de types très divers.
Dans les unes, la téléphoniste privée intervient pour l'établissement de toutes les communications avec le réseau (départ et arrivée), et l'organe servant à réaliser ces communications est un tableau avec jacks, fiches, clés, boutons, lampes ou voyants, analogue aux tableaux des installations purement manuelles.
Dans d'autres, la téléphoniste établit les communications avec le réseau, au moyen d'organes appartenant en propre aux systèmes automatiques : boutons à enclenchement, cadrans d'appel, etc.
Dans un troisième type, plus perfectionné encore, l'opératrice n'intervient que pour établir ou signaler les communications en provenance du réseau public ; les postes supplémentaires peuvent se connecter automatiquement et directement au réseau et l'appeler de même, sans avoir recours à la téléphoniste privée (ce recours restant toutefois possible si le besoin s'en fait sentir).
Ces dernières installations, qui sont dites « à prise directe du réseau », permettent également aux postes supplémentaires d'envoyer à la téléphoniste du bureau public le signal de « fin de conversation » et de se déconnecter eux-mêmes à l'issue de la conversation.
Comme certaines maisons à fort trafic téléphonique (banques, journaux, grandes industries ou maisons de commerce) dépensent par jour plusieurs milliers de francs de communications interurbaines et internationales, et comme les retards apportés par leurs téléphonistes particulières à envoyer au bureau public les signaux de fin de conversation ont pour conséquence, non seulement d'immobiliser inutilement leurs lignes, mais encore et surtout de faire porter au compte de ces abonnés des unités de conversation supplémentaires, il est très avantageux pour eux d'envoyer automatiquement au bureau central le signal de fin, dès que les communications sont achevées.
Un autre avantage de ces installations est de simplifier les manœuvres de la téléphoniste à un point tel que celle-ci peut desservir aisément des installations très importantes.
Meuble pour installation mixte semi-automatique
Installations mixtes purement automatiques.
— Si le réseau public est manuel, on est bien obligé de conserver une opératrice au moins, pour l'établissement des communications d'arrivée.
Mais, si le réseau public est lui-même automatique, des autocommutateurs privés spéciaux permettent :
1° Aux postes intérieurs (supplémentaires et privés) de communiquer automatiquement ;
2° Aux postes supplémentaires de se mettre automatiquement en communication avec un poste quelconque du réseau public ;
3° A un abonné quelconque du réseau public de se mettre luimême automatiquement en communication avec l'un des postes supplémentaires de l'installation.
Installations automatiques d'immeubles
- Cette dernière faculté (automaticité des communications d'arrivée) trouve aussi son application dans les installations d'immeubles, mises par les propriétaires à la disposition des locataires et desservies par les concierges.
On sait que le service de ces postes d'immeubles, très répandus à Paris, laisse beaucoup à désirer.

Avec les nouveaux appareils, le locataire peut se mettre automatiquement en relation avec un abonné quelconque du réseau public et, réciproquement, si l'on a attribué à son poste un numéro particulier s'ajoutant au numéro d'appel de l'immeuble, un abonné du réseau peut se mettre automatiquement en relation avec lui.
Mais on se trouve ici en présence d'une difficulté.

Il existe plusieurs systèmes de téléphonie automatique pouvant être utilisés dans les bureaux publics, et ces systèmes peuvent être rangés en deux grandes catégories :
les systèmes « à sélection directe », encore appelés « à commande en avant » ou « pas à pas », et les systèmes « à sélection indirecte » ou « à commande en arrière »
Jusqu'à présent, les autocommutateurs privés dont nous venons de parler, et qui permettent l'appel automatique des postes supplémentaires par le réseau, ne peuvent fonctionner que dans les réseaux dotés de systèmes à sélection directe.
Installation automatique pour immeuble,
desservant dix postes
Le réseau de Paris devant être équipé en système à sélection indirecte, ses abonnés ne pourront pas encore profiter des facilités que procurent les autocommutateurs à appel automatique généralisé, déjà expérimentés dans d'autres capitales.
Toutefois, il ne semble pas impossible de surmonter cette ditticulté.

Comme on le voit, la téléphonie automatique tend aujourd'hui à se substituer complètement à la téléphonie manuelle, aussi bien dans le domaine public que dans le domaine privé, et c'est dans ses applications à la téléphonie privée que l'automatisme est arrivé au plus haut degré de perfectionnement, parce qu'ici, une plus grande latitude a été laissée dès le début à l'initiative des constructeurs.
Jusqu'à ces temps derniers, la téléphonie automatique n'eût pas été possible, en France, sur les grands circuits interurbains, parce qu'ils étaient en général en mauvais état.

Mais l'Administration a entrepris la construction de câbles souterrains à grande distance, renfermant un nombre considérable de conducteurs bien isolés, et pourvus de distance en distance de relais amplificateurs.

Elle a déjà mis en service les câbles suivants :
En 1927 : Paris-Sélestat-Strasbourg, avec embranchement sur Mulhouse-Bàle ;
En 1928 : Paris-Lille-Bruxelles.

Elle construit actuellement deux autres grands câbles :
Paris-Lyon-Marseille (avec embranchements vers la Suisse et l'Italie);
Paris- Bordeaux (avec embranchements sur Toulouse, Nantes, Limoges).

Sur ces câbles, relient ou relieront les grandes villes de France (et certaines villes de l'étranger) sans délais d'attente, la téléphonie automatique est possible.

Techniquement, rien ne s'opposerait à ce qu'un abonné de Marseille, par exemple, pût appeler directement, à l'aide de son cadran auto-matique, un abonné de Paris, de Bordeaux, de Lyon, etc.; des questions de tarification y font seules obstacle.


1928
Finalement le ROTARY 7A1 est retenu pour Paris par souci d'homogénéisation du réseau parisien et ce malgré la conception entre-temps en 1927 d'une seconde variante : le ROTARY 7A2.
Le premier central téléphonique automatique mis en service dans Paris est Carnot, 23 rue de Médéric : le 22 septembre 1928 à 22 Heures, en présence du Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes Henry Chéron
Le second ROTARY 7A1 de Paris sera mis en service au Centre Téléphonique des Gobelins le 20 juillet 1929 ; il y a assuré un service satisfaisant jusqu’au 7 juillet 1982, soit 53 ans.
Le dernier ROTARY 7A1 de France, celui de Paris-Alésia (à Montrouge), sera arrêté le 26 juin 1984.

Paris : Situation en 1927

sommaire

En Complément :

Toutes cette technique et organisation nous viennent des Etats Unis qui ont toujours eut 20 d'avance sur les autres pays du monde,
De Douglas A Kerr : Voici un document qui décrit bien et en détail Les Centraux Manuels aux Usa

LES RESEAUX TELEPHONIQUES DE PARIS 1879 - 1927 Catherine BERTHO - 1983.
(en pdf)
Entre 1879 et 1927 le réseau téléphonique parisien vit au rythme du téléphone français dont il illustre fidèlement les évolutions, tant juridiques et politiques que techniques. On peut pour cette préhistoire distinguer trois périodes
Dans un premier temps, entre 1879 et 1889 le développement du réseau est confié â une compagnie concessionnaire, la Société générale de Téléphones.
Celle-ci bâtit sous la surveillance pointilleusse de l'administration des télégraphes et des autorités parisiennes un premier réseau qui a la particularité d'être entièrement souterrain et calqué sur les réseaux d'égoûts.
Après 1889 et la "nationalisation" du téléphone commence une seconde période. L'administration engage une refonte du réseau parisien pour tenir compte à la fois de l'évolution de la technique et de la croissance du nombre des abonnées.
Mais les incidents de 1908 - 1910 montrent les limites de ces efforts : l'incendie du central Gutenberg en 1908, puis la crue de 1910 perturbent profondément un réseau dont l'insuffisance est désormais dénoncée de toutes parti
L'automatisation du réseau de Paris, étudiée à partir de 1922 devrait être l'occasion de le rebâtir sur des bases techniques et économiques solides
En 1927 cependant on est encore loin d'avoir rompu avec l'héritage du vieux réseau de la Société générale des Téléphones.

Les réseaux des sociétés concessionnaires 1879-1889

Le 26 juin 1879 le ministères des Postes et Télégraphes publie un arrêté déterminant les conditions auxquelles pourront être concédés les réseaux téléphoniques. Trois sociétés se portent candidates pour le réseaux de Paris. Au bout de trois mois elles fusionnent et le 30 septembre 1879 la Société générale des Téléphones se trouve seule à pied d'oeuvre, dotée de 400 souscripteurs et chargée de réaliser le premier réseau téléphonique français.

La tâche n'est pas particulièrement facile.
Les termes de la concession sont sévères et l'on peut penser que la lourdeur des charges qui pèsent sur la société n'est pas étrangère aux difficultés du téléphone français en pesant sur le rentabilité de la concession.en France la concession est d'une durée très courte (5 ans) alors qu'en Belgique les concessions sont de 25 ans, en Espagne 20 ans, en Autriche 10 ou 5 ans selon la ville.
L'Etat en outre se réserve de prélever 10 % des recettes brutes, soit pour les quatre premières années d'exploitation et pour l'ensemble des réseaux de la S. G. T. 433 000 F (1).
Ces contraintes sévères se retrouvent dans les conditions qui président â l'établissement du réseau. D'une part la S. G. T. agit sous l'oeil sévère et parfois suspicieux de l'administration. D'autre part elle oeuvre dans Paris, ville aux institutions anciennes dont le sous-sol est à la fois très convoité et très réglementé.

Les clauses de la concession prévoyaient un curieux partage entre l'administration des télégraphes et les compagnies concessionnaires : aux compagnies la responsablité de l'équipement de l'abonné, du poste téléphonique jusqu'à la façade de l'immeuble ainsi que la responsabilité des centraux téléphonique. A l'administration celle des fils et câblée qu'elle se réserve le droit de poser aux frais de la compagnie concessionnaire.

Par ailleurs la ville et la préfecture de Paris ont imposé â la compagnie, à l'exemple de ce qui s'est fait pour le télégraphe vingt ans plus tôt de renoncer aux fils aériens et d'emprunter le réseau des égouts
Or c'est une exigence qui dans un premier temps au moins est contradictoire avec l'état de la technique. Les tout premiers réseaux étaient prévus à l'exemple du télégraphe "en aérien et avec un seul fil par abonné et retour par la terre.
Il faut plusieurs mois pour que l'on se rende compte, aux Etats-Unis comme en Europe, qu'un circuit à deux fils est nécessaire. Par ailleurs établir les fils téléphoniques en parallèle dans les égouts comme on le fait au début provoque des phénomènes électriques qui se traduisent soient par un bruit de "friture" insuportable soit par la possibilité d'écouter les conversations adressées à un abonné voisin. Autant d'obstacles sérieux à une exploitation commerciale.

(1) V. BELUGOU, Etude sur l'exploitation des réseaux téléphoniques dans les villes, dans Annales télégraphiques, 1888, pp 38-56.

On comprend que la Société générale des Téléphone tienne â faire savoir a ses abonnés potentiels dans un article paru en 1882 dans le journal de vulgarisation scientifique La nature qu'en adoptant le circuit à deux fils et les câbles torsadés elle a réussi a éliminer ces inconvénients .

L'installation du réseau téléphonique dans les égoûts a à l'origine, des avantages dont la S. G. T. ne manque pas de se féliciter devant ses actionnaires : les fils sont simplement posés sur des herses métalliques suspendues à la voûte des égouts. On évite ainsi de coûteux et impopulaires terrassements. En outre les égoûts donnent la plupart du temps la possibilité de pénétrer chez l'abonné sans travaux supplémentaires.

Cependant cette contrainte, jointe â la surveillance de l'administration des Postes et Télégraphes ne facilite pas la gestion et oblige à des négociations répétées. Témoins les démarches que doit faire la société Gower concessionnaire d'un des trois réseaux parisiens avant son absorbtion par la S. G. T. pour raccorder ses 48 premiers abonnés.

Ainsi le 24 septembre 1879 la société (2) Gover a demandé â la préfecture du département de la Seine l'autorisation de faire établir dans les égouts de Paris 101 lignes téléphoniques. Un plan est joint à la demande. Cela ne se fera ni sans frais ni sans délais. La société doit d'abord verser une provision de 20 000 F, un cautionnement spécial de 5 000 F plus un cautionnement supplémentaire de 20 000 F. Ceci fait, le Directeur des travaux de Paris affirme aux gérants de la Société "je ne vois aucun inconvénient â ce que vous procédiez, dès â présent, à l'établissement des fils" sauf bien sûr â donner avis du début des travaux â au moins trois ingénieurs détenteurs de l'autorité sur une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux, et 1' "ingénieur de la section intéressée en ce qui concerne les tranchées sur la voie publiques" .

(2) Archives nationales, F90 bis 2031.

Soumise à la surveillance des hommes des égouts la Société Gower l'est aussi à celle des ingénieurs des télégraphes. Le 27 octobre la Société Gower adresse à l'ingénieur chargé de poser "son" réseau la nomenclature des premiers câbles. Ceux-ci sont modestes (3) . Il y a en tout huit lignes à chacun six conducteurs qui divergent à partir de la rue Neuve des Petits Champs siège de la Société. Ceci permet accessoirement de voir qui étaient les 48 premiers abonnés : des banques " dont celles qui finançaient la Compagnie (Société générale, qui utilise le réseau un peu comme un réseau intérieur entre ses propres bureaux, le Crédit mobilier, la Société financière, la banque franco Egyptienne, la Banque générale de Change) des financiers (Chambre syndicale des agents de Change), des hommes d'affaires intéressés dans le financement des sociétés de télégraphie sous-marine et de téléphone (Erlanger), des journaux (La Lanterne, le National) , ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de la concentration de ce type d'activités autour de la Bourse et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes .
La prévision d'extension du réseau est réduite à sa plus simple expression. Deux jours plus tards, le 29 octobre la Société Gower dans une nouvelle lettre précise à l'inspecteur qu'elle le prie de bien vouloir utiliser le sixième fil de la sixième ligne (un câble â six conducteurs) pour le Cercle franco-américain 4, place de l'Opéra".

Mais cette courtoisie ne dure pas. Lors des dures discussions pour le renouvellement de la concession en 1884 et en 1889 la S. G. T. est mise en cause pour le grand nombre d'abonnés qui attendent encore leur raccordement. Elle fait alors peser la respnsabilité du retard sur l'administration incapable selon les avocats de la société de réaliser le réseau au rythme demandé. Et il est vrai que dans un premier temps la mise en place des liaison butte sur l'insuffisance de l'approvisionnement en câbles.

(3) Archives nationales F90 bis 2031

Un article paru dans La Nature sous le titre Le nouveau système téléphonique de la ville de Paris" (8) donne le point de vue de l'administration à cet égard.
Il convient d'abord de s'arrêter sur le ton de cet article, profondément malthusien et pessimiste.
A lire ces lignes l'abonné est le principal ennemi du réseau (9), la multiplication des services offerts, une complication dont on se passerait bien (10), la réalisation d'un service satisfaisant pour le public un idéal aussi irréalisable que la pierre philosophale ou le mouvement perpétuel.
Ces lignes tracées en 1893 ne traduisent pas seulement l'humeur atrabilaire d'un individu ou l'inaptitude de l'administration au service commercial ; elles témoignent aussi du fait que l'on arrive dans les années 1890 à une limite technique pour les réseaux téléphoniques.
Les centraux manuels ont atteint les bornes de leurs possibilités. Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératices, chronométrage) ce qui conduira d'ailleurs aux grandes grèves de 1906-1909.
L'autre possibilité d'obtenir les gains de productivité porte sur l'organisation du réseau. C'est pourquoi paraissent les premiers articles théoriques sur l'organisation des réseaux des grandes villes et du réseau parisien en particulier.

(8) £. Hospitalier, Le nouveau système téléphonique de la ville de Paris, dans La Nature, 1885, pp 38-43 (9) Ibid, p39-43 "

A la reprise des réseaux par l'Etat, la taxe fut réduite de 600 â 400 F, et cette réduction amena un accroissement si rapide du nombre des abonnés qu'il fallut modifier entièrement les procédés et les appareils de mise en communication pour répondre â des besoins qui, il faut bien le reconnaître, dépassaient les ressources de l'art et ne s'étaient encore manifestés aussi rapidement dans aucune autre ville du monde, même en Amérique où la téléphonie a cependant pris naissance, mais où des tarifs plus élevés restreignent avec raison le nombre des abonnés" p39-43 (10) Ibid, p39 : "
Après le service urbain les progrès de la téléphonie ont permis de rendre les communications interurbaines, puis dans une certaine mesure internationale. Citons- encore les cabines téléphoniques publiques-, les abonnés multiples.. le théatrophone qui ont chacune leurs exigences spéciales. toutes ces complications de service... ont soulevé des problèmes assez ardus dont les solutions n'ont pas toujours suivi d'assez près les nouveaux besoins : dans bien des cas même, telle solution rationnelle devenait rapidement caduque...

En effet les responsables du téléphone parisien en 1890 se trouvent devant un réseau beaucoup plus Important par sa taille et par sa vitesse de croissance. Non seulement le nombre des abonnées a cru globalement mais le nombre des abonnés rattachés à chaque central a cru différemment.
En 1883 il y avait 3 000 abonnés au total â Paris, en 1889, 6300, en 1890, 7 800.
Mais la répartition par centraux a évolué. (11) Le quartier de l'Opéra y compris le secteur de la rue Lafayette compte toujours un fort pourcentage d'abonnés mais le coeur du système s'est déplacé vers les quartiers industriels et commerciaux de la rue Etienne Marcel et de la place de la République.

L'administrâtion abandonne les câbles sous plomb de la S. G. T. car l'expérience a montré que la gutta percha qui servait d'isolant, si elle est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin, perd ses propriétés lorsqu'elle est exposée â l'air. Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à circulation d'air.

En même temps le réseau est systématiquement hiérarchisé et de nouvelles notions comme les manchons de jonction ou les chambres de coupures sont introduites. En 1891 l'organisation du réseau est la suivante : (12)
La ligne double sans fils de plomb isolé à la gutta percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive à l'égoût où elle rencontre d'autres lignes doubles et suit parallèlement ces autres lignes jusqu'à un manchon de jonction qui sert â relier 7 abonnés â un câble sous plomb â 14 fils isolés au papier. Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés aboutissent à une chambre de coupure d'où part un câble à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve). Ces câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans le, bureau central.

Hiérarchiser ainsi le réseau permet de disposer de réserves de transmission, seule la dernière partie de la ligne devant être construite pour raccorder un nouvel abonné. Cela permet aussi de procéder plus rapidement aux réparations.
Enfin en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité de la transmission et donc de la longueur des lignes : si la longueur moyenne des câbles â 2 fils reliant chaque abonné â un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne des câbles de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles de 49 abonnés de 1 600 m, ce qui correspond à* une qualité de transmission assez médiocre.

En outre l'évolution technique des câbles et l'augmentation de leur capacité commence à poser le problème de la localisation du réseau dans les égoûts. L'encombrement à proximité des centraux est excessif.
A partir de 1891 l'administration des téléphones tente, non sans de grosses difficultés d'établir quelques liaisons en tranchées (13).
Surtout un procès met aux prises l'administration et la ville de Paris après 1900. La ville n'avait autorisé la SGT à se servir des égoûts que moyennant une taxe très élevée, un droit de location basé sur le kilomètre de ligne posée. Après le rachat par l'Etat, l'administration des Télégraphes a cessé purement et simplement de payer quoi que ce soit à la ville de Paris arguant qu'il s'agissait d'un réseau d'intérêt public.
Vers 1901 l'arriéré est tel que l'administration de tout es façons ne pourrait plus payer. En outre la taxation sur la base du fil ne rend plus compte des progrès de la technique â une époque où les câbles assurent pour une grande longueur de fil une faible occupation des égoûts. Elle correspond à* une redevance de 1 million F/an. Mais le procès fait apparaître que l'administration n'a aucune idée de la longueur des câbles qu'elle a enterré dans le sous-sol de Paris, ni de leur localisation. A cet égard la carence de la S. G. T. est manifeste. A partir.de 1884, craignant le non renouvellement de sa concession, la société a cessé totalement d'investir dans le réseau, y compris en hommes.
Après 1889, l'administration reste faible numériquement, même si la direction des services téléphoniques de Paris en représente le secteur le plus qualifié et le plus autonome (14).

(13) Archives nationales F90 bis 2031 (14) L.J. LIBOIS, Genèse et croissance des Télécommunications , Mas son, 1983, p 217. 1892 : erection du service téléphonique de la région, de Paris en une direction autonome. 1896 : création du poste de directeur des services électriques de la région de Paris.

L'application du plan de 1891 et ses limites
II faut une dizaine d'années pour appliquer réellement le plan de 1891. Tous les bureaux crées par la S. G. T. â l'exception de celui de Passy sont successivement fermés : 3 en 1894, 3 en 1895 et 2 en 1900, et remplacés par d'autres (15). Le central Gutenberg, le plus important est commencé dès 1893.

Un central neuf pour la rive gauche est mis en service en 1900 avenue de Saxe. Enfin le central de la rue de Sablons, mis en service en 1908 dessert Passy et Auteuil. Cependant le nombre de quatre centraux seulement annoncé dans les études de 1891 ne peut être tenu. Après les modifications de circonscriptions intervenues en 1904 pour rentabiliser au maximum les diponibilités existantes, la ville de Paris est en 1907-1908 divisée en sept circonscriptions correspondant â sept centraux téléphoniques*

Une série d'événements et d'accidents met alors en lumière le fait qu'on a atteint les limites du système. Le dimanche 20 septembre 1908 le central Gutenberg sur lequel on a concentré l'essentiel du trafic des quartiers d'affaires (18 000 abonnés) prend feu. La reconstruction d'un central provisoire durera trois mois pendant lesquels tout le quartier entre la Bourse et le Marais est privé de téléphone.

En janvier-février 1910 c'est le réseau souterrain qui est victime de l'inondation (16). Le réseau comprenait alors des câbles à circulation d'air de 224 et 112 paires (gros câbles), 27, 7 et 1 paire (petits câbles) 147 chambres de coupures abritant 1 300 têtes de câbles, 12 000 pièces de raccord (dits "manchons") posés en égoût. La moitié des égoûts n'est libre que vers mars ; 1 000 lignes ? ne sont pas dégagées avant avril ; le réseau n'est entièrement restauré que

(15) Archives nationales, F90 bis 2031. Rapport de l'Ingénieur en Chef (16) Installations récentes du service des postes, 1910, p. 155

Par ailleurs les câbles en égoût sont l'objet de toutes sortes d'atteinte : les outils des êgoutiers en blessent l'enveloppe de plomb, les eaux les attaquent, les rats les mordent. Comme ils sont empilés pour gagner de la place on peut difficilement les atteindre pour réparer. En outre, ils ne vivent que trente ans en moyenne ce qui oblige à prévoir des annuités d'amortissement sensiblement plus élevées que pour les câbles en canalisation. Enfin lé personnel travaille moins vite, moins bien et plus dangereusement en égoût .

Suit un vigoureux plaidoyer pour les galeries
Bien rangés sur des herses spéciales dans un environnement sain et surtout réservé au téléphone les câbles peuvent être facilement identifiés , réparés ou dérivés... Moins coûteuse la canalisation multiple rend presque les mêmes services.
En 1925 la prefecture de Paris a tenté d'en empêcher le développement en faisant observer que tout, nouvel occupant du sous-sol devait être en mesure au moins de contourner ses voisins et qu'en conséquence les canalisations rectilignes étaient prohibées. Les P. T. T. annoncent aussitôt croquis et chiffres à l'appui qu'elles sont capables de tirer leurs câbles même en courbe.

Les hommes du téléphone vont gagner.
A partir de 1925 le nombre de galeries et de canalisations spécifiquement P. T. T. croit sans discontinuer (17 km de galerie en 1927). En 1927 la disparition totale de l'ancien réseau de gros câble en égoût est programmée ainsi que le transfert des sous-répartiteurs, trop vulnérables aux., crues et aux orages, dans des immeubles mieux protégés. Enfin l'ingénieur du service des lignes de Paris commence à savoir ce qu'il a sous sa juridiction. Un plan "P.C. 365 bis" vient d'être confectionné qui localise les câbles interurbains, les câbles auxiliaires et une partie des gros câbles d'abonnés* Mais â aucun moment les services téléphoniques de Paris ne savent à quoi ressemble dans le détail leur réseau. Les bureaux ne disposent ni de nomenclatures ni de plans autre que des relevés de détail.

 cet égard le réseau téléphonique de Paris se ressent de la situation générale où se trouve l'administration du téléphone entre 1889 et 1925.
L'extrême faiblesse de ses crédits et de ses cadres techniques l'amène à toujours bricoler au plus juste. L'élan novateur de 1923 porte essentiellement sur la partie noble du réseau, celle qui touche de plus près aux abonnés par le biais des opératrices : les centraux. Le réseau souterrain doit suive. 11 suit mais il semble avoir atteint en 1927,alors que l'automatisation bat son plein, ses limites.


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