HISTOIRE DU TELEPHONE EN FRANCE

Avant BELL IL Y AVAIT LE TELEGRAPHE ,

Première période de 1876 à 1889
1 1876 1879 LA DECOUVERTE DU TÉLÉPHONE,
2
à partir de 1878 LES CENTRES MANUELS LES DEMOISELLES DU TELEPHONE
3 1889 LA NATIONALISATION


Deuxième période de 1890 à 2000 ....
4 à partir de 1913 LES CENTRES AUTOMATIQUES
5 1970-1988 DUTÉLÉPHONE AU TELECOMMUNICATIONS

6
Troisième période
Fin du téléphone élétromécanique, généralisation de l'éléctronique
2018-2024 Fin programmée du téléphone fixe

annexe - Liste des ministres des PTT depuis 1878
annexe
- Historique des différents types de commutateurs en France
annexe - Les architectes des PTT, le patrimoine immobilier
Petite histoire : Téléphoner à Pioussay (79), si c'est possible

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Petit rappel de la situation en France, après la période ou l'on communiquait par messages écrits et transportés par une personne, un cavalier, est arrivé le télégraphe optique de Chappe.
L’Administration du Télégraphe a exploité le plus grand système de télégraphe optique au monde, presque exclusivement à des fins administratives et militaires. L'éléctricité, le magnétisme étaient tout juste découverts et à l'étude dans le début des années 1800.
Le 2 mai 1837 Louis Philippe promulgue une loi qui assure à l’état le monopole des transmissions télégraphiques.
Plus tard en 1850 Louis Napoléon Bonaparte permettra l’usage du télégraphe pour la correspondance privée tout en maintenant le monopole, c’est le début du service public.

Ce ne sera qu'en 1844 que le gouvernement français songea sérieusement à étudier la question de la télégraphie électrique, alors que en 1838, Morse était déjà venu à Paris, présenter son télégraphe (le plus évolué pour cette époque) à l'Institut de France auprès du baron von Humboldt, François Arago et d'autres scientifiques,
Morse avait obtenu son brevet le 18 août 1838, premier brevet au monde pour son télégraphe électrique traçant (qui écrit) .
Le télégraphe de Morse utilisait un cylindre sur lequel un ruban de papier était entraîné par un mécanisme d'horlogerie, un stylet encré relié à l'armature de l'élecro-aimant récepteur traçait les impulsions courtes et longues sur le papier en mouvement (point et trait) .
Morse a inventé l'alphabet Morse permettant de traduire les séquences de traits et points en caractères alphabétiques (peut importe la langue).
Cependant, Alphonse Foy administrateur des lignes télégraphiques françaises, responsable de plus de 1 000 opérateurs de stations de télégraphe optique, dont la plupart étaient analphabètes, doutait que son peuple puisse apprendre l'alphabet Morse.
En 1839, sans autre justification, Foy informa Morse que son système ne sera pas en France !!! Cependant, Foy organisa une mission en Angleterre pour étudier le télégraphe éléctrique à aiguilles en experimentation depuis 1837 par Cooke et Wheatstone.
Foy demandaà Louis-François Breguet, petit-fils d'Abraham-Louis Breguet et fournisseur régulier du télégraphe optique, de fabriquer un télégraphe électrique à aiguilles reproduisant les mouvements du sémaphore pour faciliter la transition de la télégraphie optique à la télégraphie électrique en France. .
Le télégraphe Breguet-Foy qui en a résulté utilisait deux aiguilles, ce qui pouvait montrer huit positions sémaphoriques différentes.
Il fut d'abord expérimenté entre Paris, Saint-Cloud et Versailles en 1842.
La même année, des tests approfondis ont été effectués simultanément avec les équipements télégraphiques optiques utilisés la nuit. Les expériences ont clairement montré que les performances du télégraphe électrique étaient de loin supérieures à celles du télégraphe optique.
Un essai comparatif de télégraphes électriques a ensuite été effectué le long de la voie ferrée entre Paris (Gare Saint-Germain) et Rouen en mai 1845.
Trois types d'équipements différents ont été testés: le télégraphe à deux aiguilles Cooke et Wheatstone, le télégraphe à deux aiguilles Breguet et un télégraphe d'écriture élaboré cette année-là par M. Dujardin de Lille, France.
Suite aux tests effectués les 11 et 18 mai 1845, les équipements Breguet ont été installés cette même année sur la ligne ferroviaire Paris-Rouen entre Paris et Lille.
Breguet
a très vite remplacé le télégraphe à deux aiguilles à deux fils par un télégraphe pas à pas à un fil plus avancé (similaire au télégraphe à pointeur Wheatstone et Cooke).
Le télégraphe Breguet, également appelé télégraphe français, était un équipement standard sur les chemins de fer français pendant de nombreuses années, ilil a même été exporté au Japon, où le service télégraphique public a été inauguré en utilisant le télégraphe de Breguet et modifié pour l’utilisation de caractères japonais.


En 1851,le réseau Français posséde 5 000 km de lignes pour 556 stations. Puis sera de 23 000 stations en 1864 et 55 000 en 1877 pour 4587 bureaux.
Le premier câble sous-marin international a été posé en 1851 entre l’Angleterre et La France, le télégraphe s'étend sur le monde.
La principale réalisation de la télégraphie électrique, en plus de faire de l’information un produit de valeur et d’améliorer sensiblement la sécurité et la fiabilité du transport ferroviaire, a été la création d’une infrastructure de télécommunication internationale; une condition préalable au développement des télécommunications mondiales.

Les progrès de la télégraphie électrique furent timides , jusqu-à l'arrivée de M. de Vougy comme directeur général des ligues télégraphiques, le 28 octobre 1853. S'en suivi un système de télécommunication plus efficace.

1873 Le télégraphe est rattaché à l’administration des Postes Le 6 décembre, l’Assemblée Nationale vote la fusion de la poste appartenant au ministère des finances et du télégraphe au ministère de l’intérieur. Celle ci ne deviendra effective que dans les années 1876 et 1877.

Transmettre la parole à distance avec l'électricité : Les travaux de l'ingénieur français Charles Bourseul, qui a décrit le concept de la téléphonie dans un article publié en 1854, et du professeur allemand Philipp Reis, qui a construit un instrument reproduisant le son électriquement, ont suscités peu d'intérêt.
Il faudra attendre 20 ans et les travaux de A.G. Bell pour concrétiser cette évolution : le "téléphone".
.

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1876 LA DECOUVERTE DU TÉLÉPHONE

En France, dans Les Annales Télégraphiques de 1876 , l'administration des télégraphes n'est pas très bavarde, voici ce que l'on peut lire page 613 :
Télégraphe parlant
On fait certain bruit depuis quelques jours autour d'une « véritable merveille télégraphique », pour employer l'expression dont on s'est servi.
On viendrait de découvrir tout dernièrement le moyen de transmettre la parole à des distances quelconques. Il suffirait de parler a portée
du télégraphe pour se faire entendre d'un bout a l'autre de l'Europe. On chanterait a New-York et l'on entendrait à Londres.
Le morceau de musique joué à Paris serait entendu à Vienne, et réciproquement. On pourrait, avec un fil télégraphique, faire assister toute la province a l'audition d'un opéra nouveau, — de la vraie musique de chambre, cette fois —
Rien n'empêcherait de louer son fil télégraphique et d'entendre a domicile le meilleur orchestre du monde. J'en passe...
L'avenir nous réserve très-vraisemblablement de pareilles surprises; mais n'allons pas si vite.
La nouvelle est vraie en principe : on peut transmettre des sons par un fil électrique; on peut même reproduire, tant bien que mal, à distance, une mélodie, c'est exact; ce qui ne Test plus, c'est que nous ne sachions cela que d'hier; la nouvelle est vieille, et il n'est pas inutile de rétablir les faits sous leur véritable jour.
Après l'exposition de Philadelphie ou l'on dévoile au monde le téléphone de Bell, la nouvelle se propage vite par la presse d'abord aux Usa, dans les journaux locaux, puis en Angleterre, en Allemagne et en France dans la presse scientifique comme "Les Annales Télégraphiques", dans des rapports de scientifiques comme celui du plus illustre Th. Du Moncel et aussi dans les nombreuses conférences que Bell organise.

Au Usa, mai 1877 commence vraiement l'essor du téléphone quand Bell présente alors au public son invention sous une nouvelle forme imaginée par le professeur Preece : "the Hand Telephone" ou "Téléphone à Main"


l'intégral du scientific American du 6 octobre 1877, le monde découvre le Hand Téléphone

Dans la presse scientifique, en 1877-78, voici ce qu'écrit Th. Du Moncel Scientifique Français
En 1876 apparut à l'exposition de Philadelphie le téléphone de Bell que Sir W. Thomson (Britanique) n'a pas craint d'appeler la merveille des merveilles, et sur lequel l'attention du monde entier s'est trouvée immédiatement portée, bien qu'à vrai dire son authenticité ait soulevé dans l'origine bien des incrédulités. Ce téléphone, en effet, reproduisait les mots articulés, et ce résultat dépassait tout ce que les physiciens avaient pu concevoir. Cette fois ce n'était plus une conception que l'on pouvait, jusqu'à preuve contraire, traiter de fantastique : l'appareil parlait, et même parlait assez haut pour n'avoir pas besoin d'être placé contre l'oreille.
Côté administration des Télégraphes, dans les Annales télégraphiques page 180-181 , page 218 à 224 on décrit les appareils de Bell en 1876, page 267 on reprend les infosrmation du journal officiel sur une liaison entre New-York et Philadelphie, un peu de théorie sur le téléphone de Bell et Varley page 537 à 542 , on parle déjà des progrès comme le téléphone d'Edison, page 548 à 551. En pages 552 à 60 on décrit l'exposé de Preece à Plymouth Angleterre ... l'administartion s'interesse surtout à la télégraphie, ne voyant pas venir que le téphone va profondément changer le moyen de communiquer.

En Europe, ça commence donc d'abord en Angleterre, au retour de l'exposition de Philadelphie, Sir W. Thomson présenta verbalement la "merveille des merveilles" au sein de l'association britanique réunie à Glasgow.
Voici ce que M. W. Thomson a dit à l'Association britannique pour l'avancement des sciences, lors de sa réunion à Glasgow en septembre 1876 :
"Extrait de l'exposé de l'électricité de TH Du Moncel"
(en pdf avec les gravures)

Puis à peine un an plus tard en juillet 1877 , M. WH Preece, qui devint plus tard Sir William Preece, ingénieur en chef de la poste, avec Bell présentent le téléphone à la British Association à Plymouth.

Pour organiser la logistique de ses conférences Bell, fait appel à Fréderic Gower, jeune éditeur du journal "Providence Press".
Récit dans "Le figuier 1878 " "L'année scientifique et industrielle"
Bell dans son mémoire lu à la société des ingénieurs télégraphistes de Londres le 31 octobre 1877 et qui a été reproduit clans le journal de la société.

Bell épouse Mabel Hubbart et s'apprête à partir en voyage de noce, ils embarquent pour l'Angleterre le 4 aout 1877 , Bell en profite pour promouvoir son invention en Europe bien qu'elle soit déjà étudiée et reproduite à l'étranger simplement avec ce que l'on trouvait dans la presse de cette époque.

A la réunion annuelle de l'association Britanique (BAAS) à Plymouth au mois de septembre 1877, on apprit les progrés fait depuis et W.Preece, avec la participation de Bell, firent la première démonstration pratique avec la fameuse paire de Hand-Téléphones amené par WH Preece.
A cette réunion Alfred Niaudet, neveu de Mr Louis Bréguet (père) et célébre constructeur de matériel éléctrique chez Bréguet, qui parle couramment l'Anglais et qui est aussi membre de la "Society of telegraph Engineers", recoit des mains même de l'inventeur deux téléphones (photo ci contre).

Ces deux téléphones traverseront la Manche, dans une boite fermée à clef. Il étaient en bois de frêne blanc ou de chêne tout à fait rustique et assez semblable à un bilboquet, ils seront par la suite, donnés par la veuve A.Breguet au Musée des arts et métiers à Paris en 1884 et y sont toujours visibles.


Breguet sans tarder fit une présentation devant un petit comité apartenant à l'institut et Collége de France.
Fin septembre 1877 Niaudet et Breguet organisent une présentation à l'Académie des Sciences à Paris.

En même temps, fin 1877 , Cornelius Roosevelt Américain (et cousin du futur Président des USA) qui a quitté sa patrie en octobre 1877 pour s'établir en France et s'intéresse aux applications de l'électricité, principalement au télégraphe, multiplie les démarches auprès de l'administartion des Postes et Télégraphes pour obtenir une autorisation d'installer un réseau de lignes privées et exploiter un brevet de "Télégraphe de quartier" en mars 1877, qu'il n'obtiendra pas mais qui lui permettra de bien connaître l'organisation des Postes et Télégraphes et de rencontrer les grands directeurs.
Informé sur l'invention du téléphone de BELL, Roosevelt se rend à Washington pour rencontrer le beau père de A.G Bell, Gardiner Hubbard et lui propose d'acheter les droits français de son brevet pour l'exploiter en France.
Bell accepte l'accord de Roosvelt et se mettra en relation avec
A. Niaudet
(neveu de Mr Louis Bréguet) qu'il rencontra en Angleterre à la réunion de Plymouth, car Antoine Breguet fils parle l'Anglais et est aussi membre de la " Society of telegraph Engineers

C'est A. Bréguet fils qui sera chargé de construire les téléphones pour la France.

Parallelement le directeur général des Postes de Berlin en Allemagne, Heinrich von Stephan reçu en octobre 1877 deux téléphones Bell apportés par son collègue du bureau principal du télégraphe de Londres lors d'une visite à Berlin.
Le 26 octobre 1877 , l'histoire du téléphone en Allemagne commence à Berlin, Comme Bell n'avait pas breveté son appaeil en Allemagne, la firme Berlinoise Siemens & Halske a pu produire des modèles inspirés de son appareil, puis elle a été mandatée pour la production d'autres appareils, poursuivre les essais et créer de nouveaux téléphones pour équiper l'empire Allemand.

Le 2 Novembre 1877, en FRANCE , Alfred Niaudet et Antoine Breguet
expérimentent " le téléphone" devant des membres de l'institut et du collége de France. Voici un extrait de l'exposé de A. Niaudet "Mémoires de la Société des ingénieurs civils" : Volume 30 année 1877

C'est ensuite A.Breguet qui présente officiellement le premiers téléphone à la séance du 29 octobre 1877 de l'académie des sciences.

Voici comment un journaliste du quotidien " le Temps " relate l'événement :
" le succès n'a pas répondu complètement aux espérances des opérateurs. Les sons entendus étaient peu distincts et les communications avec la salle du premier étage beaucoup plus difficiles qu'elles ne l'auraient été avec un tube acoustique "
Antoine Bréguet
qui connaissait bien l'administration des P&T, reussit à organiser un rendez vous entre A.G. Bell et Mr Pierret, le directeur des Postes et Télégraphes (qui ne s'appelle pas encore les PTT). Quelques jours plus tard,
Le 21 Novembre 1877, Bell arrive à Paris guidé par A.Niaudet , pour participer à ce rendez vous historique.
Bell et Pierret conviennent de faire des essais sur les lignes télégraphiques de l'état.
Dès le lendemain A.G Bell communique sur une ligne spéciale de son domicile de Paris avec Léon Say au ministère des finances et des postes et télégraphes puis avec le ministre de la guerre.Décembre 1877 A.Niaudet et C. Roosevelt créent la "Societé Anonymes des Téléphones Bell"
C’est la première société de téléphonie créée en France . Son siège social est situé au 1, rue de la Bourse, à Paris.

La Société Anonyme des Téléphones Bell sera présente à l’exposition universelle de 1878.
C’est là où Cornélius Roosevelt rencontre Frederic Allen Gower et que les deux hommes décidrontt de travailler ensemble
La maison Breguet chargé de fabriquer les téléphones brevet bell en améliore l'aspect et la fiabilité.

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En Angleterre et en Frane, Bell enchaine les démonstrations et fait parler la presse scientifique, il
ètablit la première liaison téléphonique intercontinentale (36 Km) entre Douvres et Calais sur un seul fil et retour par la terre.
Dans
l'univers illustré page 754
du 1 décembre 1877 Nous lisons dans "la France" que le téléphone vient de fonctionner entre la France et l'Angleterre.
Deux cornets acoustiques aimantés ont élé placés la semaine dernière a Saint-Margaret, sur la côle anglaise, près de Douvres, et a Sangaite, près de Calais, puis reliés entre eux par un fil métallique.
Des conversations ont été échangées ainsi à travers le détroit, les résultats obtenus ont paru très satisfaisants aux inspecteurs des lignes de Douvres et de Calais.

Les téléphones qui ont servis à cet événement sont aujourd'hui chez un collectionneur Australien

En décembre 1877, A.G.Bell réalise une communication gare Saint Lazare entre Paris et Saint Germain
voici ce que l'univers illustré du 22 décembre 1877 rapporte


En même temps Breguet faisait une expérience concluante entre Mantes la Jolie et Paris.

En Amérique les premiers téléphones conçus par Bell (comme la photo ci jointe) fin 1877
et qui s'appeleront "the butterstamp" vont équiper les premiers clients.


Plus tard la même année , le" Butterstamp" a été remplacé par le "Coffin Téléphone " (oui son boîtier fait penser un peu à un cercueil)
Le Coffin est équipé d'un générateur à magnéto entraîné par une manivelle à main qui envoie du courant alternatif sur la ligne pour alimenter un dispositif de sonnerie reliée soit à un téléphone directement au bureau central , pour alerter un opérateur, ou à l'autre correcpondant en point à point.
( Watson a déposé le brevet de la sonnerie , le 1er Août , 1878. ) . ,

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Le 25 Juillet 1877 Bell dépose son brevet no 119626 en France , "pour des perfectionnements dans la téléphonie életrique ou la transmission des sons comme dépêches télégraphiques, ainsi que dans les appareils téléphoniques

L
es lecteurs du journal scientifique "La Nature" découvrent le "téléphone parlant "pour la première fois dans la presse


Schéma de principe (La nature de 1877)



Page 274, 275 et 276, (extrait du journal la nature de 1877)
et aussi (en 1878)
Page 383, 384


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Installation primitive Bell Bréguet

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Système établi par la compagnie
Bell à Paris,
de MM. Bréguet et Roosevelt
:
Sur une planchette d'acajou suspendue à la muraille, sont disposées d'abord une sonnerie trembleuse ordinaire au-dessous de laquelle est fixé un bouton transmetteur, et en second lieu deux fourches servant de support aux deux téléphones et dont une est adaptée à la bascule d'un commutateur disposé comme une clef de Morse.
Les deux téléphones sont reliés, par deux fils conducteurs disposés de manière à être extensibles, à quatre boutons d'attache dont deux sont reliés directement l'un à l'autre et les deux autres à la ligne, à la terre et à la pile par l'intermédiaire du commutateur, du bouton transmetteur et de la sonnerie. Le commutateur A se compose d'une bascule métallique ac portant au-dessus de son point d'articulation, la fourche de suspension F' de l'un des téléphones; elle se termine par deux taquets a et c au-dessous desquels sont fixés les deux contacts du commutateur, et un ressort presse le bras inférieur de la bascule de manière à faire appuyer constamment l'autre bras contre le contact supérieur. Pour plus de sûreté, une languette d'acier ab adaptée à l'extrémité inférieure de la bascule, frotte contre une colonnette b munie de deux contacts isolés qui correspondent à ceux de la planchette. La bascule est en communication avec le fil de ligne par l'intermédiaire du bouton d'appel, et les deux contacts dont nous venons de parler, correspondent l'un, le supérieur, avec l'un des fils des téléphones qui sont intercalés dans le même circuit, l'autre avec la sonnerie S, qui elle-même communique à la terre. Il résulte de cette disposition, que quand le téléphone de droite appuie de tout son poids sur son support, la bascule du commutateur est inclinée sur le contact inférieur, et, par conséquent, la ligne est mise directement en rapport avec la sonnerie, ce qui permet d'appeler la station. Quand, au contraire, le téléphone est enlevé de son support, la bascule est sur le contact supérieur, et les téléphones sont reliés à la ligne.Pour appeler la station en correspondance, il suffit d'appuyer sur le bouton transmetteur; alors la liaison de la ligne avec les téléphones est brisée et établie avec la pile du poste, laquelle envoie un courant à travers la sonnerie du poste correspondant. Pour obtenir ce double effet, le ressort de contact du bouton transmetteur appuie en temps ordinaire contre un contact adapté à une équerre qui l'enveloppe par sa partie antérieure, et, au-dessous de ce ressort, se trouve un second contact qui communique avec le pôle positif de la pile du poste. L'autre contact correspond au fil de ligne, et une liaison est établie entre le fil de terre et le pôle négatif de la pile du poste, ce qui fait que ce fil de terre est commun à trois circuits:
1o Au circuit des téléphones;
2o Au circuit de la sonnerie;
3o Au circuit de la pile locale.La seconde fourche qui sert de support au téléphone de droite est fixée sur la planchette et n'a aucun rôle électrique à remplir.
Il est facile de comprendre que ce dispositif peut être varié de mille façons différentes, mais nous nous bornerons au modèle que nous venons de décrire qui est le plus pratique.

C'est un autre américain Thomas Edison, fin 1877 qui va apporter les premières évolutions
En 1877, Thomas Edison (1847-1931) a été invité par la Western Union Telegraph Company à développer et améliorer les méthodes de transmission de la parole.
En 1878 L'émetteur à poudre de carbone est l'un des développements qui en résulte, il est très similaire aux microphones conçus par David Edward Hughes (1831-1901) qui reste l'inventeur du microphone à charbon.

Son premier brevet de micro à charbon est déposé en avril 1877 aux USA.
Edison avait compris que le téléphone devait communiquer à grande distance, ce que ne faisait pas le système Bell, alors il employa l'énergie de "la pile" et conçu un transmetteur à variation de résistance.
30 juillet 1877
Edison dépose un deuxième brevet qui montre l'utilisation de la bobine d'induction pour amplifier le courant microphonique.
Avec les téléphones à pile, le problème est plus complexe, à cause de l'emploi d'une pile qui doit être commune à deux systèmes d'appareils, et de la bobine d'induction qui doit être intercalée dans deux circuits distincts.
Dans ce dispositif, la planchette d'acajou porte au milieu une petite étagère C pour y poser les deux téléphones par leur partie plate. La sonnerie S est mise en action par un parleur électro-magnétique P qui peut servir, par l'adjonction d'une clef Morse M au système, à l'échange d'une correspondance en langage Morse, si les téléphones faisaient défaut, ou pour l'organisation de ces téléphones eux-mêmes. Au-dessous de ce parleur, est disposé un commutateur à bouchon D pour mettre la ligne en transmission ou en réception, avec ou sans sonnerie, et enfin au-dessous de la planchette étagère C, est disposée, dans une petite boîte fermée E, la bobine d'induction destinée à amplifier les courants voltaïques.Quand le commutateur est placé sur réception, la ligne correspond directement soit au parleur, soit au téléphone récepteur, suivant le trou dans lequel le bouchon est introduit; quand, au contraire, il est placé sur transmission, la ligne correspond au circuit secondaire de la bobine d'induction. Dans ces conditions, la manœuvre ne peut plus être automatique; mais comme ce genre de téléphone ne peut être appliqué avec avantage que pour la télégraphie et que ce sont alors des personnes habituées aux appareils électriques qui en font usage, cette complication ne peut présenter d'inconvénients.

19 décembre 1877
Edison dépose un brevet à Paris no 121 687 pour "des perfectionnements dans les instruments pour contrôler par le son, la transmission des courants électriques et de la reproduction des sons correspondants au lointain"

En 1878 il dépose un brevet de microphone. Il se compose d'un bouton de poudre de carbone molle comprimée, de la taille d'une pièce de dix pence, placée entre deux disques de laiton, contre l'un desquels appuie un diaphragme de fer.
La parole dans l'embouchure fait vibrer le diaphragme et produit des variations de la résistance.
(photos de l'original).
Ce principe de microphone va se généraliser et contribera au développement du téléphone dans le monde entier.
A termes tous les téléphones seront équipés de micros à charbon fonctionnant sur ce principe..
Schéma de principe de la batterie locale pour amplifier le courant microphonique

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Le développement du téléphone et sa commercialisation peut commencer.

Voici raconté dans les grandes lignes les moments les plus importants, mais il faut aussi raconter la petite histoire de ceux qui ont poussés au développement du téléphone en France :
Pour racconter cette fabuleuse petite histoire, je reprends des écrits de Fréderic Nibard qui est certainement à nos jours la personne la plus investie dans l'histoire du téléphone en France et qui a publié de nombreux ouvrages.

Les premières démonstrations en France se font au Congrès Scientifique du Havre en septembre 1877

Plusieurs savants venant de Plymouth (Angleterre) sont présents au Congrès Scientifique du Havre qui se tient peu après les séances de l'Association Britannique en aout 1877 comme raconté ci dessus. .
"Ils ont assistés aux expériences de M. Bell, ils ont fait fonctionner eux-même le Téléphone. Ils ont pu converser avec des amis, à une distance de plusieurs centaines de metres, et ce n'est pas sans une légitime émotion qu'ils reconnaissaient la voix de ceux qui parlaient au loin, en approchant l'oreille de l'ouverture du Téléphone à la station d'arrivée" (La Nature, 1877).
En septembre 1877, les frères Alexandre et Louis Poussin, deux industriels elbeuviens (de la ville d'Elbeuf, Seine-Maritime, France), lisent dans le journal scientifique "la Nature" un article donnant la description d'un "admirable instrument appelé le Téléphone inventé par le professeur américain Monsieur Graham Bell"(voir i dessous).
Les frères Poussin, très intéressés par les nouvelles applications de la science, se rendent à Paris pour rencontrer Antoine Bréguet.

Emporté par l'enthousiasme de celui-ci qui vient de déclarer à l'Institut : "depuis que j'ai ce magique petit instrument, je ne dors plus", ils demandent à A.Breguet de construire sur ses indications (sous licence C.Roosvelt) une paire deTéléphones.
Après l'avoir expérimenté, ils décident d'en faire profiter les membres de la Société Industrielle d'Elbeuf. Cette société, créée par leur père en 1857, réunit tout ce que la ville compte de notables, industriels et commerçants.
En décembre 1877
l'Industriel Elbeuvien écrit :"aujourd'hui, un Téléphone est à la disposition des membres de la Société Industrielle qui pourront ainsi confirmer tout ce que nous avons déjà dit de cet appareil extraordinaire".
Le président de la société, Monsieur Pelletier, s'empresse de nommer une commission chargée d'étudier l'appareil. Cette commision organise le 11 décembre 1877 une expérience décisive : un Téléphone Bell est installé dans le local de la société, un fil d'une longueur d'environ six cent mètres va sur la tour Saint-Jean et revient vers un deuxième Téléphone situé dans une autre pièce de la société
"les expériences faites hier ont parfaitement réussi. A une très grande distance et dans deux pièces fermées, la commission, divisée en deux groupes, a pucorrespondre. La parole, un peu affaiblie à la vérité, est parfaitement claire et permet mêmede distinguer la personne qui parle. Tous les sons, toutes les syllabes s'entendent parfaitementbien. Une boîte à musique dont les sons sont assurément peu intenses, placée à l'une des stations, a fait entendre à l'autre extrémité les mêmes sons, avec la plus grande pureté, et l'on distinguait même très bien le timbre de l'instrument. L'audition était la même que si la boîte à musique avait été placée à quelque distance de l'oreille" (l'Industriel Elbeuvien,décembre 1877).

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La Ville de Rouen découvre le Téléphone le 12 décembre 1877
( vous pouvez lire le compte rendu dans le Bulletin 1877 de la Société industrielle de Rouen de cette présentation)

Messieurs Gouault et Dutertre, membres de la Société Industrielle de Rouen, présentent le Téléphone Bell lors d'une conférence publique organisée dans la grande salle de l'Hôtel de ville de Rouen (Seine-Maritime, France).
La Société Industrielle de Rouen se définit à l'époque comme "une association ouverte à toutes les bonnes volontés, étudiant les applications des découvertes de la science, cherchant à propager l'instruction technique, s'efforçant de vulgariser les procédés industriels, en un mot, travaillant à faire la lumière ". Elle regroupe près de 700 membres de toutes origines, chaque département français est représenté ainsi que la plupart des pays étrangers (Etats-Unis, Russie, Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne, Belgique, Hollande,...). Monsieur Gouault présente l'appareil : "le Téléphone que je vais décrire et expérimenter est le cornet accoustique portatif. Il remplit les fonctions alternatives de transmetteur lorsqu'il reçoit la voix, et de récepteur lorsqu'il l'apporte à l'oreille. Cet appareil se compose d'un pavillon, destiné à recevoir la bouche ou l'oreille. Derrière ce pavillon, une membrane métallique en fer doux, de un à deux dixième de millimètres d'épaisseur, est tendue entre deux pinces annulaires en bois réunies par des vis en cuive. Cette membrane est l'appareil vibrant destiné à recevoir l'impulsion de la parole ou à la reproduire.Derrière cette plaque, et à une distance mesurée par une fraction de millimètre, se trouve un système composé d'une bobine entourée d'un fil de cuivre isolé et d'un aimant central. Les deux fils de la bobine ressortent de la gaîne en bois de l'appareil par deux bornes ; l'un est mis en communication avec un fil télégraphique aboutissant au récepteur ; l'autre est conduit à la terre, comme dans les appareils télégraphiques ordinaires" (Bulletin de la Société Industrielle de Rouen, 1878).
Cette description très scientifique cède parfois la place à une description plus terre à terre : "l'appareil de Monsieur Graham Bell se compose essentiellement de deux parties ayant assez l'aspect des patères en bois qui servent à retenir les draperies" (le Journal de Rouen, 1877). Monsieur Gouault donne ensuite le principe du Téléphone : "le premier principe, d'ordre philosophico-physiologique, est antérieur à Bell ; le second principe, d'ordre purement physique, était connu de la science et était implicitement renfermé dans la loi de Lentz. Bell a eu le bonheur d'en trouver le premier, je crois, une application pratique". Enfin Messieurs Gouault et Dutertre réalisent une série d'expériences qui réussissent parfaitement. Ils montrent qu'il est possible d'entretenir une conversation à distance, un deuxième poste étant installé dans l'hôtel de la gendarmerie, à plus de 300 mètres de la salle de conférence. Ils présentent également leurs essais sur de longues distances :
le petit appareil que vous avez sous les yeux a été expérimenté par Monsieur Dutertre et moi-même jusqu'à 300 kilomètres de résistance locale. Monsieur Bréguet affirme avoir perçu les sons que transmet le téléphone avec des résistances de 1000 kilomètres ! Les expériences faites sur des fils de lignes ont été moins concluantes, en raison même de la grande sensibilité de l'appareil. C'est qu'en effet les fils voisins des lignes télégraphiques, soumis à des courants électriques intenses, agissent par induction sur le fil télégraphique. Ces courants induits se superposent à l'action principale du Téléphone et la troublent d'une manière sérieuse. C'est ainsi que lors d'une expérience opérée sur un fil de ligne de l'Etat, j'ai entendu très distinctement, superposés à la voix transmise, les bruits donnés par trois télégraphes ordinaires du service. On reconnaissait très nettement le fonctionnement d'un Morse, d'un Bréguet et d'un Hughes. En dehors de ces actions et de ces inconvénients extérieurs qu'un service général téléphonique ne comporterait pas, la transmission par l'appareil de Bell se fait, sur les fils de ligne, à des distances importantes. On peut citer les expériences faites il y a quelques semaines, entre Paris et Mantes, à une distance de 58 kilomètres, lesquelles ont parfaitement réussies".

Monsieur Gouault termine sa conférence en présentant ce que pourrait être les premières applications du téléphone : "il remplacera, dans un avenir rapproché, les tuyaux accoustiques des habitations privées et des manufactures. Il rendra de grands secours, en campagne, pour les services des avants-postes, des reconnaissances des aérostats militaires. On peut espérer même l'utiliser pendant les batailles, lorsqu'il sera devenu plus puissant. Il aura d'ailleurs toujours cet immense avantage de n'exiger la présence d'aucun télégraphiste, et de permettre, dans des cas graves, la relation directe du général en chef avec les commandants des camps engagés. Son emploi est dès à présent indiqué pour les expériences de tir au polygonne, dans le but de remplacer l'espèce de langage télégraphique constitué par les sonneries au clairon. Enfin Monsieur Bell fait des recherches pour en réaliser l'application à la télégraphie transatlantique et il a la conviction d'y réussir dans un avenir très rapproché". Le lendemain, Monsieur Gouault organise une deuxième conférence pour le public. Dans son rapport annuel de janvier 1878, le président de la société s'en félicite : "la présence de la foule qui est venue entendre la conférence publique et gratuite a affirmé le succès que notre collègue avait eu la veille".
Voici comment le Journal de Rouen relate la conférence : "l'orateur, après avoir rappelé qu'un simple jouet avait été le précurseur du téléphone, a présenté l'instrument et minutieusement décrit les pièces dont il se compose, puis il a cherché à exposer la manière dont se fait la perception des sons. Toutes les fois, a-t-il dit, que nos sens se trouvent placés dans des circonstances différentes, mais semblables par leur résultante matérielle, ils transmettent au cerveau les mêmes impressions, et notre individu se croit absolument dans des conditions identiques ; c'est ce qui fait que les amputés croient percevoir une sensation dans le membre qu'ils n'ont plus ; qu'avec le stéréoscope, nos yeux croient voir des objets en relief, en examinant une image plate.
Le Premier Communiqué de Presse
Le 18 décembre 1877, Monsieur Gouault, invité par la Société Industrielle d'Elbeuf, donne, "devant un auditoire d'élite, une conférence sur le Téléphone". Aprés avoir présenté l'appareil, il passe aux expériences. Voici comment le Bulletin de la Société Industrielle d'Elbeuf relate les faits : "au moyen des appareils de Messieurs Poussin, une communication a été établie entre le local de la Société Industrielle et l'Hôtel de Ville. Le conférencier et d'autres personnes ont pu converser avec les personnes placées dans ce dernier local. Des phrases ont été échangées ; la sonnerie d'une montre, produite à l'Hôtel de Ville, s'est faite entendre très distinctement dans la salle où avait lieu la conférence ; on a pu, de la même manière, entendre l'air et les paroles d'un couplet de chanson". Enfin, grâce à la complicité de l'Inspecteur des lignes télégraphiques de Rouen, Monsieur Gouault va soulever l'enthousiasme de son auditoire. Réalise-t-il alors qu'il va effectuer la première liaison téléphonique "commerciale" en Normandie et probablement le premier communiqué de presse français ?
Le Téléphone Bell est alors relié par un fil qui, tiré du local de la Société Industrielle, rejoint le bureau télégraphique puis emprunte la ligne télégraphique Elbeuf - Rouen. Voici le commentaire du bulletin de la Société Industrielle :
"une communication a pu être établie entre le local de la conférence et la guérite télégraphique de la gare Saint-Sever à Rouen, et vers 10 heures et demie du soir, Monsieur Gouault transmettait la dépêche téléphonique suivante :
"Président Société Industrielle d'Elbeuf à Président Société Industrielle de Rouen. Une conférence très intéressante sur le téléphone a été faite ce soir à la Société Industrielle d'Elbeuf, par Monsieur Gouault, ingénieur. Mis en communication avec Rouen grâce à l'obligeance de Monsieur le Directeur des Télégraphes, le conférencier transmet cette dépêche oralement pour être communiquée aux journaux : un incendie qui menaçait de prendre de graves proportions s'est déclaré ce soir rue de l'Hospice. Un ouvrier a été sérieusement brulé au bras et à la poitrine. On est actuellement maître du feu".
"Les termes de cette dépêche ont été répétés mot par mot, par la personne qui la recevait à Rouen : la transmission avait donc parfaitement réussie". A cette date on pouvait acheter une paire de téléphones pour la somme de 15 francs ce qui équivalait 2 jours de travail pour un ouvrier qualifié.

A Cherbourg en janvier deux ingénieurs en construction navale avaient mis au point un téléphone selon le principe d'Edison. Les essais ont étés fait à la préfécture maritime .
D'autres expériences ont lieu comme à Nantes, à Clermont Ferrand, à Lyon à La Chapelle St Mesmin c'était l'abbé Godefroy qui avait équipé son séminaire de 4 postes .... , la plupard par des bricoleurs en quête d'amélioration des appareils. C'était empirique, chacun dans l'espoir de déposer un brevet et permettre de développer un commerce.

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En matière de brevet Télégraphie et Téléphonie on dénombrait /
1874 : 100
1875 : 100
1876 : 98
1877 : 114
1878 : 168
1879 : 141
1880 : 223
...Des particuliers ou des services furent les premiers à s'équiper de téléphones (reliés point à point) pour un usage privé sans pouvoir communiquer avec l'extérieur.
Cependant il devint possible de louer une ligne télégraphique pour relier deux appareils téléphoniques
Le Figaro déja pourvu d'un réseau à tubes acoustiques pour communiquer en interne s'équipa en 1879 du téléphone pour communiquer à l'extérieur.
De même certains journaux Le temps, Le Moniteur ... s'équipèrent de réseau similaires. Dans l'industrie les installations sont nombreuses. Antoine Bréguet va beaucoup contribuer à faire connaître le téléphone en France.
Il fait des démonstrations à l'Institut, à la Société des Ingénieurs Civils et installe dans ses ateliers le téléphone Bell afin que tout le monde puisse l'essayer : " beaucoup de hauts personnages, de magistrats, de littérateurs, de généraux, furent reçus par Monsieur Bréguet. Ils s'en allaient satisfaits et émerveillés " (le Téléphone expliqué à tout le monde, Giffard, 1878).

INSTALLATION CLIENT : Planche Breguet exposé au Cnam à Paris

Brevet 122452
déposé pr M.Brandon au nom de Cornelius Roosevelt et Louis François clément Breguet le 5 février 1878.
Cette coopération Breguet Roosvelt dura jusqu'à la fin de 1878, date à laquelle Roosvelt racheta à Breguet ses droits sur les brevets déposés en commun au cours de l'année contre une somme de 5000 francs.


Même après un an et demi après l'invention, il n'y a guerre que la presse scientifique qui relate ces événements, il n'y a pas encore de débouché pour cet instrument qui ne sert que pour converser de point à point entre de rares utilisateurs.
Le livre "Le téléphone expliqué à tout le monde" de Giffard en février 1878, nous donne un bon aperçu des faits, des discours, des croyances .... de l'état de l'art à cette date.

A cette Période dans la presse locale
on peut découvrir à cette même période l'invention de Edison le PHONOGRAPHE
" description faite par l'abbé Lenoir, dans La Semaine du Clergé du 10 octobre 1877 "

1878 Poire Bell fabrication Breguet
Notice Cornelius Roosevelt

fourni à chaque acheteur.
Ces appareils étaient vendus 30 francs à l'époque ce qui équivaut à 350 € actuels .

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1878 1919 LE TELEPHONE DE LA BELLE EPOQUE

1er mai 1878 : le Maréchal Mac Mahon, président de la République inaugure l'Exposition universelle de Paris

Entre le palais du Trocadéro et un autre palais hâtivement bâti sur le champ de Mars, la galerie des machines, la galerie du travail, l'exposition sur l'histoire de l'industrie abritent les merveilles du « siècle de l'industrie ».
Dans un coin de la section électricité, un petit dispositif pour le moment n'attire guère l'attention. On l'appelle le téléphone.
La commission chargée de mettre en place la section d'électricité de l'Exposition a même failli l'oublier.
Pourtant les représentants commerciaux des inventeurs américains Bell et Edison s'activent. Ils ont déposé des brevets en Europe et rassemblent des capitaux pour monter des sociétés de Téléphone. Ils adressent au ministre des P. et T. des demandes de concession en bonne et due forme.Fort heureusement, Cornelius Roosvelt chargé par Bell de l'éxploitation du téléphone en France avait profité de cette oportunité pour demander un espace aménage à l'exposition, car depuis l'exposition de 1876 à Philadelphie, le téléphone Bell n'avait pas beaucoup d'audience auprès du public.
Bell n'était pas le seul dans le domaine, il y avait l'italien Righi avec un téléphone plus abouti ...
Les démonstrations emportèrent l'adhésion des journalistes mais pas celui du public qui était plutôt interessé par le phonographe d'Edison.
Le résultat obtenu fut l'inverse de celui attendu.

Bell de son côté se montre visionnaire, voici le texte d'une conférence faite en Angleterre fin 1878 :
" la nature simple et économique du téléphone rend possible la mise en relation de chaque domicile, bureau ou usine avec un bureau central, de façon à lui donner le bénéfice de communications directes avec ses voisins pour un prix n'excédant pas celui du gaz ou de l'eau on peut concevoir que les câbles des fils téléphoniques pourront être posés, souterrainement ou suspendus en l'air, communiquant par des fils de branchement avec des domiciles privés, maisons de campagne, magasins, usines, les réunissant ainsi par des fils principaux au bureau central où les fils pourront être connectés suivant la demande, établissant ainsi des liaisons directes entre deux lieux quelconques de la ville je crois même que, dans l'avenir, les fils réuniront les bureaux centraux d'une ville à l'autre, et qu'un homme pourra converser d'un bout du pays à l'autre ".
Fréderic Gower
, rédacteur d'un journal local de la ville de Providence (USA) ou A.G. Bell a animé une présentation en 1877, sympathisent,
Louis F. Gower deviendra l'organisateur de ses "show", pour en 1878 être envoyé par Bell en France afin de protéger ses intérêts.

A l’exposition universelle de 1878 Cornélius Roosevelt rencontre Frederic Allen Gower, les deux hommes décident de travailler ensemble.

Automne 1878 les deux Américains venus en France pour développer les interêts de Bell, deviennent associés dans le but d'accélerer la mise en place de réseaux téléphoniques. On comprend donc pourquoi Roosvelt avait racheté touts les droits à Breguet qui était qu'un constructeur et n'avait pas la vocation à développer des réseaux.
Arrivé vers octobre ou novembre 1878, Gower s'installe d'abord chez Roosvelt.ils se mirent à la tâche, déposant 4 brevets en quelques mois pour tous les accéssoires utiles à une utilisation commerciale : sonnerie, câbles ...
Gower s'occupa de racheter et développer des ateliers de construction pour la production d'appareils téléphoniques.

En même temps , le 5 décembre 1878 La Société du Téléphone Edison est fondée à l’initiative de Tivadar Puskas représentant des intérêts de Thomas Edison en Europe. C’est la deuxième société de téléphonie en France.

Sur les téléphones du début, le courant microphonique ne parcourait pas de grandes ditances, c'est Edison qui trouva le moyen de solutioner ce handicap en introduisant la bobine d'induction permettant de franchir de grandes distances.
La bobine

La sonnerie
Dans un premier temps les vibrations faites par l'appareil suffisait pour se manifester comme sur l'appareil Gower ou Siemens,
En 1878 C'est Watson qui adapta la sonnerie au besoin du téléphone pour appeler le correspondant. Les sonneries d'appel appliquées aux services téléphoniques ont été combinées de diverses manières. Quand on emploie les sonneries trembleuses, il devient nécessaire d'employer une pile, plus tard en 1879 Edison Brevetera la "Magnéto Electric Machine", la fameuse "magnéto" qui équipera beauoup d'appareils dans le monde.

Un récepteur, un transmetteur, une pile, une bobine, une sonnette, un bouton ou une magnéto et des fils : nous avons tous les ingrédients pour pouvoir communiquer. d'un point à un autre, et pour communiquer à travers un réseaux de personnes, il ne manquait plus qu'un organe central pour mettre en connexion les abonnées.
C'est le début des centraux manuels gérés par des opérateurs. (Voir aussi la rubrique Bell son invention, le premier switchbord de New Haven ... )

Relier les abonnés entre eux : en 1878 c'était la prochaine étape a franchir.
Les commutateurs (switchboard) des premiers bureaux centraux téléphoniques à PARIS étaient identiques aux commutateurs utilisés par le télégraphe.
Les lignes étaient unifilaires et reliées à l'une des barres du commutateur, les barres de l'autre série communiquaient «chacune avec un appareil».
Un bouchon (bâton de cuivre) établisait la connextion entre les barres métaliques. C'était la terre qui bouclait le circuit et reliant les abonnés deux à deux.

Tivadar Puskás Ingénieur et inventeur Hongrois qui après avoir étudié le droit à Vienne, des études d'ingénieur à l'université de Budapest, émigre en 1866 à Londres, puis en 1873 part travailler aux États-Unis, où il collabora avec Thomas Edison et son équipe, pour créer le « Telegraph Exchange », un multiplex qui aboutit à la construction du premier centre manuel expérimental, il fut inauguré par la Bell Telephone Company à Boston en 1877. Puskas En février 1878, introduit le phonographe en Europe puis décide de s'installer à Paris.
Après l’exposition universelle de 1878, il se rapproche de Josuah Franklin Bailey qui représente les intérêts d’Elisha Gray. Les deux hommes s’associent avec Georges Alexis Godillot qui leur amène le capital nécessaire pour créer une nouvelle société.
En contrepartie, ce dernier impose un de ses jeunes ingénieurs, Louis Alfred Berthon, pour le poste de directeur technique.
La société A. Berthon et Compagnie, dite Société du Téléphone Edison, a pour objet « l’exploitation des brevets français apportés à la Société pour les téléphones parlants et leurs accessoires
En 1879
Puskás revindra en Hongrie et, en collaboration avec son frère (Ferenc), il construisent des centraux manuels sur le territoire de l'empire austro-hongrois, puis le premier véritable centre téléphonique manuel de grande envergure à Paris en premier, en Europe, à Marseille, à Budapest ... .

La légende raconte que le mot « Allô ! » (ou « ha-lo ! ») utilisé internationalement pour les appels téléphoniques vient du hongrois, parce que le pionnier du téléphone Tivadar Puskás lors de son premier essai répondit : « Je vous entends », ce qui se dit en hongrois : hallom, et les étrangers qui assistaient à cette expérience reprirent ce mot sous la forme d'une onomatopée, qui devint internationale — à l'exception des Italiens qui disent pronto!, des Portugais qui disent estou?/estou, sim?, ou des Japonais qui disent mushi mushi.
Selon les dictionnaires le mot proviendrait d’une salutation que les marins anglais échangeaient d'un bateau à l'autre et qui s’appellait « Hallow ».
«allô » est la version française de «hello » qui vient de l'anglais of USA.
La forme écrite de « Hello » n’est apparue qu'après 1880 alors que le mot est devenu la salutation la plus courante au téléphone en amérique et par la suite dans le monde entier


En février 1878 G.A.Bell encore en Angleterre, repasse en France et offre à Léon Say ministre des finances et des Postes et Télégraphes, un appareil identique à celui qui servit à St Lazare . Cet appareil nommé "the William's coffin" a été donné au musée des postes et télégraphes puis au musée des arts et métiers en 1920
(cliquez pour agrandir)
Lire aussi dans la nature



Alors que les premiers centraux manuels s'installent, en 1879 Daniel et Thomas Connolly avec J.McTighe Américains de Grande Bretagne, mettent au point le premier commutateur téléphonique automatique au monde. (brevet automatic telephone-exchange 22.458) perfetionné en 1881, breveté en 1883.
Il fut Présenté à l'exposition universelle de 1881 à PARIS

L'utilisation d'un cadran est beaucoup plus ancienne que le téléphone. il a été suggéré par William F.Cooke en 1836 en liaison avec la télégraphie et a été utilisé pour la première fois dans le télégraphe à cadran de 1839 du Professeur Wheatstone. Au cours des années suivantes, il a fait l'objet de nombreuses améliorations et a été utilisé non seulement dans les systèmes de télégraphie à cadran, mais aussi dans les systèmes d'alarme d'incendie et de messagerie de district. Le premier cadran de téléphone pour le système Connoly est alors inspiré du système télégraphique Froment de 1851
Le cadran Connoly le cadran Froment

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1879 LE TÉLÉPHONE EN FRANCE : MONOPOLE OU CONCESSION ?

Adopter le modèle du télégraphe et développer un grand réseau public ?...
Ou bien en concéder l'exploitation à des compagnies autorisées ?

En ce début d'année 1879
la balance penche plutôt en faveur de la concession pour bien des raisons.
En premier lieu des raisons de structure. Le ministère des Postes et Télégraphes vient à peine de voir le jour :
Le 1er mars 1878, Adolphe Cochery fut nommé, au sein du sous-secrétariat d'État aux Finances, directeur du service des Postes et Télégraphes, fonction qui fut transformée en ministère à part entière le 5 février 1879.
Il occupera ce poste dans huit gouvernements successifs jusqu'au 30 mars 1885.
En second lieu, sur le plan administratif on est en pleine réorganisation : l'heure n'est peut-être pas bien choisie pour prendre en charge une invention nouvelle.
A.Cochery présida le Congrès de l'Union postale à Paris en 1878, fonda le 4 novembre 1878, l'École supérieure de télégraphie (ancêtre de l'actuelle École nationale supérieure des télécommunications), assista au Congrès télégraphique de Londres, fut à l'origine de l'Exposition internationale d'Électricité (Paris, 1881) et présida la première Conférence pour la protection des câbles sous-marins.

La concession ne représenterait pas une innovation absolue. Il y a des précédents.
C'est une procédure prévue par la loi de 1851 qui régit le monopole des communications en France et elle a été abondamment utilisée pour le développement des lignes de télégraphie sous-marine. Sur le plan juridique, il n'y a donc pas de problème.
L'exploitation sous forme de concession est à la mode dans les milieux économiques.
Les capitaux français se désengagent peu à peu des grosses opérations du type compagnie de Chemin de fer et se portent volontiers vers des secteurs à mi-chemin de l'industrie et des services souvent protégés par des monopoles comme les Compagnies urbaines du gaz, de l'eau ou des omnibus qui se multiplient alors.

Enfin l'application stricte du monopole d'exploitation des réseaux de communications par l'État ne semble pas indispensable dans le cas du téléphone.
Elle se justifie surtout (pour des raisons de sécurité) dans le cas des grands réseaux capables de couvrir l'ensemble du territoire.
Or le téléphone en 1879 est bien loin de prétendre à de semblables performances. Au cours de l'année 1878 on s'est enquis des possibilités réelles de la nouvelle technique : elles semblent minces.

A la demande du ministre A. Cochery, le 5 juillet 1879 des expériences sont réalisées sur le réseau télégraphique civil de Paris à Versailles, puis d'Asnières à Sceaux.
Elles et se sont révélées peu concluantes, le système Allemand Siemens-halske est définitivement écarté au profit du système Edison.
Les expériences de transmission téléphonique de l'armée n'ont pas été plus encourageantes.


En pratique, jusqu'en 1884, date de l'ouverture de la première « ligne longue » entre Boston et Baltimore, on ne saura pas réaliser de liaison intermédiaire.
Dès lors la sécurité de l'État ne semble pas exiger que l'administration, qui a d'autres chats à fouetter, se réserve l'exploitation des réseaux locaux.

La décision du ministre est prise : on procédera par concessions, mais par concessions provisoires de cinq ans renouvelables.
Le 26 juin 1879, est publié le cahier des charges fixant les conditions auxquelles les compagnies candidates pourront exploiter des réseaux téléphoniques urbains. Commencent alors 10 ans d'expérience libérale.

Le Téléphone offre incontestablement le plus frappant exemple de la rapidité avec laquelle, de nos jours, se propagent dans le monde entier les inventions réellement utiles.
Accueilli d'abord avec une certaine défiance, considéré tantôt comme un instrument de laboratoire, tantôt comme un jouet scientifique, grâce à des perfectionnements de détail, il ne tarde pas à s'imposer, non seulement aux savants, mais encore à tous ceux qui s'intéressent aux applications de la science, comme la solution parfaite du problème de la transmission instantanée de la parole.
Les chiffres nous démontre qu'aujourd'hui les capitales et les villes, qui se font remarquer par l'activité de leur commerce ou leur industrie, possèdent des réseaux de communication téléphonique dont le développement s'est accru d'une manière surprenante.
Le succès de celle découverte, unique dans l'histoire des conquêtes de la science, s'explique par les facilités que le public trouve à leur emploi pour l'expédition des affaires courantes, les économies de temps qu'il permet de réaliser, etc., etc.
Les différents régimes sous lesquels fonctionne l'exploitation des réseaux téléphoniques sont les suivants :
1° Régime de la liberté absolue, sous la seule observation des règlements de police ou de voirie. Dans ce régime, les réseaux téléphoniques sont assimilés à une industrie quelconque. l'État n'intervient aucunement dans l'exploitation. C'est le système adopté aux États-Unis, en Suède et en Norvège, et dans la plupart des colonies anglaises.
2° Régime de l'exploitation par l'État. Ce mode d'exploitation est établi en Europe, en Allemagne en Suisse et en France (du 1er septembre 1889).
3° Régime d'exploitation définitive, c'est-à-dire l'organisation sous le contrôle de l'État, dans des conditions de durée assez étendue, et suivant une réglementation offrant assez de garantie et de stabilité
4° Enfin le Régime d'exploitation provisoire, ou les concessions ne sont accordées que pour un nombre d'années très limitées et insuffisantes, où la réglementation administrative n'a pas encore un caractère définitif et pourrait être modifiée d'un jour à l'autre par les pouvoirs constitués.
Ce système d'exploitation provisoire a été appliqué en France pendant dix ans
, mais on en a reconnu les inconvénients, aussi le gouvernement a-t-il renoncé à un provisoire qui n'a plus de raison d'être pour les téléphones au degré de perfectionnement où déjà ils sont parvenus; il est revenu au régime d'exploitation par l'État à la date du 1" septembre 1889

En France, nous avons toujours la déplorable habitude de nous montrer méfiants pour les nouvelles inventions, ou trop légers à leur égard, et de ne songer à les adopter qu'après une longue application à l'étranger; nous perdons toujours ainsi un temps précieux.
L’exemple de la France sera rapidement suivi,
en1880, par l ’Angleterre, la Belgique, le Danemark, la Hollande, la Norvège, la Suède, l’Allemagne;
en 1881 par l'Autriche, l ’Italie, le Portugal, la Suède;
en 1872 par la Hongrie, la Russie;
en 1883 par la Chine;
en 1885 par l ’Espagne.

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En 1879
, le ministre des Postes et Télégraphes, Albert Cochery, décide de créer une commission d’examen pour tenter de savoir ce que valent vraiment les différents systèmes téléphoniques.
L’expérience a lieu le 5 juillet 1879, dans la salle 25 du bureau central des Télégraphes entre Paris, Versailles, Asnières et Sceau.
Le système allemand Siemens est alors définitivement écarté au profit du système américain d’Edison : « On a essayé les téléphones Siemens et Halske.
Ce dernier ne portait pas jusqu’à Versailles et l’appel n’était même pas entendu ! ».

L'arrêté relatif aux autorisations d'établissements de communications téléphoniques le 26 juin 1879 (BO P&T 1879 n° 17 page 585), le Ministre des Postes et des Télégraphes Adolphe Cochery autorise les entrepreneurs de l'industrie privée (qualifiés dans le texte de Permissionnaires) à construire et à exploiter dans certaines villes des réseaux téléphoniques en fixant ses clauses et conditions.

Il y aura trois demandes de concessions, pour l'organisation de réseaux téléphoniques formulées par des sociétes présentant des garanties suffisantes et furent admises , trois sociétés détentrices de brevets américains chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq ans des réseaux dans quatre importantes villes de France : Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux.

Les centres manuels avec opératries étaient déja largement utilisés aux Usa, en France sauf dans quelques rares d'installations privées, il n'y avait encore pas de standard manuel pour interconnecer les utilisateurs du téléphone.
L'usage jusqu'à maintenant était de relier deux points, deux téléphones par une liaison privée ou une liaison télégraphique louée.

La première société à demander une concession est la Compagie du Téléphone Gower Roosvelt la CdTG Gower à cette date avait racheté les ateliers Rodde du 9 boulevard Magenta, ainsi que la collaboration de Rodde qui lui aussi avait cherché à mettre au point un nouveau téléphone.
Gower
installa aussi un atelier et des bureaux près de la place Vendôme, 66 rue des petits champs.


La CdTg obtient l'autorisation le 29 juin 1879 pour les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille grace à Gower qui avait le soutient du Sénateur Hébrard.
Le représentant de cette société étant M. le Sénateur Adrien Hébrard.

Elle ouvre son Central 66 Rue Neuve des Petits Champs à Paris en décembre 1879.
Ce fut le premier central téléphonique français, on y raccorda les 42 premiers abonnés au réseau Parisien fin 1879 et 60 personnes ont signé une promesse d’abonnement.

Restait un problème à résoudre, le financement. La banque" le crédit mobilier" pris le contrôle de la CdTG en obtenant le transfert de la conession le août 1879.
L'abonnement a été fixé à 1000 frans par an.

Cornélius Rossvelt qui posséde les droits d'exploitation Bell , et Gower, avaient déjà en décembre 1878 brevetés une modification du téléphone Bell " le téléphone chronomètre" : brevet du 3 décembre 1878. C'est l'appareil qui est présenté à la l'Académie des sciences du 27 janvier 1879.
Appareil très performant et n'utilisant pas d'éléctricité. (Téléphone rare très recherché par les collectionneurs)

Lire "La Nature de Décembre 1878" qui présente ce nouveau téléphone magnétique Gower (photo Cnam à Paris) Le commutateur suisse
Le bureau central est dirigé par un jeune ingénieur, Clément Ader, qui ne tardera pas à faire parler de lui.
Ainsi le 24 septembre 1879 la société Gower a demandé a la préfecture du département de la Seine l'autorisation de faire
établir dans les égouts de Paris 101 lignes téléphoniques. Un plan est joint à la demande.
Cela ne se fera ni sans frais ni sans délais. La société doit d'abord verser une provision de 20 000 F, un cautionnement spécial de 5 000 F plus un cautionnement supplémentaire de 20 000 F.
Ceci fait, le Directeur des travaux de Paris affirme aux gérants de la Société "je ne vois aucun inconvénient â ce que vous procédiez, dès â présent, à l'établissement des fils" sauf bien sûr â donner avis du début des travaux à au moins trois ingénieurs détenteurs de l'autorité sur une parcelle du sous-sol : l'ingénieur de l'assainissement pour le service des égouts, l'inspecteur des eaux, et 1'ingénieur de la section intéressée en ce qui concerne les tranchées sur la voie publiques.
Les premières lignes : Il y a en tout huit lignes à chacun six conducteurs qui divergent à partir de la rue Neuve des Petits Champs siège de la Société. Ceci permet accessoirement de voir qui étaient les 48 premiers abonnés : des banques "dont celles qui finançaient la Compagnie (Société générale, qui utilise le réseau un peu comme un réseau intérieur entre sespropres bureaux, le Crédit mobilier, la Société financière, la banque franco Egyptienne, la Banque générale de Change) des financiers (Chambre syndicale des agents de Change), des hommes d'affaires intéressés dans le financement des sociétés de télégraphie sous-marine et de téléphone (Erlanger), des journaux (La Lanterne, le National) , ainsi que l'agence Havas.
Le réseau bénéficie au départ de la concentration de ce type d'activités autour de la Bourse et le trajet des fils suit le tracé des rues avoisinantes .
La prévision d'extension du réseau est réduite à sa plus simple expression.
Deux jours plus tards, le 29 octobre la Société Gower dans une nouvelle lettre précise à l'inspecteur qu'elle "le prie de bien vouloir utiliser le sixième fil de la sixième ligne (un câble â six conducteurs) pour le Cercle franco-américain 4, place de l'Opéra.
Modèle Gower-Bell GPO adopté pour l'Angleterre
La deuxième société à demander une concession est la "Société Française de Correspondance Téléphonique" STTC,
elle obtient une autorisation pour la seule ville de Paris. Son représentant est M. le Sénateur Louis-Alexandre Foucher de Careil.
Le siège social était au 7 avenue de l'opéra, dirigé par un ingénieur : Léon Soulerin
Soulerin est né le 15 juillet 1844 en Ardèche. Il part aux Etats-Unis en 1868 où il se lance dans la construction de ponts.
Dès 1877, il s’intéresse au téléphone et devient le vice-président de la Chicago Telephonic Exchange.
Il rejoint alors la France et obtient la concession pour exploiter le téléphone dans la ville de Paris le 23 juillet 1879.
Le système proposé est le récepteur de Bell avec le transmetteur microphonique de Francis Blake, un Américain qui vient de faire breveter son système et de le vendre à la Bell Telephone Company.

Grâce à une communication habile et une redevance d’abonnement nettement moins chère que ses deux concurrents, 400 frans par an, la société dispose de 72 souscripteurs à la fin de 1879.
Mais Léon Soulerin ne réussit pas à installer un bureau central capable de relier ses futurs abonnés.
Le 8 septembre 1879 la troisième société, est la future " Société Française des Téléphones " SFT, avec le système Edison.
Son siège était au 45 avenue de l'opéra.
Le représentant de cette société étant M. Alfred Berthon, Ingénieur.
concession pour les villes de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille.
Dans un premier temps, la socièté choisit de concentrer ses efforts sur Paris
La compagnie installe chez ses abonnés le téléphone à pupitre imaginé par George Phelps : les récepteurs sont des Phelps, le microphone à charbon est celui d’Edison.
Au mois de mars 1880, 24 abonnés sont raccordés et 150 ont signé une promesse d’abonnement.
La Société des Téléphones Edison, annonce qu’elle reçoit les abonnements au tarif de 600 francs payables 50 francs par mois, l’abonnement comporte la pose et l’entretien des fils et des appareils.

Il s'ensuit un jeu de transfert de capitaux et de concessions d'exploitation assez compliqué entre hommes d'affaires :
- Le 21 août 1879, l'État transfère à M. Charles Wallut, directeur du Crédit Mobilier, l'autorisation en date du 27 juin 1879 accordée initialement à M. Adrien Hébrard, à la demande de ce dernier.
- Le 23 septembre 1879, l'État transfère à M. Léon Soulerin, Ingénieur, l'autorisation en date du 12 juillet 1879 accordée initialement à M. Louis-Alexandre Foucher de Careil, à la demande de ce dernier.
Il apparaît probable que les deux sociétés Compagnie du Téléphone (Système Gower) et Société Française de Correspondance Téléphonique, aient employé les services de deux sénateurs de la République pour négocier plus aisément l'obtention auprès de l’État des deux concessions (27 juin 1879 et 12 juillet 1879), puis que ces deux sénateurs se soient ensuite retirés.

Les trois sociétés détentrices de brevets américains sont donc chargés d'établir et d'exploiter pendant cinq ans des réseaux dans quatre importantes villes de France : Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. On s'aperçoit vite que ces trois systèmes ne sont pas compatibles entre eux (interconnectables).

1880

En 1880, le jeu de transfert de capitaux et de concessions d'exploitation bat son plein.
D'un côté :

- le 2 février 1880, est fondée officiellement la Compagnie des Téléphones. ex Compagie du Téléphone Gower Roosvelt
Son Président est M. Amédée Jametel, Banquier à Paris. Cette société est créée à l'occasion de l'absorption de la Société Française de Correspondance Téléphonique en grande difficulté (alors détenue par M. Léon Soulerin) par la Compagnie du Téléphone Gower (alors détenue par M. Charles Wallut) .
A Paris se trouvent le bureau central, situé au siège social, et un bureau annexe à La Villette, mais 4 nouveaux bureaux sont en construction.
Au mois d’octobre 1880, 200 abonnés sont déjà reliés et 130 attendent leur tour. La société installe chez ses abonnés le téléphone Gower.

En province, la compagnie a ouvert un réseau à Lyon avec 23 abonnés « reliés », à Marseille avec 25 abonnés et à Nantes avec 19 abonnés (octobre 1880). Elle est aussi installée à Bordeaux, Lille et Le Havre où les discussions sont en cours avec les municipalités.
La société installe chez ses clients de province le téléphone à crayons de charbon de John Crossley
Au 2 février 1880, il ne reste plus que deux sociétés exploitant le téléphone en France.
Le 2 avril 1880, l'État transfère ensuite à M. Amédée Jametel, fondateur de la Compagnie des Téléphones, les deux concessions d'exploitation téléphonique accordées les 27 juin 1879 et 12 juillet 1879 détenues jusques alors par MM Wallut et Soulerin, à la demande de ces derniers.
Le 23 Avril 1880, l'État transfère ces deux concessions directement à la personne morale de la Compagnie des Téléphones, à la demande de son Président, M. Amédée Jametel.
D'un autre côté :
- Le 27 mars 1880, La Banque Franco-Égyptienne fonde la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres), en rachetant la Société Berthon et Cie. Au mois d’octobre 1880, 240 abonnés sont raccordés et 330 sont en attente de construction ; le bureau central est situé au 45, avenue de l’Opéra, et deux bureaux auxiliaires fonctionnent. La société installe chez ses clients l’appareil à pupitre Edison-Phelps mais reçoit de nombreuses plaintes du fait du fonctionnement très délicat du microphone Edison qui demande de fréquents déplacements chez les clients pour le remettre en état.
Le 21 avril 1880, l'État transfère à la Société Française des Téléphones (système Edison et autres), fondée par la Banque Franco-Égyptienne, la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879 détenue jusques alors par M. Alfred Berthon, à la demande de ce dernier.

Fusions :
Les 16 et 17 août 1880, est fondée officiellement la Société Générale des Téléphones. Cette société, présidée par Amédée Jametel, est créée dans le but prévisionnel de fusionner la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres).
Les 7 et 30 octobre 1880, la fusion entre la Compagnie des Téléphones (Gower) et la Société Française des Téléphones (Système Edison et autres) est officialisée en assemblées générales. La Société Générale des Téléphones est pérennisée.
Le 10 décembre 1880, l'État transfère enfin à M. Amédée Jametel, Président de la Société Générale des Téléphones, la concession d'exploitation accordée le 8 septembre 1879 détenue depuis le 21 avril 1880 par la Banque Franco-Égyptienne, à la demande de cette dernière.

Finalement
Le 10 décembre 1880, la Société Générale des Téléphones récupère les trois autorisations accordées initialement en 1879 par l'État.


La formation de cette Société téléphonique fut accueillie avec joie par les hommes de progrès.
Elle établit son siège social à Paris, 66 rue Neuve-des-Petits Champs, et le transféra plus tard au 41 rue Caumartin.
Cette Société s'occupa activement et avec un plein succès de l'établissement de ses réseaux téléphoniques en province, et de la réorganisation du réseau de Paris déjà installé depuis 1879.

La SGT créa les réseaux de Bordeaux, de Marseille, de Nantes et du Havre.
Clément Ader, ingénieur-électricien à la SGT dès 1879, dépose un certain nombre de brevets d'invention pour améliorer les téléphones :
27 février 1879 Récepteur téléphonique à vibration moléculaire électro-magnétique
26 juillet 1879 (n° 131974) Système de téléphone à pôles magnétiques concentrés
30 septembre 1879 (n° 132944) Système d'avertisseur téléphonique sans pile, à signal visible
24 octobre 1879 (n° 133337) Téléphone récepteur à pôles magnétiques surexités
28 févier 1880 (n° 135667) Système de postes tékléphoniques et appareils employés à cet effet
....
Clément Ader construisit ses premiers appareils dans les ateliers Bréguet, Ils sont équipés d'un microphone à crayon de charbon de sa conception et de deux écouteurs aussi de sa conception.
...
Ces modèles sont aujourd'hui recherchés par tous les collectionneurs de vieux téléphones .

Antoine Breguet décédera en 1882, son partenaire Alfred Niaudet en 1883, et Louis Breguet, a près de 80 ans est incapable de supporter ces malheurs, il meurt une quinzaine de jours après Niaudet. Il semble que l'usine de production de téléphone de Breguet ait été reprise par Clément-Agnes Ader.

Dès que les premiers réseaux téléphoniques urbains furent installés en France, la lutte s'engagea entre les constructeurs d'appareils.
Certains réseaux étaient exploités par la Société générale des téléphones, d'autres restaient la propriété de l'État,
Évidemment, la Société n'admettait sur ses réseaux que les appareils dont elle possédait les brevets; mais l'État restait libre d'adopter pour son service tels appareils qui lui convenaient; il avait intérêt même, tout en n'admettant que des instruments de premier choix, à établir la concurrence entre les fabricants, de façon à faire profiter les abonnés des perfectionnements que cette concurrence ne manquerait pas de faire naître.
Pour le bonheur des collectionneurs d'aujourd'hui, le nombre des types de téléphones, d'abord restreint, augmenta rapidement, à mesure que la téléphonie elle-même se développait.

La contribution de Charles Cros à la téléphonie :
Par une note transmise à l’Académie des Sciences, le Français Charles Cros propose une solution pour améliorer le téléphone de Bell.
En effet si la ligne est trop longue, le son arrive très faible, aussi propose t’il de couper la ligne en plusieurs tronçons et à chaque fois d’y intercaler des condensateurs.

Le standard téléphonique : l'organe central ou sont raccordés toutes les lignes de téléphone des clients pour pouvoir les mettre en relation est expliquée dans cette rubrique Réseaux et Centraux manuels. qui décrit l'aspect technique du centre, des raccordements et aussi des conditions de travail des opératrices à lépoque.
Quant au mot standard téléphonique, il vient certainement de l'anglais stand (debout), position des opératrices devant le tableau (switchbord).

La demoiselle du téléphone (appelé téléphoniste ou opératrice à l'extérieur de la France, était une personne, presque toujours féminine, qui actionnait un standard téléphonique pour établir les communications entre usagers dans les premières décennies de la téléphonie, jusque dans les années 1960 en France..
L'expression demoiselle du téléphone, caractéristique de la téléphonie française, remonte à une période où le réseau téléphonique commuté n'était pas automatisé. Les plus célèbres figures de ce microcosme sont les « demoiselles du téléphone », ainsi appelées parce que cette catégorie de personnel était recrutée exclusivement parmi des jeunes filles célibataires, dont l'éducation et la morale sont irréprochables.
Durant les premières décennies de la téléphonie, elles perdaient généralement leur emploi lorsqu'elles se mariaient.
Leur fonction est de prendre les demandes d'appel des abonnés, puis de les mettre en relation. Leur poste de travail est constitué d'un tableau à prises jack et de cordons appelés dicordes, servant à connecter les abonnés entre eux.
C'est au début de 1880 que, dans les bureaux centraux téléphoniques, devenus déjà assez importants, on reconnut la nécessité de permettre à une seule opératrice, malgré le nombre élevé des abonnés, de terminer seule l'établissement d'une communication demandée.
Scribner inventa le « multiplage » des jacks terminaux des lignes d'abonnés, c'est-à-dire la dérivation sur chaque ligne d'abonné, à intervalles réguliers, d'un nombre de jacks égal au nombre des opératrices du central téléphonique.

Regardons la face cachée , côté Bureau central manuel , installation des câbles, des lignes avec les étapes de déploiement du réseau de Paris.

Le travail des demoiselles du téléphone était réputé éprouvant pour les nerfs, particulièrement en heure de pointe où malgré le faible nombre d'abonnés, les appels pouvaient être incessants. Cependant, dès les années 1900, elles disposaient de congés payés d'un mois, de tarifs réduits pour les billets de train et d'un médecin du travail. À Paris, en plus de leur salaire, elles recevaient une prime pour couvrir leurs frais de logement et une indemnité de repas.
Ces demoiselles sont aussi des cibles parfaites pour les clients mécontents du service. On leur reproche leur mauvaise humeur ainsi que la lenteur d'établissement des communications.
Dans le contexte du début du XXe siècle, les abonnés sont surtout des gens fortunés qui ne supportent pas que le « petit personnel » ait autant d'influence sur leurs affaires. Pourtant, des concours d'efficacité sont organisés pour améliorer la qualité du service : on met en compétition des opératrices pour assurer le maximum de connexions à l'heure. Les records sont de l'ordre de 400 établissements de connexion à l'heure, qui correspond à une communication toutes les dix secondes.

Dans une de ses Chroniques au Figaro, Marcel Proust Proust décrit sa fascination pour le travail des «Demoiselles du téléphone», ces «vierges vigilantes par qui les visages des absents surgissent près de nous», qu'il reprend presque littéralement dans Le côté de Guermantes à propos de la conversation téléphonique du Narrateur et de sa grand-mère,
La difficulté à établir les communications a inspiré Fernand Raynaud qui en a fait un sketch comique, Le 22 à Asnière.

On était, dès cette époque, accoutumé à construire dans les grandes villes des centraux téléphoniques urbains pouvant recevoir chacun jusqu'à 10000 abonnés. Pour desservir un tel central, il fallait un minimum d'une centaine de positions de dames employées, et encore davantage s'il y avait à prévoir dans une très grande ville des intercommunications entre plusieurs centraux, la réalisation de ces intercommunications diminuant évidemment le rendement de chaque opératrice.

Dans les années 1880-1930, la tendance a été d'augmenter la commodité des manœuvres de l'opératrice, de façon à augmenter son rendement.
Les clés d'appel et d'écoute dont elle se sert ont été rendues plus ou moins automatiques, de telle sorte que le temps pris pour servir chaque appel soit réduit au minimum. Les cordons de l'opératrice d'une position urbaine sont devenus très compliqués, et toute une série d'électro-aimants, avec des câblages enchevêtrés, viennent jouer en temps utile sur chaque cordon pour permettre à la téléphoniste de ne pas s'immobiliser sur un appel qu'elle a commencé à servir. D'autres électros, montés également sur chaque cordon, comptent les conversations de chaque abonné, en discernant si la conversation a été efficace ou non. Chaque cordon est enfin muni d'électros et de lampes de signalisation spéciales pour que l'opératrice soit avertie du raccrochage de l'appareil chez chaque abonné en conversation.
Dans une grande ville comme Paris, nous sommes arrivés à faire assurer par des téléphonistes l'écoulement de 160 demandes de communication à l'heure. C'est un chiffre tout à fait remarquable, surtout si l'on songe qu'à Paris, il y a une quarantaine de séries téléphoniques différentes, et que presque toujours une demande de communication émanée d'une série est à destination d'une autre.

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Revenons en 1880 :
La Compagnie des chemins de fer du Nord fit faire plusieurs expériences de téléphonie à grande distance entre Paris et Saint-Quentin et entre Paris et Amiens (retour par Creil). La longueur de la ligne sur laquelle on opérait dans ces dernières conditions, est de 260 kilomètres environ.
La Compagnie des chemins de fer de l'Est, ainsi que les autres Compagnies se livrèrent aux mêmes expériences ou se prêtèrent à celles que l'on voulut faire sur des distances plus grandes encore.
M. de Parville écrivait à ce sujet : « On a fait au mois d'août 1880, des expériences intéressantes sur les transmissions téléphoniques à l'administration centrale des télégraphes et sur nos principales lignes de chemins de fer. Après les incertitudes et les tâtonnements de la première heure, le téléphone entre définitivement dans le domaine de la pratique.
Déjà, aux États-Unis, on se sert du téléphone dans les principales grandes villes pour correspondre d'un quartier à l'autre. Tout porte à croire que Paris va posséder à bref délai son réseau téléphonique. Chaque particulier pourra se faire entendre d'un bout à l'autre de la ville et converser à l'aise à quelques lieues de distance. Nous croyons bon, à ce propos, de faire connaître sommairement les résultats des essais qui sont en cours d'exécution. A l'administration, les expériences entreprises sur l'initiative du Ministre des Postes et des Télégraphes ont lieu entre Paris et Versailles, Asnières et Sceaux.
« La distance entre Paris et Versailles est de 21 kilomètres; entre Paris et Asnières, de 8 kilomètres; entre Paris et Sceaux, de 10 kilomètres.
Les téléphones sont installés à Paris dans la salle n° 25 du bureau central, au milieu de laquelle fonctionnent sans interruption plus de 100 appareils Hughes et Morse. Il était bon de savoir si, malgré le bruit des manipulations, on pourrait se servir utilement des téléphones.
« Les téléphones sont en relation avec les fils télégraphiques ordinaires. Jusqu'aux fortifications, c'est-à-dire sur un parcours de 4 kilomètres, les fils sont enfermés dans des câbles ; c'est seulement hors de Paris que la ligne devient aérienne jusqu'à destination. Les transmissions se font par un seul fil. Le retour a lieu par la terre.
« Dans une première expérience, la communication avec le sol a été faite en commun avec celle des autres appareils; dans une seconde, on a relié avec la terre hors de Paris ; dans une troisième, seulement, à Asnières. Les transmissions ont été excellentes dans tous les cas, mais naturellement encore plus accentuées dans la troisième expérience.

« Les essais du bureau central ont été exécutés avec le téléphone Edison, le seul à à notre avis, qui, dans l'état, actuel des choses, donne des résultats satisfaisants aux grandes distances.
Les premières expériences effectuées mettent hors de doute que l'articulation de la voix est bonne et que les sons se distinguent nettement avec le téléphone Edison. Pendant plus de deux heures, les différents employés de l'administration ont pu communiquer avec leurs collègues des bureaux télégraphiques de Versailles, Asnières et Sceaux. Les cours de la Bourse ont été transmis ainsi sans erreur. Les noms propres ont seulement produit de l'hésitation chez quelques agents. Il semble préférable de les transmettre lettre par lettre, comme s'il s'agissait de communications télégraphiques ..............
« Les expériences entreprises par les chemins de fer sont encore plus concluantes.
Au chemin de fer de l'Ouest, M. Noblet, chef du service télégraphique, a mis en service un téléphone Edison entre Paris et Saint-Germain (21 km.), Paris et Mantes (37 km.), Paris et Rouen (140 km.). On se sert du fil télégraphique aérien sur les poteaux de Saint-Germain; il est bon de dire toutefois que ce fil est réuni dans un câble, sur une longueur de 400 mètres environ, avec les autres fils de la ligne dans la traversée des tunnels.
Les transmissions se font très nettement, plus rapidement et plus commodément qu'avec les appareils télégraphiques. Les résultats obtenus de Paris à Mantes ont été excellents.
De Paris à Rouen la parole arrive nette aussi ; l'intensité du son est seulement un peu affaiblie ; certains mots doivent être répétés.
« Sur la ligne du Nord, M. Lartigue a établi un téléphone Edison, de Paris à Creil (50 km.), de Paris à Creil par Pontoise (65 km.), de Paris à Amiens avec retour par Creil (260 kim).. Sur les deux premières lignes les communications n'ont rien laissé à désirer. On a pu parler sans perdre un mot de la conversation. Sur la troisième, après un parcours de 260 kilomètres, les sons sont arrivés affaiblis ; pratiquement, la limite de transmission semble atteinte; il faut élever la voix et répéter quelquefois le même mot pour pouvoir se faire entendre. On ne saurait encore dire si l'affaiblissement des sons est dû à la grande distance franchie ou aux. pertes de courant résultant des dérivations à la terre.
« Au chemin de fer de l'Est, le téléphone Edison a été employé entre Paris et Lagny (28 kim.) et Paris et Meaux (40 km.). De l'avis unanime, les transmissions ont été parfaites........
« En somme, il n'y a aucun doute à avoir maintenant sur ce point. On peut, en se servant des fils aériens ou souterrains porter la voix nettement et assez fort à plus de 50 kilomètres avec le téléphone à charbon et à pile d'Edison; on peut parler aussi facilement à 5 kilomètres avec le téléphone magnétique de Phelps, Gray, Gower, en s'isolant du bruit des voitures et des conversations. Mais le téléphone ne rendra de services réels aux chemins de fer et aux particuliers que sur des distances peu grandes; il est évident qu'il y aura surtout avantage à établir des communications entre les points extrêmes de la ville et principalement entre le centre de la zone suburbaine et les petites villes ou les groupes de villas des environs.
Le téléphone Edison reste très pratique dans ces conditions d'exploitation.

« En résumé, il résulte de ces détails qu'il est aujourd'hui parfaitement démontré qu'avec des lignes convenables on peut transmettre la parole à des distances qui sont, en pratique, largement suffisantes pour assurer le service téléphonique d'une grande ville. C'est un progrès. »
La même année, le général de Nansouty, qui a créé au sommet du pic du Midi-de-Bigorre, dans le département des Hautes-Pyrénées, un observatoire météorologique, fit installer sur la montagne un téléphone qui met la station scientifique du pic en communication avec la station télégraphique de la petite ville do Bagnères-de-Bigorre. La distance est de 26 kilomètres.
D'autres installations téléphoniques particulières furent également établies à Paris et dans plusieurs villes de province.

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Dès le début de 1880, une prospection commerciale fut entreprise par la S.G.T. pour constituer des réseaux dans différentes grandes villes de province.
La S.G.T. mit en service successivement les réseaux de
- Lyon, le 15 octobre 1880,
- Marseille, le 15 décembre 1880,
- Nantes, le 15 janvier 1881,
- Le Havre, le 15 avril 1881,
- et Bordeaux le 30 juin 1881.

Beaucoup de constructeurs et d'ingénieurs réaliseront de merveilleux sytèmes, des téléphones plus ou moins astucieux, élégants ... pour le bonheur des collectionneurs d'aujourd'hui, retenons les principaux :
Aboillard - Ader - Atea - Bailleux -Berliner - Berthon - Blake - Breguet - Burgunder - Charron-Bellanger -Crossley-D'Arsonval - Delafon -Digeon -Duchatel - Ducousso - Dunyach-Leclerc - Eurieult - Gallais -Grammont - Jacqueson - La Séquanaise - Maiche - Milde - Morlé-Porché - Morse - Albank - Nee - Oghorowiz -Pasquet - Pernet -Picart-Lebas - Radiguet - Roulez - Rousselle-Tournaire - S.I.T - Tavernier - Vande-Meerssche - Wery -Wich ....

Le premier appareil téléphonique à la Présidence de la République fut installé en décembre 1880.
Voici comment la presse de l'époque rapporta l'évènement :
"On a procédé il y a quelques jours à la pose de l'appareil qui est relié par des fils spéciaux aux bureaux de la Présidence de la Chambre des Députés, à ceux de la Présidence du Sénat et aux différents ministères, de manière que le chef de l'Etat puisse communiquer verbalement avec tous les membres du gouvernement chaque fois qu'il sera nécessaire".Mais en fait cette installation fut réalisée à l'insu du Président.
Le poste "Ader" du Président Grévy et Monsieur Cochery Ministre des Postes et Télégraphes

Ecoutons Clément Ader relater dans ses mémoires comment les choses se sont réellement passées :
"Monsieur Grévy était Président de la République, Monsieur Cochery Ministre des Postes et Télégraphes et Monsieur Caël Directeur de la région télégraphique de Paris. Le téléphone était peu connu à cette époque. Le Président ne témoignait aucun désir de l'avoir et cependant il fallait, dans ses hautes fonctions, qu'il en eût un à portée de main, sur sa table de travail. Un jour, à l'insu du Président, nous installâmes une ligne téléphonique depuis le ministère des Télégraphes jusqu'au bureau de l'Elysée, aboutissant à un téléphone placé sur le bureau du Président".
Lorsqu'il entra dans son cabinet, l'appareil attira tout de suite son attention. Le régisseur, prétextant une raison de service, s'y trouvait déjà. Le Président lui demanda : "que signifie cet objet ?, d'où vient-il ? C'est Monsieur Cochery qui a donné l'ordre de le placer là. Dans ce cas, ce doit être un instrument utile !"
Et aussitôt le régisseur présente l'appareil au Président en lui expliquant la manière de s'en servir. Pendant ce temps, Monsieur Caël assurait la communication avec le Ministre. On devine l'équivoque qui suivit ces préparatifs. "Mais c'est la voix de Cochery que j'entends, s'écria le Président... Merci cher ami de m'avoir réservé cette surprise. Je ne m'attendais pas à une telle satisfaction !...Merci encore ! "
Et Monsieur Cochery, déconcerté par ces remerciements inattendus, ne trouvait à répondre que des : "Ah!...Ah!...bien...très heureux, Monsieur le Président, si j'ai pu vous être agréable !".

Fin 1880 La France compte 3039 abonnés au téléphone sur le réseau public de Paris plus 1812 abonnés hors de Paris.

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1881


Au commencement de 1881, la Société générale des Téléphones comptait déjà 7 bureaux centraux desservant son réseau de Paris, et avait construit plus de 300 lignes.

Cette Société avait en plus établi des réseaux téléphoniques dans de Grandes villes de province.
Le prix de l'abonnement avait été fixé par un arrêté ministériel à 600 francs par an pour le réseau de Paris et à 400 francs pour les réseaux de province.
- A Lyon, le réseau a progressé assez rapidement. Depuis 1881, les habitants de cette ville peuvent en cas d'accident grave ou d'incendie, prévenir instantanément le bureau central de police. Cinq bureaux de police étaient reliés à cette époque avec le bureau central : le bureau du 2° arrondissement, rue Sorbier; du 3° arrondissement, rue Annonay ; du 4e arrondissement, rue Soleysel ; du 5e arrondissement, rue Bourgneux, et à l'abattoir de Mattetières.
- A Nantes, le téléphone fut reçu avec faveur. Dès le mois de mai 1881, c'est-à-dire quelques mois à peine après son ouverture, le réseau de la Société générale avait atteint un développement de 20 kilomètres et desservait plus de 40 abonnés dans cette ville
- Au Havre, le réseau téléphonique établi en 1881, atteignit rapidement 100 abonnés; la Société des Téléphones inaugura au mois d'août 1881, un service de petits facteurs ou commissionnaires pour courses, ou port de petits paquets, dépêches télégraphiques, échantillons, etc. Mais ce service ne dura que quelques jours ; il fut supprimé sur l'injonction du ministre des postes et des télégraphes.
-
A Bordeaux, le réseau téléphonique, installé en 1880, se développait rapidement. En juillet 1881, la Société générale des Téléphones desservait déjà dans cette ville plus de 50 abonnés.
La Chambre de commerce de Bordeaux fit relier plusieurs locaux, dépendant de son administration, au bureau central. Elle permit aussi l'organisation à la Bourse, d'un bureau spécial d'où chaque abonné du réseau, sur la présentation de sa carte d'abonnement, pouvait être mis en communication avec les autres abonnés. Plusieurs industriels sont, depuis 1881. reliés directement avec leurs succursales situées dans un autre quartier de la ville que la maison-mère.
En raison du développement rapide de son réseau téléphonique, la Société générale des Téléphones décida qu'à partir du 15 novembre 1881, le service aurait lieu à Bordeaux, sans interruption, nuit et jour.
- A Paris, à l'Institut, quai Conti, les salles des diverses académies sont, depuis le mois de décembre 1881, reliées entre elles par des appareils téléphoniques, et les bureaux des diverses sections en séance sont en relation directe avec le personnel des secrétariats perpétuels pour demander les renseignements ou les manuscrits dont ils peuvent avoir besoin.
- A Saint-Etienne (Loire), des postes téléphoniques furent établis en 1881, reliant entre eux les bureaux de police. Le téléphone fut également installé dans d'importantes maisons de cette localité, des fabriques de rubans, d'armes à feu, de quincaillerie, de verrerie, de coutellerie, et surtout dans toutes les grandes exploitations houillères de la ville et des environs.
- A Angoulême, un service téléphonique entre l'École d'artillerie, l'arsenal de la Madeleine et les autres établissements militaires fut établi au commencement de 1881. Soit par suite de l'indifférence du public, qui regardait le téléphone comme un simple jouet sans utilité pratique, soit surtout par suite des nombreuses difficultés élevées par l'administration, qui craignait l'absorption du télégraphe par le téléphone, jusqu'en 1882, ce nouveau mode de transmission avait, en somme, fait peu de progrès en France.

L'Exposition d'électricité qui eut lieu vers la lin de 1881
contribua pour beaucoup à vulgariser cette nouvelle industrie.
La Société générale des Téléphones avait organisé des auditions théâtrales téléphoniques.
Cette installation fut l'un des plus grands succès de l'Exposition.
Toutes les personnes, en effet, qui ont pu entendre du Palais de l'Industrie les auditions de l'Opéra et du Théâtre-Français ont été émerveillées.
M. Ader, qui avait présidé de la manière la plus intelligente et la plus heureuse à toutes ces installations, fit ainsi reconnaître la supériorité de son appareil et les appareils de diverses sortes posés chez les abonnés furent tous retirés et remplacés par le téléphone à microphone Ader.
De cette époque date réellement l'extension de la téléphonie en France.

Le nombre des abonnés inscrits à Paris, à la Société générale des Téléphones, qui n'était que de 1602 vers la fin de 1881, était un an plus tard de 2394.
C'était une augmentation de 792 abonnés en un an; en province, l'augmentation était de 664 dans le même laps de temps; ce qui formait un total de 3846 abonnés au 30 septembre 1882.


Nantes : Un appareil téléphonique affecté au service des abonnés (cabine publique) fut installé à cette époque à l'hôtel de la bourse, ainsi qu'à la préfecture.

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1882 la Société général des téléphones obtint du gouvernement de pouvoir relier sur un même fil à abonnement réduit, deux abonnés habitant un même immeuble.
Un appareil spécial installé à chaque étage permet à chacun des locataires de communiquer avec tous les abonnés du réseau et réciproquement.
Dans les administrations importantes, la Société générale des Téléphones a eu l'idée d'installer des petits réseaux téléphoniques destinés à desservir tous les services intérieurs. De petites lignes, partant des bureaux des différents chefs de services d'une même administration, viennent aboutir à un tableau central à plusieurs directions ; ces lignes peuvent être en nombre illimité.

Le tableau central étant relié lui-même au bureau central du réseau de la Société, il s'ensuit que chaque chef de service peut, de son bureau, être directement mis en communication, non seulement avec ses collègues, mais avec tous les abonnés du réseau.

La figure gauche représente un de ces tableaux à plusieurs directions, qui est la réduction d'un bureau central d'administration.
Le nombre des directions est variable

La figure droite est un poste central mobile composé d'une planchette horizontale supportant une boîte forme pupitre, en acajou, noyer ou bois noir, sur laquelle sont montés des leviers qui font office de commutateurs Jack-Knives, et qui contient la bobine d'induction, les communications et le crochet commutateur automatique pour mettre le poste sur sonnerie ou sur téléphone, crochet auquel on suspend l'appareil téléphonique combiné.
Le tout est monté sur un pied en fonte.

A droite un autre modèle Berthon-Ader

Ce poste central est composé d'une planchette verticale munie de bornes, avec annonciateurs à disque et commutateurs Jack-Knives, grand modèle, cordon avec fiche, repos de fiche, crochet pour suspendre les cordons de communication à deux fiches et place réservée pour un appareil transmetteur Ader, ou pour un appareil transmetteur Berthon; le tout monté au double fil.
La Société a donné une forme encore plus pratique aux postes centraux destinés à desservir ces réseaux locaux; elle a construit des postes mobiles, aussi gracieux que commodes, comportant chacun un nombre plus ou moins grand d'annonciateurs et de commutateurs et qui permettent à chaque chef de service d'être relié directement aux autres chefs de service ou à leurs subordonnés sans passer par un poste central commun. Tous les services si nombreux de la Compagnie générale Transatlantique, dans son hôtel de la rue Auber, sont ainsi reliés entre eux et de plus sont, mis en communication, par un poste central spécial, avec le réseau de Paris. C'est le type parfait de ces d'installations.

Outre que cette prodigalité de lignes, dont l'utilité n'est pas toujours démontrée, est une charge pécuniaire, elle est surtout une grande source d'embarras pour les personnes qui ont à s'adresser à ces administrations. On ne sait sur quelle ligne on doit sonner pour avertir la personne avec laquelle on a besoin de s'entretenir.Il arrive souvent qu'un chef de service se trouve dérangé pour un autre, ce qui est un ennui pour lui et une perte de temps pour celui qui demande.

Remarquons en passant que dans plusieurs administrations un certain nombre de lignes téléphoniques relient différents services directement avec le réseau de Paris.
Ces inconvénients sont dus à l'incompétence pratique des personnes qui sont chargées de faire faire ces installations.
Il est facile de les éviter, en concentrant sur un même point toutes les lignes appartenant à une même administration.
C'est d'ailleurs ce qu'ont fait plusieurs administrations bien avisées, sur les conseils de personnes compétentes.
Toute personne ayant à s'adresser à ces administrations correspond directement avec un fonctionnaire chargé spécialement de ce service.
Selon la nature du renseignement demandé, celui-ci le fournit immédiatement ou met le demandeur en communication directe avec le service ou la personne intéressée.
De la sorte, nul n'est dérangé inutilement et toute demande reçoit une prompte solution. Economie de temps et d'argent.

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Beaucoup de maisons de commerce un peu importantes, à Paris et dans les grandes villes de province,
possédaient déjà le téléphone.

Les municipalités de Marseille, de Lyon, de Bordeaux organisèrent des réseaux dits municipaux.
Les postes de pompiers, les bureaux d'octroi, les commissariats de police et les divers grands services de l'administration de chaque ville furent reliés à un poste central placé à la mairie. Les villes du Havre, de Rouen, suivirent cet exemple , d'autres moins importantes s'y rallièrent. La province devança Paris dans cette voie.
Mais ces réseaux municipaux, sauf deux ou trois, comme ceux de Marseille, de Lyon, de Calais, sont absolument fermés et, contrairement à ce qui existe dans tous les autres pays, il serait difficile de trouver dans la liste des abonnés des réseaux urbains, une ligne téléphonique pouvant permettre au public de se mettre en rapport, soit avec un poste de police, soit avec un poste de pompiers, en cas de sinistre ou d'incendie .C'est seulement en 1889 que fut établie une ligne téléphonique reliant le réseau de Paris avec l'état-major des sapeurs-pompiers ,quartier général d'incendie).
Vers la fin de 1882, en même temps que l'on s'occupait de l'installation d'un réseau téléphonique à Nice, on établissait un poste de téléphone près de cette ville, au sommet du Mont-Vinaigre, le point le plus central des montagnes de l'Estérel. On a construit sur le Mont-Vinaigre une maisonnette où se tiennent deux gardiens chargés de donner le signal lorsque des incendies se déclarent dans la forêt de l'Estérel. Toutes les maisons forestières de l'Estérel sont reliées entre elles par un réseau téléphonique qui communique avec l'inspection centrale dont le siège est à Fréjus

A PARIS : A partir de 1882 cependant le réseau se structure et ses caractéristiques techniques se mettent en place. Borné par les fortifications le réseau téléphonique parisien s'organise autour de 9 puis 12 bureaux "centraux". Ceux-ci sont bien entendu manuels.
L'établissement des communications se fait ainsi : Quant un abonné veut parler à un autre il peut se présenter deux cas :
1° le second abonné habite le même arrondissement téléphonique, c'est le cas le plus simple ;
2° le second abonné habite un autre arrondissement ; la téléphoniste du bureau À, appelée par le premier abonné, appelle le bureau D, qui appelle à son tour le second abonné".
Hormis l'adoption précoce des circuits â deux fils, choix "moderniste" dont on ne cessera par la suite de féliciter la S. G. T. les caractéristiques du réseau sont encore très frustes. Tous les câbles sont isolés, sur le modèle des câbles sous-marins, â la gutta percha*
II n'existe que deux types de câbles. D'une part les lignes auxiliaires qui relient entre eux les bureaux. D'autre part les câbles qui desservent les abonnés : les deux fils constituant chaque circuit sont réunis dans les égouts en câbles de sept paires toronnées et protégées par une enveloppe de plomb.
Le reseau a cependant fait l'objet de quelques choix de structure deliberes. Ainsi la societe explique que "tous les fils qui joignent les divers bureaux centraux de Paris passent tous par un point central situe 27 avenue de l'Opera. On aurait pu etablir des lignes allant par le chemin le plus court du bureau A a chacun des autres, du bureau B a tous ceux des lettres suivantes, du bureau C aux suivants etc. Cette methode aurait meme diminue la longueur totale de cable employe a ce service. On a cependant prefere le systeme du point central d'ou rayonnent les fils venant de tous les bureaux" .
Cela permet de tirer parti des rosaces sur lesquelles les fils correspondant a chaque abonne sont disposees a l'aboutissement des cables "si on reconnait que le bureau C fait un usage peu actif de ses fils auxiliaires avec D tandis que les communications entre D et I sont actives et sont quelquefois retardees par le manque de lignes, la manoeuvre a faire est facile... On disjoint un fil double CD a son extremite C dans la rosace et on le relie a un cable libre venant du
bureau I.
Cette adaptation du reseau au trafic observe ne vaut pas seulement pour les lignes auxiliaires. Pour faciliter le travail des operatrices "il y a lieu de reunir (sur les tableaux) autant que possible, les abonnes en groupes sympathiques, si on nous permet cette expression, c'est-a-dire en groupes de personnes causant le plus habituellement ensemble. Cette distribution des abonnes n'est pas une chose une fois faite ; il y a des mutations frequentes pour diverses raisons changement, de domicile d'un abonne, arrivee d'un nouvel abonne, etc.

Ce type de gestion du réseau correspond à un petit réseau.

1883,
l'État qui a certes concédé les réseaux de certaines villes à l'industrie privée, n'en a pas pour autant renoncé à ses droits, et décide d'ouvrir en propre des réseaux téléphoniques dans d'autres villes, moins peuplées, donc moins favorables à l'essor du téléphone, mais à des conditions tarifaires et de services proposés plus avantageuses que ne l'offre la S.G.T dans les villes concédées.
Ainsi, le 1er avril 1883, l'Administration ouvre-t-elle à l'exploitation téléphonique les réseaux téléphoniques des villes de Reims et de Roubaix-Tourcoing puis Saint quentin le 31 décembre 1883.
De son côté la Société Générale mettait en service ses derniers réseaux :
- Calais le 1er juillet 1883,
- Rouen le 15 juillet 1883,
- Alger le 26 juillet 1883,
- et Oran le 10 août 1883.

En 1883, l’architecte du nouvel Hôtel de ville de Paris ouvre un marché pour l’installation d’un service complet de 400 sonneries électriques d’alarme, d’un service d’incendie de 45 postes et d’un système de 100 porte-voix pour la correspondance des cabinets.
Charles Mildé remporte la totalité du marché en proposant d’installer, au même prix, un service téléphonique complet à la place des porte-voix.
Il s’associe alors avec Arthur d’Argy qui vient de mettre au point un microphone à poudre de charbon et ils déposent ensemble un brevet pour « un nouveau poste téléphonique à bon marché »

En 1884, Charles Mildé a l’idée d’améliorer légèrement le microphone d’Argy et dépose un brevet à son seul nom, spoliant alors l’inventeur

Au 1er janvier 1883, la Société générale des Téléphones comptait 2.692 abonnés à Paris et 1.500 dans les autres départements.
En septembre de la même année, le nombre total des abonnés de la Société s'élevait à 4.739, répartis de la manière suivante :
Paris, 2.992; Lyon, 528 ; Marseille, 336 ; Bordeaux, 280; le Havre, 191; Lille, 128; Nantes, 89; Saint-Pierre-lès-Calais,85; Rouen, 62; Oran, 30; Alger,18.
A Rouen, le réseau ne put être établi qu'en 1883.
Une des causes du retard qu'a subi l'établissement définitif des lignes dans cette ville provient de la difficulté qu'éprouva la Société à obtenir des propriétaires l'autorisation de poser les supports sur les toits de leurs immeubles.
Saint-Pierre-les-Calais (Calais-Saint-Pierre depuis la fusion des deux municipalités), aujourd'hui le premier centre manufacturier du Pas-de-Calais, est une des villes de France où le téléphone a pris le plus rapide accroissement.
Au 1er décembre 1883, son réseau téléphonique comptait 87 abonnés, tandis que Rouen n'en avait à la même époque que 63 pour une population plus que triple.
Un certain nombre d'installations téléphoniques furent faites, dans le courant de cette année, chez des propriétaires d'usines de Paris et des environs qui ont leurs fabriques et leurs maisons reliées par une ligne téléphonique privée.

Au 31 décembre 1883, la SGT compte 3 039 abonnés
.

A PARIS, Le plus gros central, Opéra, a 603 abonnés ; le plus petit rue Lecourbe en a 50.

les canalisations souterraines : A partir de 1882, le réseau se structure, et ses caractéristiques techniques se mettent en place.
Borné par les fortifications, le réseau téléphonique parisien s'organise autour de huit, puis de douze bureaux « centraux ».

RÉPARTITION DES BUREAUX CENTRAUX de PARIS.
Les chiffres placés au-dessous du nom de chaque bureau indiquent la classe d'abonnés desservis par ce bureau ;
l'abonné 728-43 sera relié au 43e Jack de la 28e section du multiple de Saxe ;
l'abonné 1018-24 sera relié au 24e jack de la 18e section du nouveau multiple des Archives

Mais la répartition par centraux a évolué. Le quartier de l'Opéra y compris le secteur de la rue Lafayette compte toujours un fort pourcentage d'abonnés mais le coeur du système s'est déplacé vers les quartiers industriels et commerciaux de la rue Etienne Marcel et de la place de la République.

Plus de détails sur les Réseaux et Centraux manuels.

Le musée Grévin fut mis en communication avec le concert de l'Eldorado. Tous les soirs des auditions téléphoniques théâtrales avaient lieu au musée.
Plus tard ce musée fut également relié aux théâtres des Nouveautés et des Variétés.

En juillet 1883, l'hôtel et la maison de banque de M. le baron de Rothschild, rue Laffitte, à Paris, furent mis en communication téléphonique avec le château de Ferrières, une des résidences du baron Alphonse de Rothschild ,dans le département de Seine-et-Marne.
Cette installation comprend 90 kilomètres de fils doubles. A l'aide d'un commutateur spécial, M. de Rothschild peut communiquer à tous les instants du jour et de la nuit, de son château de Ferrières, avec tous les abonnés du réseau de Paris.

Dans le département de Seine-et-Oise, 12 postes téléphoniques reliaient entre eux les établissements des grandes fabriques Decauville.
Les fils aboutissent à Petit-Bourg, Évry et Corbeil; de sorte que les chefs de gare de ces trois localités peuvent prévenir, par le téléphone, M. Decauville de l'arrivée en gare de ses marchandises.
Depuis le l° septembre 1883, les grandes compagnies de chemins de fer de France ont adopté le téléphone comme appareil avertisseur concurremment avec le télégraphe.
A cette époque, la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest reliait par une ligne téléphonique ses deux grandes gares de Paris, Montparnasse et Saint-Lazare.
Des postes téléphoniques dits postes de secours furent posés à la gare Saint-Lazare, ainsi que dans les stations de Bois-Colombes et Colombes embranchement.

Le succès qui venait de couronner les efforts de la Société générale des Téléphones, avait fait comprendre aux plus incrédules toute la valeur de la nouvelle invention et l'avenir qui lui était réservé.
Aussi, dans la session ordinaire de 1882, le ministre des postes et des télégraphes demanda aux Chambres et en obtint un crédit de 250.000 francs destiné à expérimenter l'exploitation de réseaux téléphoniques dans certaines villes de province.
Pour diminuer les dépenses de premier établissement, l'administration fit participer l'abonné aux frais de construction de la ligne; voici les bases du régime sous lequel les réseaux de l'État sont exploités d'après l'arrêté du 1er janvier 1883.
La part contributive de l'abonné aux frais d'installation est :
Pour les lignes aériennes dans le périmètre de distribution gratuite des télégrammes par kilomètre de fil simple de.................................. 150 francs
Pour les lignes souterraines : En câble multiple............. 500 francs, En câble simple............... 900 francs
En dehors du périmètre de distribution gratuite, les fils sont considérés comme des lignes privées, et soumis aux règlements spéciaux. Les appareils sont également fournis par l'abonné.
Ainsi un abonné, relié au bureau central par un fil de 1 kilomètre, aura à payer au moment de la mise en service de sa ligne :
Pour 1 kilomètre de ligne....... 150 francs
Pour achat d'appareil............. 133 francs
Pour piles et installations........ 75 francs
Soit un total de...................... 300 francs

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En 1884, au 31 mars, la S.G.T dessert en tout et pour tout 11 villes avec un total de 5.079 abonnés en France+Algérie, dont 3.227 pour Paris.
Le premier réseau Normand fut celui d'Elbeuf mis en service le 25 novembre 1884 avec 46 abonnés.

(Nous parlons bien d'abonnements réels 1 abonnement=1 ligne téléphonique reliée au central, et non pas du nombre de "postes de toute nature", notion flatteuse qui permettait de doubler artificiellement le nombre d'abonnés au téléphone, en comptant les multiples téléphones souvent branchés en parallèle sur les lignes... Ces deux notions étant souvent confondues par erreur dans les divers ouvrages rédigés a postériori).

Les 11 villes sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille, le Havre, Rouen, Saint-Pierre-lès-Galais, Alger et Oran.
En 1884 furent mis en service les réseaux de Halluin, Troyes, Nancy, Dunkerque et Elbeuf.

Le 19 juin 1884
, paraît au Journal Officiel, page 3187, un Rapport daté du 4 mai 1884 adressé au Président de la République, sur l'organisation des services des Postes et des télégraphes avant et depuis l'année 1878. Ce rapport est chargé de faire le point, notamment sur le développement téléphonique en France depuis 1879.
Il y est détaillé qu'en seulement une année d'exploitation, la ville de Reims compte une densité d'abonnés par habitants supérieure à celle des villes placées sous concession privée de la S.G.T depuis 4 années. (23 abonnés pour 10.000 habitants pour Reims) supérieure à la meilleure densité d'une ville sous concession de la S.G.T (allant de 3 à 22 abonnés pour 10.000 habitants)
En conclusion, en une seule année d'exploitation, l'Administration des Postes et Télégraphes fait mieux que la S.G.T en 4 années d'exploitation...

L'arrêté du 26 juin 1879 est remplacé par l'arrêté du 18 juillet 1884 (BO P&T 1884 n°20 page 845) autorisant à nouveau l'industrie privée à demander, à partir du 8 septembre 1884, une nouvelle autorisation d'exploitation, et fixant le cahier des charges.
Dans la foulée, la seule société privée qui exploite encore des réseaux téléphoniques en France, la Société Générale des Téléphones, parvient à faire renouveler sa concession pour 5 années de plus.

L’Etat crée la première ligne importante, reliant le réseau de la ville de Reims au palais de la bourse de Paris, qu’il équipe de cabines téléphoniques.

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LES CABINES TÉLÉPHONIQUES

Avant la fin de 1884, on commença l'installation de cabines téléphoniques publiques à Paris et dans quelques villes de province.
Ces cabines, qui rendent tant de services, existent actuellement,à Paris, dans tous les bureaux de postes et télégraphes et les bureaux centraux de la Société
générale des Téléphones, au nombre de 82 à Paris, et 77 dans les villes de province.

Ce service fut ouvert au public le 1er janvier 1885.
Le régime de ces communications a été fixé par décret du 31 décembre 1884, dont voici les termes

Le Président de la République française.
Vu l'article 2 de la loi du 2l mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Sur le rapport du Ministre des Postes et des Télégraphe ;
Décrète :

Article premier.
Toute personne peut, à partir des cabines téléphoniques mises par l'Étatà la disposition du public, correspondre, soit avec une autre personne placée dans une cabine téléphonique de la même ville, soit avec un abonné du réseau.
La taxe à percevoir pour l'entrée dans les cabines publiques est fixée, par cinq minutes de conversation : A Paris, à 0 fr. 50
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie et de Tunisie, à 0 fr. 25
Article 2.

Des communications téléphoniques à distance peuvent être mises à la disposition du public.
Les lignes auxquelles est appliquée cette mesure sont indiquées par décision ministérielle.
La taxe à percevoir par cinq minutes de conversation de ville à ville est fixée :
Pour toute distance inférieure à 100 kilomètres, à 1 franc.
Cette taxe peut être réduite à 50 centimes lorsque les deux villes entre lesquelles l'échange des conversations par téléphone a lieu, ont été classées, par décision du Ministre des Postes et des Télégraphes, comme faisant partie d'un seul et môme groupe téléphonique.
Les conditions dans lesquelles cette taxe est perçue, soit sur la personne qui demande la communication, soit par moitié sur chacune des deux personnes en correspondance, et en général toutes les conditions d'exécution du service sont déterminées par arrêtés du Ministre des Postes et des Télégraphes.

Fait à Paris, le 31 décembre 1884. Signé : JULES GRÉVY.
Par le Président de la République,
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Signé : AD. COCHERY.


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Depuis cette époque toute personne est admise à communiquer avec n'importe quel abonné au réseau de Paris aux conditions suivantes :
Les personnes non abonnées au service téléphonique du Paris, payent une taxe de 50 centimes pour cinq minutes de conversation.
Dans toutes les autres localités de France, d'Algérie et de Tunisie, 23 centimes.
Le gouvernement délivre aux abonnés de Paris, sur la présentation de leur contrat, une carte d'abonnement, dont le prix est de 40 francs par an, et qui leur permet de communiquer dans tous les bureaux téléphoniques et bureaux de quartiers de la Société générale des Téléphones indistinctement.
La Société générale des Téléphones remet à tous ses abonnés, sur la présentation de leur contrat d'abonnement, des cartes de communication, leur donnant droit de communiquer gratuitement dans tous les bureaux de quartiers de la Société générale des Téléphones, mais dans ses bureaux seulement.
Chaque abonné a droit à autant de cartes qu'il a d'abonnements.
Les cercles et les établissements publics, tels que cafés, restaurants, hôtels, etc, abonnés aux réseaux téléphoniques concédés à l'industrie privée, sont autorisés à mettre le téléphone à la disposition de leurs membres ou clients, moyennant le payement d'un abonnement double de celui qui est fixé par le tarif applicable aux abonnés ordinaires.
Le deuxième abonnement perçu par le permissionnaire revient intégralement à l'État.

Le produit des communications par cabine publique est entièrement acquis à l'État dans les réseaux de l'État ; dans les réseaux de la Société, il se partage entre l'État et la Société.
Après neuf heures du soir, le public n'était pas admis toutefois àtéléphoner dans les cabines de Paris; depuis le 1er avril 1887, un certain nombre de cabines ont été mises à sa disposition après neuf heures dans les bureaux suivants :
Toute la nuit : bureau n° 44, rue de Grenelle ;
Jusqu'à minuit : bureau n° 92, rue Boissy-d'Anglas .
...................................... 11, avenue de l'Opéra;
.......................................89, au Grand-Hôtel;
11 heures du soir: bureau n° 5, place de la République;
.......................................17, rue des Halles ;
.......................................26, gare du Nord ;
.......................................33, boni, de l'Hôpital;
.......................................45, av. des Ch.-Elysées :
.......................................91, boul. Saint-Denis.

 

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1885 TRANSMISSIONS PAR TÉLÉPHONES DES DEPECHES TÉLÉGRAPHIQUES

En 1885, le gouvernement s'occupa de la réception et de la transmission des dépêches télégraphiques par téléphones.
Conformément à une convention passée entre le Ministre des Postes et des Télégraphes et la Société générale des Téléphones, depuis le 15 février 1885, les abonnés du réseau téléphonique de Paris peuvent expédier et recevoir leurs dépêches télégraphiques par le téléphone. Un service téléphonique qui fonctionne de nuit et de jour est établi à cet effet dans le bureau télégraphique central de la rue de Grenelle.
Les télégrammes échangés dans ces conditions sont soumis à la taxe du tarif en vigueur ; mais les abonnés qui veulent profiter de cette mesure doivent contracter un abonnement supplémentaire, dont le montant fixépar le ministre, est de 50 francs par an.
Le texte des dépêches adressées aux abonnés de ce service doit être précédé du mot : TÉLÉPHONE.
Toute dépêche téléphonée est en même temps confirmée par écrit par le service ordinaire des tubes pneumatiques.
La Société générale des Téléphones, étant responsable vis-à-vis de l'État de l'acquittement des taxes à percevoir pour les dépêches transmises par téléphone, peut exiger que chaque abonné à ce service spécial lui constitue une provision eu rapport avec l'usage qu'il compte en faire.
Les dépêches en langues étrangères ne peuvent être transmises par téléphone.
L'administration supérieure a pris les dispositions suivantes concernant la façon d'utiliser les bons de réponses payées dans le cas des télégrammes téléphonés à domicile :
1° L'autorisation de conserver et utiliser les bons de réponse sera donnée au receveur du bureau n° 44, au lieu et place des agents de la Société.
2° Toute dépêche avec réponse payée, restituée au poste central après avoir été transmise par téléphone à l'abonné, sera envoyée au bureau n° 44.
3° Le bureau n° 44 établira le bon de réponse dans tous les cas de dépêches téléphonées, le conservera s'il en a l'autorisation, et l'appliquera eh établissant les taxes à un télégramme expédié par le bénéficiaire
du bon.
4° Si l'autorisation n'a pas été donnée, le bon sera inséré dans le télégramme à expédier par les tubes au destinataire. Sur l'adresse du télégramme et sur le reçu, il sera fait mention de l'envoi du bon.
Nota. — L'abonnement annuel de 50 francs, mentionné ci-dessus, donne, en même temps, le droit d'user du service des communications interurbaines, c'est-à-dire de communiquer avec tous les réseaux téléphoniques reliés ou à relier à celui de Paris, dans les conditions prévues par l'arrêté ministériel du 2 février 1887.
Par suite de cette convention, il fut décidé que la transmission des télégrammes par téléphone pourrait être faite clans plusieurs villes, notamment à Bordeaux et à Marseille. Il fut décidé, en outre, que des cabines téléphoniques publiques seraient placées dans certains bureaux des postes et télégraphes de ces villes.

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Nous donnons ci-après le texte d'un décret du 20 octobre 1889 (l'État ayant pris possession de tous les réseaux téléphoniques le 1er septembre) paru au Journal officiel du 23 du même mois ayant pour objet d'autoriser et de réglementer la transmission téléphonique des télégrammes

Article premier.
Les abonnés aux réseaux téléphoniques urbains peuvent expédier et recevoir des télégrammes par la ligne qui les rattache à ces réseaux.
La transmission de ces télégrammes est effectuée gratuitement, sauf l'exception visée ci-après ; mais elle est subordonnée au dépôt préalable d'une provision destinée à garantir le remboursement de la taxe télégraphique.
Dans les villes comportant un réseau souterrain, l'abonné qui se propose d'user de la disposition qui précède est tenu de verser annuellement, et d'avance, une redevance de 50 francs.
Article 2.
Les localités autres que les chefs-lieux de canton peuvent être reliées à un bureau télégraphique au moyen d'un fil téléphonique.
Ce fil et le bureau téléphonique qui le dessert sont établis avec la participation des communes intéressées.
La part contributive de ces communes aux frais de premier établissement est fixée à 100 fr. par kilomètre de ligne neuve à construire, ou à 50 fr. par kilomètre de fil à établir sur appuis déjà existants et à 300 fr. pour fournitures d'appareils et installation du poste téléphonique.
Article 3.
Dans les localités possédant une recette des postes, le service téléphonique est confié au receveur.
Dans toutes les autres, le gérant des bureaux téléphoniques et son suppléant sont désignés par le maire après avoir été agréés par le directeur départemental. Ils devront être remplacés sur la demande de l'administration.
Ils bénéficient sur la transmission des télégrammes des mêmes remises que les gérants des bureaux télégraphiques municipaux.
Ils prêtent le même serment professionnel.
Article 4.
Toute personne peut expédier et recevoir des télégrammes par une ligne téléphonique municipale.
La transmission de ces télégrammes est effectuée gratuitement, mais elle est subordonnée au payement de la taxe télégraphique.
Le payement de cette taxe est effectué entre les mains du gérant du bureau téléphonique. Si ce gérant n'est pas en même temps receveur des postes, ses recettes et ses dépenses sont comprises dans la comptabilité du bureau télégraphique avec lequel il communique.
Article 5.
Tout télégramme destiné à être distribué par un bureau téléphonique municipal est soumis à des frais d'exprès à moins que la municipalité n'ait pris ses dispositions pour que cette distribution puisse s'effectuer gratuitement.
Article 6.
Un télégramme ne peut être téléphoné, soit par une ligne urbaine, soit par une ligne municipale, que s'il est écrit en français, en langue claire et si son texte n'excède pas cinquante mots.
Article 7.
.Le président du conseil, ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, est chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré au Journal officiel et au Bulletin des lois.
Fait à Paris, le 20 octobre 1889

En 1885, l'Administration ouvre la première liaison grande distance entre Rouen et Le Havre

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LES COMMUNICATIONS INTERURBAINES

C'est aussi en 1885, que le gouvernement entreprit l'établissement des lignes téléphoniques interurbaines.
Le 16 janvier de cette année, deux communications à longue distance furent mises à la disposition du public entre Rouen et le Havre (192 kilomètres).
Les abonnés du réseau téléphonique de ces deux villes peuvent correspondre entre eux à partir de leur domicile, en payant une taxe de 1 franc par cinq minutes de conversation.
Entre Auxerre et Clamecy, sur le canal de l'Yonne, une installation téléphonique établie par l'administration des ponts et chaussées, avec des appareils du système Ader, relie, entre elles, toutes les écluses sur une longueur de 63 kilomètres. 40 postes fonctionnent parfaitement bien depuis 1883.
Du reste, depuis 1882, la direction technique des télégraphes, des départements du Nord et du Pas-de-Calais, avait appliqué ce système de communication aux canaux de ces deux départements.
Aux mines d'Anzin, une installation analogue de 38 postes téléphoniques, faite par la Société générale des Téléphones, en 1883, relie toutes les gares de la Compagnie et toutes les fosses de la région
.

En janvier 1886, le nombre total des abonnés, en France, était de 7.173. répartis sur 22 réseaux.
Onze de ces réseaux, exploités par la Société générale des Téléphones, formaient un total de 6.180 abonnés.

A cette époque l'État fit construire des lignes téléphoniques entre Paris et Reims, Rouen et le Havre, Lille et Roubaix-Tourcoing.
En juillet de la même année le téléphone fut substitué au télégraphe pour relier les différentes stations du chemin de fer à voie étroite de Vahnondois (Aisne).

Le 24 février 1887, à huit heures du matin, a été inauguré le service de la correspondance téléphonique entre Paris et Bruxelles.
La distance est de 333 kilomètres.
A la Bourse de Paris, le public a l'usage de deux cabines dont l'une est affectée aux communications d'une façon permanente.
A Bruxelles, une cabine accessible jour et nuit est installée au bureau du dépôt des télégrammes. Une seconde cabine, établie près de la grande salle des réunions, est ouverte au service pendant les heures de la Bourse seulement.
Une seconde ligne téléphonique directe, de Paris à Bruxelles, a été ouverte au public le 13 mars 1888.
Le nombre des cabines aux Bourses des deux villes a été doublé.
Aux termes d'une convention établie entre les gouvernements français et belge, le tarif d'abonnement des correspondances téléphoniques entre Paris et Bruxelles est établi ainsi qu'il suit :
Mensuellement, pour un usage quotidien
de 10 minutes consécutives ou moins........ 100 fr.
plus de 10 minutes jusqu'à 20 minutes........200 fr.
plus de 20 minutes jusqu'à 30 minutes....... 300 fr.
plus de 30 minutes jusqu'à 40 minutes....... 400 fr.
plus de 40 minutes jusqu'à 60 minutes ...... 300 fr.
plus de 60 minutes jusqu'à 70 minutes....... 530 fr.
plus de 70 minutes jusqu'à 80 minutes....... 600 fr.
et ainsi de suite en augmentant de 30 francs par période de 10 minutes.

Voici le régime des abonnements :
Les correspondances de plus de 10 minutes s'opèrent en une ou plusieurs séances de 10 minutes au maximum; la communication n'est maintenue à l'expiration de chaque période de cette durée que s'il n'y a aucune autre demande en instance. Le montant des taxes est perçu par anticipation.
La durée de l'abonnement est d'un mois au moins; elle se prolonge de mois en mois par tacite reconduction. L'abonnement peut être résilié de part et d'autre moyennant avis donné quelques jours à l'avance.
Il n'est fait aucun décompte de taxe à raison d'une interruption de service d'une durée de 2f[ heures au moins. Passé ce délai de 24 heures, il est remboursé à l'abonné, pour chaque période nouvelle de 24 heures d'interruption, un trentième du montant mensuel de l'abonnement.
Jusqu'à disposition contraire à concerter entre les administrations des postes et télégraphes, les correspondances du régime de l'abonnement ne sont point admises durant les heures de la tenue des Bourses de Bruxelles et de Paris.
Les communications d'État jouissent de la priorité attribuée aux télégrammes d'État.
La date de la mise en vigueur du régime d'abonnement n'est pas encore fixée.

Voici les documents officiels concernant ce nouveau service :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES

Le Président de la République,
Vu l'article 2 de la loi du 21 mars 1878 ;
Vu la loi du 5 avril 1878;
Vu l'article 17 de la convention télégraphique internationale de Saint-Pétersbourg et l'article 67 du règlement de service annexé à cette convention et revisé à Berlin ;

Décrète :
Article premier.
La taxe à percevoir pour les communications téléphoniques entre Paris et Bruxelles est fixée à 3 francs par cinq minutes de conversation
Article 2.
Les produits de ces taxes seront répartis entre la France et la Belgique dans la proportion déterminée, pour le partage des produits des taxes télégraphiques, par l'arrangement conclu entre les deux pays à la date du 22 juin 1886.
Signé : JULES GRÉVY
Par le Président de la République,
le Ministre des Postes et Télégraphes.
Signé : F. GRANET.
Pour ampliation :
Par le Chef de bureau du Personnel.
Signé : LEROY
REPUBLIQUE FRANÇAISE MINISTÈRE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
Le Ministre des Postes et des Télégraphes,
Vu le règlement de service arrêté, en exécution de l'article 9, de la convention internationale, le 1er décembre 1886;
Vu l'article h de ce règlement;
Arrête :
Article premier.
Les abonnés au réseau téléphonique de Paris, qui en feront la demande au Ministre, pourront être autorisés à communiquer avec Bruxelles à partir de leurs domiciles.
Article 2.
Les modifications qu'il pourrait être nécessaire d'apporter aux postes téléphoniques de ces abonnés seront faites par les soins de la Société concessionnaire du réseau de Paris aux frais des abonnés.
Article 3
La liste de ces abonnés sera tenue au bureau de lu Bourse et un compte sera ouvert à chacun d'eux.
Article 4
Chacun de ces abonnés devra verser une provision de soixante francs (60 francs) représentant vingt communications de cinq minutes sur laquelle sera prélevé le montant des taxes à percevoir pour les communications données avec Bruxelles.
Dès que ces prélèvements auront réduit la provision d'un abonné à 20 francs ou au-dessous, cet abonné sera invité à compléter sa provision normale de 60 francs.
Il est interdit aux agents des cabines d'accorder des communications aux abonnés dont la provision serait épuisée.
Article 5.
Les conditions applicables à ces communications seront celles qui sont en vigueur pour les conversations échangées à partir de la cabine de la Bourse, c'est-à-dire que les cinq minutes de conversation commenceront à partir du moment où les deux correspondants sont mis en relation effective.
Article 6.
Le présent arrêté sera déposé au cabinet du Ministre bureau du Personnel) pour être notifié à qui de droit.
Fait à Paris, le 23 février 1887.
Signé : F. GRANET.

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CONSTRUCTION DE LA LIGNE DE PARIS A MARSEILLE

Nous donnons ci-après la description de l'installation de la ligne téléphonique qui relie Paris à Marseille.
En raison des distances considérables que l'on est parvenu à franchir, cette ligne fait, en quelque sorte, époque dans l'histoire de la téléphonie.
— Le lecteur aura ainsi un aperçu de la construction des lignes téléphoniques interurbaines.
De la Bourse de Paris, elle est souterraine jusqu'à la gare de Vincennes, place de la Bastille; elle devient aérienne sur le reste du parcours. Elle suit le chemin de fer de Vincennes jusqu'à la ligne de Grande Ceinture, par laquelle elle rejoint le chemin de fer de Paris à Mulhouse.
Elle quitte cette ligne à Troyes, et va rejoindre, à Dijon, la ligne de Marseille.
Son développement est. en chiffres ronds, y compris les croisements, changements, etc., de 1.000 kilomètres, soit pour le circuit complet, de 2.000 kilomètres.
S'écartant quelque peu de la ligne principale de Paris à Marseille, les fils téléphoniques passent par Troyes, Dijon, Arles, Marseille. Ils sont en cuivre de haute conductibilité. Leur diamètre est de 4,Smm. Le poids est d'environ 146 kilogrammes par kilomètre et le prix de 2 fr. 30 le kilogramme.
La construction de la ligne téléphonique de Paris à Marseille a coûté près d'un million.
La longueur moyenne des couronnes est de 200 mètres.
Le raccordement s'opère suivant le mode de jonction adopté pour les lignes télégraphiques, à l'aide de manchons et non de ligatures, le tout recouvert d'une soudure spéciale. Il se trouve donc une soudure tous les 200 mètres de fil courant ; il faut ajouter à ce nombre considérable de points de jonction, les soudures placées aux croisements des conducteurs, supérieurs et inférieurs.
Les conducteurs placés en tète des appuis, sont posés ainsi : le premier fait face à la voie, le second est fixé du côté opposé à 50 centimètres au-dessous de l'autre. En ligne, c'est-à-dire hors des villes et en libre parcours, ils sont alternés de kilomètre en kilomètre, pour l'atténuation des effets d'induction.
Sur certains points où les dispositions du réseau ordinaire le permettent, les croisements n'ont été faits que de deux en deux kilomètres. Ce cas se présente pour quelques départements. Par contre, à proximitédes grandes nappes de fils des lignes principales des départements du Rhône ou des Bouches du-Rhône, l'alternat des fils de bronze se trouve beaucoup plus rapproché.
Pour la traversée de certains tunnels qu'il n'était pas possible d'éviter, on a raccordé les sections aériennes à l'aide de câbles du type Fortin-Hermann, composés de fils de cuivre de haute conductibilité, enfilés séparément dans des chapelets de petits cylindres en bois paraffiné, puis tordus ensemble au nombre de six, permettant d'établir deux autres circuits téléphoniques. La torsade entière est contenue dans un tube de plomb très épais, dont les sections sont réunies à l'aide de manchons spéciaux

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On aEnfin, il n'est fait usage comme supports, et pour assurer un isolement parfait, que d'isolateurs grand modèle double cloche. adopté la disposition suivante : soit A l'appui, B le fil supérieur placé face à la voie, C le fil inférieur regardant l'extérieur de la voie. On place en avant du poteau un isolateur double aa' ; puis toujours en avant, un isolateur simple b à 0,25m au dessous du précédent.
On fixe en arrière du poteau un second isolateur simple V à la hauteur de b et, à 0,25m au-dessous de lui, un isolateur double cc' séparé ainsi verticalement du premier support aa' par une distance de 0,20m. Le fil supérieur antérieur Best arrêté, comme il est dit plus loin, sur l'isolateur a, passe sur l'isolateur b et de là sur le fil inférieur postérieur C'. Inversement, le fil B' supérieur descend en arrière du poteau sur le support postérieur b' et se rattache en c au fil postérieur inférieur C..

Les figures ci contre montrent le mode de raccord par manchons employés dans la construction des lignes en fil de bronze.
Manchon de ligne
— Les deux brins passent dans le manchon et, au lieu de se couder simplement sur une longueur de quelques millimètres, le dépassent de chaque côté de plusieurs centimètres. Les fils de bronze devenant aigres et cassants quand ils sont
chauffés et refroidis trop vivement, ce qui peut se produire lors de la confection des manchons, pour éviter une rupture du crochet et, par suite, du fil, on roule, à droite et à gauche sur le fil opposé, les brins laissés en excédent (fig. 118). Le tout est noyé dans la soudure. Le manchon viendrait-il à se rompre, les torsades se serrent en glissant l'une vers l'autre et la communication n'est pas
interrompue.
Manchon de croisement. -
- Les deux fils traversent le manchon et se recouvrent comme ci-dessus. Mais, en outre, un fil de bronze de 1 millimètre de diamètre passe entre les brins principaux et s'enroule ensuite d'un côté sur le fil de ligne, de l'autre sur la tringle de croisement. Le tout, d'une grande solidité, est noyé ensuite dans la soudure.
Ainsi établie, la ligne offre une résistance électrique moyenne de 1.08 ohm par kilomètre

L'oeuvre des ambulances urbaines a décidé, au commencement de 1887, d'employer le téléphone pour mettre l'hôpital Saint-Louis, où est établi le premier poste de secours, en communication avec les postes avertisseurs destinés à signaler les accidents et à demander des secours. Ces postes, au nombre de vingt-neuf, pour le moment, sont placés chez les pharmaciens et dans les bureaux de police et reliés par des lignes souterraines spéciales : ils fonctionnent actuellement et rendent les plus grands services.

Au Havre, les grands paquebots sont souvent obligés de rester plusieurs heures en rade en attendant l'heure de la marée pour pouvoir entrer, et lorsqu'ils arrivent pendant la nuit ou par un temps brumeux, il est impossible de les signaler à la Compagnie Transatlantique, qui ne peut, par conséquent, prendre les dépêches ou les passagers.
Aussi cette Compagnie a fait relier téléphoniquement, en 1888, la rade du Havre avec la ville et, par suite,avec Paris, puisqu'il existe déjà une communication téléphonique entre les deux villes.
La Compagnie a mouillé en rade une bouée téléphonique de forme cylindro-conique, qui est reliée par un câble avec la terre.
Tous les grands bateaux de la Compagnie étant pourvus d'une installation téléphonique, il suffit de relier le téléphone à bord avec la bouée.

Le nombre des abonnés reliés aux différents réseaux de la Société générale des Téléphones était :

1880 de  537 en 1881 -- 1 893
1882 -- 3 519 en 1883 -- 4 804
1884 -- 5 636 en 1885 -- 5 694
1886 -- 6 748 en 1887 -- 7 588
1888 -- 8 549
répartis dans onze réseaux.

La Société générale des Téléphones paye à l'État une redevance de 10 % sur les recettes brutes de tous les réseaux qu'elle possède en France. Elle paye également, à la ville de Paris, un droit de passage des fils téléphoniques dans les égouts, qui est calculé à tant par mètre de fil. Ce droit augmente dans la même proportion que la longueur des câbles.
Les redevances payées à l'État et à la ville de Paris se sont élevées pour
1879 à la somme de fr. . .2.424.70
1880 ............................16.082.30
1881.............................79.463.72
1882...........................277.502.94
1883...........................417.384.19
1884...........................523.637.06
1885...........................543.718.46
1886...........................659.324.99
1887...........................717.804.23
1888...........................813.415.92

Pendant la période de 1880 à 1888, l'État a reçu pour prélèvements divers........ 3.729.422 fr. 47

En 1887, arrive la première liaison internationale entre Paris et Bruxelles. Il en coute une taxe de 3 Francs pour cinq minutes de conversation.

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1888

En octobre 1888, le gouvernement, préoccupé d'assurer l'extension des communications téléphoniques, étudie une combinaison nouvelle.
Cette combinaison est destinée à permettre l'établissement de réseaux téléphoniques dans les villes qui n'en sont pas encore dotées, sans obliger l'État à immobiliser un capital, et à lui assurer en outre, au bout d'un petit nombre d'années, sans qu'il ait eu à s'exposer à aucun risque ni à supporter aucune charge, la valeur importante que représente un réseau téléphonique.
Elle fit l'objet d'un projet de loi qui fut voté par les deux Chambres et promulgué le 22 décembre 1888.

Voici la convention passée entre l'État et la ville de Limoges, qui doit servir de base à l'établissement de tous les réseaux urbains

Entre les soussignés :
M. le Directeur général des Postes et des Télégraphes, agissant au nom et pour le compte de l'État, sous la réserve de l'approbation de II. Le Ministre des Finances, d'une part,
Et M. Fourneau (Léon), chevalier de la Légion d'honneur, adjoint, agissant aux lieu et place de M. Tarrade (Adrien), maire, absent, au nom et pour le compte de la ville de Limoges, en vertu d'une délibération du conseil municipal en date du dix octobre mil huit cent quatre-vingt-huit, d'autre part, il a été convenu et stipulé ce qui suit :
Article premier.
Un réseau téléphonique sera établi par les soins de l'administration des Postes et Télégraphes pour l'usage des habitants de la ville de Limoges, dans un délai de quatre mois à partir du jour où le présent traité sera devenu définitif.
La ville de Limoges avancera à l'État :
1° Toutes les dépenses de premier établissement;
2° Les frais d'entretien et d'exploitation du réseau.
Celle double obligation prendra fin lorsque la Ville sera remboursée de ses avances, en exécution des articles 3 et 4 ci-après.
Article 2.
Les dépenses d'établissement afférentes à la construction et à l'installation du poste central téléphonique et des appuis nécessaires pour recevoir quatre cents fils sont fixées à forfait à la somme de dix-huit mille quatre cent cinquante-sept francs (18.457 fr.).
Celles afférentes à la construction des lignes sont fixées à cent cinquante francs (150 fr.) par kilomètre de fil.
Les sommes avancées à titre de dépenses d'établissement seront versées avant l'exécution des travaux.
Les frais d'entretien seront calculés à raison de vingt francs (20 fr.) par an et par kilomètre de fil.
Les frais d'exploitation seront calculés à raison de deux mille francs (2.000 fr.) par an et par cinquante abonnés ou fraction de cinquante abonnés, et d'une somme complémentaire de mille francs (1.000 fr.) par an et par vingt-cinq abonnés on fraction de vingt-cinq abonnes en plus des cinquante premiers abonnés.
Les sommes avancées à titre de frais d'entretien et d'exploitation seront versées avant la mise en exploitation des lignes.
Tous les versements seront faits à titre de fonds de concours à la caisse du trésorier général du département.
Article 3.
L'État sera propriétaire des lignes construites, mais il délègue, dès à présent, à la ville, le droit d'encaisser à son profit toutes les sommes qui seront dues par les abonnés, soit comme contribution aux frais d'établissement de leurs lignes, soit comme abonnement pour l'usage de ces lignes, jusqu'à concurrence des sommes avancées à l'État pour dépenses de premier établissement, d'entretien ou d'exploitation.
Article 4
L'État se réserve la faculté de mettre à toute époque fin à la dite délégation en remboursant à la Ville les sommes dont elle sera restée à découvert du chef des versements effectués à l'État.
Si ce remboursement était rendu nécessaire par l'adoption d'un projet confiant à l'industrie privée l'exploitation des réseaux téléphoniques appartenant à l'État, il pourrait n'être effectué qu'en prenant pour bases les termes et conditions auxquels se ferait la concession de cette exploitation; mais, dans ce cas, les avances faites par la Ville produiraient intérêts au taux de quatre pour cent.
Article 5
La ville de Limoges s'engage par avance à adopter les mesures de comptabilité usuelles qui seraient jugées nécessaires pour assurer le contrôle des recettes dont le recouvrement lui est attribué par la présente convention.
Article 6
Toute disposition résultant d'actes législatifs ou réglementaires, ou de décisions administratives en vigueur ou à intervenir en ce qui concerne les réseaux téléphoniques de l'État, s'appliquera de plein droit an réseau téléphonique de Limoges.
Article 7
La présente convention sera soumise à l'approbation des Chambres.
Article 8
Les frais de timbre et d'enregistrement sont à la charge de la ville de Limoges.Fait double à Limoges le 14 octobre mil huit cent quatre-vingt-huit.
Signé : L. POUMEAU, adjoint.
Signé : G. COULON.

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En 1887, en France, l'exploitation interurbaine manuelle est complètement généralisée entre toutes les villes qui sont équipées d'un réseau téléphonique urbain déjà en service.

1888 SITUATION DES LIGNES TÉLÉPHONIQUES INTERURBAINES

 

 

 

VILLES
on  sont  établis les réseaux

DATE
de  la mise
en service

NOMBRE D'ABONNÉS EN

1880 1881 1882 1883 1884 1885 1886 1887 1888

PARIS

Septemb. 1879

479
1245
2347
3039
3784
3983
4548
5276
6120

LYON

Octobre...1880

33
216
356
498
582
344
694
730
755
MARSEILLE
Décembre.1880
25
142
257
359
386
397
391
407
421
BORDEAUX
Juin............1881
..
114
232
298
323
352
371
403
431
NANTES
Janvier......1881
..
67
78
87
90
91
105
104
113
LE HAVRE
Avril..........1881
..
109
155
188
196
199
191
237
271
LILLE
Février......1882
..
..
94
134
'1'
<<
<<
<<
<<
ROUEN
Juillet .......1883
..
..
..
65
98
103
113
118
148
CALAIS
Juillet .......1883
..
..
..
89
107
107
107
82
58
St-ETIENNE
Octobre....1885
..
..
..
..
..
26
96
105
104
ALGER
Juillet........1883
..
..
..
17
21
33
77
88
92
ORAN
Août ........1883
..
..
..
30
49
59
55
38
36
  TOTAUX
537
1893
3519
4804
5636
5694
6748
7588
8549

(1) I,c réseau de Lille a été repris par l'état à la fin de 1884.

 

 

 

VILLES
on  sont  établis les réseaux

DATE
de  la mise
en service

NOMBRE D'ABONNÉS EN

1883 1884 1885 1886 1887 1888

Amiens

01 Mai

.. .. .. 38 48 53

Armentieres

01 Juin 1885

.. .. 12 13 15 13
Boulogne.sur.Mer....
16..février..1886
.. .. .. 27 27 25
Caen
16....Novembre
.. .. .. 23 26 25
Cannes
01 Mars 1986
.. .. .. 68 94 126
Dunkerke
15 Oct 1984
  46 79 90 103 120
Elbeuf
25 Nov 1884
.. 47 52 52 57 56
Fourmies
01 Fev 1887
.. .. .. .. 116 122
Halluin
11 Fev 1884
.. 9 10 11 11 11
Lille
11 Fev 1884
.. 149 159 232 295 352
Nancy
17 Déc 1884
.. 68 104 119 138 156
Nice
22 Déc 1886
.. .. .. 7 19 62

Reims

01 Avr 1883 206 235 256 289 342 382
Roubaix-Tourcoing
01 Avr 1883 172 244 297 381 451 530
Saint-Quentin
31 Déc 1883 36 49 64 88 96 106
Troyes
01 Avr 1884 .. 125 130 137 145 149
  TOTAUX 414 972 1163 1575 1983 2288

DESIGNATION DES LIGNES

Distance en Km

Date de la mise en service

Rouen-Havre
90
01 Jan 1885
Paris-Reims
172
01 Dec 1885
Elbeuf-Louviers

20

01 Fev 1886
Rouen-Elbeuf
20
01 Fev 1886
Rouen-Louviers
40
01 Fev 1886
Paris-Havre
228
08 Mai 1887
Paris-Rouen
140
25 Juin 1887
Paris-Lille
250
01 Dec 1887
ParisBruxelles.1ecircuit
335
24 Fev 1887
ParisBruxelles.2.circuit  
15 Mars1888
Paris-Lyon
512
06 Août 1888
Paris-Marseille
863
06 Août 1888

Marseille-Lyon

352
06 Août 1888
Paris-Versailles
19
18 Nov 1889
(1) Réseau tout à fait local et limité.

L'expérience de l'industrie privée, sévèrement encadrée par l’État, n'a pas été une réussite en terme de développement du nombre de réseaux, d'accroissement des réseaux, de souscription de nouveaux clients et encore moins de leur satisfaction.
À cet échec, deux explications sont avancées. Suivant ses propres opinions de pensée, l'on pourra choisir celle qui nous satisfera le mieux, mais peut-être la vérité est-elle située quelque part entre ces deux options :
1) la Société Générale des Téléphones accuse l’État d'avoir dès le départ entravé la libre entreprise administrativement par une sur-réglementation et surtaxé de manière trop lourde et inconséquente les recettes, sans considérer les dépenses d'investissement et les frais d'exploitation à engager avant de pouvoir produire des profits taxables.
2) l’État accuse la S.G.T de plus penser à rétribuer grassement ses actionnaires, plutôt que d'investir dans l'ouverture de nouveaux réseaux, dans leur développement et dans l'embauche de personnel en nombre suffisant pour faire évoluer les réseaux et le service.

Les centraux manuels ont atteint les bornes de leurs possibilités.
Les gains de productivité se font essentiellement en augmentant la productivité du personnel (rationalisation du travail des opératices, chronométrage) ce qui conduira d'ailleurs aux grandes grèves de 1906-1909.
L'autre possibilité d'obtenir les gains de productivité porte sur l'organisation du réseau. C'est pourquoi paraissent les premiers articles théoriques sur l'organisation des réseaux des grandes villes et du réseau parisien en particulier.
Il faut par exemple tenir compte dans la prévision du nouveau réseau de la longueur des fils. Plus il y a de centraux, moindre est la longueur de chaque ligne d'abonné et on obtient donc un coût d'établissement moins élevé ainsi qu'une meilleure qualité de transmission puisque, en l'absence de tout dispositif d'amplification dans le réseau de Paris, l'affaiblissement est directement proportionnel à la longueur du câble.
En revanche avec les centraux manuels que l'augmentation du nombre des abonnés a amenés à la limite supérieure de leurs capacités, la nécessité ,inhérente au réseau de la S. G. T, de passer au moins par deux centraux pour la majorité des communications devient un obstacle considérable â la rapidité d'établissement des communications. En outre, le passage par deux centraux fait perdre en affaiblissement ce que l'on, gagnait en raccourcissant les lignes d'abonnés. Enfin la multiplication des centraux multiplie les opératrices dont le salaire est devenu le poste le plus lourd dans l'exploitation du réseau. La S. G. T. palliait ces inconvénients en bricolant les lignes auxiliaires ou en groupant les abonnés par affinité. Dans un réseau â 10 000 abonnés, il n'en est plus question.

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En 1889, le 26 mars, la Chambre des Députés forme une Commission pour examiner un projet de loi autorisant entre autre, le rachat, via le financement de la Caisse des Dépôts, des réseaux exploités par la Société Générale des Téléphones.
La loi votée le 16 juillet 1889 qui en découle est promulguée le jour même et publiée au JORF le 27 juillet 1889 (page 3685).
Un décret d'application du 14 septembre 1889 qui débloque les fonds nécessaires au rachat suit (BO P&T 1889 n°9 page 543).

Nota : l'État a veillé à attendre que la durée de la concession de 5 années (1884 - 1889) ait été atteinte avant de nationaliser.

L’État est autorisé à racheter, en 10 annuités, les réseaux téléphoniques appartenant à la Société Générale des Téléphones.

À compter de cette date, l’État nationalise le Téléphone, et les crédits de fonctionnement et de développement nécessaires seront ouverts pour 1889 et 1890 au budget ordinaire du ministère nouvellement en charge du Téléphone : le Ministère du Commerce, de l'industrie et des Colonies.

Le 21 septembre 1889, un rapport du Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, suivi d'un décret (BO P&T 1889 n°9 page 550) fixe les nouvelles conditions d'abonnement des réseaux rachetés en propre par l'État.

13 Juillet 1889 : Nationalisation du Téléphone Français


La concession faite à la Société générale des Téléphones en 1879, pour une durée de 5 ans, en vertu de laquelle elle exploitait les réseaux téléphoniques de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Rouen, Le Havre, Nantes, Saint-Etienne, Alger, Oran et Saint-Pierre-les-Calais, a été renouvelée en 1884 pour une nouvelle période quinquennale ; elle atteignait le terme fixé à sa durée le 8 septembre 1889.
Dès 1886, M Granet, ministre des Postes et des Télégraphes, s'était préoccupé de trouver un régime définitif.
Le 18 janvier 1887, il déposa à la Chambre des députés un projet de loi accordant le monopole de l'exploitation de tous les réseaux téléphoniques pendant trente-cinq ans, à la Société générale des Téléphones, qui devait se constituer sous le nom de Société fermière, à charge par celle-ci de payer une redevance à l'État, qui serait devenu seul propriétaire à l'expiration de la concession.
La Chambre repoussa sans débat le projet de convention, le 19 mars 1889.

La situation étant devenue entière, le gouvernement dut se préoccuper de présenter un nouveau projet ayant pour base l'exploitation des réseaux téléphoniques par l'État.
Déposé le 23 mars 1889, ce projet de loi fut voté par la Chambre et définitivement adopté par le Sénat le 13 juillet 1889.

Nous le reproduisons ci-après :

PROJET DE LOI ADOPTÉ PAR LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ; TEXTE DÉFINITIF
Portant autorisation au gouvernement de traiter avec les villes pour rétablissement de réseaux téléphoniques d'intérêt local, et d'emprunter à la Caisse des dépôts et consignations les sommes nécessaires pour effectuer le rachat des réseaux exploités par la Société générale des Téléphones.
Article premier.
Le gouvernement est autorisé à accepter au nom de l'État les offres qui pourront être faites par les villes, établissements publics ou syndicats de verser au Trésor, à titre d'avance sans intérêts, les sommes nécessaires à rétablissement, à l'entretien et à l'exploitation de réseaux téléphoniques urbains, et à affecter les produits de chaque réseau ainsi créé au remboursement des avances dont il aura été l'objet, sans autre engagement de la part de l'État.
Il sera rendu compte chaque année au Parlement des traités passés en exécution de cette disposition et de la situation de chacun des réseaux ainsi établis.
Article 2.
Le gouvernement est autorisé à all'ecler au rachat, à la mise en état de bon fonctionnement et au développement des réseaux téléphoniques appartenant à la Société générale des Téléphones, une avance pouvant s'élever à 10 millions qui sera faite au Trésor par la Caisse des dépôts et consignations.
Le remboursement de cette avance aura lieu en dix annuités au plus, calculées au taux d'intérêt de 4 %
Article 3
Les avances versées au Trésor par la Caisse des dépôts et consignations seront inscrites au budget des recettes des exercices 1889 et 1890 au titre du paragraphe 7 (Ressources exceptionnelles).
Il sera l'ait emploi de ces avances en vertu de crédits inscritsà un chapitre spécial du budget du ministère du commerce, de l'industrie et des colonies ^2" section, — Postes et Télégraphes). Ces crédits pourront être ouverts par décrets pendant la prorogation des Chambres, dans les conditions de l'article 5 de la loi du 4 décembre 1879.
Article 4
Pendant les exercices 1889 et 1890, les crédits nécessaires seront ouverts au budget ordinaire du ministère du commerce, de l'industrie et des colonies (2e section, — service des Postes et des Télégraphes).

Article 5

A partir de l'exercice 1891, les recettes et les dépenses du service téléphonique, y compris les annuités de remboursement à la Caisse des dépôts et consignations, feront l'objet d'un budget annexe rattaché pour ordre au budget général de l'État, — ministère du commerce, de l'industrie et des colonies, -- service des Postes et dos Télégraphes.
En vertu de celte loi, autorisant le rachat et l'exploitation des réseaux téléphoniques, l'administration des Postes et Télégraphes prit définitivement possession des différents bureaux de tous les réseaux de la Société générale des Téléphones, le dimanche 1er septembre 1889 à minuit.

La prise de possession des téléphones par l'État a eu pour premier et heureux résultat la réduction de l'abonnement aux réseaux téléphoniques urbains.


sommaire

Un décret du 19 octobre 1889

(l'État ayant pris possession de tous les réseaux téléphoniques le 1" septembre) paru au Journal officiel du. 23 du même mois, fixe la taxe des conversations téléphoniques sur les réseaux urbains et interurbains, quand elles ne sont pas soumises au régime de l'abonnement. :
Voici le texte de ce décret

Article premier.
La taxe à payer à l'entrée d'une cabine téléphonique publique pour obtenir la communication avec un réseau urbain est fixée à 50 centimes à Paris, à 25 centimes dans toutes les autres villes
Article 2.
La taxe élémentaire à payer par conversation téléphonique interurbaine est fixée à 50 centimes par 100 kilomètres ou fraction de 100 kilomètres de distance entre les points reliés par la ligne téléphonique.
La distance est calculée d'après le parcours réel de chaque ligne.
Article 3.
Pour l'application des taxes ci-dessus indiquées, la durée normale de la conversation téléphonique est fixée à 5 minutes.
Cette durée peut être réduite à trois minutes sur les lignes et dans les conditions déterminées par arrêté ministériel.
Si les besoins du service l'exigent, une conversation ne peut pas être prolongée au delà d'une durée double de sa durée normale.
Article 4.
Sont abrogées toutes les dispositions contraires au présent décret, sauf celles du décret du 28 décembre 1885 fixant la taxe à percevoir pour les communications téléphoniques échangées entre Paris et Bruxelles
Article 5.
Les taxes ci-dessus fixées seront appliquées à partir du 1er novembre prochain.
Article 6.
Fait à Paris, le 19 octobre 1889.

Le Président du conseil, Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, est chargé de l'exécution du présent décret, lequel sera inséré au Journal officiel et au Bulletin des lois.

Le réseau de Limoges a été livré au public le 1" juillet 1889

sommaire

Après La nationalisation, 1890 Il y a, cette année : 10 000 abonnés au téléphone en France

Au 1er septembre 1889, date de la reprise par l'État de l'exploitation des réseaux concédés, l'administration a laissé les choses dans le statu quo mais elle a décidé qu'en raison de l'insuffisance de l'outillage du réseau de Paris, il ne serait plus jusqu'à nouvel ordre accordé de concessions d'appel direct entraînant l'usage d'un fil auxiliaire.
Cet état de chose ne devant être que provisoire, le décret du 14 Mars 1890 a fixé les tarifs auquel l'usage de ses lignes doit être soumis à partir du 1er janvier 1890; ce tarif est le suivant : 150 francs dans les réseaux souterrains et 37 fr 50 dans les réseaux aériens.
Ce tarif kilométrique ,calculé sur la longueur réelle des lignes auxiliaires, est perçu d'avance en deux termes égaux, au 1 er janvier et au 1 er juillet de chaque année, en même temps que l'abonnement urbain.
L'abonnement souscrit pour l'usage d'une ligne auxiliaire ne peut être moindre d'une année.
Il se renouvelle d'année en année par tacite reconduction s'il n'a pas été dénoncé au moins un mois avant son expiration.
Le décret du 31 Mars 1890 modifie celui du 21 septembre 1889.
Les principales dispositions en sont reportées sur le modèle de police d'abonnement que nous donnons ci-après, modèle réglé par l'arrêté du 11 juin 1890.

Modèle de Police.
........DIRECTION GENERALE .........ABONNEMENT PRINCIPAL No.......... DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE, D.............
Je soussigné ....................................................................................................................................................................................................
dans le but de relier ............................................................................... situé à .............. ................:........ rue ........................................... n" ....
au réseux téléphonique d........................................................................
Déclare contracter un abonnement principal d'UN an, moyennant le prix de ....................................cent francs par an et aux clauses et conditions énumérées dans le règlement ci-dessous.



.................................................. , le.................. .......... 18

Des abonnements. Article premier.
Les abonnements à un réseau téléphonique urbain sont de deux sortes : l'abonnement principal et l'abonnement supplémentaire.
L'abonnement principal comporte l'usage d'une ligne reliant l'établissement de l'abonné à un bureau central et d'un poste téléphonique.
L'abonnement supplémentaire comporte l'usage d'un poste téléphonique desservi par une ligne greffée sur la ligne de l'abonné principal, avec l'autorisation de l'Administration et de cet abonné principal.
Le poste téléphonique se compose, outre les générateurs d'électricité, d'un appareil récepteur et transmetteur et d'un dispositif d'appel.
Droits de l'abonné. Article 2.
L'abonnement confère à l'abonné le droit de correspondre au moyen da son poste avec tous les abonnés du m ême réseau.
Ce droit ne peut être exercé que par le titulaire de l'abonnement, ses employés et les personnes habitant avec lui.
Les personnes fréquentant un cercle ou établissement public peuvent faire usage de l'appareil téléphonique dont il est pourvu, mais il est formellement interdit au titulaire de l'abonnement de percevoir une redevance quelconque.
Article 3.
Pendant toute la durée de l'abonnement, l'abonné peut, avec l'autorisation de l'administration, céder à des tiers les droits qu'il tient soit de l'abonnement principal, soit des abonnements supplémentaires, à charge par lui de rester responsable du payement intégral du montant des abonnements pendant toute la durée du contrat.
Article 4.
Les noms des abonnés ou de leurs concessionnaires sont inscrits sur une liste qui leur est distribuée périodiquement.

Installation et entretien de la ligne et du poste.
Article 5.

Le matériel de la ligne et les générateurs d'électricité sont fournis par l'État. Les divers appareils composant un poste téléphonique et les accessoires qui seraient demandés par l'abonné sont fournis par lui. Il est tenu de les choisir parmi les modèles types indiqués par l'Administration et de pourvoir à leur renouvellement quand ils seront devenus impropres au service. Ces appareils, avant d'être mis en place, doivent avoir été vérifiés et acceptés par les agents de l'Administration.
La ligne, les postes téléphoniques et les accessoires sont installés et entretenus par l'Administration et à ses frais.
Mais l'entretien des meubles et objets de luxe (pupitres, accoudoirs, etc.}, dont l'abonné complète l'installation du poste pour ses facilités ou ses convenances personnelles, reste à la charge de cet abonné.
Quand les postes sont situés en dehors du périmètre du réseau urbain, cet entretien donne lieu au remboursement par l'abonné des frais de transport et de séjour des agents qu'il aura appelés.
Toutes les détériorations qui seraient le résultat d'un fait extérieur ou d'un usage anormal de l'appareil resteront à la charge de l'abonné.
Article 6.
Le poste de l'abonné est établi à l'endroit désigné par lui dans les locaux qu'il occupe.
L'abonné doit obtenir du propriétaire l'autorisation de faire les installations nécessaires. Il prend à sa charge les diverses réparations qu'entraînerait l'établissement ou la suppression de ces installations.
Dès que les travaux sont commencés, l'abonné ne peut obtenir l'installation du poste dans un autre immeuble ou à une autre place du même immeuble que celle qu'il aura d'abord désignée s'il ne s'engage à payer les frais qu'entraînerait ce changement.
Article 7.
Il est interdit à l'abonné de greffer aucun fil sur celui dont l'usage lui est concédé, de démonter ou de déplacer les fils, appareils ou accessoires, ni de faire aucune modification dans son installation.
L'administration se réserve la faculté d'introduire dans son installation tous les changements qu'elle croira utiles au fonctionnement du service.
Article 8.
L'abonné doit accorder aux agents de l'Administration, chargés du service téléphonique, qui justifient de leur qualité, l'accès, à des heures convenables, des locaux où sont installés la ligne et le poste.
Article 9.
Abonnement principal..
. — Le montant annuel de l'abonnement principal est fixé :
. Dans le périmètre du réseau :
à 400 francs à Paris et 300 francs dans les départements, pour les réseaux souterrains;
à 200 francs pour les réseaux aériens.
Il peut être fixé par décret à 150 francs ou 100 francs, dans certains cas particuliers.
Il est réduit de 50 pour 100 pour les services publics de l'Etat et de 25 pour -100 pour les services publics des départements et des communes.

— Les abonnés des réseaux classés dans la catégorie des réseaux annexes peuvent à leur gré contracter soit un abonnement au réseau local dans les conditions du tarif ordinaire, soit un abonnement au réseau principal auquel est rattaché le réseau annexe.
Les abonnés de cette dernière catégorie acquittent l'abonnement principal ou supplémentaire tel qu'il est fixé par le présent article aux paragraphes 1 et 2 ci-dessus (A) augmenté d'un supplément d'abonnement de 10 francs par kilomètre de ligne reliant le bureau central annexe au bureau central du réseau principal.
— Les cercles et établissements accessibles au public acquittent l'abonnement principal augmenté de la moitié de cet abonnement lorsqu'ils mettent leur poste téléphonique à la disposition de leurs clients.
— Dans certaines villes, des abonnements dits de saison seront admis, pour une période de six mois, pour la totalité ou pour partie des abonnés. Dans ce cas, le montant de l'abonnement réduit à la moitié de l'abonnement normal annuel doit être versé au commencement de chaque période semestrielle; en outre, la contribution aux frais de premier établissement dos ligues doit être versée en une seule, fois en même temps que le premier terme, d'abonnement. Une interruption d'une année entière dans l'usage du poste entraînerait la résiliation de l'abonnement.
— Les accessoires installés sur la demande de l'abonné entraînent un supplément d'abonnement égal à 15 pour 100 de la valeur de ces accessoires mis en place, sans que ce supplément puisse être inférieur à 5 francs, toute fraction de franc étant d'ailleurs comptée pour 1 franc.
Durée de l'abonnement. Article 10.
L'abonnement court à partir du jour où linslallation du poste permet la communication avec le réseau.
Article 11.
L'abonnement principal ou supplémentaire, ne peut être consenti pour moins de une année calculée à partir du 1er janvier ou du 1er juillet qui suit ladite installation.
Article 12.
Après la première période d'une année, l'abonnement se renouvelle de trimestre en trimestre par tacite reconduction.
Article 13
En cas de décès de l'abonné, la durée de son abonnement n'est pas interrompue et ses héritiers sont solidairement tenus de son exécution.
Article 14.
L'administration peut à toute époque mettre lin au contrat, à charge par elle de rembourser à l'abonné les sommes imputables sur la période restant à courir.
Article 15.
L'abonnement est versé à la caisse du Receveur du bureau de poste et de télégraphe de la localité desservie par le réseau. II est payé eu deux termes égaux, sauf le cas de résiliation, dans la première quinzaine de janvier et de juillet de chaque année. Toutefois, le premier semestre est payé au moment de la signature du contrat. En outre, la partie de l'abonnement correspondant à la période comprise entre la date où le poste peut être utilisé par l'abonné et le commencement du premier semestre est versée au moment de la mise en service.
Le défaut de paiement aux dates indiquées tient lieu de demande de résiliation. Sur la demande des abonnés et moyennant le paiement d'une indemnité de 0 fr. 25 pour quittance, le montant de l'abonnement sera recouvré à leur domicile.
Lignes auxiliaires. Article 16.
Les lignes auxiliaires des réseaux téléphoniques urbains peuvent être mises, par voie d'abonnement, à la disposition des abonnés pour leur permettre de communiquer entre eux, deux par deux, d'une manière permanente.
Le tarif d'abonnement est fixé à cent cinquante francs (150 fr.) dans les réseaux souterrains et à trente-sept francs cinquante centimes (37 fr. 50) dans les réseaux aériens, par an et par kilomètre de ligne, à calculer d'après la longueur réelle. — II est perçu d'avance on deux termes égaux au 1er janvier et au 1er juillet de chaque année, en même temps que l'abonnement au réseau urbain.
Télégrammes téléphonés. Article 17.
Les abonnés peuvent expédier et recevoir des télégrammes par la ligne qui les rattache au réseau.
La transmission de ces télégrammes est effectuée gratuitement, sauf l'exception visée ci-après; mais elle est subordonnée au dépôt préalable d'une provision destinée à garantir le remboursement de la taxe télégraphique.
Dans les villes comportant un réseau souterrain, l'abonné qui se propose d'user de la disposition qui précède est tenu de verser, annuellement et d'avance, une redevance de 50 francs.
Correspondance à partir des cabines publiques. Article 18.
Les abonnés peuvent obtenir, sur leur demande et moyennant la justification de leur identité, la faculté de correspondre gratuitement dans les limites du réseau, par l'intermédiaire des cabines publiques qui y sont reliées.
Droits de l'État. Article 19.
L'État n'est soumis à aucune responsabilité à raison du service de la correspondance privée par voie téléphonique.
Tous travaux exécutés par l'Administration qui auraient pour conséquence une interruption du service de plus de quinze jours, entraîneraient une diminution correspondante dans le montant semestriel de l'abonnement.
Article 20.
La correspondance téléphonique peut être suspendue par le Gouvernement, soit sur une ou plusieurs lignes du réseau séparément, soit sur toutes les lignes à la fois.
Article 21.
L'étendue du réseau urbain, sa nature, la durée quotidienne du service et toutes les mesures que son exécution rendra nécessaires, sont déterminées par des décisions administratives auxquelles l'abonné est tenu de se conformer
Sanctions. Article 22.
En cas d'inexécution des dispositions qui précèdent, spécialement lorsque la ligne est utilisée dans des conditions autres que celles déterminées eu l'article 2, l'Administration peut suspendre provisoirement la communication téléphonique. Si, huit jours après une mise en demeure notifiée par lettre recommandée, les irrégularités signalées n'ont pas cosse, l'Administration peut retirer définitivement à l'abonné l'usage de sa ligue.
Dispositions transitoires. Article 23.
Les tarifs d'abonnement déterminés par la présente police ne sont pas applicables aux abonnés des réseaux do l'État qui payaient uno redevance inférieure.
Ces abonnés pourront renouveler leur abonnement aux conditions de prix antérieurement fixées; mais s'ils cèdent leur droit à l'abonnement, leurs cessiounaires devront acquitter intégralement le montant des taxes.
Ordre et durée des conversations. Article 24
Les communications sont données suivant l'ordre strict des demandes. Deux correspondants ne peuvent occuper une ligne auxiliaire pendant plus de dix minutes, lorsque d'autres personnes attendent leur tour de communiquer.
Dans ce dernier cas, si, à l'expiration des dix minutes réglementaires, les correspondants ne se conforment pas à l'invitation qui leur est faite de cesser la conversation, la communication leur est retirée d'office.
Article 25
Les clauses de la présente police recevront leur exécution à partir du 1 er juillet 1890.
Article 26
Les frais de timbre et ceux d'enregistrement auxquels pourrait donner lieu le contrat d'abonnement sont à la charge de l'abonné.
NOTA. — L'abonné soussigné demande que le montant de son abonnement soit recouvré à son domicile. (Art. 15.)
Signature :

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Une circulaire, adressée le 9 août 1890 aux préfets par le Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies, appelle leur attention sur l'importance qu'il y aurait à développer sans retard le réseau téléphonique municipal.

Cette circulaire n'est que le développement de la loi votée le 20 mai 1890 et du décret du 9 juillet 1890; elle fait ressortir les conditions auxquelles peuvent être établis les bureaux téléphoniques municipaux.
Les communes feront à l'État l'avance entière des frais de premier établissement; mais cette avance leur sera, par la suite, intégralement remboursée, sans intérêts, sur les produits réalisés par l'application d'une surtaxe fixe de 25 centimes par chaque télégramme téléphoné à leur bureau ou par leur bureau.
Ces principes s'appliquent également aux établissements publics et particuliers et aux syndicats d'intéressés, à condition toutefois que le téléphone, installé sur leur demande, soit à la disposition du public; dans le cas contraire, ce bureau rentrerait dans la catégorie des postes d'intérêt privé prévus par les règlements antérieurs.

En 1890, avec les appareils mis en service, le prix de premier établissement d'un bureau téléphonique peut être fixé :
1° A 130 francs en moyenne et à 230 francs au plus par kilomètre de ligne;
2° A 300 francs au plus pour l'installation du bureau et des appareils.
Dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agira, par exemple, de l'installation de deux bureaux téléphoniques employant le même fil, cette dépense pourra même être réduite.
L'entretien des appareils et des fils ainsi établis, et l'indemnité allouée à l'agent chargé de transmettre les télégrammes téléphonés (15 centimes au départ et 10 centimes à l'arrivée par télégramme téléphoné) ainsi que de percevoir la taxe ordinaire et la surtaxe spéciale, demeureront à la charge de l'Etat.
L'Administration se préoccupe d'une organisation de service qui permettrait d'échanger des conversations téléphoniques entre la commune dotée du téléphone et le bureau télégraphique auquel elle se trouvera rattachée, et même entre plusieurs communes reliées au même bureau télégraphique.
Un décret du 31 décembre 1890, suivi d'une longue instruction, règle la comptabilité téléphonique à dater du 1er janvier 1891.
L'article 9 du décret du 31 mai 1890 permet de réduire, par décret, à 130 ou 100 francs, dans certains cas particuliers, les abonnements aux réseaux aériens, dont le taux normal est de 200 francs.
Par décret du 7 novembre 1890, cette mesure est rendue applicable à tous les réseaux dont la population ne dépasse pas 25 000 âmes. L'abonnement à ces réseaux est réduit à 150 francs. Toutefois, les localités de cette catégorie, déjà pourvues d'un réseau, ne sont admises à bénéficier de cet abaissement de tarif qu'autant que le nombre des abonnés n'est pas supérieur à 100.
Jusqu'à ce jour (31 octobre 1890), les circuits téléphoniques à longue distance, sauf celui de Paris-Bruxelles, dont le service est permanent, et celui de Paris-Havre, dont le service vient d'être prolongé jusqu'à minuit, ne sont mis à la disposition du public que pendant les heures du service de jour, c'est-à-dire de 7 heures du matin en été et de 8 heures en hiver à 9 heures du soir.
Le trafic est très actif sur ces lignes, à certaines périodes de la journée, et notamment pendant la durée de la Bourse, mais il faiblit ensuite. Pour accroître le rendement, il a semblé possible d'appliquer des réductions de taxe à des circuits spécialement désignés, et durant les heures de service pendant lesquelles le trafic normal est à peu près nul. En conséquence, il est créé, pour les heures de nuit, un tarif de conversation à prix réduits, fixé par unité de conversation interurbaine et par 100 kilomètres ou fraction de 100 kilomètres à 30 centimes pour les conversations ordinaires et à 20 centimes pour les conversations par abonnement.
A dater du 3 novembre 1890, toute personne pourra, à partir de l'une quelconque des cabines téléphoniques publiques du réseau de Paris, expédier par téléphone un message, dans le rayon de distribution compris entre la Seine et les grands boulevards (suivent les noms des bureaux distributeurs).
La transmission des messages n'est autorisée provisoirement que de 10 heures à 6 heures du soir.
La remise d'un ticket de conversation donne accès dans la cabine dont l'occupation est limitée à cinq minutes et qui peut être étendue à dix, moyennant une nouvelle taxe de 50 centimes.
La période de conversation commence au moment où le préposé a établi la communication avec le bureau télégraphique destinataire du message.
L'indication lui en est fournie par l'expéditeur qui lui fait connaître le nom et le numéro de la rue.
Le message doit être téléphoné en français et en langage clair; il doit être dicté lentement et très distinctement, pour permettre à l'employé de la cabine destinataire de le transcrire facilement.
L'agent chargé de la réception doit collationner l'adresse, les mots qui lui paraissent douteux et le texte in extenso, si l'expéditeur l'exige. Le message est, dès sa réception, remis au service de distribution.

Les abonnés du réseau téléphonique de Paris peuvent, de leur domicile, expédier des messages, sous la réserve du versement d'une provision au bureau des postes et des télégraphes qui dessert leur domicile.

Le décret du 23 mars 1891
crée des abonnements spéciaux comportant l'usage d'une ligne destinée à relier un établissement public ou privé à un ou plusieurs circuits téléphoniques interurbains. L'abonnement confère à l'abonne, moyennant payement des taxes réglementaires, le droit de correspondre à partir de son domicile :
1° De réseau à réseau par les lignes interurbaines ;
2° Avec les abonnés de même catégorie aboutissant au même bureau, lorsqu'il n'existe pas dans la ville de réseau téléphonique urbain.


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Les demoiselles du téléphone vers 1900 au central Opéra

Un des grands avantages qui résulteront de cette innovation, sera notamment, pour les transmissions commerciales, la suppression des intermédiaires entre maisons de commerce; les négociants pourront s'entretenir de leurs bureaux avec leurs correspondants et traiter directement, de patron à patron, les affaires.
Il suffira de l'envoi d'albums de dessins reproduisant par la photographie les dimensions réduites des modèles, de carnets d'échantillons, pour permettre de conclure les marchés et entretenir à l'avenir les relations commerciales, débarassées de tout leur cortège d'intermédiaires qui surchargent de frais le prix des marchandises.
Les prix seront débattus de vive voix et l'affaire sera terminée par une conversation de quelques minutes, au besoin confirmée par la correspondance, nous l'admettons, mais faisant gagner un temps précieux pour l'exécution de la commande.

Ainsi donc, économie de temps, réduction de frais, par conséquent réduction du prix et accroissement de la consommation, tels seront les résultats généraux de l'application de la téléphonie à grande distance aux transmissions commerciales de ville à ville, de pays à pays.

Quant aux expériences de téléphonie a grande distance par câble sous-marin, elles n'ont données jusqu'ici que des résultats peu satisfaisants ; entre autres celles qui furent tentées entre Douvres et Ostende, par M. Van Rysselberghe.
Ces insuccès qu'il est fort important de signaler, assurent à la France, sur le continent, une prépondérance sur l'Angleterre.

La distance de Paris, par câble télégraphique aux principales places commerçantes de l'Europe les plus éloignées est de :
Naples................ 2032 kilomètres
Lisbonne............ 2124
Bucharest............2560
St-Petestburg......2719
Odessa................2760
Constantinople...3230

Toutes ces distances sont inférieures à trois mille deux cent cinquante Kilométres, limite admise provisoirement pour la conversation par un fil de cinq millimètres.(Il parait certain qu'avec un fil équivalent à 5mm on correspondrait à trois mille deux cent cinquante kilométres).
La France doit donc profiter de l'insuccès de la téléphonie par câble sous-marin pour faire prévaloir la prépondérance de son commerce sur le commerce anglais en Europe.
Il appartient à l'Etat, dans la période de crise commerciale que traverse la France à cette époque, de marcher pour ainsi dire à la conquête de ces succès pacifiques qui sont le privilège du plus hardi et surtout du plus diligent.

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Dans les réseaux aériens, l'abonné doit, en outre, comme part dans les frais de premier établissement, une somme de 15 francs par 100 mètres ou fraction de 100 mètres de fil simple.
Toutefois, les frais d'établissement des lignes présentant des diflicultés spéciales sont remboursés intégralement à l'Administration, d'après les dépenses de matériel et de main-d'œuvre, y compris 5 pour 100 à titre de frais généraux.
Le montant de cette redevance peut, sur la demande de l'abonné, être réparti sur toute la période de l'abonnement et perçu semestriellement par parties égales.
En dehors du périmètre du réseau, l'abonnement principal, tel qu'il est fixé aux paragraphes ci-dessus, est augmenté d'un supplément d'abonnement de 30 francs par kilomètre de fil simple souterrain, et 15 francs par kilomètre de fil simple aérien, pour la section de ligne comprise entre le domicile de l'abonné et le périmètre du réseau urbain.
L'abonné doit, en outre, participer aux frais d'établissement de cette section de ligne d'après le tarif adopté pour les ligues d'intérêt privé.
Abonnement supplémentaire.
Le montant de l'abonnement supplémentaire est fixé ainsi qu'il suit :
Quand le poste, supplémentaire est installé dans le même immeuble que le poste principal :à 160 francs à Paris, à 120 francs dans les départements.
Quand le poste est installé dans un immeuble différent, situé soit dans le périmètre, soit en dehors du périmètre du réseau, l'abonnement supplémentaire fixé par le paragraphe précédent est augmenté d'un supplément d'abonnement de 30 francs par kilomètre de fil simple souterrain et 15 francs par kilomètre de fil simple aérien, pour la section de ligne reliant le poste supplémentaire au fil de l'abonné principal. L'abonné doit, en outre, participer aux frais d'établissement de cette section de ligne d'après le tarif adopté pour les lignes d'intérêt privé.
Les postes téléphoniques desservis par des lignes d'intérêt privé aboutissant au domicile d'un abonné peuvent être mis en communication avec le réseau moyennant le payement de l'abonnement supplémentaire fixé ci-dessus. Les appareils composant ces postes doivent être choisis parmi les modèles admis par l'Administration.
Le titulaire d'un abonnement principal on supplémentaire peut demander l'installation d'appareils téléphoniques destinés à doubler, pour ses besoins personnels, le poste pour lequel il a contracté son abonnement. Cette installation ne peut avoir lieu que dans le même immeuble et après vérification des conditions dans lesquelles il sera fait usage des appareils. Une redevance de 50 francs à Paris et de 40 francs dans les départements est perçue pour chaque appareil installé dans ces conditions.

En 1891 l'administration décide de modifier le réseau de Paris.
L'idéal serait de relier tous les abonnés de Paris à un central unique.
Le nombre des abonnés et la longueur des lignes alors nécessaires empêchent de recourir à cette solution. On adopte alors une solution médiane.
Le nombre des bureaux de quartier sera réduit â quatre seulement dont l'un beaucoup plus important que les autres.
Le grand bureau cental sera localisé rue Gutenberg
près des Halles pour tenir compte du déplacement du centre de gravité du trafic et desservira les 6 000 abonnés du centre. Un autre bureau avenue de Wagram desservira les 3 000 abonnés d'Auteuil, Passy et des Batignolles ; un troisième bureau rue de Belleville reliera les 6 000 abonnés de Ménilmontant , la Villette, Belleville etc.; un quatrième bureau desservira la rive gauche.
Le tout devrait permettre d'atteindre 20 000 abonnés


L'administration abandonne les câbles sous plomb de la SGT car l'expérience a montré que la gutta percha qui servait d'isolant, si elle est pratiquement inaltérable en milieu sous-marin, perd ses propriétés lorsqu'elle est exposée â l'air.
Les nouveaux câbles sont isolés au papier et à circulation d'air.

En même temps le réseau est systématiquement hiérarchisé et de nouvelles notions comme les manchons de jonction ou les chambres de coupures sont introduites.

En 1891 l'organisation du réseau est la suivante :
"La ligne double sans fils de plomb isolé à la gutta percha, partant de l'appareil d'un abonné arrive à l'égoût où elle rencontre d'autres lignes doubles et suit parallèlement ces autres lignes jusqu'à un manchon de jonction qui sert â relier 7 abonnés â un câble sous plomb â 14 fils isolés au papier.
Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés aboutissent à une chambre de coupure d'où part un câble à 104 conducteurs (49 lignes plus 3 de réserve). Ces câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans le, bureau central**.
Hiérarchiser ainsi le réseau permet de disposer de réserves de transmission, seule la dernière partie de la ligne devant être construite pour raccorder un nouvel abonné. Cela permet aussi de procéder plus rapidement aux réparations.
Enfin en 1891, l'administration se préoccupe de la qualité de la transmission et donc de la longueur des lignes : si la longueur moyenne des câbles â 2 fils reliant chaque abonné â un manchon de jonction est faible, la longueur moyenne des câbles de 7 abonnés est de 2 km et celle des câbles de 49 abonnés de 1 600 m, ce qui correspond à une qualité de transmission assez médiocre.
En outre l'évolution technique des câbles et l'augmentation de leur capacité commence à poser le problème de la localisation du réseau dans les égoûts. L'encombrement à proximité des centraux est excessif. A partir de 1891 l'administration des téléphones tente, non sans de grosses difficultés d'établir quelques liaisons en tranchées.
II faudra une dizaine d'années pour appliquer réellement ce plan . Tous les bureaux crées par la S. G. T. â l'exception de celui de Passy seront successivement fermés : 3 en 1894, 3 en 1895 et 2 en 1900, et remplacés par d'autres . Le central Gutenberg, le plus important sera commencé dès 1893..


En 1891, à partir du 1er janvier, par le décret du 31 décembre 1890 (BO P&T 1891 n°1 page 31), la séparation comptable des dépenses entre services des télégraphes et des téléphones entre en vigueur.
Un Budget Annexe des Téléphones est créé. Mais ceci ne durera que 2 petites années.
Les dépenses afférentes :
1) à la construction des circuits téléphoniques interurbains;
2) au rétablissement, à l'extension, à la mise en bon état de fonctionnement ainsi qu'à l'entretien des réseaux téléphoniques urbains,
devront être liquidées sur les fonds d'un budget annexe des téléphones.
Toutefois, au niveau organisation, le téléphone est encore accolé au télégraphe.

En 1891, la Poste Britanique annonce le lancement imminent du service téléphonique public Londres-Paris. 8 s pour 3 minutes, d'une valeur de 40 £ d'aujourd'hui
.

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En 1892, le 1er juillet, par le décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591), le Service Téléphonique de la région de Paris est constitué en une direction a la tête de laquelle est placé un Directeur-Ingénieur.
La Direction du service téléphonique de la région de Paris comprend, comme la Direction Régionale, de Paris, les départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne. (Ce qui représente actuellement la totalité de la région Île-de-France.)
Monsieur Jean Baptiste Pol BERTHOT est le premier Directeur du Service Téléphonique de la région de Paris nommé au 1er juillet 1892. (décret du 20 juin 1892 (BO P&T n°7 page 591)). Il le restera jusqu'à son départ en retraite le 15 juillet 1894.
En dehors de la région de Paris, seuls des Directeurs des Postes et Télégraphes (les Télégraphes incluant les Téléphones sans qu'il en soit fait mention) sont nommés.
C'est donc à Paris (et uniquement à Paris) qu'est nommée, en la personne du Directeur du Service Téléphonique, la première autorité qui ne va s'occuper que de téléphone. (restant pourvue d'une autonomie budgétaire plus symbolique que réelle).

La loi de finances du 26 décembre 1892 supprime le Budget Annexe des Téléphones, après seulement deux exercices annuels.

Normalisation de la fabrication des appareils de téléphone :
L'abaissement des taxes après la notianalisation de 1889, eut pour conséquence une augmentation considérable dans le nombre des abonnements.
Chaque constructeur d'appareils électriques voulut avoir son modèle de téléphone. Beaucoup cherchèrent à produire à bon marché. Il en résulta que, si les appareils avaient bel aspect, si les parties visibles étaient soignées, les organes cachés n'étaient pas toujours d'un fini irréprochable. « Du moment que l'appareil fonctionne bien, disait-on dans Les milieux intéressés, cela suffit. » Non, cela ne suffit pas, et l'Administration chargée des réparations, tant pour son compte que pour celui des abonnés, ne pouvait se désintéresser de la question. Aussi, le 10 juin 1892, adressait-elle aux constructeurs un programme auquel ils devaient se conformer, à dater du 1er janvier 1893, sous peine de voir prononcer l'interdiction de l'emploi de leurs appareils sur le réseau.
« 1° Toutes les vis entrant dans la construction des appareils téléphoniques devront être faites avec des tarauds fabriqués avec un jeu qui sera établi par les soins du Dépôt central des Télégraphes et dont un exemplaire sera remis aux constructeurs qui en feront la demande.
« 2° Les contacts à butée seront absolument proscrits et remplacés par des contacts à frottement.
« 3° Il y aura lieu de supprimer les boudins qui sortent des joues des bobines d'induction. Noyer dans ces joues des plots métalliques sur lesquels on prendra les communications avec les circuits de la bobine.
« 41 Ne faire usage que de paillettes d'acier, avec contacts platinés, pour les ressorts de communication.
« 5° Le ressort antagoniste du crochet mobile devra fonctionner, d'une façon normale, sous des poids de 200 à 600 grammes attachés au crochet.
« 6° Les vis à bois seront remplacées par des vis à métaux ou par des boulons. Les têtes des boulons seront munies d'un pied et les écrous refendus, pour permettre le serrage au tournevis.
« 7° Toutes les communications seront établies en fil de cuivre, recouvert d'un isolant avec tresse de coton ou de soie et terminé par des poulies en laiton. La tresse sera rouge pour le circuit primaire, bleue pour le circuit secondaire, jaune pour le circuit d'appel et des trois couleurs pour les fils communs à plusieurs circuits.
« 8° Les bornes auront la disposition et porteront les indications : L1+L2 pour les fils de lignes, S1+S2 pour la sonnerie d'appel, ZS+CS aux pôles - et + de la pile d'appel, ZM+CM aux pôles - et + de la pile du microphone.
« 9° On n'emploiera, pour les joues des bobines d'induction, que du bois de buis, bien sec et bien sain. (Depuis, l'emploi de l'ébonite a été autorisé.)
« 10° Les cordons souples seront attachés sur les récepteurs à des bornes extérieures.
« 11° Les membranes des récepteurs seront vernies. » Enfin, l'Administration, sans en faire une obligation, conseille l'adoption des dispositions suivantes :
11 - 1° Fendre les têtes des boutons pour permettre le serrage au tournevis.
11 - 2° Placer le crochet commutateur à gauche, ce qui permet à la personne qui se sert du téléphone d'avoir la main droite libre..
11 - 3° Ne plus faire usage, pour les bobines des récepteurs, de bobines en bois qui se fendent, et employer, au contraire, des joues métalliques soudées sur le noyau, en veillant à ce que cette carcasse métallique soit bien isolée du fil qu'elle supporte.


Marquages attestant de la conformité des appareils se présente sous la forme de 3 groupes de lettres et chiffres apposés:
soit au fer rouge au dos ou sous les appareils en bois
soit sous forme de 3 poinçons sur les parties métalliques.

Le premier poinçon est composé des lettres "LT" au centre d'un ovale, un losange, etc...
LT étant le sigle du service chargé de vérifier la conformité des appareils (Lignes Téléphoniques).
Le second est un groupe de 1 ou 2 chiffres représentant le mois du contrôle,
Le troisième poinçon représente l'année du controle.


Il est donc normal que la date mentionnée par ces poinçons soit postérieure à la date de marché ou d'adjudication apparaissant sur la plaque constructeur.
Depuis t
ous les appareils ayant accès au réseau de l'état sont dotés d'un numéro de série constructeur.

La plupart des constructeurs d'appareils téléphoniques se sont conformés à ces prescriptions et ont présenté des appareils répondant aux nouvelles exigences ; quelques-uns se sont abstenus, et leurs appareils ne sont plus admis sur les réseaux français ; d'autres, enfin, en ont profité pour apporter à leurs systèmes des améliorations plus étendues que celles que l'Administration réclamait, et qui avaient principalement pour but de diminuer les chances de dérangements et de faciliter l'entretien.
Nous nous plaisons à reconnaître que le programme de l'Administration a provoqué une sorte d'émulation entre les constructeurs, et que les nouveaux types de récepteurs et de transmetteurs sont beaucoup plus soignés que les anciens.

A titre d'exemple de changement en 1893 :


En 1893 Breguet
dans son nouveau modèle de récépteur à manche à placé à l'extérieur les bornes (auparavant à l'intérieur), puis a adopté un aanneau (plutôt que la barre de fer doux droite). A l'intérieur du boitier en laiton est placé une cuvette FF au cenre de laquelle est calée une bobine à joues métaliques dont le fil recouvert a une résistance de 320 ohms. Les extremités du fil de la bobine, soudées à la poulie en laiton, sont pincées sous des vis qui soutiennent en même temps les bornes DD. Vis et bornes sont isolées du boitier et de la cuvette par des rondelles en ébonite. Un anneau A sert de poignée.
La plaque vibrante N a un diamètre do 50 millimètres et une épaisseur de 0,2 millimètre.
 


Par suite des modifications provoquées par l'Administration dans la construction des appareils téléphoniques téléphoniques, l'installation des postes simples d'abonnés se réduit aujourd'hui à deux types : l'un pour le modèle mural (ftg. 52); l'autre pour le modèle portatif (fig. 53).
Pour cette dernière installation, on a admis que, dans tous les postes, les brins du cordon souple seraient attachés à la planchette de raccordement, de la manière suivante :
le brin bleu à la première traverse,
— rouge — seconde —
— blanc — troisième —
— vert — quatrième —
— jaune — cinquième —
— marron— sixième —
— noir — septième —

 

Changement pôur les transmetteurs Ader numéros 1, 2, 3, 4, 7.
La figure ci contre représente le mécanisme du nouveau levier-commutateur.

Changement du Transmetteur Sieur : Le mécanisme du levier-commutateur de l'appareil Sieur a été complètement changé
Récepteur Sieur : Le récepteur Sieur est resté simple, comme il l'était au début, toutefois, en raison des modifications apportées au système de bascule du levier mobile du transmetteur, il a fallu changer la forme de l'anneau de suspension, pour que le récepteur puisse indifféremment s adapter aux transmetteurs de l'ancien et du nouveau modèle.
.....

Décembre 1893 Création de la Société Industrielle des Téléphones (SIT) suite à la fusion des usines de câbles et caoutchouc Menier et de la Société Générale des Téléphones (SGT).
Son capital est de 18 millions de francs et son siège social est situé au 25, rue du 4 septembre, à Paris.
Elle possède la quasi-totalité des brevets en matière de téléphonie : Gower, Edison, Blake, Crossley, Ader…
Le nouveau directeur technique spécialisée en téléphonie, est Gérard Bailleux. Celui-ci met rapidement au point un nouveau transmetteur à grenaille à base de parcelles d’anthracite concassées. Il équipe bientôt une nouvelle gamme de téléphones de luxe.
Sit mural Sit sur pieds Berthon-Ader
« Le transmetteur vertical porte une embouchure permettant de parler à voix basse, même à grande distance, et les récepteurs sont munis d’une poignée évitant la fatigue dans les conversations un peu longues ».
Les financements du téléphone sont alors reversés au budget général de l’État. La situation va ainsi s'étendre sur une durée de 31 ans...

En province, organisation des bureaux interurbains, avec le système Mandroux :
En France, antérieurement au 1er janvier 1890, les communications interurbaines ne pouvaient s'échanger, en principe, qu'entre les deux points extrêmes d'une même ligne.
Depuis cette époque, le réseau téléphonique iinterurbain a été constitué de manière à permettre aux réseaux d'une même région de communiquer entre eux par l'intermédiaire d'un poste central. De plus, ce poste central peut mettre tous les réseaux urbains de sa région en communication avec les autres régions.
C'est ainsi que Rouen sert de poste central à tous les réseaux de Normandie; de même, Lille est le centre des communications interurbaines du Nord.
Des bureaux centraux analogues ont été également installés à Reims, Nancy, Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux, etc.
Cette organisation a pris un développement d'autant plus considérable que le réseau téléphonique interurbain s'étendait davantage.
La table de coupure et de jonction, imaginée par M. Mandroux, a pour objet de rendre faciles et rapides les opérations que le personnel des bureaux centraux interurbains est appelé à exécuter.
Un certain nombre de ces tables sont déjà en service, notamment à Bordeaux, Orléans, Nimes, Montpellier, Béziers, Limoges ; elles fonctionnent très régulièrement.
D'ailleurs, par des modifications de détail, l'inventeur a adapté chacune de ses tables aux besoins locaux du poste qu'elle est appelée à desservir.

A PARIS Il y a en 1893, environ 23.000 abonnés, qui sont répartis entre huit centraux dont voici la nomenclature :
-- Les abonnés dont le numéro commence par un 1, sont reliés
au 2e étage de la rue Gutenberg
--
Ceux dont le numéro commence par un 2, sont reliés au 3e étage de la rue Gutenberg
-- par un 4, à la rue Chaudron,
-- par un 5 à la place Vagram et à la rue Desrenaudes
-- par un 6, à Passy
-- par un 7, rue Lecourbe et boulevard Saint-Germain
-- par un 8, boulevard Port-Royal
-- par un 9, rue de la Roquette.
Le poste le plus important est celui de la rue Gutenberg qui réunit à lui seul 14000 abonnés sur 23000 : ce n'est pourtant ni le mieux installé, ni le plus perfectionné.
Il tient le milieu entre le poste du boulevard Saint-Germain où sont les plus anciens appareils,et celui de la rue Desrenaudes où nous trouverons les innovations dernières.
Au boulevard Saint-Germain l'installation est déplorable, dans une salle obscure, insalubre, où une cinquantaine de jeunes filles sont empilées, manquant d'air, obligées de se tenir continuellement debout.
Hâtons-nous de dire, d'ailleurs, que ce bureau disparaîtra d'ici quelques mois, ainsi que celui de la rue Lecourbe, et que tous deux seront remplacés par celui de l'avenue de Saxe qu'on est en train de construire.


1993 l'Hotel central des téléphones, GUTEMBERG
le système dit multiple constitue une amélioration considérable.

Cliquez sur un étage pour voir en détail

  Le journal illustré du 3 septembre 1893
Enfin l'hotel des téléphones est achevé et il faut espérer que les abonnés cesseront de gémir sur la lenteur et la difficultés des communications provenant de ce qu'a chaque station, chaque fil devait être embranché, ce qui faisait perdre beaucoup de temps.
Cet Hotel des téléphones est un magnifique monument situé rue Gutemberg.
Il a été bâti sur la petite bande de 1000 métres de terrain qui resta à l'Etat, entre la rue du Louvre et la rue Jean-Jacques Rousseau, après l'édification de l'hotel des Postes.
Commencé en Avril 1891 sous la direction de M. Boussard, architecte, auquel on devait dèjà les plans de la Caisse d'Epargne Centrale, située rue Saint Romain, ul présente un aspect entièrement nouveaux, tant par l'emploi presque exclusif de la brique vernisée et du fer, que par la prédominances des vides sur les pleins, ce qui lui donne l'aspect d'une vaste ruche vitrée. La grande façade, tout en fer, fait preuve d'une hardiesse inaccoutumée dans l'emploi du métal ; le complément est en brique émaillées de couleur blanche veinées de vert, suivant des procédés qu'on dit restitués de l'industrie persane.
Il en résulte pur l'ensemble un aspect de légèreté et un éclat qu'on est plus habitué à trouver aux constructions orientales qu'a celles de l'occident. La moindre pluie lavera spontanément toute cette faïence et la fera paraitre éternellement neuve.

De l'aveu de personnes autorisées, ayant visité la plupart des installations téléphoniques de l'Europe et de l'Amérique, les salles de l'hôtel des Téléphones de Paris sont les plus belles qui existent au monde.

Plus de détails sur les Réseaux et Centraux manuels.


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